‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 22 sur 34 · The Moral Practice of the Jésuites, demonstrated by · texte numérisé non relu

The Moral Practice of the Jésuites, demonstrated by

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Il n'entre pas dans le cadre de cette Introduction d'énumérer les autres traductions des Provinciales qui se sont succédé en Angleterre jusqu'à nos jours. J'aurai à en parler ailleurs, en même temps que de celles qui furent plus tard publiées en Italie et en Allemagne. La renommée des Lettres Provinciales a commencé dès le premier moment chez nos voisins d'outre-Manche ; elle s'y est conservée depuis bientôt deux siècles et demi, fortifiée et accrue par celle des Pensées. On me permettra à ce propos de consigner ici le souvenir d'un entretien que j'eus avec M. Guizot au commencement de 1869. Macaulay avait une connaissance peu commune de notre littérature ; un jour qu'ils parlaient ensemble des chefs-d'œuvre qu'elle avait produits : « J'admire beaucoup les œuvres de vos grands écrivains, lui dit JMacaulay ; mais il y a deux ouvrages que j admire par-dessus tous les autres : ce sont les Provinciales de Pascal et les Lettres de Mme de Sévigné : j'ai beau les lire et les relire, je n'y puis trouver aucun défaut; c'est la perfection même. »

many remarkable Historiés of their Actions in ail parts of the World : eolleeted either from books of the greatest authority or most certain and unquestionable records and memorials.

Cette traduction n'était pas l'œuvre d'Evelyn, mais avait été faite pour lui par le docteur Tougue.

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Vous pourrez citer ces paroles, si vous en avez l'occasion, ajouta M. Guizot; ma mémoire les a conservées et je vous les rapporte exactement.

L'année suivante, Nicole publia sous le pseudonyme de Wendrock une traduction latine des Provinciales portant ce titre : ce Ludovici Montaltii Litterx provinciales de morali et politica Jesuitarum disciplina, à Willelmo Wendrockio, Salisburgensi Theologo, è gallicâ in Latinam linguam translata ; et theologicis notis illustratx quibus tum Jesuitarum advenus Montaltium criminationes repellentur, tum prxcipua Theologix moralis capita à novorum casuistarum corruptelis viiidicantur . — Colonise, apud Nicolaum Schouten, 1658. Un volume in-81. »

Nicole était un lettré, un humaniste dont la plume diserte et laborieuse était toujours prête. Elevé par son père dans le culte des écrivains de l'antiquité, la langue latine lui était comme natu-

1. La traduction de Nicole a eu six éditions. La sixième, qui fut publiée en 1700, cinq ans après la mort de Nicole, forme deux volumes petit in-12. Les autres sont in-8°. La première a 640 pages; la cinquième, publiée en 1679, en a 819. Toutes avaient été imprimées, non à Cologne, mais à Amsterdam, chez les Elzeviers. Le nom de Nicolas Schouten est un pseudonyme.

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relie, et il s'en servait aussi volontiers que de la langue française. Enfin il avait étudié les casuistes et connaissait les choses dont il est question dans les Provinciales ; il avait de concert avec Arnauld fourni une partie des matériaux dont Pascal avait fait usage ; il était même un jour intervenu activement dans cette grande polémique, et s'était jeté au fort de la mêlée en écrivant la Défense de la douzième lettre, qui fut publiée dans le même format que les Provinciales et a eu l'honneur de prendre place dans toutes les éditions des Petites Lettres. Nicole se trouvait donc à tous les titres comme appelé à faire passer cette oeuvre écrite de génie dans l'idiome qui était encore alors la langue universelle du monde savant.

« On assure, dit un des éditeurs du dix-huitième siècle, qu'il lut plusieurs fois Térence avant que de s'appliquer à cette traduction1. » On ne saurait affirmer, d'après un témoignage dont la source n'est pas indiquée, que Nicole s'était en effet préparé par une étude expresse du style de Térence à l'œuvre qu'il allait entreprendre. Mais la lecture de cet auteur lui était certainement familière, aussi

1. Discours préliminaire placé en tête des Provinciales, édition de 1754, in-12. Ce discours anonyme est de Rondet, dont j'ai à parler plus loin.

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bien que celle de Cicéron, et il s'est visiblement inspiré de l'un et de l'autre en plus d'un endroit. Dès la première ligne de sa traduction, on retrouve une réminiscence littérale du grand orateur romain. La première Provinciale commence par ces mots : « Nous étions bien abusés. » Nicole traduit ainsi : « Quanto in errore versati sumus! » — C'est l'expression même de Cicéron dans sa lettre à Q. Metellus : « Quantoque in errore versatus essem1. »

Traduire avec fidélité un style aussi substantiel que fin, aussi précis que délicat, aussi naturel qu'original, était une tâche des plus difficiles2. S'il faut en croire la préface de Nicole, sa traduction aurait été revue par Pascal lui-même : « Afin de n'omettre aucun soin, dit-il, jlai fait communiquer à Montalte ces lettres traduites en latin et il a bien voulu les corriger et leur donner son approbation3. »

1. Ciceronis Pars quarta, sive Epistolarum omnium LibrL... Lib. v, Epist. secunda, volum. I, p. 187 (éditde Lemaire).

2. Nicole a lui-même signalé la plus grande difficulté de sa tâche, en disant dans la préface de sa première édition : Mirum enim quantum in Montaltii Litteris temperamentum ; quàm periculosum sit eas vel mollire, vel acerbare ; quàmque vix possit ab ejus mente tantillum sine errore deflecti. »

3 « Ne quid accurationis deesset, has Epistolas latine jam expressas, ad ipsum Montaltium curavi trans-

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On ne peut mettre en doute, après l'assertion de Nicole, qu'il n'ait soumis sa traduction à l'approbation de Pascal ; on comprend d'ailleurs que c'était pour lui un devoir dont il ne pouvait se dispenser; mais il me paraît contraire à toute vraisemblance que Pascal se soit astreint à revoir dans le détail l'œuvre de son élégant traducteur. Il dut se borner à la parcourir, à en reconnaître l'exactitude habituelle quant au sens. Peut-être indiqua-t-il çà et là quelques corrections à apporter dans certains passages; mais nous ne saurions admettre qu'il se soit livré à une revision proprement dite, phrase par phrase, mot par mot, surtout à une époque où, déjà atteint par les souffrances corporelles qui

mittendas, quas ille et emendare et emendatas probare dignatus est. »

Nicole publiant sa traduction sous le nom supposé de Wendrock, théologien de Salisbury, on peut croire que c'est par une suite de cette fiction qu'il dit avoir fait transmettre sa traduction à Pascal, tandis qu'ils étaient l'un et l'autre à Paris, et n'avaient pas besoin d'intermédiaire pour conférer ensemble. Cependant je rencontre un témoignage duquel il résulterait que Nicole se serait retiré pendant quelque temps en Allemagne afin d'y terminer avec plus de sécurité les notes et les dissertations qui accompagnent sa traduction. En ce cas, il dut se rendre en Hollande pour l'impression du livre. (Voir l'Abrégé de l'Histoire ecclésiastique [par l'abbé Racine], tome XII, p. 108.)

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affligèrent ses dernières années, il partageait ses heures entre la rédaction des écrits polémiques qui suivirent immédiatement les Provinciales, le travail auquel il se livrait pour approfondir les problèmes de la grâce, et enfin la composition demeurée inachevée de son Apologie de la Religion.

Je crois à propos de présenter ces observations pour ceux qui, se fondant sur la supposition que Nicole aurait fait sa traduction sous les yeux et avec la collaboration de Pascal, seraient portés à considérer cette traduction comme une sorte de troisième ou quatrième édition donnée par l'auteur lui-même et par conséquent à y chercher de précieuses variantes. Comment pourrait-on d'ailleurs admettre ces variantes comme authentiques, c'est-à-dire comme émanées ou acceptées de Pascal lui-même, tant qu'elles n'auraient pas passé dans un texte français reconnu par lui et lui appartenant? Or ce texte imprimé ne se trouve nulle part.

Toutefois, si la traduction de Nicole ne peut fournir des variantes proprement dites, elle présente de nombreuses modifications, quand on la compare aux éditions in-4° et in-12, les seules qui fussent alors publiées1.

1. Un collectionneur connu par la patience avec laquelle il s'était appliqué à réunir les diverses éditions des Pro-

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Qui traduit trahit toujours un peu, comme dit le proverbe italien. Et il serait difficile qu'il n'en fût pas ainsi : la première condition pour traduire est sans doute de bien comprendre l'original, non seulement dans sa lettre, mais dans son esprit. Le traducteur n'est pas un lecteur comme un autre. Il lit en quelque sorte la loupe à la main; il veut saisir le sens dans toute sa clarté possible ; il l'explique au besoin, il le complète, le commente et le paraphrase, et sans le vouloir il se substitue parfois à son auteur, en cherchant à l'interpréter. Pas plus qu'un autre et moins peut-être, Nicole ne pouvait s'astreindre à une traduction littérale. Il y

vinciales, M. Basse, ne sachant comment se rendre compte de ces modifications, s'est imaginé que Nicole avait traduit sur une édition demeurée inconnue. « La comparaison, dit-il, des textes des deux éditions de Cologne, Pierre de la Vallée, 1657, petit in-12, avec la première édition de la traduction latine faite par Nicole en 1658, m'a fait reconnaître qu'il existe ici une lacune. Pascal a dû donner en 1657, ou dans les trois premiers mois de 1658, un texte corrigé. La découverte d'un exemplaire de cette édition, introuvée après quinze ans de recherches, serait bien précieuse pour moi". » — Elle le serait pour tout le monde; mais elle était impossible ; M. Basse, en y regardant de plus près, aurait reconnu qu'une traduction ne peut être un calque, et il se serait consolé aisément de n'être pas parvenu à découvrir ce qui n'a point existé.

a. Bulletin du Bibliophile, avril et mai 1846, 7e série, p. 733.

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avait à cela plusieurs raisons. Théologien et écrivain de profession, pourquoi se serait-il interdit le droit d'apporter à l'œuvre de Pascal certains changements qui lui semblaient dictés par l'intérêt même de cette œuvre? Pourquoi aurait-il gardé de tels ménagements envers ce mathématicien qui écrivait par occasion et pour ainsi dire en amateur? Comment ne se serait-il pas persuadé qu'en lui prêtant les grâces d'une élégante latinité, il améliorait, il embellissait en plus d'un endroit le modèle qu'il avait à reproduire?

De plus, il ne faut pas oublier que si les Provinciales sont un ouvrage profondément personnel et original par le génie de l'auteur, elles étaient par leur objet, par le milieu où elles avaient pris naissance, une composition à certains égards collective.

Pascal, en effet, était entré dans la lutte pour le compte d'autrui. S'il y apporta presque aussitôt le sentiment passionné qui s'alliait chez lui avec l'élévation de la pensée et la force du raisonnement; s'il ne tarda pas à combattre pour son propre compte et pour ce qu'il jugeait être l'intérêt général de la morale chrétienne et de l'Eglise, il avait eu d'abord pour clients Arnauld et Port-Royal. On mettait à sa disposition les nombreux écrits aujour-

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d'hui oubliés qui précédèrent les Provinciales*; on lui fournissait des notes, des citations ; quoi de plus naturel qu'il prêtât de même son attention, pour le bien de la cause commune, aux observations qui lui étaient présentées aussi bien sur la forme et le style que sur le fond des Petites Lettres, par des bommes tels qu'Arnauld et Nicole qui prétendaient sans doute être bons juges en pareille matière, et surtout se considéraient à juste titre comme personnellement intéressés, eux et leurs amis, au succès de ces Lettres? L'œuvre sortie de la plume d'un seul semblait appartenir à tout un parti. Chacun s'y identifiait comme à son œuvre propre, et il dut arriver plus d'une fois que ceux qui furent chargés de surveiller les impressions faites à l'étranger, ou en France dans des ateliers clandestins, ne se firent aucun scrupule d'insérer dans les épreuves qu'ils corrigeaient, des substitutions de mots et même des changements de style dont l'auteur demeurait en définitive le seul juge et qu'il n'approuvait pas toujours*.

1. Je possède plusieurs recueils in-4°, contenant la plus grande partie de ces écrits, et qui proviennent de la bibliothèque même de Pascal. J'aurai occasion d'en faire usage dans l'Histoire de sa vie et de ses ouvrages.

2. Je reviens plus loin sur cette observation à propos de l'édition de. 1659.

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Nicole pouvait en user avec plus de liberté en sa qualité de traducteur, et il ne se fit pas faute d'introduire sous le couvert de sa latinité, dans l'œuvre de Pascal, les retouches et les modifications de style qui lui parurent commandées par les convenances de l'idiome latin, ou propres à faire ressortir dans toute sa force et à compléter le sens de l'auteur. Il ne s'interdit même pas la faculté de supprimer ou d'ajouter des membres de phrases, selon qu'il le croyait utile pour éclaircir un passage ou le faire mieux goûter du lecteur.

L'étude comparée des textes de Nicole et de Pascal pourrait donner* lieu à des rapprochements et à des commentaires qui ne seraient pas sans intérêt; mais elle excéderait les limites de cette Introduction. Je dois me restreindre à un petit nombre de citations, qui suffiront à justifier l'appréciation que je viens d'émettre sur la façon dont Nicole s'acquitta d'une tache dont les difficultés eussent découragé un esprit moins préparé et appliqué que le sien.

J'emprunte ces citations aux XII premières Provinciales, contenues dans le présent tome.

Lettre lre, 3e alinéa : « On examine deux questions: l'une de fait, l'autre de droit.

Celle de fait consiste à savoir si M. Arnauld est téméraire pour avoir dit dans sa seconde Lettre :

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