STATUE DH L’AMOUR
Assurément cette sculpture devait échapper au public parisien, le plus capable de la juger, puisqu'elle passa directement de l’atelier du sculpteur au château de Versailles, où les gens de la Cour lui firent l'accueil que l'on
sait, et de là à Choisy.
Quand elle revint à Paris, rameur était mort et d’autres artistes avaient accapare l'attention des beaux esprits.
Les vrais amateurs n’eurent dune pas l’occasion d’étudier cette oeuvre achevée, mais on savait au moins, par les modèles exposés, l’idée qu’elle devait exprimer, et l'interprétation que le sculpteur en avait laite.
Dès L’année 17.39, Voltaire formulait son sentiment dans une lettre au comte de Caylus :
* En voyant une partie de cet arc qui sort de la massue, devinera -t- on que c'est l’arc de l'Amour? * Ne faut-il pas craindre «que cette pensée de Bouchardon ne soit qu’ingénieuse? »
Si l'on veut rendre une
Fontaine imtrak.
(Mu&£c du Louvre.)
pensée fine, il la ut «quelle soit caractérisée d’une manière non équivoque, et surtout que l'expression de cette pensée soit aussi gracieuse à l’œil que 1 idée en est riante à l'esprit *. Et d'ailleurs, « n'est-il pas vrai qu’une main bien faite, un œil animé, vaut mieux que toutes les allégories' ? »
i. Voltaire, Œuvre* complètes, édit. Cinrnier ( iSSop» XX3CV, p, 107 et suiv*
BOUCHA R DON
Le passage est fort long, et I on y trouve des réflexions qui dénotent la bizarrerie des opinions de Voltaire en matière d'art, mais il y en a quand même d'assez judicieuses, comme le prouvent les citations qui précèdent, LCHes se rencontrent avec les jugements des critiques de profession; La Font de Saint- Yen ne, dont les appréciations ne sont pas toujours aussi judicieuses, a dit d’assez bonnes choses, à propos du modèle définitif, eu plâtre* exposé au Salon de 1746 : * Lu correction et les belles proportions de cette petite figure ont eu une approbation générale du Public et beaucoup déloges des artistes; les curieux d’un goût délicat, et qui n admirent les beautés de F Art qu autant qu'elles servent à Fex pression d'un sujet heureux et intéressant, ont été plus modérés dans leurs éloges,,. La difficulté extrême d'une heureuse exécution, par I impossibilité de saisir dans cette action,., un moment de noblesse, d’intérêt ou de vraisemblance, a été une raison suffisante aux connoisseurs pour rejetter sur le choix du sujet la froideur de l'exécution,*. L 'effort de ce dieu et son appui sur un morceau de bois, et dont on ne saurait prévoir le dessein* sans aucun instrument dans ses mains pour l'exécuter, rendra peut-être cet ouvrage une énigme à la postérité', » Bailletde Saint-Julien déclare que Le peintre Jean- Baptiste Pierre* s’il avait suivi l’idée de L'abbé Le Blanc* en ôtant de la main d'Armide une flèche, pour l'armer d’un poignard, * auroit fait de son sujet un (sic) énigme qu’on eût eu pour le moins autant de peine h deviner que celui de l'Amour de M. Bouchardon1 ».
Diderot, tout en se refusant à porter un jugement approfondi sur les différentes œuvres de Bouchardon, qu il déclare ne pas connaître, ne peut résister au désir de dire un mot de la statue de l’Amour : * II faut bien du teins à un enfant pour mettre en arc l'énorme solive qui armait la main J'Hercule », et puis, on ne comprend pas * ces longues ailes, avec lesquelles on ne saurait voler, quand elles auraient encore dix pieds d'envergure3 ►.
De toutes ces critiques, la plus fondée est celle qui vise l'obscurité du sujet. La pose de 1 Amour est gracieuse, mais on se demande s’il n'essaie pas de briser un bâton d une forme tout à fait étrange* En vain. Fauteur nous déclare que c’est # F Amour se faisant un arc de la massue d' Hercule * :
c. Réflexions sur quelques causes^ etc,, [747* p. 114-137.