‹ Edme BouchardonChapitre 58 sur 80 · ÏO U CHARDON HT LES SCULPTEURS DE SON TEMPS · texte numérisé non relu

ÏO U CHARDON HT LES SCULPTEURS DE SON TEMPS

Catalogue des dessins, estampes, etc., vendus après son décès 1 ; ces renseignements ne peuvent émaner que d'un ami intime, témoin journalier de ses travaux, et cet ami était vraisemblablement Mariette :

« L’idée sublime qu'il s’était faite du beau, rendait notre artiste difficile et timide, quand il s'agi ssa it d e tra va u x q u i , confiés à des matières précieuses et durables, devaient passer avec son nom à la postérité. Jaloux de nerien mettre au jour qui ne fût extrêmement épuré, il s’épuisa it a lo rs e n réfl e x i on s, etconsumaiî peut-être encore plus de temps à méditer qu’il n’en employait à opérer i sans cela, i! n’est pas douteux que nous aurions beaucoup plus d ’ g u vrages de sa m ain , car il était vif, et personne n'a manié le ciseau avec plus de célérité. La promptitude dans l’exécution éclatait surtout lorsqu’il avait dans les mains l’ébauchoir et le crayon ; l’un et l autre obéissaient sans violence et sans peine à son génie tout de feu*.* »

La grande circonspection qui le guidait toujours dans son travail lui faisait prendre sur le modèle en plâtre des points de repère en nombre infini, comme un véritable débutant* Cochin s’en étonne, à propos de la statue équestre de Louis XV : * M. Bouchardon prétendit avoir été extrêmement troublé dans l'exécution de ce morceau, «t même obligé de le

Fontaine nux nymphes.

(Mhüôc du Louvre.}

recommencer en entier, par les suittes de la visite dont le Roy l'honora ;

i. Venie dirigée par François Basan; în-S, i-fïï,

noue H AM nos.

bouchardon

la quantité de personnes qui entrèrent avec le Roy, ei leur poids, à ce qull a assuré, fit un peu jouer le plancher sur lequel étoit le modèle et lui dérangea tous ses points; mais ces points étaient-ils donc si nécessaires? et un aussi habile homme que Lui étoit-ü obligé de se copier lui-même si servilement, qu'il ne pût suppléer à ce qui étoit dérangé, sans avoir besoin de précautions minutieuses1? *

La lenteur que Bouchardon mettait à l’exécution de ses sculptures ne résultait pas seulement de ses longues études préparatoires: le goût du fini l’entraînait à les polir sans cesse, Cocliin dit encore, à ce sujet : « ,VL Bouchardon m ode I oit avec un esprit, une justesse et une netteté admirables, mais lorsqu'il travaillait le marbre, son extrême passion pour le fini a pu le mener trop loin, et je crois pouvoir avancer qu'il a paru ignorer ce que nous appelions l’art de travailler pour la place, et que dans ces occasions il ne sçavoit pas se dire : c est assis, » Aussi, le groupe de la Fontaine de la rue de Grenelle, que C oc h in proclame ■ un chef-d’œuvre, à regard eide près », ne lui semble pas produire en place « la moitié de l'effet qu’il feroit s'il étoit pins heurté et que les formes en fussent plus ressenties ».

De même, pour ta statue équestre du Roi, Bouchardon lui enleva une partie de ses beautés en la faisant * limer et ciseler comme un morceau d’orphèvrerie ». Cochin fut précisément chargé avec d’autres membres de ï’Àcadémiet au moment du décès de Bouchardon, de constater l’état d’avancement des travaux du piédestal. Ils trouvèrent la statue et le cheval limés et arrondis sans goût parles ciseleurs; * cependant, ajoute Cochin, nous eûmes le plaisir de voir une jambe et un pied du Roy qui n’avoient point encore été dzelées (sic) et qui étoient modelées avec un go u st, une netteté et une fermeté admirables. Les touches méplattes et les formes décidées y étoient encore ; nous ne pûmes nous refuser au déplaisir de voir qu’on étoit obligé de laisser gâter encore cette belle partie afin qu’elle fût conforme au reste*».

La conséquence de ce défaut était de donner trop de rondeur à ses sculptures, et de leur enlever ainsi le caractère saisissant de vérité que le maître avait su leur imprimer au début de son travail*

L’auteur anonyme de la Chanson sur les différents projets de tombeaux du cardinal de Fleury traduit évidemment l’opinion générale lorsqu’il fait

e . Mémoires inédits, etc . , p, pS-

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