LES PROVINCIALES. I — H
cxiv LES PROVINCIALES.
un lettré, et il avait publié en 1T98 une Vie de Hoche, où bien jeune encore il annonçait, malgré quelque emphase révolutionnaire, une facilité d'écrire qui n'était pas sans talent. Il avait fait d excellentes études classiques au collège d'Harcourt. C'était un esprit cultivé et un bibliophile aussi érudit que curieux, comme l'atteste l'importance de la bibliothèque vendue après sa mort. Il n'était donc pas sans compétence pour écrire la note dont il s'agit; il est vrai que la façon dont il l'a rédigée laisse beaucoup à désirer; mais il était bien excusable de ne pas connaître récriture de Pascal, alors plus rare encore et moins accessible que de nos jours. Enfin, comme l'on ne saurait supposer que le fait qu'il affirme ait été une pure invention de sa part, on doit croire qu'il la énoncé d'après un témoignage maintenant ignoré, mais qui lui avait paru digne de confiance. Il est sans doute regrettable qu'il n'ait pas indiqué la provenance du Manuscrit ni aucune des circonstances qui nous auraient mis en mesure d'en apprécier l'importance. Mais, à défaut de ces témoignages en quelque sorte extérieurs, l'examen minutieux du Manuscrit m'en a offert un autre plus essentiel, et m'a montré que, si l'annotation était inexacte quant aux expressions, elle ne l'était pas pour le fond. Il est en effet
INTRODUCTION. cxv
résulté de l'étude comparative à laquelle je me suis livré, que le Manuscrit contenait en réalité un texte non pas nouveau et refait, mais offrant de très nombreuses modifications qui ajoutent encore à la correction et à la justesse du style déjà si pur de F incomparable écrivain.
En relisant, à cette occasion, la préface mise par Nicole en tète de sa troisième édition latine, publiée en 1660, j'ai retrouvé un passage où, après avoir mentionné le soin extraordinaire apporté par Pascal dans la rédaction des Provinciales, à partir de la Ve, il ajoute : Quem tantum Unix laborem in tam ardenti irujenio minus mirabitur, qui notent eumdem in minutissimis qui busqué nxvis detegendis ita sagacem esse, ut qux alii penè mirentur, ipse impatienter fer et ! .
La première fois que je rencontrai cet intéressant passage de Nicole, avant de connaître le Manuscrit qui m'occupe en ce moment, il ne me causa aucune surprise, mais il me fit éprouver un profond regret. « Si Pascal, écrivais-je alors, dont
1. Voici ma traduction ; « On sera moins étonné qu'un aussi ardent génie se soit assujetti à tant de travail pour perfectionner son œuvre, quand on saura avec quelle sagacité il découvrait les taches même les plus légères : à tel point qu'il ne supportait qu'avec impatience ce que les autres étaient disposés à admirer. »
cxvi LES PROVINCIALES.
les dernières années furent absorbées par les discussions que suscitèrent les questions de la grâce et du formulaire et par les méditations qu'il consacrait à son Apologie de la Religion chrétienne, avait eu assez de loisir pour revoir le style des Provinciales, avec ce sentiment passionné de l'exactitude et de la vérité qu'il apportait en toutes choses, afin d'en donner une nouvelle édition, nous posséderions aujourd'hui un texte qui ne laisserait rien à désirer, et serait véritablement définitif1. »
Après le long usage que j'ai fait du Manuscrit, que j'ai dû lire plusieurs fois pour en reproduire le texte intégral, et indiquer au bas de chaque page de mon édition les leçons différentes que présentent les éditions antérieures, je crois être autorisé à dire que ce texte a été revu par Pascal luimême. Lui seul en effet était en état d'apporter dans un pareil travail ce goût sévère et pour ainsi dire infaillible que l'on y remarque; que Nicole trouvait peut-être exagéré, mais auquel il a rendu un témoignage d'autant plus précieux qu'il en parlait d'après sa connaissance personnelle.
J'avais entrepris de faire un relevé de toutes les corrections entièrement nouvelles que contient le
1. Je retrouve et je me permets de reproduire ici ce peu de lignes, qui rentrent dans mon sujet.
INTRODUCTION. cxvn
Manuscrit, en y joignant quelques notes concises pour indiquer les plus remarquables à l'attention du lecteur; mais ce relevé occuperait une trop grande place dans cette Introduction. Je me borne donc à en donner ici un extrait qui, bien qu'il ne se réfère qu'à quelques-unes des Provinciales, suffira pour donner une idée assez exacte des changements que présente le Manuscrit comparé à l'édition primitive in-4 et aux autres éditions qui ont suivi. Il sera d'ailleurs facile au lecteur de se rendre lui-même plus complètement compte du nombre et de la valeur de ces corrections, au moyen des indications mises au bas des pages de la présente édition.
lre Provinciale. Le manuscrit : « ....Tant d'assemblées d'une Compagnie aussi célèbre que la Faculté de Paris, ....qu'on ne peut croire qu'il n'y en ait quelque sujet bien extraordinaire ». — Vin-k et les autres éditions : « .... aussi célèbre qu'est la Faculté de théologie de Paris, ....qu'on ne peut croire qu'il n'y en ait un sujet bien extraordinaire. »
Le manuscrit : « La question est de savoir.... » — L'in-k et les autres éditions : « La question sur cela est de savoir.... »
Le manuscrit : « Mais si je ne craignois aussi d'être téméraire, je suivrois, ce me semble, l'avis de la plupart des gens que je vois.... » — Uin-k et les autres éditions : « ....je crois que je suivrois l'avis.... »
cxmii LES PROVINCIALES.
Le manuscrit : « ....Je crains que celte censure.... ne donne à ceux qui en sauront l'histoire une idée toute opposée à la conclusion. » — L'in-k et les autres éditions : « une impression toute opposée à la conclusion. »
Le manuscrit : « Sur quoi nous pensions vous et moi qu'il étoit question d'examiner les plus grands principes de la Grâce, comme si elle n'était pas donnée à tous les hommes, ou bien si elle étoit efficace; mais nous nous étions trompés. » — L'in-k et les éditions suivantes : « ....de la grâce, comme si elle n'est pas donnée à tous les hommes, ou bien si elle est efficace; mais nous étions bien trompés. »
Le manuscrit : « ...Que les examinateurs avoient dit, même en Sorbonne, que cette opinion est problématique. » — L'in-k et les autres éditions: « .... Que les examineurs mêmes avoient dit en pleine Sorbonne.... »
Le manuscrit : « Je lui fis excuse de n'avoir pas bien pris son sentiment, et je le priai de me dire s'ils ne condamneroient pas au moins cette autre opinion des Jansénistes.... » — L'in-k et les éditions suivantes : « Je lui lis excuse d'avoir mal pris son sentiment, et je le priai de me dire s'ils ne condamneroient donc pas au moins cette autre opinion.... »
Le manuscrit : « ....Je feignis d'être fort des siens, et lui dis : seroit-il possible que la Sorbonne introduisît dans l'Église cette erreur.... » — L'in-k et les autres éditions : « .... seroit-il bien possible que la Sorbonne.... »
Le manuscrit : « Voyez donc, me dit-il, si vous ne connaissez aucun de ceux que je vas vous nommer.... J'en connus effectivement quelques-uns. » — L'in-k et
1NTH0DUCTI0N cxix
les éditions suivantes : « Si vous ne connoitrez point
quelqu'un de ceux que je vous vas nommer.... J'en connus en effet quelques-uns. »
Le manuscrit : « Et avoir le pouvoir prochain de voir, lui dis-je, c'est être en plein jour et avoir bonne vue, car qui auroit bonne vue dans l'obscurité n'auroit pas le pouvoir prochain de voir, selon vous; puisque la lumière lui manquerait sans laquelle on ne voit point. » — Vin-k et les autres éditions : « C'est avoir bonne vue et être en plein jour. Car qui auroit bonne vue dans l'obscurité n'auroit pas le pouvoir prochain devoir, selon vous; puisque la lumière lui manqueroit, sans quoi on ne voit point. »
Le manuscrit: « .... Sans qu'il soit nécessaire qu'ils aient de Dieu aucune nouvelle grâce pour prier. » Vin-k et les autres éditions : « .... qu'ils aient aucune nouvelle grâce de Dieu pour prier. »
Le manuscrit : « .... Je connois un homme qui dit que tous les justes ont toujours le pouvoir de prier Dieu, mais que néanmoins ils ne prieront jamais sans une grâce efficace qui les détermine et laquelle Dieu ne donne pas toujours à tous les élus. » — Vin-k et les autres éditions : « ....et laquelle Dieu ne donne pas toujours à tous les justes. »
IIIe Provinciale. Le manuscrit : « Je vous avoue, Monsieur, qu'elle (la censure prononcée contre Arnauld) m'a extrêmement surpris.... Vous admirerez comme moi que tant de belles préparations se soient anéanties sur le point de produire un si grand effet. » — Vin-k et les autres éditions : « .... que tant d'éclatantes préparations.... »
Le manuscrit : « Pour l'entendre avec plaisir, sou-
cxx LES PROVINCIALES.
venez-vous, je vous prie, des étranges impressions qu'on nous donne depuis si longtemps des Jansénistes. » — L'in-k et les autres éditions : « .... ressouvenez-vous.... »
Le manuscrit : « On lui a donné (à Arnauld) pour examinateurs ses plus déclarés ennemis. » — L'in-k et les autres éditions : « On lui donne.... »
Le manuscrit : « Toute la chrétienté avoit les yeux ouverts pour voir clans la censure de ces docteurs ce point si imperceptible au commun des hommes. » — L'in-k et les autres éditions : « ....ce point imperceptible.... »
Le manuscrit: « Cependant M. Arnauld fait son apologie.... » — L'in-k et les autres éditions : « ses apologies.... »
Le manuscrit : « .... Est-ce là tout ce qu'ont pu faire durant si longtemps tant de docteurs acharnes sur un seul, que de ne trouver dans tous ses ouvrages que trois lignes à reprendre, et qui sont tirées des plus grands docteurs de l'Église grecque et latine? » — L'in-k et les autres éditions : « .... tant de docteurs si acharnés.... et qui sont tirées des propres paroles des plus grands docteurs.... »
Le manuscrit : « J'en ai donc vu un fort habile (un des docteurs de Sorbonne) que je priai de me marquer les circonstances de cette différence, parce que je lui avouai franchement que je n'y en voyois aucune. » — L'in-k et les autres éditions : « .... que je priai de me vouloir marquer les circonstances de cette différence, parce que^'e lui confessai franchement — »
Le manuscrit : « A quoi il me répondit en riant : Que \ous êtes simple de croire qu'il y en ait ! » — La plu-
INTRODUCTION. cxxi
part des exemplaires in-k et toutes les éditions suivantes : « A quoi il me répondit en riant, comme s'il eût pris plaisir à ma naïveté1 : Que vous êtes simple de croire qu'il y en ait ! »
Le manuscrit : « .... Et quoique à force d'en montrer (de la censure) l'invalidité, il est certain qu'on la fera entendre.... » — L'in-k et les autres éditions . « .. . il soit certain.... »
Le manuscrit : « Voyez donc combien il y a d'utilité à cela pour les ennemis des Jansénistes. » — L'in-k et les autres éditions : « .... d'utilité en cela.... »
Le manuscrit : « C'est dans cet esprit que dès le commencement de leurs assemblées.... » — L'in-k et les autres éditions : « des assemblées.... »
Le manuscrit : « J'y ai appris que c'est ici une hérésie d'une nouvelle espèce. » — L'in-k et les autres éditions : « J'y ai compris.... »
Le manuscrit : « .... Il n'est pas hérétique pour ce qu'il a dit ou écrit, mais seulement parce qu'il est M. Arnauld. » — L'in-k et les autres éditions : « .... mais seulement pour ce qu'il est M. Arnauld. »
IVe Lettre. Le manuscrit: « .... C'est, me répondit-il, que nous voulons que Dieu donne des grâces actuelles à tous les hommes, à chaque tentation, parce que nous soutenons que si l'on n'avoit point de grâce actuelle à chaque tentation pour n'y point pécher, quelque péché que l'on commît, il ne pourroit jamais être
1 . Les mots ici soulignés ont été avec raison supprimés, car, rendus inutiles par ceux qui les précèdent et ceux qui les suivent, ils n'étaient qu'une superfétation. Nicole les a traduits : Ille verà quasi simplicitate meâ delectatus ; mais il s'est abstenu de traduire les mots en riant.
txxu LES PROVINCIALES.
imputé. » — L'in-k et les autres éditions : « C'est, me répondit-il, en ce que nous voulons que Dieu...; que si l'on n'avoit pas à chaque tentation la grâce actuelle pour n'y point pécher.... »
Le manuscrit : « Voyez-vous, me dit le Père, comment il parle des péchés d'omission et de commission?.... » — L'in-k et les autres éditions : « Voyez-vous, me dit le Père, comme il parle des péchés d'omission et de ceux de commission? »
Le manuscrit : « .... 11 (M. le Moine) enseigne que pour qu'une action soit péché, il faut.... » — L'in-k et les autres éditions : « Il enseigne que pour faire qu'une action soit péché. »
Le manuscrit : « .... Us n'ont jamais connu ni leur infirmité, ni le médecin qui les peut guérir.... » — L'in-k et les autres éditions :«.... Ni le médecin qui la peut guérir.... »
Le manuscrit : « Leur vie est une continuelle recherche de toutes sortes de plaisirs dont jamais le moindre remords n'a interrompu le cours. Tous ces excès me faisoient croire leur perte assurée; mais, mon Père, vous m'apprenez que tous ces excès rendent leur salut assuré. » — L'in-k et les autres éditions : « Leur vie est dans une recherche continuelle de toutes sortes de plaisirs dont.... Tous ces excès me faisoient croire leur perte assurée ; mais, mon Père, vous m'apprenez que ces mêmes excès rendent.... »
Le manuscrit : « Et quoi, est-ce là l'hérésie des Jansénistes, de nier qu'à chaque fois qu'on fait un péché il vienne un remords de la conscience, malgré lequel on ne laisse pas de franchir le saut et de passer outre, comme dit le P. Bauny? » — L'in-k et les autres édi-
INTRODUCTION. cxxm
lions: « .... H vient un remords troubler la conscience, malgré lequel on ne laisse pas.... »
Le manuscrit : « ....Vous feriez bien, mon Père, pour conserver votre doctrine, de n'expliquer pas si clairement que vous avez fait, ce que vous entendez par grâce actuelle. » — L'in-k et les autres éditions : « ....de n'expliquer pas aussi nettement que vous nous avez fait.... »
Le manuscrit : « ....que ceux qui crucifioient J.-C. avoient besoin du pardon qu'il demandoit pour eux, quoiqu'ils ne connussent point la malice de leur action et qu'ils ne l'eussent jamais faite, selon saint Paul, s'ils en avoient eu la connoissance? » — L'in-k et les autres éditions: « ....qu'ils ne l'eussent jamais faite, selon saint Paul, s'ils en eussent eu la connoissance.... »
Le manuscrit: «Et enfin ne suffit-il pas que J.-G. nous ait appris qu'il y a deux sortes de pécheurs.... »
— Uin-k et les autres éditions : « ....que J.-G. lui-même nous ait appris qu'il y a de deux sortes de pécheurs.... »
Le manuscrit : « Au moins ne nierez-vous pas que les justes ne pèchent jamais sans que Dieu leur donne.... »
— L'in-k et les autres éditions : « .... au moins vous ne nierez pas.... »
Le manuscrit: « ....Cela n empêche pas, selon les Pères., qu'ils n'aient péché dans ces occasions. » — L'in-k et les autres éditions : « .... Ce qui n'empêche pas, selon les Pères.... »
Le manuscrit : « .... et que les plus saints doivent toujours demeurer dans la crainte et le tremblement, quoiqu'ils ne se sentent coupables d'aucune chose, comme saint Paul le dit de lui-même? » — L'in-k et les autres éditions : « .... dans la crainte et dans le trcm-
cxxiv LES PROVINCIALES.
blemcnt, quoiqu'ils ne se sentent coupables en aucune chose.... »
Le manuscrit : « Car comment pourroit-on concevoir que ces âmes si pures qui fuient avec tant de soin et d'ardeur les moindres choses qui peuvent déplaire à Dieu, aussitôt qu'elles s'en aperçoivent, et qui pèchent néanmoins chaque jour.... » — L'in-k et les éditions suivantes : « ....Et qui pèchent néanmoins plusieurs fois chaque jour.... »
Le manuscrit : « .... Et que malgré toutes ces inspirations ces âmes si zélées ne laissent pas de passer outre et de commettre le péché ! » — Quelques exemplaires de l'in-k l et la plupart des éditions suivantes : « ne laissassent pas de passer outre.... »
Le manuscrit: « ....Ni les pécheurs, ni même les plus justes, n'ont pas toujours ces connoissances, ces désirs et ces inspirations toutes les fois qu'ils pèchent.... » — L'in-k et les autres éditions: « ....n'ont pas toujours ces connoissances, ces désirs et toutes ces inspirations.... »
Le manuscrit : « Le bon Père, se trouvant aussi empêché de soutenir son opinion au regard des justes qu'au regard des pécheurs, ne perdit pourtant pas courage. Et reprenant son P. Bauny à l'endroit même qu'il nous avoit montré : Je m'en vais bien vous convaincre, nous dit-il. Voyez, voyez la raison sur laquelle il établit sa pensée. Je savois bien qu'il ne manqueroit pas de bonnes preuves. » — L'in-k et les autres éditions : « .... ne perdit pas pourtant courage;
1. Ceux de la réimpression. Voir page lu ci-dessus. Le manuscrit reprend ici, comme dans beaucoup d'autres passages, le texte primitif de l'in-4.
INTRODUCTION. cxxv
et après avoir un peu rêvé : Je m'en vas bien vous convaincre, nous dit-il. Et reprenant son P. Bauny à l'endroit même qu'il nous avoit montré : Voyez, voyez.... Je savois bien qu'il ne manquoit1 pas de bonnes preuves. »
Le manuscrit : « ....Avant que l'entendement ait pu connoître s'il y a du mal à la vouloir ou à la fuir..., telle action n'est ni bonne ni mauvaise, d'autant qu'avant cette perquisition, cette vue et cette réflexion.... l'action n'est pas volontaire. » — L'in-k et les autres éditions : « ....avant que l'entendement ait pu voir..., cette vue et réflexion..., l'action n'est volontaire. »
Le manuscrit : « Voici les paroles de ce philosophe (Aristote) : Tous les méchants ignorent ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils doivent fuir, et c'est cela même qui les rend méchants et vicieux. C'est pourquoi on ne peut pas dire que leurs actions soient involontaires; car cette ignorance dans le choix du bien ou du mal ne fait pas qu'une action soit involontaire, mais seulement qu'elle est vicieuse.... » — L'in-k et quelques exemplaires : « ....c'est pourquoi on ne peut pas dire que son action soit involontaire2.... » — Les autres exemplaires de l'in-A et les autres éditions : « ....c'est pourquoi on ne peut pas dire que, parce qu'un homme ignore ce qu'il est à propos qu'il fasse pour satisfaire à son devoir, son action soit involontaire. Car cette ignorance dans le choix du bien et du mal.... »
1. Dans les exemplaires de la réimpression. Ceux de la première impression disent manqueroit, comme le manuscrit.
2. Leçon évidemment mauvaise et qui doit résulter d'une erreur typographique.
,;xxvi LES PROVINCIALES.
Le manuscrit : « ....Et qui ne s'étonnera qu'un philosophe payen ait été plus éclairé que vos docteurs en une matière aussi importante à la morale universellement, et à la conduite même des âmes qui est la eonnoissance des conditions qui rendent les actions volontaires ou involontaires.... » — L'in-k et les autres éditions: « ....En une matière aussi importante à toute la morale et à la conduite même des âmes qu'est la eonnoissance.... »
Ve Provinciale. Le manuscrit : « Ils ont assez bonne opinion d'eux-mêmes pour croire qu'il est utile et même nécessaire au bien de la religion, que leur crédit s'étende partout.... » — L'in-k et les autres éditions : « .... pour croire qu'il est utile et comme nécessaire.... »
Le manuscrit : « .... Ils couvrent leur politique et leur prudence humaine du prétexte d'une prudence divine et chrétienne. » — L'in-k et les autres éditions : « Ils couvrent leur prudence humaine et politique du prétexte.... »
Le manuscrit: « ....allez, vous n'êtes point obligé au jeûne. » — L'in-k et les autres éditions: « ....allez, vous n'êtes point obligé à jeûner. »
Le manuscrit : <• Je m'en réjouis, mon Père ; il ne me reste plus qu'à dire qu'il est permis de chercher les occasions de propos délibéré.... » — L'in-k et les autres éditions : « .... il ne reste plus qu'à dire qu'on peut rechercher les occasions.... »
Le manuscrit : « Quoi, mon Père, parce qu'ils ont mis ces trois lignes dans leur livre, sera-t-il permis de rechercher les occasions de pécher ? — L'in-k et les autres éditions : « .... sera-t-il devenu permis.... »
Le manuscrit: « ....Je le priai de m'explique!* ce
INTRODUCTION. cxxvn
que c'est qu'une opinion probable.... » — L'in-k et les autres éditions : « ....ce que c'était qu'une opinion probable. »
Le manuscrit : « Et ainsi, lui dis-je, un seul docteur peut tourner et bouleverser les consciences à son gré, et toujours en sûreté. » — L'in-k et les autres éditions : « .... peut tourner les consciences et les bouleverser à son gré.... »
Le manuscrit : « Voyez Diana qui a écrit furieusement ; il a mis à la tête de ses livres la liste des auteurs qu'il rapporte. » — L'in-k et les autres éditions : « Voyez Diana qui a furieusement écrit ; il a mis à l'entrée de ses livres.... »
Le manuscrit : « Ce sont des gens de bien, habiles et bien célèbres, me dit-il. » — L'in-k et les autres éditions : « Ce sont des gens bien habiles et bien célèbres, me dit-il. »
Le manuscrit : « J'entends tout cela, lui dis-je. Je vois bien que tout est bien venu chez vous, hormis les anciens Pères, et que vous êtes les maîtres de la campagne : vous n'avez qu'à courir. » —L'in-k et les autres éditions: « ....Je vois bien par là que tout est bien venu chez vous.... : vous n'avez plus qu'à courir. »
VIIe Provinciale. Le manuscrit : « ....Mais quand on n'est pas dans cette malheureuse disposition, nous essayons de mettre en pratique.... » — L'in-k et les autres éditions : « ....alors nous essayons.... »
Le manuscrit : «Car l'intention expresse de se battre fait seule l'essence de l'acceptation du duel ; or celuici n'a pas cette intention. » — L'in-k et les autres éditions : « Car l 'acceptation du duel consiste en l'intention expresse de se battre, laquelle celui-ci n'a pas. »
oxxvm LES PROVINCIALES.
Le manuscrit : « Enfin Sanchez, voyez un peu, je vous prie, dit-il, quels gens je vous cite.... » — L'in-k et les autres éditions : « .... Enfin, dit-il, Sanchez, voyez un peu quels gens je vous cite.... »
Le manuscrit : « 0 mon Père, lui dis-je, voilà tout ce qu'on peut souhaiter pour mettre son honneur à couvert » — L'in-k et les autres éditions : « .... pour
mettre V honneur à couvert — »
Le manuscrit : « Quoi, mon Père, ce n'est donc ici qu'une défense de politique? — L'in-k et les autres éditions : « .... qu'une défense de politique et non pas de religion ? »
Le manuscrit : « Et je ne sais même si on n'auroit pas moins de dépit de se voir tuer par des gens emportés, que de se sentir poignarder consciencieusement par des gens dévots. » — L'in-k et les autres éditions : « ....de se voir tuer brutalement par des gens emportés.... »
Le manuscrit: « J'en ai une autre raison, lui dis-je: c'est que j'écris de temps en temps &un ami de la campagne ce que j'apprends des maximes de vos Pères, .... et je ne sais s'il ne se pourroit pas rencontrer quelque esprit bizarre qui, s'imaginant que cela vous fait tort, n'en tirât, de vos principes, quelque méchante collusion. » — L'in-k et toutes les autres éditions : « ....c'est que j'écris de temps en temps à un de mes amis de la campagne ce que j'apprends des maximes de vos Pères...; et je ne sais s'il ne se pourroit pas rencontrer quelque esprit bizarre qui.... n'en tirât, do vos principes, quelque méchante conclusion. »
La comparaison que je viens de faire entre le
INTRODUCTION. cxxix
texte du Manuscrit et celui des éditions, pour les Ire, IIIe, IVe, Ve et VIIe Provinciales, eut offert un intérêt toujours croissant si je l'avais étendue jusqu'aux dernières Lettres, dans lesquelles se manifeste avec encore plus de force et d'éclat l'éloquence de Pascal. C'est un sujet d'étude sur lequel j'aurai à revenir. L'extrait que je présente ici au lecteur suffira, bien que très restreint, pour attester l'importance du Manuscrit dont les corrections ne peuvent être attribuées qu'à l'auteur même des Provinciales.
Si je ne me trompe, l'idée de cette revision fut inspirée à Pascal par l'édition de 1659, dans laquelle Nicole avait introduit beaucoup de changements empruntés à sa traduction latine. Pascal avait vu dans cette traduction l'œuvre de Nicole plutôt que la sienne, et n'y avait pas contredit ; mais, comme je l'ai déjà remarqué, il ne pouvait pas considérer de même et approuver une édition française publiée sous son nom quoiqu'il n'y eût pas participé. L'amour-propre d'auteur était étranger au grand écrivain, mais l'extrême délicatesse inhérente à son génie devait à bon droit se trouver froissée quand Une autre plume prétendait rendre plus exactement que la sienne ses sentiments et ses pensées. Ce n'est pas de ma part une supposition gratuite. En effet, dans la comparaison des textes
LKS PROVINCIALES.
cxxx LES PROVINCIALES.
dont je donne plus haut un extrait, je n'ai signalé que les leçons tout à fait nouvelles que renferme le Manuscrit eu égard aux quatre éditions alors publiées; mais on y rencontre un grand nombre d'autres corrections qui consistent à reprendre les leçons primitives de l'in-4 ou de la première édition in- 12 de 1657, en écartant les modifications correspondantes dont ce texte primitif avait été 1 objet soit dans la seconde édition in-12 de I65T, soit dans l'édition in-8 de 1659. Le relevé partiel que j'offre à l'attention du lecteur, eût dépassé les bornes de mon Introduction si j'y avais ajouté Fin1 dication des passages où l'auteur a cru devoir rétablir son premier texte. Du reste chacun pourra se rendre compte de cette restitution à l'aide des notes mises au bas des pages de la présente édition.
Les éditions des Pruciiiriales, sans compter celle de 1659 et les trois qui l'ont précédée, sont innombrables, et je ne crois pas qu'il existe aucune bibliothèque publique ou privée qui les possède toutes1. Celles qui ont été publiées anciennement en Hollande et en Belgique, et en France à partir du dix-huitième siècle, ne sont pour la plupart
1. La collection que renferme ma bibliothèque est suffisamment nombreuse; mais quelque soin que j'aie mis à là réunir, elle esl encore incomplète.
INTRODUCTION. cxxxi
que des spéculations de librairie qui se présentent quelquefois avec des avertissements préliminaires dépourvus de toute garantie, et n'ayant d'autre objet que d'attirer les lecteurs en leur promettant des améliorations et même des additions qui n'existent pas. J'ai dû rechercher parmi ces éditions celles qui, après les publications primitives, se recommandaient d'un nom suffisamment accrédité dans le monde de l'érudition ou dans celui des lettres et des sciences, pour qu'il fût permis de tenir compte des variantes qu'elles offriraient. Je me suis arrêté sur les deux éditions suivantes : l'une publiée sous ce titre : les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte à un de ses amis et aux RR. PP. Jésuites, sur la Morale et la Politique de ces Pères. Avec un Discours préliminaire contenant un abrégé de la Vie de M. Pascal et l'Histoire des Provinciales. Nouvelle édition, mdccliv, in-12.
Ce volume, qui ne porte aucun nom d'éditeur ni de lieu, avait été imprimé à Paris, par les soins de Rondet, auteur du Discours préliminaire. L'impression en est fort soignée et n'est pas inférieure à celle des Elzéviers. Il en avait donné une première édition en 1753, mais celle de 1754 a été de sa part l'objet d'une revision qui motive la préférence qui doit lui être accordée. Rondet appartenait
cxxxn LES PROVINCIALES.
aux traditions de Port-Royal, et il a beaucoup écrit sur les matières d'histoire et d'érudition ecclésiastique1. Nul doute qu'en publiant les Provinciales il ne se soit proposé avant tout de servir la
1. Il fut éditeur de la Bible dite d'Avignon, auteur de l'Abrégé de la Bible de dom Galmet, et de plusieurs dissertations, notamment sur la question de savoir en quel temps l'Apocalypse a été écrite, quel en est l'objet, et si elle a été écrite en grec, en hébreu ou en syriaque. — Il publia les Œuvres posthumes de l'abbé B. Bacine, auteur de l'Abrégé de l'histoire ecclésiastique, etc.
Bondet, fils d'un libraire de Paris, était né en 1717 et mourut en 1785. Parmi des notes le concernant, je trouve la lettre suivante, écrite par lui à la fin de sa laborieuse carrière, et qui fera mieux connaître ce modeste éditeur des Provinciales.
Du faubourg Saint-Jacques, près Ja Visitation, le 12 novembre 1784.
Monsieur,
Je reçus la lettre de M. de Brequigny presque en même temps que la vôtre. Il m'invitoit à aller chez lui, et j'y allai le lundi suivant. Il étoit avec un Bénédictin : mais il voulut bien s'interrompre pour me recevoir. Il me prévint en me demandant si je n'attendois rien du Clergé. Je lui dis que mes amis vouloient que. je demandasse une pension : il me pressa de le faire, et m'offrit de me servir en cela autant qu'il le pourroit : il m'invita à lui envoyer un mémoire. Je lui envoyé donc aujourd'hui ma requête et la liste de mes travaux scientifiques. Elle est peut-être capable d'étonner ceux qui ne sçavent pas à quoi je m'occupe : mais ce sont les travaux de quarante-cinq années. Je vous en envoyerois une copie, si elle n'étoit pas si longue; mais je pense que vous la verrez entre ses mains. Je vous remer-
INTRODUCTION. cxxxm
cause de ses opinions religieuses, et qu'il n'ait préparé son édition avec tout le soin que l'on devait attendre de lui. Du reste il s'est borné aux XVIII Provinciales dont la réédition répondait effectivement à l'objet qu'il avait en vue, et il s'est abstenu d'y comprendre la Défense de la XIIe Lettre et la Lettre d'un avocat sur V Inquisition.
L'autre édition dont j'ai fait spécialement mention dans les variantes, est celle qui forme le tome Ier des Œuvres de Pascal, publiées en 1779, par l'abbé Bossut. J'ai pensé qu'une édition donnée par un savant versé à la fois dans l'étude des matières théologiques et dans celle des sciences mathématiques, devait être prise en considération.
Le premier tome de notre nouvelle édition contient les XII premières Lettres, avec la Défense de la Douzième, qui est l'œuvre de Nicole et figure dans le Manuscrit comme dans toutes les éditions, excepté celle de 17541. Le second tome contiendra
cie de l'intérêt que vous voulez bien prendre au succès de cette affaire. J'ignore quand se tiendra l'assemblée provinciale de Paris : mais on me dit que probablement ce sera dans l'un de ces deux derniers mois. J'ai l'honneur d'être respectueusement et avec reconnoissance, etc.
Rondet.
Interprète des langues sacrées.