Theologicis nutis illustrai m, dit le titre
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à l'imitation de Pascal1. Puis viennent les Disquisitiom déjà publiées par lui sous le pseudonyme de Paul Irénée, et dans lesquelles il discute l'opinion émise par le P. Annat sur l'efficacité de la grâce ; et enfin un écrit pareillement composé par lui qui explique le sens des votes émis par les Treize théologiens auxquels le pape Innocent X avait confié l'examen des Cinq Propositions.
Si je m'arrête aussi longuement sur la traduction de Nicole, c'est qu'elle m'a paru présenter par rapport à l'histoire bibliographique des Lettres Provinciales un intérêt tout particulier. C'est en effet du travail considérable auquel il venait de se livrer, que Nicole s'est inspiré et autorisé pour donner l'édition de 1659, qui occupe une place importante dans cette histoire. Ayant été publiée trois ans avant la mort de Pascal et la dernière qui ait été donnée de son vivant, il était naturel de penser que l'auteur n'avait pas été étranger à la revision de cette édition, et elle a pu être considérée à ce titre comme offrant un texte vraiment authentique et même définitif. Cette opinion a été généralement admise, et le texte de 1659 a été le plus habituel-
1. Willelmi Wendroekii Dialogus, Epistolœ decimœoctavae illustrandee serviens.
en LES PROVINCIALES.
lement reproduit dans les éditions multipliées qui se sont succédé depuis lors sans interruption jusqu'à nos jours. Cette préférence est-elle suffisamment justifiée? C'est ce que je vais examiner.
L'édition de 1659, qui suivit de très près la traduction latine, fut publiée sous ce titre : Les Provinciales ou les Lettres écrites par LOUIS DE MONTALTE à un de ses amis et aux RB. PP. Jésuites. Arec la Théologie morale desdits Pères et nouveaux casuistes, représentée par leur pratique et par leurs livres; di risée eu cinq parties. — A Cologne, chez Nicolas Schoute, 1659, in-8.
Cette édition, qui était la quatrième en comptant la publication primitivement faite dans le format in-4, sortait, comme les deux éditions in-12 et la traduction de Nicole, des presses de Louis et Daniel Elzevier, à Amsterdam. Elle forme un gros volume imprimé en beaux caractères, dans lequel le texte des Provinciales occupe 320 pages, non compris 1' 'Avertissement dont j'ai eu à parler précédemment*
1. J'ai expliqué, page lv et suivantes, comment cet Avertissement avait d'abord été écrit en vue de XVII Lettres seulement.
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et dans lequel Nicole, outre quelques légères modifications de style, a ajouté, ainsi qu'il lavait déjà fait dans le texte latin placé en tête de sa traduction, un paragraphe où sont mentionnées les circonstances qui amenèrent Pascal à écrire sa XVIIIe Lettre, adressée au P. Annat.
A la suite des Provinciales viennent de nombreux documents destinés à mettre en tout son jour la Théologie morale des Jésuites ; ils composent un recueil de plus de 700 pages, imprimé en petit caractère et portant un titre spécial ' indépendamment de l'indication sommaire comprise dans le titre général du volume.
Les pièces qui composent ce recueil ont surtout pour objet, ainsi que l'indique le titre qu'il porte, de faire mieux connaître les condamnations et les censures encourues par les maximes des nouveaux
J. Voici ce titre : La Théologie morale des Jésuites et nouveaux casuistes, représentée par leur pratique et par leurs livres ; condamnée il y a déjà longtemps par plusieurs Censures, Décrets d'Universités et Arrêts de Cours souveraines; nouvellement combattue par les curés de France, et censurée par un grand nombre de Prélats et par des Facultés de Théologie catholiques : divisée en cinq parties qui se peuvent voir sur la page suivante. — A Cologne, chez Nicolas Shoute, 1659. — (Au-dessous de ce titre figure la tête de Méduse, qui est un des attributs des impressions elzéviriennes.)
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casuistes avant et surtout depuis les Provinciales. On y trouve notamment les Écrits des curés de Rouen et de Paris relatifs à Y Apologie pour les casuistes, avec les censures épiscopales quelle provoqua. Ces divers documents, primitivement publiés dans le format in-4, formaient comme autant de pièces justificatives des Provinciales; Nicole n'avait fait que les recueillir et les mettre en ordre, mais il avait rendu par là un nouveau service à la cause de Port-Royal et contribué à constater une fois de plus le succès des Provinciales, qui semblait alors être un triomphe.
Quelle fut la participation de Pascal dans cette nouvelle publication ? J'ai mentionné plus haut, en parlant de la traduction latine des Provinciales, la déclaration faite par Nicole, qu'il avait communiqué le manuscrit de sa traduction à Pascal, qui avait bien voulu le revoir et l'approuver. J'ai expliqué la portée qu'il convenait selon moi d attribuer à cette assertion ; et comment Pascal avait dû se borner à une revision des plus sommaires et à une approbation générale. J'ajouterai ici aux considérations que j'ai présentées à l'appui de mon opinion, que la gratitude indulgente de l'auteur pour le travail de son traducteur avait bien pu entrer aussi pour quelque chose dans cette approbation.
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Quoi qu'il en soit, il est aisé de comprendre que si Pascal avait laissé passer sans y contredire une foule d'expressions et de phrases ajoutées ou supprimées dans une œuvre de traduction dont il n'était pas responsable, il serait difficile d'admettre que ces modifications eussent été introduites dans une nouvelle édition des Provinciales portant le nom de Louis de Montalte, c'est-à-dire le sien, sans son consentement préalable et formel. Or l'édition de 1659 offre de nombreuses modifications empruntées à la traduction de Nicole. Pascal a-t-il été prié de les revoir en détail et les a-t-il rendues siennes en les adoptant? J'ai vainement cherché une preuve ou un indice qui permît de répondre affirmativement à cette question.
Nicole, qui très probablement avait partagé avec Saint-Gilles le soin de revoir les épreuves des Provinciales, savait par sa propre expérience combien le sentiment de l'écrivain était chez Pascal exigeant et délicat. Il dut lui arriver plus d'une fois, ainsi qu'aux autres reviseurs des Petites Lettres, que des corrections qu'il avait indiquées, les jugeant bonnes, n'avaient pas été adoptées par Pascal. 11 savait donc combien il lui serait difficile d'obtenir son assentiment aux nombreux changements, même à ceux de moindre détail, qui distinguent l'édition
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de 1 659. Il est donc à présumer qu'il ne le demanda point, et que, s'autorisant de l'approbation précédemment donnée par l'auteur des Lettres à sa traduction latine, il se contenta de la simple tolérance de Pascal, qui, malade comme il était alors et engagé dans les travaux les plus sérieux, n'avait certainement ni le loisir ni le désir de reviser minutieusement une nouvelle édition, dont la préparation devait être d'ailleurs urgente si l'on considère les circonstances dans lesquelles elle se produisit.
L'édition de 1659 fut provoquée en effet, ce me semble, par la publication des documents dont j'ai parlé plus haut et qui pour la plupart avaient paru après la traduction de Nicole. Ils étaient la conséquence de l'irrésistible mouvement d'opinion qu'avait suscité la lecture des Provinciales dans la société d'abord, puis clans les rangs du clergé.
La voix de Pascal avait fini par émouvoir profondément le monde religieux : ceux qui avaient charge dames voulurent se rendre compte par eux-mêmes des accusations élevées contre certains livres des casuistes, et ils en reconnurent la vérité; enfin Y Apologie pour les casuistes, si imprudemment mise au jour par un Père Jésuite, avait excité la sollicitude des curés de Rouen et de Paris et provoqué la censure de plusieurs évêques. Ni-
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cole et les autres amis de Port-Royal jugèrent alors opportun de réimprimer, en les réunissant en un volume, toutes les pièces qui pouvaient servir à faire connaître un état de choses si favorable à leur cause, qui semblait devenir celle de l'Eglise entière. Comment ne pas associer Pascal à un succès aussi éclatant et qui pour la meilleure part devait être rapporté à l'auteur des Provinciales ? Pascal avait même contribué tout récemment à la composition des Ecrits des curés de Paris; nous le savons aujourd'hui et nous pouvons le dire ; mais en 1659 on devait l'ignorer et ne pas découvrir le nom de Pascal. Le seul moyen de s'acquitter envers lui était donc de réimprimer les Provinciales pour les placer à la tête du recueil dont je viens de parler. Telle dut être l'occasion toute naturelle de cette nouvelle et belle édition. Les fautes typographiques que l'on y remarque sont une preuve de la rapidité avec laquelle elle fut exécutée, et l'on peut supposer non sans vraisemblance que le recueil qu'elle devait précéder était déjà imprimé, du moins en grande partie, quand elle fut mise sous presse1.
1. On en trouverait peut-être un indice dans cette circonstance que la marque elzévirienne de la tête de Méduse qui figurait sur les premières éditions de la traduction latine, se trouve sur le titre du recueil, tandis que celui des Provinciales de 1659 porte un simple fleuron.
cvin LES PROVINCIALES.
D'un autre côté, les nombreux emprunts faits à la traduction latine et introduits dans l'édition française de 1659 montrent que cette édition a eu Nicole pour principal auteur1. Si Pascal lui avait prêté une coopération active et lui avait donné seulement une approbation formelle, il est à croire que Nicole n'eût pas manqué de le dire et de s'en prévaloir dans quelques lignes au moins d'avant-propos, au lieu de reproduire une fois de plus en tête d'une édition qu'il devait considérer comme la meilleure qui eût encore paru, le même Avertissement qu'il avait déjà fait figurer en tête des deux éditions in- 12 de 1657 et de sa traduction latine de 1658.
En résumé, je crois pouvoir conclure de ce que je viens d'exposer que Pascal n'eut aucune part à l'édition de 1659, et que c'est à Nicole, assisté de
1. M. Lesieur, dans son intéressante publication du Texte primitif des Provinciales, que j'ai précédemment citée, a signalé ces emprunts ; mais, par une inadvertance étrange de la part d'un lettré aussi consciencieux, il suppose que Nicole aurait emprunté à cette même édition de 1659 les variantes qui figurent dans sa traduction, tandis que c'est tout l'inverse.
La traduction de Nicole suivit immédiatement la première publication in-4 et les deux éditions in-12 des Provinciales. Quant à l'édition de 1659, elle n'est venue qu'après la traduction.
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quelque collaborateur inconnu', qu'elle doit être attribuée.
Lorsque je pensai à préparer une édition nouvelle, et s'il se pouvait définitive, des Provinciales, qui devait prendre place dans les OEuvres de Pascal que M. L. Hachette, l'éminent fondateur de la Librairie qui garde son nom, m'avait fait l'honneur de venir me demander pour la collection des Grands Écrivains, deux combinaisons se présentèrent d'abord à mon esprit. L'une consistait à puiser le texte dans les divers exemplaires comparés de l'édition originale in-4, en indiquant au bas des pages les variantes contenues dans les deux éditions in-12 de 1657 et dans celle de 1659. L'autre, conçue en sens inverse, eût été de reproduire simplement le texte de cette dernière édition, en mettant en note les variantes empruntées aux textes originaux.
J'hésitais entre ces deux systèmes, quand j'eus connaissance, par le catalogue d'une bibliothèque qui allait être vendue aux enchères, d'un manuscrit qui fixa mon attention. Il contenait les Provinciales. Il me fut permis de le parcourir avant de
1. Peut-être les auteurs des corrections écrites en marge des épreuves dont le recueil a été publié par M. Lesieur.
ex LES PROVINCIALES.
donner commission pour l'enchérir. Je reconnus au premier coup d'œil qu'il était à n'en pas douter contemporain de Pascal, et n'avait rien de commun avec certaines copies faites sur l'imprimé, que l'on rencontre quelquefois et qui n'ont d'autre intérêt que d'attester la passion ou la patience de l'amateur qui a reproduit, avec l'exactitude d'un calque, le titre, le nom du libraire, et le millésime du livre1.
Ce manuscrit, dont je devins l'acquéreur, m'a fourni le texte entier de la présente édition. Il provenait de la bibliothèque de M. Rousselin de Saint-Albin, qui était alors une des plus considérables qu'il y eût à Paris parmi les collections particulières4.
C'est un petit in-4, qui par le caractère de l'écriture, par l'orthographe et par la nature du papier me sembla à première vue appartenir au milieu du
1 . J'ai dans ma bibliothèque deux de ces copies, que je conserve à titre de simple curiosité.
2. Elle comprenait environ 60,000 volumes et fut vendue après la mort de M. de Saint-Albin, en 1850. Le manuscrit des Provinciales figure dans le catalogue sous le n° 3,438. — M. Rousselin de Corbeau, comte de Saint- Albin, ne' en mars 1773, mort le 15 juin 1847, à Paris, appartenait à une ancienne famille du Dauphine' ; il était fils du lieutenant-colonel d'artillerie Laurent de Corbeau, mort en 1813, qui a laissé un ouvrage intitulé : Formation des Etals de l'Histoire moderne; Paris, 1813, in-12.
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dix-septième siècle. Un examen récent et plus approfondi de cette question de date m'a donné la persuasion que le Manuscrit a dû être écrit immédiatement après l'édition de 1659. L'écriture, dont je ne suis pas parvenu jusqu'à présent à établir l'identité, est régulière et nette, quoique très fine et serrée ; elle est aisée et annonce une certaine application qui n'est pas celle d'un simple copiste. Au premier aspect, j'avais cru y reconnaître la main de M. de Pontcliateau, alors âgé de vingt-trois ans, ou celle de son ami M. de Saint-Gilles ; mais après vérification j'ai reconnu qu'il n'y avait qu'une simple analogie entre l'écriture du manuscrit et les diverses écritures datant du même temps et provenant du même milieu, y compris, par exemple, celle d'Etienne Périer, neveu de Pascal. Sans avoir la force d'une démonstration absolue, la constatation de cette analogie peut contribuer à établir l'authenticité du Manuscrit.
Il n'y a aucun titre ni sur le dos ni au commencement du volume. Les pages ne sont pas numérotées; elles sont au nombre d'environ 320, y compris Y Avertissement • qui est en tête du volume, et le feuillet blanc qui précède presque toujours chaque Lettre.
l.-Voir l'Appendice n° III, à la fin de ce tome.
cxn LES PROVINCIALES.
La reliure, qui est en veau plein, a dû être à la fois simple et élégante; les intervalles des nerfs sont remplis par des fleurons dorés; la tranche du volume, maintenant décolorée, avait été marbrée. J'entre dans ces minutieux détails pour montrer le prix que le premier possesseur de ce Manuscrit attachait à sa conservation. Enfin, bien que noircie et usée par le temps, cette reliure est assez bien conservée cependant pour qu'il soit facile de reconnaître qu'elle date de la même époque que l'écriture, ce qui fournirait au besoin une preuve incontestable de l'ancienneté du Manuscrit.
Sur la première garde du volume se trouve une note ainsi conçue : Manuscrit du grand Pascal. — Ce manuscrit est celui que l'auteur a refait pour la dernière édition de ses immortelles Provinciales.
Cette annotation est moderne ; elle pourrait remonter tout au plus à la fin du dernier siècle, et peut-être est-elle d'une date plus récente. Le mouvement facile et cursif de l'écriture dénote, si je ne me trompe, la main d'un lettré. Toutefois l'auteur de l'annotation a commis une grave erreur s'il a cru, comme on devrait le supposer en prenant son assertion à la lettre, que le Manuscrit qu'il avait sous les yeux était un autographe de Pascal. Aussi l'annotation, tjui avait vivement attiré mon
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attention quand je l'avais aperçue dans le catalogue où elle était transcrite, m'avait-elle inspiré d'abord une grande méfiance, qui s'est dissipée, je me hâte de le dire, aussitôt que j'ai pu examiner le contenu du volume. Je me suis trouvé en présence d'un texte évidemment meilleur que celui de toutes les éditions, y compris "celles qui avaient paru du vivant de Pascal.
Quel était donc celui qui avait écrit avec tant d'assurance ces trois lignes sur la garde du Manuscrit? Et où avait-il puisé le motif d'une affirmation conçue en des termes à la fois exagérés et trop succincts? J'avais vainement cherché, en confrontant plusieurs écritures connues avec celle de l'annotation, d'en découvrir l'auteur, quand j'eus l'idée de me renseigner auprès de l'un des fils de M. Rousselin de Saint-Albin1. Il ne possédait malheureusement aucune indication sur la provenance du Manuscrit; mais il n'hésita pas à me dire que l'annotation était bien de son père, et la comparaison d'écritures qu'il me permit de faire ne me laissa aucun doute à cet égard.
Du reste, M. Rousselin de Saint-Albin était aussi
1. M. Philippe de Saint-Albin, ancien bibliothécaire de l'Impératrice Eugénie. Son obligeance était parfaite et il est mort regretté de tous ceux qui l'ont connu.