AVANT-PROPOS. IX
On n'a donc à leur consacrer que des pages restreintes, et on les montre comme ils veulent être vus.
Ceci posé et compris, nous acceptons le système des volumes collectifs.
Eugène de Mirecourt.
Paris, 15 août 1869.
L'auteur do pamphlet qui a, pour ainsi dire, justifié aux yeux de l'Europe révolutionnaire les envahissements do Piémont dans les Etais de l'Eglise est né à Dieuze, petite ville de l'ancienne province de Lorraine.
D'autres que nous essaieraient ici de lui appliquer le proverbe connu :
Lorrain ,
Vilain ,
Traître à Dieu et au prochain.
Mais c'est une des innombrables sottises populaires que rien ne justifie dans le passé comme dans le présent.
D'ailleurs, M. About, avec l'esprit d'àpropos qui le caractérise, aurait soin de nous retourner immédiatement le tercet, en qualité de compatriote, — ce qui ne donnerait raison ni à lui ni à nous.
Un homme se juge par ses œuvres.
Le sarcasme et l'insulte représentent une manière d'argumenter que nous n'emprunîerons point au petit encyclopédiste de DieuzCé
Etablissons seulement que notre patrie commune ne comptait avant lui que des écrivains d'une foi sincère, puisée dans un pays où l'éducation chrétienne est en honneur, et qu'il a le premier, chez nous, donné des gages à la Révolution et à l'impiété.
Le 14 février 1828 est la date de naissance du trop célèbre auteur de la Question romaine.
Edmond-François-Valentin About commença ses études au petit séminaire de Pont-à -Mousson, désola ses maîtres par des instincts philosophiques aussi précoces que détestables i , et fut renvoyé de l'école ecclésiastique.
Des protecteurs de sa famille lui obtinrent une bourse au collège Charlemagne où il eut de grands triomphes scolaires.
1, Un de ses professeurs existe encore; il peut attester le fait.
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îi nous semble avoir entendu dire que, s'il était bien doué sous le double rapport de la mémoire et de Fiotelligeoee, il mmquait, en revanche, de ces qualités précieuses qui font naître la sympathie et maintiennent les bons rapports entre camarades.
On ajoutait même, si nos souvenirs sont exacts, que sa nature aigre et sarcaslique le faisait considérer comme un des types les plus accomplis de ce qu'on nomme vulgairement on mauvais coucheur»
Les mêmes renseignements affirmaient qu'au nombre de ses vertus la modestie ne brillait absolument que par son absence.
Or ce dernier détail a l'air d'être tout à fait historique, lorsqu'on le rapproche de certains livres publiés par le jeune écrivain.
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A la distribnlion soîeriiielle du grand concours, en 1848, M. About remporta le prix d'honneur de philosophie. Le citoyen Carnof, ministre de Pinstroction publique, couronna le brillant élève, qui reçut en môme temps les félicitations démocratiques et sociales des deux secrétaires du ministre rouge, MM. Edouard Charton et Jean Reynaud,
Ces ovations républicaines firent battre le cœur du jeune homme et colorèrent malheureusement son avenir de nuances écarlates.
Nous le voyons entrer à Fécole Normale, où il reste jusqu'en 1851.
A cette époque, le citoyen Carnot venait de laisser choir son portefeuille dans Fornière du communisme, où il lui fut impossible d'aller le reprendre, car un vote énergique de l'Assemblée frappa tout à
coup de blâme certaines brochures émanées de son cabinet, ainsi que nous le raconterons tout à l'heure dans ce même volume.
Le fils du célèbre conventionnel dut immédiatement battre en retraite.
Ce départ chagrina M. About, qui s'était habitué à regarder Carnot comme un Mécène dont la toute-puissance devait le mener loin quelque jour.
11 partit un peu déconcerté pour l'école Française d'Athènes.
La carrière du professorat qu'il avait en perspective ne lui offrait qu'un attrait médiocre. Ayant exercé déjà sa plume de temps à autre, il nourrissait quelque espérance d'être appelé un jour le Voltaire du dix-neuvième siècle.
Pour laisser croire à ses maîtres qu'il
suivait le programme des études, il rédigea une sorte de mémoire scientifique et archéologique, aussi dénué d'intérêt que de valeur, et le publia sous ce titre malheureux Vile d'Egine.
Cette île était autrefois habité par les Myrmidoos.
Un écrivain superstitieux, en cherchant le mot sur le dictionnaire, aurait reculé, en voyant ceci :
ce MYiîMiDON, celui qui a des "prétentions exagérées et ridicules^ qui fait de vains efforts pour être supérieur aux autres: — des mykmïdons en littérature, etc. »
Ce premier livre a nécessairement influé sur les destins littéraires de M. About.
Un homme de lettres de son espèce, — je veux dire un peu païen, — devait croire
aux présages. VIlecrÉgineesi restée dans les limbes les plus obscurs de la librairie parisienne.
Toutefois, le jeune auteur ne perdit pas courage.
Disposé dès lors à casser les \itres et à écrire des pamphlets, non pour moraliser son époque, mais pour la démoraliser au besoin, ii entassa noies sur notes, matériaux sur matériaux, profita de Fintimité toute cordiale dont l'honoraient certains personnages du pays hellénique et traça le porlrait des hommes et des choses au point de yim grotesque.
En un mot, il rapporta dans ses bagages îe manuscril de son fameux livre, la Grèce contemporaine^ que la maison Hachette publia dans la Bibliothèque des Chemins de fer^ et qui obtint un franc succès de scandale.
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La masse des lecteurs frivoles acheta le volume ; mais les hommes sérieux accusèrent M. About d'injustice, et surtout d'ingratitude.
Ami de la maison, il avait écouté aux portes et trahi l'hospitalité sans pudeur et sans vergogne.
C'était un fâcheux début.
M. Buloz ouvrit les bras avec tendresse à un jeune homme qui faisait ses preuves de verve et de méchanceté» La Revue des Deux-Mondes aime les renommées batailleuses et le genre casse-cou, pourvu que les qualités du style couvrent le peu de conscience du fond.
Mais, à peine eut-elle publié le roman de Rolla^ que des bibliophiles indiscrets annoncèrent que l'œuvre était une repro duction mal déguisée d'un livre italien : VittoriaSavorelUy storiadelsecolo XIX,
Le cas était grave et le plagiat flagrant.
Edmond se défendit contre la critique avec un aplomb tout à fait au dessus de son âge. On lui en garda rancune, et lorsque Tannée suivante i, il voulut faire jouer à la Comédie-Française une pièce en trois actes, le journalisme et le public ameutés comme un seul homme lui organisèrent une des chutes les plus éclatantes dont le théâtre moderne garde le sou-venir.
Guillery, intitulé d'abord VEffronté^ disparut de l'affiche à la seconde repré sentation.
Battu comme romancier et comme auteur dramatique, l'intrépide jeune homme se réfugia sur le terrain de la critique d'art. Son Voyage à travers r Exposition