Mémoires mss. d'Hermant, livre XVIII, chap
xuv LES PROVINCIALES.
pagnons de retraite. Voici cette page, qui exprime avec une sincérité naïve les impressions de l'auteur, en même temps quelle nous initie à l'intérieur de cette petite communauté.
8 février 1656. — Ce jour mardi 8, je partis de Port- Royal des Champs étant mandé par M. le Maistre pour être auprès de lui caché avec M. Arnauld son oncle qui avoit auprès de lui M. Fontaine excellent écrivain. M. de Luzanci, fils de M. d'Andilly, étoit avec eux; et dès le même soir nous vînmes loger chez de fort bonnes gens qui tenoient des chambres garnies, et par une rencontre que la seule providence de Dieu faisoit naître, n'avoient personne depuis deux jours.... J'avoue que de me voir ainsi près de personnes si illustres en vertu et en science, me causa une joie sensible; car quoique j'aie eu le bonheur d'être avec eux à P. R. des Champs depuis sept ou huit ans, néanmoins de me voir seul avec M. Fontaine auprès d'eux pour les servir et écrire sous eux, dans ce tems de persécution où tant de monde demande et procure leur perte, et étant caché dans un logis au milieu de Paris où personne sans exception, hors deux ou trois, ne les sait et ne les vient voir1; et outre cela de les voir particulièrement, M. Arnauld déguisé de nom et d'habit (car il est habillé de gris, avec une grande perruque, les collets, glands et manchettes à la mode et s'appelle M. d'Alibré, j'ai confusion et consolation extrême tout ensemble de tant de biens dont je suis sans doute le plus indigne du monde.