BQ U CHARDON A L’ACADÉMIE. - STATUE DE L AMOUR
L MubtCK.VU UK RÉCEPTION î Le ChHIÜT TENANT SA CROIX, 1*45.
EL Première ri; n si; k uk Amour taii.uamt Sos auc. ijlfai.
LU. L'œuvre définitive, 174^-1751»,
IV. Ju&KMENTS UK l.A COUR ET UES CONTEMPORAINS Sl ll l,A STATUE DE l'AhüUK.
Adam l’aine et Boucha rdon, une fois revenus d’Italie, précédés par la grande réputation que leur avaient faîte les copies d’antiques envoyées à Paris, avaient été aussitôt jugés dignes d’entrer à l'Académie de Peinture et de Sculpture : dès l'année même de leur retour, en 1 y33r la docte assemblée s’était empressée de les nommer agréés.
Adam 1e fut le 2,5 avril, et Boucha rdon seulement le 5 décembre, mais il ne faudrait pas en conclure que l’Académie fût moins empressée de l'accueillis . Bien au contraire, elle lui donna l’agrément dans des termes tout à fait inusités à cette époque; tandis que pour ses contemporains le procès-verbal emploie invariablement cette formule : « Les voix prises à l'ordinaire, il a été agréé *, pour lui on ne parle pas de scrutin, ou s'il y en eut ce lut une véritable acclamation : « L'Académie l a agréé tout d'une voix'. »
Le modèle de son morceau de réception fut présenté deux ans plus tard (29 octobre 1735), mais la présentation de la sculpture définitive, et par suite sa nomination d'académicien, n eut lieu qu'après dix nouvelles
1. i’rocés-vecbaux dt t' Académie, publies par A, de Muntttiglon, V, p. itS l Adam t'ainéf, mu Boucha rUonk 171 iLa Dattel. igojVinache), 196 (Franc in |, etc.
années f 2 7 février 1745). Scs importants travaux Je Versai Iles* ceux de la fontaine de la rue de Grenelle et du tombeau du cardinal de Fleury avaient causé cette lenteur. D'ailleurs, la sculpture destinée à l’Académie ne devait pas être payée à l'artiste, et c'est peut-être aussi ce qui l'amena à simplifier le travail en utilisant l'étlide d’une de ses st at u es d e S ai n t-S u 1 p i ce ; il reprit sou Christ dans une matière et une proportion différentes : la statue de Saint- Sulpiceest en pierre et mesure 2 “40 de haut; la sculpture de l’Académie (aujourd'hui au Louvre) est en marbre et haute seulement de o"*f36. De plus, la statue du Louvre diffère sensiblement de celle de Saint-Su Ipice, au point de vue du traitement de la draperie, qui a été très simplifiée. Les caractères de l’un et l’autre morceau sont du reste tout ù fait identiques.
Nous avons vu, en parlant du Christ de Saint-S ulpice, ce que l’on pouvait penser de cette cornpo si t i on . L'e xée u t ion e n ma rbre „ qui est des plus froides, et les quelques variantes introduites ne l'améliorent pas beaucoup. C'est une académie correcte mais sans
Le Christ tenant sa croix, Morceau de réception pour l’Académie.
(Marbre. Minée du Louvre.) I74>
expression.
L entrée de Bon chardon à l’Académie fut l’occasion d’un changement
STATUE DK LtAMOUR
apporte au règlement, et peut-être faut-il voir ici une nouvelle preuve de F âpreté que mettait cet artiste à la défense de ses intérêts pécuniaires : l’Académie décida la suppression du droit de réception qu’il était d’usage de faire payer par le récipiendaire; ce droit fut déclaré - contraire à la décence et à la dignité de l'Académie ».
Ses confrères s'empressèrent de le nommer adjoint à professeur (3 avril 174S), puis professeur l'année suivante (26 mars 1716), et le mois de janvier lui fut désigné pour en remplir les fonctions. Son assiduité à s’en acquitter ne fut pas très grande ; dés la première année (janvier 1747), il se faisait suppléer parNattier, « attendu, dit le procès-verbal, un ouvrage important qu'il fait pour le Roy et qu'il ne peut quitter # (la statue de l'Amour). C’est seulement en janvier 1 74B que les élèves de l’Académie furent appelés pour la première fois à travailler sous ce maître éminent, chargé de leur poser le modèle. Ils ne devaient pas le retrouver l’année suivante : cette fois l’ Académie dispensait Bouchai don, « attendu, disaitelle, la figure équestre du Roy à laquelle il travaille », et cette cause J'excuse fut régulièrement invoquée à partir de l'année 1753, Tout compte fait, Bou chardon n’a professé que pendant quatre ans, en ijqd* 1700, 1701 et 17Ô2. Son assiduité aux séances de l’Académie ne fut guère plus grande : aussi, ne fut-il jamais appelé à faire partie du bureau.
L'exécution de la statue de L* Amour qui se fait, avec les armes de Mars , un arc de la massue d’ Hercule (tel est le titre exact de la composition), a comporté plusieurs phases, qu’il est important de bien distinguer pour établir l'histoire de cette oeuvre si connue.
Dès l’année 1709, Boucha rdon exposait au Salon un modèle en terre cuite, que le livret décrivait ainsi :
, U n aut re modèl e , en te rre eu i te, d ’ u ne st at u ë q u i doi t êt re exécu tée en marbre pour le Roy, représentant l’Amour qui, avec les armes de Mars, se fait un arc de la massue d’ Hercule. Fier de sa puissance, et s’applaudissant d'avoir désarmé deux R militez si redoutables, le fils de Vénus témoigne, par un ris malin, la satisfaction de tout le mal qu’il va causer. ►
La commande en avait été faite par Orry entre les années 1737 et 17.39, lorsqu’il lit abandonner par Bou chardon la statue de Louis XIV destinée à remplacer celle qui était dans le chœur de Notre-Dame de Paris.
Au moment où ce modèle figurait au Salon, il n y avait encore qu'une intention manifestée par le ministre, et le sculpteur avait reçu l'ordre de composer une esquisse : Orry se réservait Je commander l'exécution en marbre le jour où le modèle serait agréé par le Roi; l’ordre d'exécution ne Tut donné qu'en lyq o‘.
Pendant les cinq années qui suivirent. Bouchard on 11e put guère travailler sérieusement à cette statue : outre les différents projets pour le mausolée du cardinal de Fleury, il eut à exécuter l'important ouvrage de la Fontaine de la rue de Grenelle.
Le projet exposé en tjdq, cette simple esquisse, qui n’était, Bouchardon le dira lui-mème, * qu’un premier travail, qui ne donnoit que la pensée1 ». serait infiniment intéressant à connaître, pour le comparer à l'œuvre défitive qui ne parut, comme on va le voir, que dix ans plus tard. On connaît diverses statuettes en terre cuite qui reproduisent ù peu près le sujet choisi par Bouchardon, mais sans que Ton puisse affirmer pour aucune d'elles son identité avec l'esquisse de 1 789. Peut-être la qualité de ce premier modèle se révèle-t-elle mieux dans une statue en marbre, de petites dimensions trois pieds environ), qui est signée : Bouchardon, 1744; on a pu la voir dans trois expositions faites à Paris : le marquis d'Herford l'avait envoyée, en i865, à l'Exposition de l'Union Centrale des Beaux-Arts appliqués à l'Industrie; elle a paru de nouveau, en i8fi3 et 1884, à l’Exposition de l'Art au xvut* siècle; enfin, on la revue en iïU&î, à l+ Exposition de l'Art français sous Louis XIV et Louis XV; elle appartenait alors à Sir Richard W allace, bille fait partie aujour- J hui de la collection de Sir John Scott, qui nous a gracieusement autorisé à la reproduire ici1. La disposition du modèle et des accessoires est identique a celle de la grande statue. On peut donc affirmer que dés 1744 le thème est complètement arrêté dans la pensée de Bouchardon; il semble même qua cause de ses dimensions plus restreintes, cette œuvre ait une finesse nerveuse, une grâce aiguë qui disparaîtra dans la statue définitive (PI. XVII).
t. Cette date est indiquée dans la Proposition du payement, etc., dont il sera question plus loin.