‹ Edme BouchardonChapitre 36 sur 80 · ST AÏTE DE L AMOUR · texte numérisé non relu

ST AÏTE DE L AMOUR

Kn r -45, étant débarrassé de la Fontaine de la rue de Grenelle, Bouchardon se remit au travail de cette statue et s'en occupa exclusivement jusqu'à son achèvement.

L’année suivante il présentait au Salon un nouveau modèleront à fait arreté. Le livret rapporte l’explication du sujet donnée en 17^, lors de la première exposition, mais il ajoute : « Il y a quelques années que I on a vû dans le Salon un petit modèle en terre de cette figure. accompagné de la même description, mais ce n’étoit qu’un premier travail, qui ne donnoit que la pensée. Le modèle qu’on expose aujourdhuy est plus épuré, tout y est arrêté et fait d’après nature, et c'est sur ce modèle que la statue, de grandeur naturelle, s’exécute en marbre pour le Roy. »

Bouchardon nous a laissé le récit des études patienteset scrupuleuses auxquelles il se livra, et qui devaient l'amener à l'exécution d une œuvre tout à fait achevée. Ces détails, importants pour l'historique des travaux, montrent quelle conscience l'artiste savait y apporter:

^ En 17.40, dit-il, cette figure fut ordonnée par M. Orry ;en 1 740, le sieur Bouchardon en commença les études, après setre rempli de son sujet et avoir assuré sa pensée par une première esquisse en terre. Un grand nombre de dessins, J après nature et d’après plusieurs modèles, ont suivi, d'où a résulté un modèle en terre cuite de deux piés de proportion et un autre de cinq piés et demi de liant, tous deux entièrement faits par l'auteur'.

« Ces modèles ont été moulés. On a tiré des plâtres entiers et par partie, et. pour plus de perfection, on a aussi moulé des corps vivants, des bras, des jambes et autres parties, tous travaux indispensables à quiconque veut imiter la nature et ne se point égarer dans l'exécution en marbre, occupations qui ont occupé pendant plus de quinze mois un mouleur et un manœuvre.

- t'es préparations faites, le travail du marbre a commencé au mois de juillet 1747. et a continué jusqu’au 12 mai ij5o. que la statue s'est trouvée finie..

r. Un* belle esquisse, terre cuite, est au Musée Bimnat, :l Bayonne; elle mesure i|e hauteur. — Une autre terre cuite, esquisse ou réduction, se voit au .Musée dé Lille*

BOUC HA R DON

“ L ébauche a été faite par un élève sculpteur, servi par un garçon d'attelîer, toujours sous la direction du sieur Bouchardon*

« La figure étant dégrossie, le sieur Bouchardon ne s’en est point désemparé jusqu’à ce quelle ait été terminée, ayant remanié le marbre totalement jet son scrupule a été poussé jusqu’au point de ne pas se fier à ceux qui sont dans l'usage de poncer et de polir les statues: nonobstant la longueur et l’ennui de cette opération, craignant qu’on altérât les contours, le sieur Bou chardon s’est réservé tous les coups de trépan, comme étant les plus difficiles et les plus risquables, et ceux qui mettent le plus d’esprit dans le travail du marbre.

« Soutenu par l’espérance de plaire au Roi, il n’a été rehuté d’aucune des difficultées inséparables de l'exécution d’une statue de Fcspéce de celle-ci, dont presque toutes les parties sont en l’air, lui offrant, à chaque instant et à chaque coup d’outil, de nouveaux dangers* De plus, cette ligure est isolée: conséquemment il n’y a aucune des parties qui n'ait dü être et qui ne soit travaillée à fond et au plus fini; aussi, peut on dire que cette statue seule a exigé le môme ouvrage qu'un groupe de plusieurs figures, et qu’il a fallu mettre le temps à profit pour, dans l’espace de quatre ans, deux mois, achever un morceau de cette importance et aussi terminé. Pendant ce temps, outre un élève sculpteur et un garçon d’atelier, a été continuellement employé un serrurier pour forger et tremper les outils que le marbre égrise à chaque instant1 * ... *

Une copie de cette statue lui fut ordonnée presque aussitôt1 mais elle ne fut pas exécutée, car les comptes des Bâtiments du Roi ne mentionnent aucun paiement pour cette sculpture; la copie que l’on voit dans un petit temple circulaire, au Petit Trianon, doit être celle qui a été faite par Motichy, en 1780, pour le* nouveau Trianon », sur les ordres du comte d'Angiviller, et qui fut payée 6,000 livres à cet artiste3* Cette copie a figuré, sous le premier Empire, au Musée de l'Ecole française organisé dans le palais de Versailles, Elle a repris depuis sa place primitive* Maintenant que l’on connaît les longues études et les minutieux travaux

1 . Proposition de payement de h $talue de t '4 moitr { A refit ves de CA rt français I 1 85 1 - 1 S i 2 p, I 1 04) * J ’

1: Lettre, de Fontainebleau, du 2} octobre 17k. : Cv joint, Monsieur, est un ordre à M. de Beaufort de vous délivrer un bloc de marbre blanc statuaire, pour faire une copie delà figure représentant l'Amour ■■ Signé ■ « C. PÜlot *. Papiers de Bûuchardonj*

3. Voir Furcy- Raynaud, Deux Musées de Sculpture française à l'époque de la Révolution Paris, 1907, page 19. r -

PL. XVJL

Première pensée de la Staïue de l'Amour 4 — Marbre, (Appnmenc. à Sir J. Scott.)

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