‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 29 sur 34 · Voir ['Appendice n° iv · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION. cxlvii

s'il lui fût survenu un scrupule après avoir prononcé le nom de Fauteur des Provinciales dans le palais du Quirinal, crut devoir faire remarquer au Pape que je ne m'étais occupé que des Pensées. — « Oh! répondit assez vivement Pie IX, à la réserve peut-être de bien peu de chose, tout ce qua écrit Pascal est bon. » Puis s'adressant à moi il me dit en italien : « Anche egli aveva vedutp che latte le cose nonerano aenuïne%. »

Touché de ces paroles qui m'étaient personnellement adressées, je ne pus m'empêcher d'y répondre : « Très-Saint Père, je suis heureux de recueillir de votre bouche un tel témoignage : c'est le plus précieux qui puisse être donné en faveur de ce grand homme. Je serais très honoré si Votre Sainteté voulait bien agréer un exemplaire de mon édition des Pensées. — Oh ! bien volontiers, » me dit le Pape avec un accent d'inexprimable douceur.

J'aurais bien désiré entrer plus avant dans la pensée de Pie IX, et pouvoir mieux exprimer à Sa Sainteté les sentiments que j'avais éprouvés en l'écoutant; mais je n'étais pas seul à l'audience, et ma satisfaction était assez visible pour se montrer d'elle-même : je n'ajoutai donc rien à ce que

2. « Il avait vu, lui aussi, que toutes les choses n'étaient pas parfaites. »

cxLvin LES PROVINCIALES.

je m'étais permis de lui dire, et je me contentai de m' incliner avec respect sous le regard plein de bienveillance et de spirituelle bonhomie qui accompagnait ses paroles.

Le langage tenu par le Pape au sujet de Pascal frappa les assistants, particulièrement M. Schnetz, qui, s'approchant de moi au sortir de l'audience, me dit : « J'espère que vous écrirez les paroles si remarquables que le Pape nous a permis d'entendre en s'adressant à 1 ambassadeur et à vous. — Elles ont trop de prix à mes yeux, lui répondis-je, pour que je puisse les oublier. Mais je ne manquerai pas d'en faire la transcription littérale. »

Evidemment le Souverain Pontife avait fait une allusion directe aux Provinciales, et donné ainsi à ce livre impérissable une approbation qui, partie de si haut, n'a besoin d'aucun commentaire. J'ajouterai seulement qu'elle m'a confirmé dans la conviction que je pouvais donner cette nouvelle édition des Lettres Provinciales sans manquer à aucun devoir de conscience vis-à-vis des lecteurs et envers moi-même.

J'aurai à rechercher ailleurs quels furent l'inspiration, le caractère moral et les conséquences de l'œuvre de Pascal. J'y pensais en sortant du Quirinal. Je gravais en même temps dans ma mémoire,

INTRODUCTION. cxlbc

à côté du souvenir de Pascal, l'image du Pape, qui finissait la première année de son pontificat sous les plus favorables auspices. Une confiance mutuelle unissait Pie IX et la population romaine, el au-dessus de Rome semblaient poindre les lueurs d'une ère nouvelle où serait réalisée, sous le gouvernement d'un Pape grand par sa piété, ses lumières, son dévouement au bien public, 1 alliance

de la religion et de la liberté.

1" mai 1886.

P. Faugère.

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