‹ Edme BouchardonChapitre 34 sur 80 · Àrch. Nat · texte numérisé non relu

Àrch. Nat

BOC CHARDON

de Monseigneur le cardinal de Fleury a été ordonné par M. Orry, directeur général des Bâtiments du Roy *, et que « depuis la mort de M. Orry cet ouvrage est demeuré en suspens ». Ainsi 1 exécution aux frais du Roi du mausolée du cardinal a été arrêtée le jour où celui qui 1 avait ordonnée ne s' est plus tro uvé là po u r en a ss u re r l 'ach èv e m eut . C oïn ci d ence si n gu 1 i ère » dira-t-on, mais qui peut s’expliquer si l'on y regarde de près.

Orry avait rempli les fonctions de contrôleur général des Finances sous le ministère du cardinal de Fleury, et secondé puissamment le premier ministre dans la gestion économe des deniers publics. On comprend dès lors qu’il ait soutenu chaleureusement, peut-être même suggéré à 1 indolent Louis XV l’idée d'élever aux frais du trésor royal un monument au ministre dont il avait si entièrement partagé les vues. Par sa fonction de directeur général des Bâtiments, ce même Orry se trouvait naturellement désigné pour en diriger l’exécution.

En outre, U est assez vraisemblable qu Orry devait s’intéresser particulièrement à la fortune de Bouchardon. Ce ministre notait pas seulement originaire de la meme province: il y avait conservé des attaches sérieuses. Sans compter sa terre de la Chapelle- Godefroy, près de Nogent-siir-Seine,ûù il aimait à séjourner, Orry avait d autres propriétés en Champagne, entre autres le comté de Vignory, a quelques lieues de Chaumont. En lin, le mémoire fantaisiste que Bouchardon avait pris la liberté de lui adresser semble bien démontrer qu'il existait entre ces deux hommes, malgré la grande différence de leur condition sociale, des rapports intimes, presque familiers.

D'autrepart,Ûrr y avait encouru l'inimitié de M a dame d* Etioles (devenue ensuite marquise de Pompadour). en reconduisant avec sa rudesse habituelle, quand elle était venue lui demander une ferme générale pour son mari; ce fut la cause de sa disgrâce: Madame d’Etbles, dès qu’elle fut déclarée maîtresse du Roi, lui fit enlever le Contrôle des Finances et la Direction des Bâtiments (6 décembre lyqS), Cette dernière charge fut donnée, quelques jours plus tard (iq décembre), à Le Normand de Tournehem, l’ancien protecteur de Mademoiselle Poisson, devenu l’oncle de Madame d' Et Soles* et, par un renversement des rôles, le protégé de Madame de Pompadour, C’est la, suivant moi, qu’il faut chercher Sa cause principale de l’abandon du projet de mausolée.

Si l’on ajoute à l’hostilité de Madame de Pompadour envers Orry, son

MAUSOLÉE DU CARDINAL DE FLEURY

indifférence bien naturelle pour la mémoire du cardinal, disparu delà scène avant même quelle y eut fait son entrée; les préoccupations causées par la guerre de la succession d’ Autriche, si malheureusement engagée parle défunt ministre {c'est peut-être là ce que Caylus qualifie d «obstacles généraux »); la mort dürry lui-même, survenue peu de temps après sa chute (9 novembre 1747); enfin, cette considération: que Bouchardon, privé de Inexécution du mausolée, restait quand même chargé d'un travail pour le compte du Roi, la statue de V Amour f comm an dée a n té rie u re meut pa r Or r y, on trouvera peut-être moins étrange ce dénouement imprévu.

Le mausolée sculpté par Lemoy ne ne fu t pas exécuté d’après le modèle que cet artiste avait exposé au Salon de 174.3b Ce modèle de 174,3 était ainsi décrit dans le livret du Salon:

« Le cardinal est représenté en prières (sic), Le Temps lève le voile qui cachoît l'inscription et y montre les attentions de Sa Majesté pour ce ministre. La Fidélité &u Roy le pleure , et des Génies soutiennent ses armes.

« Les figures sont de marbre blanc, excepté celle du Temps, dont la couleur de bronze représente la vieillesse. *

Quant au modèle qui fut réellement exécuté, on n'en peut parler d’après

1. Al. Le Breton, le dernier historien de Lemoyne, semble l'avoir ignoré {Réunion des Sociétés des Beaux- Arts des départements, tSSï, p, i3ï).

Jeune prince,

( M usée dit I .üiivne.)

SÎQir 1 [ Ak tJON ,

le monument lui-mème. qui semble avoir été détruit1, mais au moins d'après la gravure parue dans la sixième édition 1 177$) du Vivy&ge Pittoresque de Paris, de DezalUer d’Argenvilîe; cette gravure révèle une œuvre d'une analogie Frappante avec le dernier projet de Bouchardon.

On y voit le cardinal également expirant, mais couché sur le côté au lieu d'être renversé. A son chevet se trouve aussi la Religion qui le soutient, mais elle est debout, et cette attitude lui est rendue possible parce que le sculpteur l'a placée sur un plan moins élevé que celui du tombeau. Dans le projet de Bouchardon elle est agenouillée, parce qu'elle se trouve sur le même plan que le cardinal.

Aux pieds du mourant est une ligure qui ne se trouvait pas dans le modèle de Bouchardon: c’est l Espérance, Ivlle est à genoux et montre une inscription gravée sur une pyramide qui garnit le fond de ! arcade; mais 011 voit du même côté» au premier plan, la France désolée, sous la forme d’une femme debout qui se voile la face de la main droite. Bouchardon avait exprimé la même idée sous l'aspect d’un Génie qui répand des larmes aux pieds d’une colonne funéraire.

Enfin, il n'est pas jusqu a l’urne destinée ù renfermer les cendres du cardinal qui ne se rencontre dans les deux compositions, avec cette seule différence que Lemoyne l'a mise au sommet d'une pyramide, tandis que Bouchardon l’avait employée codËme couronnement d’une colonne funéraire. D’ailleurs, dans les deux monuments la colonne et la pyramide avaient la même destination: elles servaient à garnir le fond de I arcade destinée à recevoir le tombeau.

Ainsi. Lemovne s’était inspiré trop clairement, pour qu il soit possible de le méconnaître, du dernier projet de Bouchardon, qu il avait pu voir au Salon de 17 q5.

1, M , ( i:l^i 011 Br Lire a raconte récemment, dans le liulletin de Ai Société de l histoire de de iari français opoS, p. na-iiü, les étranges transiVirmniions subies par ee monument au Musée des Monuments français, puis :t celui Ue Versailles.

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