‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 27 sur 34 · M. Lesieur s'est également abstenu de la reproduire · texte numérisé non relu

M. Lesieur s'est également abstenu de la reproduire

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la suite et la fin des Provinciales, y compris la Lettre d'un Avocat sur l'Inquisition qu'on veut établir en France. Cette Lettre figure dans le Manuscrit comme devant être attribuée à Pascal, sous le titre de XIXe Lettre, et comme faisant suite aux Provinciales.

après cette Lettre viendra le fragment dont j ai déjà parlé, écrit par Pascal en vue d'une autre Provinciale qui eût été adressée au P. Annat comme les XVIIe et XVIIIe. Ce fragment a été publié pour la première fois, mais pas en entier, par 1 abbé

dans son édition du Texte primitif des Provinciales, « quoiqu'elle fasse, dit-il, partie de notre collection in-4. Nicole dans sa version latine n'hésite pas à reconnaître que ce morceau n'est pas de Pascal. » (Page 212.)

Nicole le savait mieux que personne, puisqu'il en était l'auteur, et, tout en gardant l'anonyme, il a eu soin de joindre la Défense de la XIP Lettre, d'abord publiée dans le même format que les Provinciales, aux quatre éditions données par ses soins, y compris sa traduction latine, dans laquelle elle figure sous la forme d'une simple note annexée â la XIP Lettre. Cette note est précédée d'un avis dans lequel Nicole dit qu'elle est l'œuvre d'un écrivain inconnu, et il ajoute, avec une modestie qui se rend justice, que si elle est loin d'avoir le mérite des Lettres de Montalte, elle n'est cependant ni sans prix ni sans utilité ".

a. Monitum. Sequens Epistola ab ignoto scriptore in vulgus émisse est inter Epistolas XII et XIII, ut quaedam Jesuilaruni oft'ulias disculeret, in quibus si nioiaretur Montaltius. in publics coninioda peccavisset. Ma quidem longé ab aliorum laudibus abest. eum in salebrosà niaterià lola occupelur : non tanien suo pretio, sua utilitale caret. Itaque nos potiùs quàni alias in duodeciniam Epislolani notas edefemus, illam hic Dota runi loco latine redditam insérera niabiinms. (Traduction latine d< s Provinciales, l" édition, p. 320»)

INTRODUCTION. cxxxv

Bossut, d'après une copie provenant des manuscrits du P. Guerrier de l'Oratoire de Clermont.

Pascal prit une grande part, avec Arnauld et Nicole, à la composition des Ecrits des curés de Paris qui eurent pour objet de déférer à l'autorité épiscopale Y Apologie pour les casuistes dont l'auteur, le P. Pirot, jésuite, prétendait revendiquer pour sa Compagnie la responsabilité des maximes exposées et réfutées dans les Provinciales. Plusieurs de ces écrits furent entièrement composés par Pascal, comme l'attestent des témoignages contemporains, et encore mieux la marque visible du style : ils doivent trouver place dans le tome second, à la suite des Provinciales, dont ils sont inséparables.

J'ai eu occasion de mentionner plus haut (page cxi) l 'Avertissement qui se trouve en tête du manuscrit des Provinciales. Cet Avertissement n'est que la reproduction abrégée de celui qu'écrivit Nicole pour la 1re édition in-12 des Provinciales. Le premier alinéa et le dernier sont nouveaux. On a conservé, avec quelques légers changements de rédaction, la partie qui explique les sujets successivement traités dans les Lettres dont elle donne une sorte d'analyse. Le reste de l'Avertissement a été supprimé, à commencer par le passage où il est parlé du désir que témoignaient les lecteurs de

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connaître le véritable nom de l'auteur des Petites Lettres et d'apprendre quelque chose touchant sa personne. Il est à croire que ce passage fut retranché par Pascal lui-même ou d'après son indication, car il était dès lors trop peu soucieux de la gloire humaine pour se prêter à aucune allusion faite à cette curiosité du public qui est une des formes de la célébrité pour celui qui en est l'objet. En résumé, Y Avertissement qui précède les Provinciales dans le Manuscrit était approprié et destiné à une nouvelle édition. Je publie cet Avertissement sous le n° III, dans Y Appendice de cette Introduction. Par suite peut-être d'une erreur du copiste, il est accompagné dans le Manuscrit par le Rondeau aux Pères Jésuites sur leur morale accommodante, que Nicole avait admis dans les deux éditions in- 1 2 de 1657 } et dont il ne serait pas impossible qu'il fût l'auteur.

Les sommaires qui précèdent les Lettres dans notre édition sont empruntés à Nicole, qui les aAait d'abord écrits puur la 5" édition de sa traduction latine.

Je pourrais terminer ici mon Introduction ; mais j'ai hâte d'aborder dès à présent, en me réservant d'y revenir ailleurs, un objet d'une extrême importance par rapport au caractère de Pascal, car il

INTRODUCTION. cxxvn

s'agit de la prétendue déloyauté qui lui a été tant de fois reprochée à propos des Provinciales.

S'il fut jamais un homme qui ait aimé la vérité pour elle-même et avec une entière sincérité, c'est assurément l'auteur des Provinciales et des Pensées. Cependant on a non seulement contesté l' exactitude des citations empruntées par lui aux casuistes, mais on l'a accusé de les avoir sciemment falsifiées pour les besoins de sa cause. J'aurais manqué à une des plus importantes obligations de ma tâche si j'avais gardé le silence sur une aussi grave accusation. Je me suis donc appliqué à rechercher et à vérifier dans les ouvrages mêmes des casuistes les passages cités dans les Provinciales. Il est résulté pour moi de cet examen la conviction que, si Pascal a fréquemment résumé le sens des passages qu'il citait, au lieu de les reproduire littéralement, c'était uniquement parce qu'il lui répugnait d'enchâsser pour ainsi dire dans des pages empreintes d'un style pur et lumineux tel que le sien les phrases lourdes et traînantes familières à la plupart des casuistes. J'aurai à revenir ailleurs sur ce sujet quand j'essayerai d'apprécier dans son caractère et

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dans ses œuvres le grand écrivain, et je montrerai par des exemples concluants que, s'il ne s'est pas toujours astreint à la reproduction matérielle des textes, il s'est bien gardé d'altérer la force et l'exactitude du sens. Au surplus, voulant mettre les lecteurs en état de juger dès à présent par eux-mêmes de ce qu'il convient de penser des prétendues falsifications attribuées à Pascal, j'ai eu soin d'annexer à chacune des Lettres Provinciales les passages des easuistes auxquels elle se réfère1. J ai pensé que je ne pourrais mieux satisfaire à mon devoir envers les lecteurs et envers moi-même. C'est du reste la première fois que les Provinciales auront paru ainsi accompagnées des pièces en quelque sorte justificatives qu'il est difficile de se procurer, car il y a peu de bibliothèques, même à Paris, qui possèdent une coMection complète des easuistes.

C'est pour ne s'être pas livrés directement et par eux-mêmes à f examen des ouvrages des easuistes que divers écrivains de nos jours se sont prononcés à la légère contre Pascal, sur la foi d'assertions dictées par un esprit de représailles plus facile à

1. J'ai donné de même, soit au bas des pages, soit à la fin des lettres, les passages de l'Ancien et du Nouveau Testament et ceux des auteurs de l'antiquité chrétienne ou païenne cités par Pascal, ou auxquels il a fait allusion sans les nommer.

INTRODUCTION. cxxxix

comprendre qu'à excuser, et que tant d'autres à leur suite ont trouvé plus commode d'accepter un jugement tout fait que de se donner la peine de le reviser. Parmi les écrivains dont je parle, je ne mentionnerai que les plus célèbres et qui à ce titre ont exercé le plus d influence sur l'opinion de ceux qui les ont lus, et de ceux en plus grand nombre qui ne lisent pas et se bornent à répéter ce qu'ils ont entendu dire. On a beaucoup cité, par exemple, le mot de Joseph de Maistre sur les Provinciales, qu'il appelle les belles menteuses. Mais qui ne sait que de Maistre, esprit d'une originalité paradoxale, apporte dans l'expression comme dans le fond de sa pensée une exagération qui 1 empêche trop souvent de se maintenir dans les bornes de la vérité, et atténue l'autorité de ses jugements?

Chateaubriand est moins suspect; son témoignage, moins passionné en apparence, s'est fait plus aisément accepter et on l'a invoqué bien des fois. « Quand on chassa les jésuites, a-t-il dit, « leur existence n'était plus dangereuse à l'Etat. ic On punit le passé dans le présent : cela arrive « souvent parmi les hommes. Les Lettres Provin- • ciales avaient ôté à la Compagnie de Jésus sa « force morale; et pourtant Pascal n'est qu'un ca- « lo initiateur de génie: il nous a laissé un mensonge

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immortel1. » Qui pourrait croire que cette sentence, dont la sévérité est mêlée d'une si profonde admiration pour l'auteur des Provinciales, n'ait point été dictée par le sentiment d'une impartiale justice et d'une conviction éclairée et réfléchie? Les paroles de Chateaubriand se sont gravées dans la mémoire des contemporains, et ont été acceptées par beaucoup de ses lecteurs comme le dernier mot de la postérité.

J'essayai, en écrivant l'éloge de Pascal, en 1842, de protester contre un jugement venu de si haut et d'autant plus regrettable. « Un des plus grands « écrivains de notre temps, disais-je alors, celui qui « a eu l'insigne honneur d'ouvrir le dix-neuvième « siècle par une belle apologie du christianisme, « a dit que l'auteur des Provinciales ne fut qu'un « calomniateur de génie. L'illustre écrivain que c nous osons contredire, peut-être en sa présence*, « a méconnu la conscience de Pascal et flatté son « génie aux dépens de sa vertu. »

Je ne me doutais guère quand j'écrivais ces

1. Analyse raisonnée de l'Histoire de France; tome V ter, p. 448. Œuvres complètes de Chateaubriand ; Paris, Ladvocat, 1831.

2. Gomme membre de l'Académie française, Chateaubriand était un des juges du concours ouvert pour YÉloge de Pascal.

INTRODUCTION. cxli

lignes que M. de Chateaubriand m'avait déjà donné raison et avait lui-même reconnu, dans une rétractation spontanément émanée de son noble et libre esprit, qu'il s'était trompé sur les Provinciales et sur Pascal. Il était alors ambassadeur auprès du Saint-Siège et avait du suivre avec attention les opérations du Conclave d'où était sortie après trente-cinq jours de scrutins, le 31 mars 1829, l'élection du cardinal Castiglioni, qui prit le nom de Pie VIII. Les jésuites avaient tenté d'exercer sur un groupe de cardinaux qu'ils supposaient plus accessibles à leurs vues, une influence trop peu déguisée pour n'être pas aperçue. Les choses en étaient venues à ce point que la majorité du Conclave avait décidé que des remontrances seraient adressées au vicaire général des jésuites, le P. Pavani. M. de Chateaubriand, en transmettant au ministre des affaires étrangères un Journal du Conclave, l'accompagnait de ses réflexions personnelles, et voici dans quels termes il s'exprimait au sujet du grave incident auquel les jésuites se trouvaient mêlés. Je le cite textuellement :

«. La seconde disposition, incluse dans le texte « même qui fait l'objet de cette remarque, main- « tient l'Ordre des jésuites, en le circonscrivant « dans ses devoirs. Cela montre à la fois et que

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« l'Ordre se croyait menacé et qu'il a encore eu « assez de crédit pour sauver son existence. Le « cardinal Zurla ne faisait pas difficulté de dire « que s'il était nommé Pape, le premier acte de « son Pontificat serait la suppression des jésuites, <c comme perturbateurs du repos des peuples.

« Je dois avouer que les jésuites m'avaient semblé « trop maltraités par l'opinion. J'ai jadis été leur « défenseur; et depuis qu'ils ont été attaqués dans « ces derniers temps, je n'ai dit ni écrit un mot « contre eux. J'avais pris Pascal pour un calom- « niateur de génie qui nous avait laissé un immor- « tel mensonge; je suis obligé de reconnaître qu'il t( n'a rien exagéré. La lettre du P. Pavani a l'air « d'être échappée à Escobar lui-même : elle figu- « rerait merveilleusement dans les Lettres Pru- « vinciales. Comme elle dit tout et ne dit rien! <( Comme tous les mots en sont pesés de manière « qu'ils puissent être interprétés ainsi que besoin « sera! L'humeur et la violence percent partout. « Le R. P. s'en est aperçu, et il va bientôt tâcher « de reprendre par une seconde lettre non moins « captieuse le peu de vérité qu'il a laissé transpirer « dans la première. Vu surplus l'audace est grande : « cette congrégation à peine rétablie, repoussée de « toute part, suspecte au sacré collège lui-même,

INTRODUCTION. CIUD

« n'en aspire pas moins à donner la tiare et à se « mêler de toutes les affaires du monde1. »

Lorsque je rencontrai, en 1868, dans la correspondance de l'ambassadeur du Roi Très Chrétien à Rome le démenti qu'il s'imposait ainsi à lui-même et l'amende honorable qu'il faisait à la mémoire de l'auteur des Provinciales, j'en fus moins surpris que touché; et en publiant ici sa déclaration, je crois rendre hommage à celui qui a eu le courage de l'écrire, aussi bien qu'à Pascal et à la vérité historique. La sentence qu'avait prononcée M. de Chateaubriand en deux lignes gratuitement éloquentes est donc bien effacée, et il ne sera plus permis de la répéter, ainsi que l'ont fait plusieurs écrivains et tant d'hommes de l'Église ou du monde, en s'autorisant uniquement de son nom2.

1. Extrait de la vingt-septième Remarque de M. de Chateaubriand.

2. Parmi eux se trouvent l'évêque d'Orléans et Louis Veuillot. « Si Pascal, écrivait l'illustre M. Dupanloup à un ami, n'avait écrit que les Provinciales, il ne serait, comme l'a dit M. de Chateaubriand, qu'un calomniateur de génie. Heureusement il a écrit les Pensées. » (Lettre à M. Frédéric Grodefroy sur son Histoire de la Littérature française.)

Louis Veuillot à son tour, dans sa Petite Philosophie, enchérissant sur le mot de Chateaubriand, appelait les Provinciales un illustre mauvais livre, enveloppait Pascal avec Molière dans un même sentiment de réprobation et

cxliv LES PROVINCIALES.

Mais j'ai à enregistrer un témoignage bien plus précieux que la rétractation de M. de Chateaubriand, car il émane du Souverain Pontife et il m'a été donné de le recueillir de la bouche même de Pie IX.

C'était en mai 1847. M. Rossi représentait le roi Louis-Philippe auprès du Saint-Siège. Je n'étais pas personnellement connu de lui ; mais il savait que j'appartenais aux Affaires étrangères, et je me présentais à lui sous les auspices de M. Desages, directeur des affaires politiques, qui apportait dans ses fonctions un esprit élevé uni à la droiture du caractère, à une prudence consommée et au plus désintéressé dévouement : aucune recommandation ne pouvait avoir plus d'autorité que la sienne auprès de l'ambassadeur. Je m'en aperçus de prime abord; ensuite M. llossi, en sa qualité de membre de l'Institut, me témoigna qu'il conservait le souvenir des trois prix d'éloquence qui m'avaient

s'abandonnait jusqu'à dire que « des gredins subalternes se « relayent pour les admirer de génération en génération ». M. de Sacy, de l'Académie française, qui était au nombre de ces gredins dont M. Veuillot parlait avec tant de mépris, ajoutait, après avoir cité ce passage dans le Journal des Débats : « Voilà qui n'est ni juste ni obligeant pour « beaucoup de gens honnêtes qui admirent Pascal et « Molière. » [Débats du 21 juin 1854.)

INTRODUCTION. cxi.n

été décernés par l'Académie française. Je reçus d<^ lui à ces divers titres un accueil dont la courtoisie me toucha d'autant plus qu'il était peu complimenteur, réfléchissait plus qu'il ne parlait, et gardait naturellement l'attitude un peu froide que l'on prête habituellement aux diplomates. Il me lit l'honneur de me rendre visite à l'hôtel où j'étais descendu. Il voulut me présenter lui-même au Pape, et me conduisit dans sa voiture au Quirinal, où l'audience devait avoir lieu. Nous trouvâmes en y arrivant M. Villermé, confrère de M. Rossi à l'Académie des sciences morales et politiques, M. Schnetz, directeur de l'Académie de France à Rome, dont les fonctions étaient expirées et qui avait à prendre congé du Pape, et son successeur, M. Allaux, nouvellement arrivé, qui venait rendre ses devoirs à Sa Sainteté. Ils attendaient l'ambassadeur, qui devait les présenter en même temps que moi au Souverain Pontife.

Nous fumes introduits dans un pavillon situé à l'extrémité d'un fort beau jardin. Nous étions rangés en demi-cercle, M. Rossi à la droite et moi à la gauche du Pape. L ambassadeur nous nomma successivement. Lorsque je lui fus présenté, Pie IX, que je considérais avec une sympathie sans doute bien visible, fixa sur moi un regard plein de finesse

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