‹ Edme BouchardonChapitre 44 sur 80 · LO J · texte numérisé non relu

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serait, dans ce cas, la pièce ainsi décrite dans l'inventaire fait après le

décès de Bon chardon, en 176 2 : «70 bis. Item, l’esquisse en petit et en cire de la statue équestre du Roy; son pied destaU avec les figures aux angles eti cire, s

Statue éque&Tre ilu Louis XV Esquisse d'un premier projet, itm tuile. (Collemion Liiiülaul.)

Une autre esquisse donnant une disposition différente, et celle-là en terre cuite, appartient aux héritiers de Bouchardon. Le cheval se cabre et sa longue queue fait corps avec le socle, en même temps que les pieds de derrière. C'est le parti très hardi que F alconet adoptera peu après pour la statue de Pierre Legrand, à Saint-Pétersbourg, Bouchardon y renonça, préférant sans doute la disposition plus sage du cheval marchant au pas, comme celui du classique Marc-Aurèb. La terre cuite, fort peu connue1, est des plus intéressantes : elle montre la fierté, la grande allure que notre artiste pouvait mettre dans ses ébauches, quitte à revenir ensuite à des conceptions plus raisonnables et à des réalisations plus Iroides.

Dès que le choix du Roi fut arrêté, la ville et le sculpteur entrèrent en pourparlers sur les conditions du marché. À la demande du Prévôt des marchands, Bouchardon présenta un devis Lrès détaillé, comprenant toutes les dépenses qui seraient nécessaires, « les espèces et quantités de matériaux, tant bronze que fer, cires, bois, terres, etc. », Il estimait la maind'œuvre à environ 200,000 livres, à quoi il y aurait lieu d'ajouter 20,000 livres de récompenses pour le fondeur, en cas de réussite, et 260.000 livres pour les * honoraires » du sculpteur. La ville devait supporter les frais de construction des ateliers, magasins et autres bâtiments, sur un terrain qu’elle avait au Roule; ces dépenses n’étant pas du ressort du sculpteur, le montant devait en être déterminé par un devis d'architecte.

Ces chiffres 11'avaient rien d'exagéré : des notes relevées par Bouchardon, à titre de renseignement, disent que * le cheval de la place Vendaunie (sic) a coûté 1 ,4000,000 livres ; celuy de Bordeaux a coûté 700.000 livres; M. Coustoux a demandé 000.000 livres pour l’ exécution de la statue de Lyon4», Le bureau delà ville de Paris n'en fut pas moins effrayé du prix qu’on lui demandait. Bouchardon fit rédiger par son ami Mariette deux nouveaux mémoires destinés à prouver que les estimations de son devis n’étaient pas excessives. Voici la partie essentielle d’un de ces deux mémoires ; on y verra que, dans la pensée de Bouchardon, la somme de 260.000 livres demandée comme « honoraires * ne devait pas servir uniquement à rétribuer son travail personnel.

a L’ouvrage, toute proportion gardée, disait Bouchardon, n1 ira jamais,

j. Elle nka été reproduite aucune fois, dans la fixité des Beau*- Arts, de mars 1897, pr i<}ck elle mesure : om-24 de haut, du sommet de la tête du Roi à la plate-forme du socle; 0™oq de large et <nni8 de long.

STATUE ÉQUESTRE HH LOUIS XV

lû3

à beaucoup près, aussi haut que celui de la place Louis-le-Grand/ qui, suivant le bruit commun, a monté à 1,400.000 livres, quoy que ce ne soit qu'une seule figure équestre. Que si la statue qui a été fondue depuis peu pour la ville de Bordeaux3 a coûté 800,000 livres, celle-ci, dans laquelle il entre le double d'ouvrage et même davantage, et qui est, outie cela, de plus grande proportion, devrait au moins coûter le double. On croît cependant pouvoir assurer que la dépense sera bien moins forte. La Ville, en faisant elle-même les achats des matériaux, et faisant travailler à sa journée comme on le lait pour le Roi, pourra beaucoup (économiser : ayant l'argent à la main et du crédit, elle fera ses marchés plus avantageusement qu’un particulier; il ne s’agira que d’avoir un homme fidèle et intelligent, pour avoir soin de la distribution des matériaux et faire la paye des ouvriers.

« On peut compter que ces derniers travaillent assidûment, car le sieur Bouchardon s'oblige ù ne point perdre de veuc cet ouvrage. Il en doit être Pâme, tout doit router sur lui; ainsi, non seulement il fera agir tous es ouvriers de concert et pour la plusgrande accélération du travail, mais luimême il travaillera sans relâche, avec ses compagnons sculpteurs, à terminer promptement l'ouvrage. Il se borne pour cela a un terme de dix années, dont les cinq premières seront employées à ( exécution de la statue équestre, et les cinq autres à celle des autres figures qui accompagnent le piédestal Travail immense, dont il espère venir à bout dans cet espace de temps, et plus tôt encore, s’il est possible, pourvu qu’il ne soit chargé, ainsi .qu’il s’en est déjà expliqué, ni de l’achapt, ni de la fourniture d’aucuns matériaux, non plus que de la distribution de la paie à d autres ouvriers que de ceux qui travailleront immédiatement avec lui à la sculpture. C’est bien assez pour lui d’avoir à inventer, composer et disposer scs figures, d’en faire les études d’après le naturel, de les modeler, d eu faire les cires et de les réparer, et de procéder à tous les différons travaux qui se feront, tant par le fondeur que par les autres ouvriers, de quelque espèce qu’ils soient. Il n’en est aucun qui ne demande son aide et sa présence, puisqu’il est certain que les choses qui paraissent de moindre importance sont souvent celles d’où dépend la réussite d’un ouvrage.

s C’est donc pour se mettre en estât de suivre un travail si pénible et

1, Ou place Vendôme : Statue équestre de Louis. XI V, par Girardon, 1. Statue équestre de Louis XV, par J.- B. Lemoync, érigée en lyqiL

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de si longue haleine, qu i! demande pour ses honoraires la somme de 260.000 livres, de laquelle somme il en employera une partie pour le salaire des compagnons sculpteurs et manœuvres qui le serviront dans les diverses opérations de la sculpture et des cires, ainsi qu'il est porté

dans le Mémoire, et le surplus sera pour lui tenir lieu de récompense de ses soins, de son propre travail, et de tout ce que son talent pour roi t lui valoir da n s tou 1 1 e res te de sa vie; car il faut considérer cet ouvrage immense comme le dernier de ceux qu il entreprend r a , et comme la plus difficile et la plus périlleuse opération de la sculpture. *

Ainsique Bouchardon lTavait prévu, cet ouvrage devait occuper tout le reste de sa vie, et, tout en dépassant très sensiblement les dix années de travail qu’il s'était fixées , ir être pas même achevé quand il mourut.

Le marché fut signé le 20 octobre 17491, au prix de 260.000 livres, dont oo.ooo payables d'avance. Le 20 du même mois, la Ville en passait un autre, pour la fonte de la statue équestre seule, moyennant 2o3.oüo livres, avec « Pierre Varin père, professeur de l* Académie de Saint-Luc, maître

1. Original, aus Arch. Nat,, 11* aifi3. — Copie, d.ms H' folios îfii r° à ï66 r*.

STATUE ÉQUESTRE l)K LOUIS XV

ICMj

fondeur du Roy, et Pierre Varin fils, aussi maître fondeur du Roy, demeurant à Paris, rue Copeau, paroisse Saint- Marcel ». D autres marchés suivirent, pendant la même année et en 17^0, pour la construction d'aLeliers au Roule; enfin, la Ville prît une délibération, le 19 septembre

Siatuè équerre de Louis XV, lundi* du cheval . (Musdc du Louvre.)

ij5o, à l'effet d'obtenir du Roi l'autorisation d'emprunter un million en rentes viagères constituées, pour subvenir à la dépense du monument, et cet emprunt fut autorisé par arrêt du Conseil d’Etat, le 1 1 octobre suivant.

Bouchardon se mit aussitôt à l'œuvre, pour donner à son esquisse en cire des formes arrêtées, et prépara, suivant Mariette, l'exécution d'un modèle de dimensions moyennes, qui devait être fait en terre glaise.

B 01? CHARDON

Il s'agissait, un effet, dé mener tout d'abord à son entière exécution la partie principale du monument, composée du cheval et de son cavalier, qui devaient être fondus en bronze, comme les quatre statues du piédestal et les ornements destinés à les accompagner.

L artiste entreprit une série d’études minutieuses, pour fixer les proportions de toutes les parties de ces deux figures. L'exécution du cavalier, d'après nature, n’était qu'un jeu pour un artiste aussi rompu dans la connaissance de l'anatomie du corps humain, mais assurément l’anatomie du cheval lui était moins familière,

Bou chardon commença l'étude de cette anatomie en consultant d’abord les ouvrages les plus autorisés en la matière; on en trouve la preuve dans plus de quatre-vingts dessins des cartons du Louvre, où ils sont classés sous le nom d Lcole de Bon char don. Buis, il s’enquit d'un beau modèle, et le trouva chez Louis-Antoine Crozat, baron de Thiers, lieutenant-général pour le Roi au gouvernement de Champagne. Caylus dit à ce sujet : * Le nombre des études qu'il a dessinées d’après nature, pour le cheval seul, est si considérable que je n 'oserais le rapporter : on ne me croirait pas. * Ce nombre est, en effet, si élevé, que dans les seuls cartons du Louvre il y en a deux cent quatre-vingt-douze.

La suite du récit de Caylus est à citer; c'est l’attestation d'un témoin de ces études si consciencieuses : « Bouchardon, accoutumé à suivre la nature jusques dans les plus petits détails, s’est mis plusieurs fois entre les jambes d'un cheval pour dessiner le ventre et toutes ses parties. Il faut convenir aussi que ce bel animal, dont il dispûsoit à toutes les heures du jôur, Pai* I amitié de \l. 3e baron de Thiers, à qui il appartenoit, étoit d une douceur, dans ! atelier, dont il sera toujours rare de trouver des exemples, d autant qu il étoit vif dans tous ses mouvemens, et plein de feu quand il étoit monté. Les causes secondes de cette espèce méritent, ce me semble, d'être rapportées ; elles sont dues le plus souvent au hasard, et, dans le cas présent, elles ont contribué au nombre prodigieux d'études que Bouchardon a faites. Le cheval parais soit s’y prêter et regarder le dessein qu'on fai soit d’après lui. Enfin, les mêmes motifs d’exactitude firent monter Bouchardon sur une échelle double, pour dessiner les reins du cheval et leur jonction avec la croupe et l’encolure1 ♦ »

Nous savons par G ri mm que c'était un cheval de race espagnole, et qu’il

ir Vie d'Edmc Bouchardon, p* (îi <>3,

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