‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 15 sur 34 · Dans la suite de son Journal, auquel nous aurons à · texte numérisé non relu

Dans la suite de son Journal, auquel nous aurons à

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Notre hôte et hôtesse sont craignans Dieu et plus pauvres que riches. Nous nous sommes découverts à eux. Nous donnons vingt-quatre écus par mois de trois chambres garnies1; et pour la dépense ils achètent de notre argent tout ce qu'il faut pour eux et pour nous, et nous leur devons donner de tems en tems ce qu'il faut pour cela, sans les obliger à aucun compte.

On peut juger par les sentiments que Saint- Gilles exprimait ainsi pour lui seul, combien était désintéressé et ardent son zèle pour Port-Royal. La collaboration qu'il apportait à Arnauld et à ses amis ne se bornait pas à un travail d'écritures qui était cependant très assidu, car l'infatigable docteur ne cessait de rédiger avec une abondance qui ne s'épuisait jamais, des lettres et des mémoires qui non seulement devaient être transcrits et souvent en plusieurs copies, mais dont il fallait au besoin assurer l'impression et la propagation. Cette dernière tâche, qui s'accomplissait au dehors, demandait un agent intelligent et actif tel que d'Asson de Saint- Gilles, et on a vu plus haut par le récit d'Hermant qu'il n'hésitait pas à monter à cheval quand

emprunter d'autres extraits pour l'Histoire de Pascal, Saint-Gilles nous apprend que l'auteur des Provinciales et M. Singlin jouissaient de ce privilège. Ils venaient même quelquefois s'asseoir à la modeste table de leurs amis. 1. L'écu valait alors un peu plus de trois livres.

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il n'y avait pas de temps à perdre pour intervenir en faveur d'un imprimeur arrêté par ordre du Chancelier. Enfin c'est du moment qu'il eut pris place dans la retraite où Arnauld s'était confiné que date la part si considérable que prit Saint-Gilles à la publication des Provinciales, y compris la Lettre de l'Avocat dont la découverte faillit le conduire à la Bastille et, en provoquant un décret de prise de corps contre lui, le mettait dans la situation la plus fâcheuse.

C'est pour la faire cesser que dut intervenir Antoine Le Maître, qui retrouvait volontiers les souvenirs de son ancienne profession quand il s'agissait de mettre son expérience au service de ses amis de Port-Royal. D'Asson de Saint-Gilles était d'ailleurs plus particulièrement attaché à la personne de Le Maître, et ce fut d'après ses conseils qu'il adressa à « Nosseigneurs du Parlement » une requête tendant à être admis comme appelant devant la Cour du décret de prise de corps décerné le 27 septembre I 657 et de toutes poursuites et informations dirigées contre lui par le lieutenant civil au Châtelet. La Cour fit droit à cette demande et rendit le 20 novembre suivant un arrêt par lequel il était enjoint au greffier du Châtelet d'apporter au greffe du parlement les informations et interroga-

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toires qui avaient motivé le décret de prise de corps contre Saint-Gilles. Mais, comme le lieutenant civil au Châtelet ne s'était pas désisté de ses poursuites, une nouvelle requête fut adressée au nom de Saint- Gilles au parlement le 12 juillet 1658, et la Cour rendit le 1 7 août suivant un arrêt qui mit à néant ce dont il avait été appelé et les parties hors de procès '.

Ainsi, grâce aux conseils d'Antoine Le Maître et à sa profonde connaissance des arcanes de la procédure parlementaire, Saint-Gilles n'avait plus rien à craindre pour sa liberté; il n'avait pas été mis en jugement; aucun des griefs articulés contre lui n'avait été discuté, et le Parlement lui avait accordé le bénéfice d'une sorte de question préalable. C'était pour Le Maître un nouveau succès, cette fois sans éclat, mais qui ne lui en était que plus cher.

1. Je résume très sommairement les pièces originales que j'ai sous les yeux et qui proviennent des papiers de Baudry de Saint-Gilles. Ces documents, qui se rattachent directement à l'objet de cette Introduction, attestent les tendances favorables à Port-Royal qui existaient dans une partie au moins des membres du parlement de Paris. Il me suffira pour en montrer l'intérêt de donner en Appendice la deuxième requête de Saint-Gilles et l'arrêt définitif dont elle fut suivie. (Voir Y Appendice de Y Introduction, n° II, à la fin du présent tome.)

xlvhi LES PROVINCIALES.

Enfin, l'impression et la publication des Provinciales étaient terminées en France, et d'autres éditions se poursuivaient à l'étranger. Les rares amis qui étaient dans la confidence de Pascal avaient si bien gardé le secret qui couvrait son nom et protégeait sa personne, que les investigations des magistrats de police en étaient encore à découvrir l'auteur de ces Lettres, tandis que l'admiration publique avait tout d'abord senti et reconnu la langue, et comme le verbe de la France elle-même, dans l'œuvre qui est restée comme une des plus accomplies de notre littérature nationale.

Les Provinciales, publiées dans le format in-4° à un nombre d'exemplaires si prodigieux, surtout pour le temps où elles parurent, ont donné lieu à une question bibliographique sur laquelle je dois m'arrêter un instant avant de parler des éditions dont elles furent immédiatement suivies.

Chacune de ces Lettres ayant été l'objet de différents tirages et parfois de diverses compositions, on s'est demandé s'il serait possible de reconnaître les exemplaires qui proviendraient d'un premier tirage et de les considérer à ce titre comme formant une

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première édition. En examinant minutieusement ces textes primitifs au point de vue typographique, on arrive à distinguer les divers tirages dune même Lettre; on peut également reconnaître cette diversité en tenant compte des rares et légères corrections introduites dans le texte de certains exemplaires. Mais, comme presque toujours les impressions et les tirages furent simultanés ou immédiatement successifs, on comprend qu'il ne saurait y avoir place dans une telle combinaison pour une première édition proprement dite et qu'il ne faut pas l'y chercher. En réalité, ainsi que cela résulte du témoignage de Saint-Gilles, il n'y eut de véritable réimpression que pour les quatre premières Provinciales1.

La réimpression de ces quatre Lettres a été l'occasion de corrections typographiques et de quelques changements de style qui peuvent servir à distinguer les exemplaires qui en proviennent.

Dans la première Lettre, il y avait d'abord, page 4, ligne 20... : « Il faut être théologien pour en voir la fin : la différence qu'il y a entre nous est si subtile qu'à peine pouvons-nous la marquer nousmêmes. » — Ce passage a été ainsi modifié dans la

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