IV LES PROVINCIALES
M. Le Maître. Si Pascal n'en est pas le principal auteur, il y eut du moins, ainsi que je le montrerai plus loin, une grande part.
Comme les questions religieuses de ce temps empruntaient à l'union intime qui existait entre l'Eglise et la Puissance séculière une importance en quelque sorte politique, ces disputes de la Sorbonne, comme les appelle Pascal, revêtaient le caractère d'une affaire d'Etat, et l'esprit de parti les envenimait en y mêlant les ardeurs les moins charitables. On ne pouvait y toucher avec quelque liberté sans s'exposer aux rigueurs de l'autorité et même sans risquer la Bastille. Cette situation, non moins que les dispositions personnelles de Pascal qui était dès lors désabusé de toute gloire humaine, expliquent le mystère qui entoura à sa naissance l'œuvre inattendue du grand écrivain. Encore aujourd'hui, après les révélations que nous ont apportées divers documents contemporains, il est difficile d'indiquer dune manière tout à fait complète où et par qui furent d'abord imprimées les Provinciales dans le format in-4°. On a dit que cette première impression avait
INTRODUCTION. v
été faite tantôt au Collège d'Harcourt, dont le proviseur, M. Fortin, était un fervent ami de Port- Royal ' ; tantôt chez le libraire Le Petit, et même dans un des moulins qui existaient alors sur la Seine dans l'intérieur de Paris. Enfin il y a une tradition d'après laquelle les Provinciales auraient été également imprimées dans un des faubourgs de Vendôme.
La participation de M. Fortin est affirmée par le témoignage suivant, que le P. Guerrier, membre de l'Oratoire de Clermont, avait recueilli de la bouche même de la nièce de Pascal : « Mademoiselle Perier m'a dit aujourd'hui, 27 février 1732, que M. Pascal son oncle avait un laquais très fidèle nommé Picard, qui savait que son maître composait les Lettres Provinciales. C'était lui qui pour l'ordinaire en portait les manuscrits à M. Fortin, principal du Collège d'Harcourt, qui avait soin de les faire
1. Thomas Fortin, né dans le diocèse de Coutances, était docteur de la Faculté de Théologie de Paris. Dans les faetums signés par les curés de Paris, à propos de l'Apologie des casuistes, son nom est accompagné de la qualification suivante : Docteur de Paris, de la Société de Harcour, et Curé de S. Christofte. Il résigna sa cure en 1665 et mourut le 5 janvier 1680 au Collège d'Harcourt. Il était étroitement lié avec Pascal, ainsi qu'il se plaît à le rappeler dans l'une des approbations qui figurent en tête de la première édition des Pensées.