‹ Edme BouchardonChapitre 27 sur 80 · Papiers de famille Bouchardon · texte numérisé non relu

Papiers de famille Bouchardon

2. Dom Calmet, Bibliothèque Lorraine, cul, r 3, article d’Adam : Jules GuitTrev, dans

jVowv. arch. de l'Art français ^ 2e série. II, 170, note.

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PREMIERS TRAVAUX a PARIS et A VERSAILLES 47

de Polignae, eu même temps qu’il lui faisait sculpter son buste, à Rome avait chargé Adam l'autre sculpteur de l'Ecole, de nombreuses copies de l'Antique ; de même le duc d'Amin, favorable à Bouchardon et averti par Vleugels de la supériorité de celui-ci sur son camarade, n’avait pas craint cependant de lui donner ce dernier pour émule à Grosbois. Dans la circonstance présente, Bouchardon pouvait dire, comme il récrivait à sa sœur en cette même année i?35, à propos des groupes de Grosbois: * Il i a beaucoup de gens qui protège les ignorant comme les habil; cela ne peut avoir qu'un temps: les ouvrages, à la suite des temps, rende (sic) témoignage du mérite de celui qui les a fait \ »

Adam, fonde la décision qui lui avait attribué l'exécution du groupe principal, affronta le jugement du public en exposant sou modèle au Salon de 1737; Lemoyne et Bouchardon, peut-être par dépit, se gardèrent de 1 imiter. 1 1 semble, du reste, que Bouchardon ait eu comme une compensation, au point de vue pécuniaire* dans la commande des deux génies conduisant des monstres marins, placés aux extrémités des deux rampes du bassin : les trois groupes lui furent payés ensemble dix-neut mille livres .

Cet ensemble, qui fait grand honneur au talent de Bouchardon décorateur, rappelle les nombreuses études, tant relevés que compositions personnelles, auxquelles il s’était astreint, soit à Rome, soit à Paris* et qui nous sont révélées dans ses cartons par nombre de documents du plus haut intérêt. La fantaisie originale se mêle dans ces dessins, dont on trouvera reproduit ici un assez grand nombre, aux souvenirs des fontaines baroques de l'Italie. Au contraire, dans les groupes du bassin de Neptune, c’est surtout le souvenir des grands décorateurs versaillais du siècle précédent qui domine : équilibre majestueux des masses, noblesse des proportions et des attitudes, tout y sent encore l'art des Girardon et des Coyzevox,

Cependant, une nuance plus légère* plus gracieuse, s'accuse dans les

groupes d’enfants ; on sent même une fantaisie moins ordonnée et plus libre

dans la composition du motif principal; la figure d’homme enfin offre surtout une recherche plus précise de la vérité des formes et de la souplesse élégante du modelé que dans les meilleures créations du siècle précédent.

Il serait intéressant de savoir en quels termes Caylus, lisant l’éloge de Bouchardon, au lendemain de son décès, devant l'Académie de

1* Carnantiiît, p. 41.

î. Arch, Nat., O 1 214*» folio *3-

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Peinture et de Sculpture, aurait apprécié le groupe du dieu Prêtée, mais il se contenta de rappeler qu'Àdam avait été chargé du groupe principal; s’il avait parlé du concours, il n'aurait pu éviter d’en dire plus ou moins son sentiment. Il est vrai qu'Adam l'aîné était mort, mais son frère cadet, sculpteur comme lui, vivait encore, et faisait même partie de P Académie depuis deux mots : le mieux était de garder le silence.

Pendant qu’il travaillait aux sculptures du Bassin de Neptune, Bouchardon fut chargé par Grry, nouveau directeur général des bâtiments,

Pruceslion de saint Charles RorroEnée, à Milan,

Dessin pour un ba5-relicf de la chapelle de Versailles. (Mus^c du Louvre,)

d'un has-reliel en bronze destiné à la chapelle du château, représentant la Procession de saint Charles Borromée, à Milan, pendant la peste. Ce bas-relief faisait partie d’une série1, dont chacun devait orner l’un des sept autels; les autres furent commandés à Guillaume Coustou le fils (la Visitation, au maître-autel), Adam l'aîné (sainte Adélaïde), Michel- Ange Slodtz (saint Louis), La Datte (saint Philippe), Adam le jeune (sainte Victoire), Vinache (sainte Thérèse), et Francin (les trois Maries). Les saints que je viens de nommer étaient les patrons des principaux membres de la famille de Louis XV*

Rouchardon déclare, dans un état des sculptures faites par lui sur Tordre de M. Orry, que ce bas-relief, commencé en 1737, lui a coûté 4 beaucoup de peines et de soins; » qu’il a fait toute la dépense des

j. Récemment étudiée par M. besbairs iRevue d* l’art ancien et modernt$ XIX (1906)^*319).

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frais, « qui ne laisse pas d'être considérable' », L'œuvre exécutée ne fut mise en place qu'en 1747; elle fut payée cinq mille livres J . Un plâtre avait figuré au Salon de 17.I9.

Des premières études, il nous reste, au Musée du Louvre, une esquisse (sanguine), mise au carreau, qui présente cependant des différences avec la sculpture, dans le groupe des pestiférés*.

La composition est sagement entendue. L artiste a évité de no us montrer un trop grand nombre de personnages, ce qui aurait enlevé de l'intérêt à

Procession de saint Charles Borroiniee, à Milan,

(Brome- — Chapelle de ehiittiu de Versailles.)

la scène principale représentant le saint archevêque, placé sous un dais, tenant devant soi une croix processionnelle et élevant la tête et les bras vers le ciel, dans un noble mouvement. D'autre part, pour nous donner l'idée d'un long cortège, il a suffi d'imaginer un fond d’architecture, avec nn porche laissant apercevoir une profonde perspective dans laquelle se déroule la tête de la procession. Enfin, un groupe de pestiférés, les uns déjà morts, les autres gémissants, placés sur un des côtés de la scène, complète ce tableau saisissant, qui se fait remarquer par la simplicité dans la manière de traiter le sujet et par une belle ordonnance générale.

ï. Écrit entièrement de la main de Boudi&rdon { Papiers Bouchardon).

3, Arch, Nat., O1 2246, folio 336.

3. Dessin du Louvre^ 0° 24673 des dessins français, A élé reproduit par Les soins de M. Üeshair$ en 1906,, et de MM. Jean GiiitTrey et Pierre Marcel en tyoy.

HOirCHAKDON

BOUC H A R DON

Fn même temps que se terminaient les sculptures du Bassin de Neptune, Bouchardon exposait au Salon de 1739 le petit modèle, en terre cuite, d'un Bacckus commandé par le comte de Livry, suivant un marché du b février de la même année. Cette sculpture devait être en pierre de 1 o nnerre, dans la proportion d'environ sept pieds: le prix convenu était de trois mille livres.'

Voltaire, qui avait vu 3e modèle avant l'ouverture du Salon, écrivait de Cirey, le 7 mars: «Mon Dieu! que la ligure du Bacchus de Bouchardon est admirable de tout point ! * D après le marché, ce dieu devait être représenté nu et debout, le bras droit et la tète levés, s appuyant sur un tronc d arbre d où pendraient diverses couronnes; pour le mieux caractériser, une panthère devait être à ses, pieds. La mort de M. de Livry, en 1741, lit renoncer à l’achèvement de cette sculpture. L)u reste, Bouchardon en avait déjà suspendu l’exécution pour s'occuper d’un ouvrage beaucoup plus considérable: la Fontaine de la rue de Grenelle,

Bouchardon.

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