Sou véritable nom était Sébastian Gyp
3. Dans un livre publié en 1779, M. Grignon d'Auzouer, seigneur de Mont-Rieux, qui rapporte ce distique avec un léger changement, ne l'attribue point à Hyp. — « Nous ne voulûmes point quitter Vendôme, dit-il, sans aller prendre un repas champêtre dans une terre qui m'appartient. Sa situation à une demi-lieue de la ville inspira deux vers latins qui pourront vous faire quelque plaisir. Cette terre se nomme Montrieux. Le château est sur un coteau planté en vignes, dominant sur le Loir et bâti sur une éminence dont la plaine produit de très beaux bleds. Un écolier de rhéto-
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vivait en 1726. Elle n'a cessé d'appartenir à la famille que dans ces derniers temps, où elle fut acquise de M. Morard par un vigneron du nom de Leroy ».
« La Maison de Vendôme devait alors protéger les jansénistes, dont les doctrines étaient favorablement accueillies par la congrégation de l'Oratoire à qui César de Vendôme avait confié la direction de son collège. Ce fut sans doute en comptant sur ces sympathies que les amis de Pascal le déterminèrent à faire imprimer secrètement à Vendôme ses fameuses Lettres Provinciales.
« Sébastien Hyp, imprimeur du duc de Vendôme, homme d'un esprit éclairé, fit transporter secrètement une presse dans l'une des caves en roc de sa closerie. Deux ouvriers furent amenés de Versailles moyennant
rique du collège de Vendôme en fit ainsi la description :
Mons ego sum ridens. Cingit mea tempora Bacchus; In meclio Ceres est, alluit ima Thetis. »
[Voyage de Genève et de la Touraine, par M. X... [Grrignon d'Auzouer]. Orléans, 1779, p. 299.)
Ce distique a été traduit de la manière suivante par l'abbé Simon, auteur d'une Histoire de Vendôme et de ses environs :
Je suis un Mont riant que Bacchus environne ;
De ses pampres ce dieu me forme une couronne ;
Dans la plaine Cérès prodigue ses trésors,
Et Thétis au-dessous en arrose les bords.
1. Il ne reste plus aujourd'hui du fief de Mont-Rieux qu'un colombier féodal et les murs d'une chapelle, plus les magnifiques caves ou souterrains dont il est ici question. Celle où se serait faite l'impression des Provinciales est située sur la route de Saint-Galais, au-dessous d'une maison située à droite sur une hauteur et qui existe encore.
xxiv LES PROVINCIALES.
un fort salaire et sous condition expresse de se laisser conduire les yeux bandés. Ils devaient être logés et nourris dans ledit lieu sans pouvoir communiquer avec qui que ce fût, jusqu'à l'entier achèvement de l'ouvrage; après quoi, il leur serait permis de se faire reconduire chez eux. Ils s'engageaient encore à ne jamais rien révéler qui pût compromettre la sûreté de leur patron.
« Les Jésuites, qui n'avaient pas encore pu connaître l'auteur, firent faire toutes sortes de perquisitions pour découvrir l'imprimeur. Sébastien Hyp échappa longtemps aux investigations qui le poursuivaient. Ce ne fut que l'année suivante qu'il fut découvert, à l'époque où l'ouvrage était entièrement achevé.
« L'imprimeur dont les Jésuites avaient juré la perte, eut besoin dans cette occasion de la protection toutepuissante de César, duc de Vendôme, qui avait pris lui-même une part directe à la publication des Lettres; ce prince ne l'abandonna point au milieu de ce grand danger. La Compagnie des Jésuites porta elle-même plainte au roi Louis XIV, qui ne cacha point tout l'ennui que lui causait cette affaire; il fît semblant de croire que l'imprimeur était un Anglais, et Sébastien Hyp fut sauvé1.
« Cependant, comme presque tous les exemplaires des Lettres Provinciales avaient été saisis àMont-Rieux et brûlés en vertu de l'arrêt du 22 février, cette première édition devint fort rare. »
1. Hyp ou plutôt Gyp s'était allié par son mariage avec une famille de Vendôme ; mais il y a tout lieu de penser qu'il était en effet Anglais de naissance. — Voir à la fin du présent tome l'Appendice de Y Introduction, n° I.)
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Ce récit ne s'appuie pas sur des témoignages précis résultant de documents contemporains ; on ne saurait toutefois lui refuser la valeur d'une légende écrite sous l'inspiration de la tradition locale. Il paraît en effet, si l'on s'en rapporte à des renseignements recueillis il y a peu d'années auprès de quelques vieillards, que cette tradition s'était conservée jusqu'à nos jours chez d'anciennes familles jansénistes de Vendôme, de même que dans celle de Sébastian Gyp, dont les derniers descendants habitaient encore cette ville au commencement de notre siècle. Le fond du récit, ainsi que je l'ai dit plus haut, n'a rien d'invraisemblable, surtout si on le rapproche de certaines circonstances dont il est permis de tenir compte.
L'extrême surveillance qui s'exerçait à Paris dut faire penser à transporter ailleurs l'impression des Lettres Provinciales, et ce ne fut pas sans motif que l'on s'adressa à Vendôme : cette ville était alors un des principaux centres où s'entretenait la doctrine de Jansénius; et il fallait que l'esprit de Port-Royal y eût été bien vivace, puisque plus d'un siècle après la grande époque des Provinciales on l'y retrouve encore, mais de plus en plus exclusif, aigri, dénaturé, là comme ailleurs, bien moins par l'action insensible de son principe que par la conséquence
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inévitable d'une inexorable persécution. On voit en effet, par une lettre de l'évêque de Blois adressée en 1776 à M. de Malesherbes, que ce prélat se préoccupait assez de l'influence qu'exerçait à Vendôme le retentissement des miracles attribués au tombeau du diacre Paris, pour réclamer l'éloignement d'un curé qui exaltait l'esprit du peuple en prêchant sur la vérité de ces miracles1.
1. M. de Malesherbes avait levé la défense qui interdisait à un sieur Aubert, curé de Montgodon, le séjour de Vendôme, et l'évêque écrivait à ce sujet au secrétaire d'État : « J'avais demandé au feu roi de lui défendre de revenir dans cette ville, où sa présence, par son fanatisme outré et public, la distribution qu'il faisait des reliques de M. Paris et ses assertions pour la vérité de ses prétendus miracles, en faisaient une espèce de prophète et de docteur de la petite église, très capable d'émouvoir le peuple et d'achever de rendre folles les religieuses du Calvaire.... Son parti et ses amis par leurs lamentations, en prêtant un air de tyrannie à ma conduite qui n'était que juste et sage, commandée par l'amour de la paix dont nous jouissons enfin dans mon diocèse, ont surpris votre bonté naturelle et votre justice. » (Lettre inédite de Mgr de Thémines, évêque de Blois, à Lamoignon de Malesherbes, 21 mars 1776.)
M. de Thémines était le même qui quelques années plus tard, ayant refusé d'accepter la Constitution civile du clergé, fut déclaré déchu de son siège et remplacé par l'abbé Grégoire, membre de la Convention nationale. Un antagonisme se produisit entre les partisans de l'ancien évêque et ceux du nouveau, dont l'installation provoqua des troubles assez graves.
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On pourrait croire, d'après la relation que je viens de reproduire, que Gyp avait donné une édition des Lettres Provinciales, en refondant en un seul volume, dont le format n'est d'ailleurs pas indiqué, les feuilles originales de l'in-4°. Mais s'il en était ainsi, quelques exemplaires de ce recueil, auquel l'auteur de la relation donne le nom de première édition, auraient certainement été sauvés de la destruction et on les retrouverait aujourd'hui.
Quant à l'arrêt du 22 février 1657 en vertu duquel aurait eu lieu cette destruction, il n'existe, ou du moins je ne connais vers cette date, que l'arrêt prononcé par le Parlement d'Aix, qui ordonna que les dix-sept Lettres à un Provincial seraient bridées en place publique par la main du bourreau *.
1. Cet arrêt fut publié à Paris sous ce titre : « Arrest du Parlement de Provence, contre Vautheur des Lettres au Provincial. A Paris, chez Jean Henault, libraire juré, rue Saint-Jacques. MDGLVII. 2 pages in-4.
La Gazette de 1657, n° 30, annonce le même arrêt dans les termes suivants :
« D'Aix, en Provence, le 2 mars 1657.
« Le 22 du passé, sur la remontrance du Procureur général du Roy, le Parlement de cette Province, voulant réprimer les dangereux escrits des Janssenistes, a déclaré diffamatoires, calomnieuses et pernicieuses les dix-sept lettres publiées contre la Faculté de Sorbonne, les Domi-
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Enfin on ne s'explique pas comment cet arrêt aurait pu être exécuté hors du ressort du Parlement de Provence, et en particulier à Vendôme.
Il y a donc tout lieu de croire que la coopération de Gyp se borna à imprimer ou à réimprimer quelques-unes des Lettres dans le format in-4°. Je supposerais volontiers, par exemple, que la XVIIe, adressée au P. Annat, qui est imprimée en plus petits caractères que toutes les autres, est sortie des presses de Mont-Rieux et que Pascal songeait à cette imprimerie qui devait sembler bien éloignée à une époque où les moyens de communication laissaient tant à désirer, quand il disait dans ce post-scriptum : « Mon Révérend Père, si vous avez peine à « lire cette lettre pour n'être pas en assez beau <■( caractère, ne vous en prenez qu'à vous-même. On « ne me donne pas des privilèges comme à vous. « Vous en avez pour combattre jusqu aux miracles; « je n'en ai pas pour me défendre. On court sans « cesse les imprimeries. Vous ne me conseilleriez « pas vous-même de vous écrire davantage dans
niquains et les Jésuites, et en conséquence ordonné qu'elles seroyent brûlées par l'exécuteur de Haute Justice sur le Pilori de la place des Prescheurs de cette ville. »
La Gazette, comme on voit, attribue à l'arrêt du Parlement d'Aix la date du 22 février. Mais le texte publié à Paris, dont je possède un exemplaire, indique qu'il était du 9 février.
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« cette difficulté. Car c'est un trop grand embarras « d'être réduit à l'impression d'Osnabruck. »
S'il est naturel de penser que cette plaisante mention d'Osnabruck1 a dû être inspirée à Pascal par une impression faite loin de Paris, ne pourraiton pas, sans hasarder une conjecture purement imaginaire, y voir une allusion à Vendôme?
Il y eut deux compositions in-4° de la XVIIe Provinciale. Celle qui est en plus petits caractères n'a que huit pages; l'autre en a douze et l'on reconnaît à quelques modifications typographiques qu'elle fut l'objet d'un double tirage. Elles furent très probablement faites dans des lieux différents ; mais sans aucun doute simultanément, ainsi que cela résulte de la lettre suivante, qui fut alors adressée au beau-frère de Pascal, M. Perier2.
1. Ce nom tudesque n'était pas d'ailleurs nouveau pour le public parisien de 1656. On avait dû plus d'une fois le lire ou l'entendre prononcer à l'occasion des célèbres négociations de Munster, car ce fut à Osnabruck que résidèrent alors les plénipotentiaires suédois.
2. Cette lettre se trouve en copie page 21 du IIIe Recueil du P. Guerrier, manuscrit in-12 ou in-8, que je découvris, après une longue recherche, en 1843, à la Bibliothèque de la rue Richelieu. J'en indiquai alors la provenance, le contenu et l'importance, et il figure aujourd'hui dans le catalogue sous sa véritable qualification.
xxx LES PROVINCIALES.
A Paris, 6 février 1657.
Voici, Monsieur, un grand régal pour vous, puisque c'est d'une dix-septième qui n'est encore connue de personne du monde1. On attendoit l'Assemblée du Clergé à finir : mais je pense qu'on attendroit trop longtemps. Ne la faites voir qu'à peu de gens bien assurés, et ne vous en désaisissez point; car il n'y en a encore que dix mille de tirées, six mille de la petite2 et quatre mille de l'autre, et il nous en faut encore beaucoup, parce qu'on rompra les formes. Aucun de
1. La XVIIe Provinciale porte la date du 23 janvier 1657; mais si elle n'était connue de personne le 6 février, on se demande comment le Parlement d'Aix avait pu la comprendre dans son arrêt du 9 de ce mois. On trouve dans les Mémoires mss. d'Hermant la réponse à cette question. « La 17e Lettre Provinciale, dit-il, fut publiée peu de temps après l'arrêt de la Cour d'Aix ; car, quoiqu'il en condamnât dix-sept, elle ne paroissoit point encore, et ils prenoient pour la 17e cette petite lettre au P. Annat" dont on a parlé ci-dessus »
Le Parlement s'étant aperçu de son erreur, changea-t-il la date de son arrêt, ou bien est-ce le correspondant de la Gazette qui fit ce changement, afin que la XVH'* Provinciale semblât ou se trouvât en effet comprise dans la condamnation? C'est un point que j'avais désiré éclaircir en me référant à la minute de l'arrêt qui doit se trouver dans les archives de la Cour d'Aix; mais l'état actuel de ce dépôt, qui n'a pas encore été mis en ordre, n'a pas permis de l'y rechercher utilement.
2. C'est-à-dire celle qui était imprimée en petits caractères.
o. Lettre au P. Annat, sur son écrit qui a pour titre: La bonne foi des Jansénistes. Un manuscrit conservé dans la bibliothèque d'Amersfoort (Hollande) attribue celte Lettre à Baudry d'Asson de Saint-Gilles.
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nos amis ne s'y allend, el il y pourroit avoir quelque changement, etc.
Cette lettre n'était pas signée, et le P. Guerrier, qui l'avait trouvée dans les papiers donnés aux Oratoriens de Clermont par Marguerite Perier, n'a pas su quel en était l'auteur. Elle émanait évidemment de quelqu'un qui prenait une part active à la publication des Provinciales, peut-être de Baudry de Saint-Gilles. Elle atteste le succès toujours croissant des Petites Lettres, puisque le nombre des exemplaires qui, suivant le témoignage de Saint- Gilles, cité plus haut, était de 6000 pour les VIP, VIIIe, IXe et Xe, s'était élevé à 1 0 000 pour la XVIIe, et que ce tirage vraiment extraordinaire n'était pas encore suffisant pour répondre à l'empressement des lecteurs.
Ce succès inouï n'était pas fait pour modérer le ressentiment des adversaires de Port-Royal ; et l'on a vu par la relation citée plus haut que les grottes de Mont-Rieux furent le théâtre d'une perquisition et d'une saisie, comme l'avaient été les imprimeries de Le Petit et de Langlois, en sorte que Gyp dut à son tour renoncer à reproduire les Provinciales. C'est ce qui expliquerait comment on fut obligé d'avoir recours aux presses étrangères en 1657 et dans les années suivantes, pour la réimpression de
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ces lettres en un seul volume et sous divers formats.
Cependant l'admiration que l'élite du public témoignait de plus en plus pour ce naissant chefd'œuvre avait pu faire espérer un instant que l'espèce de popularité dont il était entouré aurait pour effet de lui assurer le bénéfice d'une tolérance au moins tacite ; le génie de l'auteur semblait protéger le livre contre les rigueurs officielles1.
Louis XIV lui-même, malgré les sentiments contraires que le P. Annat, son confesseur, et la Reine mère contribuaient à lui inspirer, n'avait pu entièrement se soustraire au prestige de cette renommée à la fois si mystérieuse et si éclatante. Le jeune roi s était fait lire les Provinciales, du moins la VIIe, à ce que rapporte un contemporain, et il y avait pris grand plaisir2.
La même chose était arrivée à Mazarin. Aussi vigilant administrateur qu'habile négociateur, le