‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 31 sur 34 · EXTRA1CT DU REGISTRE DE PARLEMENT · texte numérisé non relu

EXTRA1CT DU REGISTRE DE PARLEMENT

Entre Anthoine Baudry escuier sieur de Saint Gilles, appellant de toute la proceddure extraordinaire contre luy faite par le lieutenant ciuil au Ghastellet de Paris soubz le nom du procureur du Roy au dit Ghastellet, de linformation, décret dadjournement personnel et de tout ce qui sen est ensuiuy; et demandeur en requeste par luy présentée a la Cour à ce que et plaidant sur les dittes appellations il pleust a la Cour évoquer le principal, et faisant droit sur icelluy renuoyer le dit appellant absoubz de laccusation contre luy intentée, aueq réparation dommages et interests, d'une part; et le procureur gênerai du Roy prenant le fait et cause pour son substitud au Ghastellet de Paris intimé et deffendeur dans la dite requeste affin deuocation, dautre part. Apres que Maistre Isalier aduoeat de lappellant et demandeur, a conclud en son appel et requeste, ouy Pignon pour le procureur gênerai du Roy1. La Cour a mis et met les appellations et ce dont a esté appelle au néant; a éuoqué et éuoque le principal différend pendant au Ghastellet de Paris, et y faisant droit a mis et met sur icelluy les partyes hors de Cour et de procès.

Fait en parlement et receu a l'audience de lordonnance de la Cour, le dix septiesme aoust mil six cent cinquante huit.

1. Mignon, second avocat général, était fils du savant Jérôme Bignon.

cliv APPENDICE

N" III (voir p. cxi et cxxxv, ci-dessus). AVERTISSEMENT.

Voici en peu de mots les sujets des matières qui sont traitées dans les Lettres provinciales, ainsi nommées parceque les premières ayant été adressées à une personne de la campagne, l'imprimeur les publia sous ce titre : « Lettre écrite à un Provincial par un de ses amis1. »

Les premières Lettres furent faites au commencement de Tannée 1656-, au temps où la seconde lettre de M. Arnauld étoit examinée en Sorbonne dans ces assemblées où il se passoit tant de choses si extraordinaires que tout le monde avoit envie et même intérêt d'entendre le sujet dont il s'agissoit dans cette dispute. Mais comme l'obscurité des termes scolastiques dont on lescouvroit à dessein n'en laissoit l'intelligence qu'aux seuls théologiens, les autres personnes en étant exclues demeuroient dans une curiosité inutile et dans un étonnement de voir tant de préparations qui paroissoient à tout le monde, pour des questions qui ne paroissoient à personne. Ce fut alors que ces Lettres furent publiées et qu'on eut la satisfaction de voir l'éclaircissement de toutes ces difficultés. On apprit par là qu'on exaniinoit deux questions; l'une qui n'était que de fait, et par conséquent facile à résoudre, et l'autre de foi, où consistoit

1. Cet alinéa remplace celui qui commence V Avertissement dans les deux éditions in-12 de 1657. et dans celle de 1659, et qui est ainsi conçu : « L'avantage que toute l'Eglise a reçu de ces Lettres qui ont paru sous le nom de Y Ami du Provincial m'a fait juger qu'il seroil utile de les ramasser en un corps pour les rendre plus durables et plus fortes par cette union, parcequ'il est sans doute qu'elles se confirment et se soutiennent l'une l'autre. C'est ce qui m'a porté à en faire imprimer ce Recueil où j'ai joint aussi quelques autres pièces qui y ont du rapport. Et alin que ceux qui voudront les voir, soient avertis d'abord des Bujeta qui \ -'ml traités, j'ai cru à propos d'en donner ici l'éclaircissement en peu de paroles. »

l. Les deux l*" éditions in-12 : .... de l'année dernière 1<3Ô6... »

DE L'INTRODUCTION. clv

toute la difficulté. Cette question de loi éloil do savoir si on devoit approuver ou condamner une proposition de M. Arnauld qu'il avoit prise de deux Pères de l'Église, saint Augustin et saint Chrysostome. Tous les docteurs départ et d'autre demeuroient d'accord qu'elle étoit catholique dans les Ecrits de ces Pères; niais les adversaires de M. Arnauld prétendoient qu'elle étoit hérétique dans la Lettre, et les défenseurs au contraire soutenoient qu'étant fidèlement rapportée elle ne pouvoit être que catholique. Il s'agissait donc de montrer cette différence (pie les adversaires essayoient de faire voir. Mais les défenseurs détruisoient si puissamment cette prétendue diversité, que pour le condamner il falloit leur ôter la liberté de répondre en restreignant leur avis à une demi heure que l'on régloit par une horloge de sable. Ce fut ce manque de liberté qui les obligea de quitter l'assemblée et de protester de nullité tout ce qui s'y feroit.

Cependant les adversaires de M. Arnauld étant restés seuls en Sorbonne dirent tout ce qu'ils voulurent, et s'étendirent particulièrement sur trois points touchant la grâce qui sont expliqués dans ces Lettres.

Le premier qui fut sur ce qu'ils appellent Pouvoir prochain, est expliqué dans la I™.

Le second qui est sur la Grâce suffisante, est traité dans la 11°.

Le dernier qui est sur ce qu'ils appellent Grâce actuelle est éclairci dans la IVe.

Et la IIP qui fut faite incontinent après la Censure, fait voir la parfaite conformité de la proposition de M. Arnauld avec celle des Saints Pères, qui est telle que les Docteurs qui l'ont censurée n'y ont pu remarquer aucune différence. Ainsi ces quatre lettres expliquèrent toute cette matière par le récit de quelques conférences que l'auteur rapporte qu'il a eues avec divers Docteurs.

Il y représente une personne peu instruite de ces différons, comme le sont ordinairement les gens du monde dans Testât desquels il se met, et se fait éclaircir dans ces questions insensiblement par ces docteurs qu'il consulte, en leur proposant

<lvi APPENDICE

ses doutes et receuant leurs réponses, avec tant de clarté et de naïveté que les moins intelligens entendirent ce qui sembloit n'estre réserué qu'aux plus habiles.

Dans les six Lettres suivantes 5, 6, 7, 8, 9, 10, il explique1 toute la morale des Jésuites par le récit de quelques entretiens entre luy et l'un de leurs casuistes, où il représente encore une personne du monde qui se fait instruire et qui apprenant des maximes tout-à-fait estranges, s'en estonne; et n'osant pas néanmoins faire paroistre l'horreur qu'il en conçoit, les écoute auec toute la modération qu'on peut garder. Sur quoy ce Père le jugeant susceptible de ses principes, les lui découvre naïvement. Ce n'est pas qu'il ne le voye souvent surpris; mais comme il croit que cet étonnement ne vient que de ce que ces maximes lui sont nouvelles, il ne laisse pas de continuer, et ne se met en peine que de le rassurer par les meilleures raisons dont leurs plus grands auteurs les ont appuyées.

Par ce moyen, la vraisemblance, qu'il est nécessaire de garder dans les dialogues, est icy tousjours observée; car ce Père est un bonhomme comme ils en ont plusieurs parmi eux, qui haïroit la malice de sa Compagnie, s'il en avoit connoissance, mais qui ne pense pas seulement à s'en défier, tant il est rempli de respect pour ses auteurs, dont il reçoit toutes les opinions comme saintes; aussi s'attache-t-il exactement à ne rien dire qui ne soit pris de leurs ouvrages, dont il cite toujours les propres termes pour confirmer tout ce qu'il avance; mais se croyant assez fort quand il les a pour garands, il ne craint point de publier ce qu'ils ont enseigné. Sur cette assurance il expose toute leur morale comme la meilleure chose du monde et la plus facile pour sauver un grand nombre d'âmes ; sans s'apercevoir que ce qu'ils ont donné comme une conduite chrétienne et prudente pour soutenir la foiblesse des fidèles, n'est autre chose qu'un relâchement politique et flatteur pour s'accommoder aux passions déréglées des hommes.

1. Les éditions in-12 de 1657 et les suivantes : « Les six lettres suivantes, qui sont les 5, C. 7. 8. 9. 10, expliquent... »

DE L'INTRODUCTION. clvii

Voilà le caractère de ce Père; et celui qui l'écoute ne voulant ni le choquer, ni consentir à sa doctrine, la reçoit avec une raillerie ambiguë qui découvrirait assez son esprit à une personne moins prévenue que ce casuiste, qui étant pleinement persuadé que cette morale est véritablement celle de toute l'Église1, parce que c'est celle de la Société, s'imagine aisément qu'un autre le croit de même.

Ce style est continué de part et d'autre iusqu'à de certains points essentiels, où celui qui les entend a peine à retenir l'indignation qu'excite une profanation si insupportable qu'ils ont faite de la religion. Il se retient néanmoins pour apprendre tout : mais enfin le Père venant à déclarer les derniers excès2 par lesquels ils ont retranché de la morale chrétienne la nécessité d'aimer Dieu qui en est la fin, en établiss'ant qu'il suffit qu'on ne le haïsse pas, il s'emporte là-dessus, et rompant avec ce jésuite, finit cette sorte d'entretien avec la dixième Lettre.

On voit assez parla, combien il est auantageux que cette matière soit traitée par dialogues, puisque cela a donné lieu à celui qui a fait ces Lettres d'y découvrir non seulement les maximes des Jésuites, mais encore les manières fines et adroites dont ils les insinuent dans le monde5, ce qui paraît par les palliations que ce Père rapporte de leurs auteurs les plus célèbres, au travers desquelles on ne voit que trop clairement les desseins qu'ils ont eus dans l'établissement de leur morale.

On y connoist que l'objet principal des jésuites n'est pas proprement de corrompre les mœurs des chrétiens, ni aussi de les réformer; mais de s'attirer tout le monde par une conduite accommodante. Qu'ainsi comme il y a des personnes de toutes sortes d'humeurs, ils sont obligés d'avoir des maximes de toutes façons pour les satisfaire-, et parce qu'ils ont esté par là obligés d'avoir des opinions contraires les unes aux autres pour con-

Page 1