‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 32 sur 34 · Ibid. « ... leurs derniers excès · texte numérisé non relu

Ibid. « ... leurs derniers excès

3. Les mêmes éditions : « Mais encore la manière fine et adroite dont ils l'insinuaient dons le monde. »

txvm APPENDICE

tenter tant d'humeurs contraires, il a fallu qu'ils aient changé la véritable règle des mœurs, qui est l'Évangile et la Tradition, parce qu'elle conserve partout un mesme esprit, et qu'ils y en aient substitué un autre qui fût souple, diuers, maniable à tous sens, et capable de toutes sortes de formes, et c'est ce qu'ils appellent la doctrine de la probabilité.

Cette doctrine consiste en ce point, qu'une opinion peut estre suivie en sûreté de conscience, lorsqu'elle est soutenue par quatre docteurs graves, ou par trois, ou par deux, ou même par un seul, et qu'un docteur étant consulté, peut donner un conseil tenu pour probable par d'autres, encore qu'il croie certainement qu'il soit faux, quamvis ipse doctor ejusmodi senlentiam spéculative falsam esse certo sibi persuadeat, comme dit Laiman jésuite, et qu'ainsi pouvant conseiller les deux opinions opposées, il agira prudemment de donner celle qui sera la plus agréable à celuy qui le consulte. Si hsec illi favorabilior sen cxoplatior sit.

Cette corruption, qui est le fondement de toutes les autres, est expliquée dans la Ve, dans la VIe et aussi dans la XIIIe, où l'on voit manifestement, que c'est de cette source que sont sortis tous leurs égaremens, et qu'elle en peut produire une infinité d'autres puisque l'esprit de l'homme est capable de former une infinité d'opinions nouvelles et monstrueuses, et que selon cette pernicieuse règle, la fantaisie de ces docteurs qui les inventent suffit pour les rendre sûres en conscience. Aussi c'est de là que sont procédées les incroyables licences qu'ils ont données aux personnes de toute sorte de conditions, presties, religieux, bénéficiers, gentilshommes, domestiques, gens d'affaires et de commerce, magistrats, riches, pauvres, usuriers, banqueroutiers, larrons, femmes perdues, et mesme jusques aux sorciers, comme il se voit dans ces six Lettres : car on trouve leurs relâchemens sur l'aumosne, la simonie, et les larcins domestiques dans la VIe; leurs permissions de tuer pour toutes sortes d'offenses contre la vie, l'honneur et le bien dans la VIIe; leurs dispenses de restitutions dans la VIII'; leurs l'aei-

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lilés de se sauver sans peine, et parmi les douceurs et les commodités de la vie, dans la IXe. Et enfin la Xe qui finit comme je l'ai déjà dit, par la dispense de l'amour de Dieu, explique dès l'entrée les adoucissements qu'ils ont apportés à la confession, qui sont tels que les péchés qu'ils n'ont pu excuser, sont si aisés à effacer par leurs nouvelles méthodes, que comme ils le disent eux-mesmes : les crimes s'eoepient aujourd'hui plus alaigrement qu'ils ne se commettent.

Les Jésuites voyant le tort que ces Lettres leur faisoient de tous côtés, et que le silence l'augmentoit, se crurent obligés d'y répondre; mais c'est à quoi ils se trouvèrent infiniment embarrassés. Car il n'y a que deux questions à faire sur ce sujet. L'une, sçavoir si leurs casuistes ont enseigné ces opinions, et c'est une vérité de fait qui ne peut être désavouée; l'autre, sçavoir si ces opinions ne sont pas impies et insoutenables, et c'est ce qui ne peut éstre révoqué en cloute, tant ces égaremens sont grossiers. Ainsi ils travaillèrent sans fruit, et avec si peu de succès qu'ils ont laissé toutes leurs entreprises imparfaites. Car ils firent d'abord un écrit qu'ils appelèrent : Première réponse, mais il n'y en eut point de seconde. Ils produisirent de même la première et la seconde Lettre à Philarque, sans que la troisième ait suivi. Ils commencèrent depuis un plus long ouvrage, qu'ils appelèrent Impostures, dont ils promirent quatre parties; mais après en avoir produit la première, et quelque chose de la seconde, ils en sont demeurés là; et enfin le Père Annat étant venu le dernier au secours de ces Pères, a fait paroistre son dernier livre qu'il appelle La bonne foi des Jansénistes, qui n'est qu'une redite, et qui est sans doute la plus foible de toutes leurs productions ; de sorte qu'il a été bien facile à l'auteur de ces Lettres de se défendre, et c'est ce qu'il fait sur les principaux points, dans les Lettres dont il me reste à parler.

Il répond dans la XIe au reproche qu'ils lui font, d'avoir usé de quelques railleries dans ses Lettres : ce qui est le plus injuste du monde, car ce sont leurs propres passages qui en sont

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la matière, et qui sont en effet le plus souvent si ridicules el si extravagans, qu'ils ne doivent se prendre qu'à eux-mesmes de la risée qu'ils causent. On en jugera en les voyant, outre que l'Auteur ne pouvoit prendre une meilleure voie pour continuer cette conversation, et témoigner en même temps Téloignement qu'il en avoit, qu'en tournant en raillerie ce qu'il y avoit de ridicule clans ces maximes, et en remettant à un autre temps d'en confondre sérieusement l'impiété; en sorte néanmoins qu'il marquoit assez dès lors à ceux qui ont un peu d'intelligence, l'aversion qu'il en avoit et qu'il devoit faire paroistre on son lieu. C'étoit donc sans doute la manière la plus naturelle, et dont il fait voir qu'il a usé selon toutes les règles que les Pères de l'Église ont données, pour ne blesser ni la religion ni la charité par les railleries. Il vient ensuite dans les XIIe, XIIIe, XIVe aux reproches qu'ils lui ont voulu faire de n'avoir pas fidèlement rapporté les passages de leurs auteurs. Sur quoi il donne premièrement les preuves de la fidélité exacte de ces citations; et prenant de là occasion de traiter de nouueau les matières sur lesquelles ils l'avoient accusé d'imposture, il leur reproche leur opiniâtreté à les soutenir; et opposant les maximes de l'Église à leurs égaremens sur la simonie, sur l'aumône, sur l'homicide et le reste, et particulièrement sur ce qui regarde la doctrine de la probabilité, il les confond si puissamment, que s'ils s'esloient plaints de sa raillerie, ils ont eu bien plus de sujet de se plaindre de son sérieux.

Mais après avoir montré leur mauvaise foi dans ces calomnies particulières, dont ils avoient voulu le noircir, il en découvre la source et le principe général dans la XVe, où il produit la maxime la plus surprenante de toute leur politique, qui est, que selon leur théologie, ils pensent pouvoir sans crime calomnier ceux dont ils se croient injustement attaqués, et leur imputer des crimes qu'ils sçavent être faux, afin de leur ôter toute croyance : ce qu'on auroit peine à s'imaginer, si on n'en avoit vu les preuves dans cette Lettre par le grand nombre de leurs auteurs, et même de leurs Universités entières, qui le con-

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firment si puissamment, que c'est aujourd'hui le plus autorisé et le plus ferme de leurs principes; ce qui a fait dire a Garamuel l'un de leurs meilleurs amis : Que cette opinion est soutenue par tant de casuistes, que si elle n'étoit probable ou sûre en conscience, à peine y en auroit-il aucune qui le fût en toute leur Théologie. Aussi dans la réponse qu'ils ont faite a la XVe qui ne leur reproche presque que ce seul point, ils n'ont osé le désavouer non plus qu'aucun des passages de leurs auteurs, qu'il a rapportés dans cette Lettre pour prouver qu'ils le soutiennent. Il est vrai qu'il l'avoit montré d'une manière qui leur ôtoit tout moyen de s'en défendre : car il fait voir non seulement qu'ils l'enseignent publiquement dans leurs livres, mais encore qu'ils le pratiquent ouvertement dans leur conduite. Il en rapporte plusieurs exemples insignes dans cette XV% et c'est ce qu'il continue dans toute la XVIe, à laquelle ils n'ont point du tout reparti.

J'estime qu'après avoir vu cette maxime si constamment établie, on ne trouvera pas étrange qu'ils l'aient mise en usage contre l'auteur des Lettres, puisqu'il leur importoit si fort de rendre sa fidélité suspecte, et que leur conscience qui pouvoit seule les en retenir, s'accorde doucement avec la calomnie par cette doctrine qui l'exempte de tout crime. Mais autant qu'il leur a été facile par ce principe de le calomnier sans scrupule, autant il * luy a esté facile par la force de la vérité, de se laver de ces vains reproches d'imposture et de cette autre accusation continuelle d'hérésie, qu'ils lai font dans tous leurs écrits, et entr'autres le P. Annat dans sa Bonne foy. A quoy il répond par la XVIIe-, où il fait voir non seulement qu'il n'est pas hérétique, mais que même il n'y a pas d'hérétiques dans l'Eglise; et que le différend que les Jésuites ont avec leurs adversaires sur le sujet des cinq Propositions condamnées par le Pape Innocent X, qui sert de prétexte à toutes leurs accusations, n'est autre chose qu'une question de fait touchant le sens de Jansénius, qui ne peut en aucune sorte être matière d'hérésie. C'est ce qu'il démêle si nettement, et qu'il prouve si forte-

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