‹ Edme BouchardonChapitre 32 sur 80 · FONTAINE DI LA H LIE D E GRENELLE · texte numérisé non relu

FONTAINE DI LA H LIE D E GRENELLE

Baillei de Saint-Julien n’a pas compris l'action représentée dans le basrelief suivant, celui de Y Automne: il ny voit - qu'une bacchanale d’enfans dont deux, dans le délire du vin. font manger de force des raisins à un bouc *. Il s’agit simplement de deux enfants dont I un est renversé par le bouc, tandis que l'autre s'efforce de le maîtriser, en le maintenant par les cornes. Peu nous importe de savoir si l’enfant est capable de le dompter, ce qui préoccupe singulièrement notre critique. I>e même, on ne voit pas pourquoi les deux autres enfants devraient exprimer une joie bruyante à la vue de cette bousculade. C'est, paraït-iL une critique

Fontaine lit.- b rue de Grenelle. — Bawelitfde l‘Hîver. — [Moulage.)

qu’on avait faite et dont Paillet nous transmet l’écho ; mais il oublie que ces enfants, tout entiers adonnés au plaisir de manger d’excellents raisins, ne doivent pas s’émouvoir pour si peu. On trouvera plus naturel que l’enfant qui se retourne pour contempler la scène exprime seulement un vague étonnement, comme il convient à cet âge.

Le dernier bas-relief représente V Hiver; il a toute La faveur de Bai II et, qui le trouve supérieur aux trois autres. Rien n’est plus gracieux, en effet, que le groupe des quatre enfants accroupis sous une sorte de tente pour se garantir du froid; l'un d’eux souille dans une sarbacane pour activer le feu placé devant la tente. Un cinquième est debout, qui se

HOU CHARDON

chauffe, le dos tourné au foyer, L ensemble est charmant: on dirait d'une nichée de petits chats: l'enfant debout est tout à fait délicieux dans son innocente nudité.

En somme, malgré des critiques de détail, le monument paraît avoir été très admiré des contemporains : Baillet de Saint-Julien résume son jugement sur l’œuvre et sur son auteur en disant * qu’on ne tariroit point si Ton s’attachoit à donner toutes les louanges qui sont dues à son habilité Piganîol de la Force déclare qu’ a après la Fontaine des Saints- Innocens, il n'y a pas dans Paris une plus belle fontaine que celle-ci » ; Voltaire trouve « admirable » la fontaine de Jean Goujon, mais n hésite pas à la mettre au second rang, après la non moins « admirable fontaine de Bouchard on ». Diderot, plus autorisé que Voltaire, la proclame également « belle t, mais seulement pour les figures'.

Cependant, au point de vue de sa destination et de sa situation, on ne peut méconnaître le bien-fondé d’une critique formulée par Voltaire contre ce monument dès avant son exécution ; il écrivait au comte de Caylus, en 1739: < je ne doute pas que Bouchardon ne fasse un beau morceau d’architecture, mais qu'est-ce quunc fontaine qui n’aura que deux robinets ou les porteurs d’eau viendront remplir leurs seaux? Ce n’est pas ainsi qu'on a construit les fontaines dont Rome est embellie. Nous avons bien de la peine à nous tirer du goût mesquin et grossier. 11 faut que les fontaines soient élevées dans les places publiques et que les beaux monuments soient vus de toutes les portes. 11 n'y a pas une seule place publique dans le vaste faubourg Saint-Germain: cela fait saigner le coeur, Paris est comme la statue de Nabuchodonosor, en partie or, en partie fange \ * Diderot était absolument du même avis: « Point de belle fontaine où l’eau ne formé pas la décoration principale ». Cette critique avait été faite, en une forme très plaisante, dès l’année 1753, par le jésuite Laugier, dans son Essai sitr F architecture (p. 190), Lui aussi, comme Voltaire, envisageait à la fois la fontaine de Jean Goujon et celle de Bouchardon; il écrivait: * Dirat-on que l’idée d’une tour quarrée, avec des fenêtres dans l’entre-deux des pilastres, soit l’idée d'une fontaine? Me renverra-t-on à la rne de Grenelle, pour m’y faire voir quelque chose de mieux?.,. Je crois voir un

i, Piganiol, Description historique de la Ville de Paris, 1765+ VJM, p. 107: Voltaire, Œuvres complètes. Paris, Garnier frères, i. VIII (1877}, p. S?**. — Corresp. litt. de Grimm., i=r mars 176^ Edit, de 181 3, it* partie, t. Hl, p.

Voltaire, 1. XXX, ou 3* de la Correspondance, p, 108,

ISOHCHAKnCW

d'après tfne

FONTAINE DH LA RUE DE GRENELLE f>7

retable d autel, et je suis fort étonné d’apprendre, par l'eau qui coule en bas, que c'est une fontaine. »

Cette observation était très juste, mais de lui-même, sans l'avis de Voltaire et des autres, l'artiste qui avait habité Rome pendant neuf années, qui avait fait des études approfondies pour la lointaine de Trevi, qui en avait dessiné ou inventé des centaines d autres, qui possédait dans ses collections d'estampes, et dans celles de ses amis Mariette et Caylus, quantité de types d’édifices de cette nature, ne pouvait avoir méconnu l’importance d'une pareille question, b il ne la pas résolue dans le meilleur sens, c’est que l’exiguïté du terrain s’y opposait, Laugier, malgré la critique rapportée plus haut, finit d’ailleurs par le reconnaître : « 11 lui auroit fallu, dit-il, une place plus commode et plus avantageuse », et sa conclusion est qu * il faut aller à Rome pour prendre le goût des belles fontaines *.

Bu résumé, l1 ensemble est harmonieux et la sculplure témoigne de la véritable maîtrise à laquelle est parvenu notre artiste, alors en pleine maturité. Le goût classique, dont il est un des plus ardents protagonistes, s’affirme dans les lignes nobles et simples de l 'édifice, dans son ornementation sévère, dans la draperie savante de la statue centrale. On sait, d'autre part, qu’a près avoir étudié longuement les chefs-d’œuvre des plus grands maîtres, et avec un des plus habiles crayons qu'aient maniés les artistes de son temps, il s'adonna pour ce monument même à des études serrées d’après le modèle vivant, dont ses cartons nous ont laissé le témoignage. Aussi, pour l’anatomie, la critique n'y est-elle guère possible que sur des points de détail, Bouchardon rayant étudiée avec autant de soin que la draperie. Les diverses figures de la fontaine ont à la fois un style et une vérité tout à fait saisissants. On y sent une volonté d'art remarquable, servie par un métier merveilleux. Le reproche le plus sérieux qu’on ait fait à l'artiste est de n’avoir pas su s’arrêter à temps dans le fini du travail de praticien, mais ses autres qualités, toutes de premier ordre, suffisent à classer ce monument au premier rang parmi eeux du siècle tout entier*

U est à regretter que l'on ne puisse transporter cette fontaine sur une place, où elle trouverait un cadre en rapport avec ses proportions, ou qu'en laissant le monument où il est, on ne puisse aménager au-devant une place suffisante pour permettre de le voir dans son ensemble, à la distance voulue.

BOU CHAR DON

J appellerai aussi L'attention sur l’état déplorable dans lequel se trouvent Les parties en marbre» malgré des nettoyages faits de temps à autre- Déjà» en idon, à la suite d’une lettre adressée au Ministre de l’Intérieur par l’architecte Legrand1, on avait essayé de faire disparaître définitivement les végétations de lichens qui détériorent ces belles sculptures. On fit alors l’essai d’un procédé qui passait pour avoir été employé par les Anciens1; en supposant que ce procédé fût capable de donner de bons résultats» on ne pourrait les obtenir qu'à la condition d’en renouveler l’emploi de temps en temps, puisque de nouveaux nettoyages sont devenus nécessaires et que ceux qu’on pratique de nos jours sont notoirement inefficaces.

i. Ëelgrand» T rj vaux soulcrra mjf de Paris, Ht, p* 5yg, ï, Vûïr Iü Hevuç Universelle des Arfs, XX (i»«4-65), p. 35(i.

E'untaine du la me de Grenelle,

KuhÎç fvjtu le iKLs-Télief <,le I1 Automne, (Wus^e 4u Louvre.)

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