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eut un succès de bon aloi et se distingua par des aperçus pleins de finesse. Une grande vivacité d'esprit, un style chatoyant, une réserve de bon goût dans les appréciations lui donnèrent cette fois gain de cause sur toute la ligne.
Presque en même temps il envoya au Moniteur y pour les publier en feuilleton, une série de jolies nouvelles, aussi piquantes qu'inoffensives, sous ce titre devenu populaire, les Mariages de Paris,
La critique malveillante eut bouche close,
M. About avait, certes, une belle occasion de rester dans la littérature honnête, paisible et lucrative ; mais le succès incontestable qu'il obtint ne suffit point à guérir les blessures de son orgueil.
II éprouva le besoin de rendre au centuple les coups qu'il avait reçus.
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Nous le retrouvons sur le champ de h^tsiille du Figaro, s'escrimantde la plume comme un vrai démoniaque, piaffant en pleine encre et en pleine injure, et distribuant, sous le pseudonyme du vicomte deQuévillyj toutes sortes d'impertinences hebdomadaires à des gens qui ne manquaient ni de puissance, ni de rancune, et qui ne lui pardonnent pas encore aujourd'hui.
Cet enfant terrible touchait à tout, même aux questions politiques les plus émouvantes.
A propos d'une tentative criminelle dirigée contre la vie de l'Empereur, il osa écrire qu'il n'y avait pour les assassins « qu'une seule arme de précision, le couteau. 5J — parole coupable, qui faillit compromettre l'existence du journal et brisa la plume de l'imprudent chroniqueur^
M. de Villemessaot le pria d'aller imprimer plus loin ses réflexions dangereuses.
Le pouvoir toutefois ne tint pas rigueur à l'écrivain étourdi qui venait de lancer dans la presse un mot si terrible. Il est à présumer que M. About fit une amende honorable très-humble, car la porte do Moniteur resta toute grande ouverle à la publication de ses oeuvres.
Non-seulement on loi laissa reprendre, dans ce joornal, de noovelles études critiqoes intitulées : Nos SiTfAstes au salon de 1857; mais on lui commanda plusieurs romans qui obtinrent les honneurs d'une insertion presque immédiate.
Le Roi des montagnes^ — Germaine^ Les Echasses de maître Pierre j — Trente et Quarante sont de cette époque.
Pour comble de pardon, le jeune écrivain reçut, en 1858, la croix de la Légion d'honneur, et partit pour Rome aux frais de l'État.
L'objet de ce voyage était la continualion de ses études au point de vue de la critique d'art ; mais le fantasque écrivain jugea convenable de modifier le programme de fond en comble.
Ayant toujours en perspective la succession de Voltaire, il résolut de se l'approprier déGnitivement par une œuvre anticatholique au premier chef.
On a dit de M. About, qu'ayant voulu se glisser dans la haute société romaine, il s'était trouvé brutalement éconduit, et que ce mauvais accueil avait excité dans son àme un désir de vengeance. Peut-être y eut-il, en effet, quelque chose de ce genre ; mais notre conviction est que le
ABOÎJT.
jeune pamphlétaire , bien ou mai reçu , n'aurait pas reculé d'une semelle dans une affaire toute de parti pris.
Le triomphe de l'impiété révolutionnaire déchaînée contre le Saint-Siège, fut le but honorable auquel visa l'auteur de la Question romame.
Venir en aide à la politique immorale de M. de Cavour; autoriser par des calomnies aussi grossières qu'impudentes les entreprises à main armée de la horde garibaldienne; pousser l'ambition piémontaise, comme un rocher, sur un vieillard sans défense ; écraser la faiblesse, préconiser la spoliation ; mentir audacieusementà l'Europe, afln d'obtenir l'impunité à l'un des actes les plus hideux de l'histoire moderne, voilà ce que s'était proposé M. About.
On crot un instant Jqiie ses efforts allaient être couronnés de succès»
Le scandale fut immensCc
Messieurs les libraires de Belgique achetèrent plusieurs éditions du livre à très-haut prix^ et Fauteur fit fortune ; mais on peut dire qu'il a laissé toute sa considération littéraire au fond d'un sac d'or.
On ne tarda pas à comprendre, aux cris de joie poussés par la démagogie, qu'il y avait là tentative criminelle, impiété monstrueuse, et mensonge historique flagrant. Le dégoût des cœurs honnêtes protesta contre les espérances trop visibles de la Révolution et du désordre.
M. About, depuis cette élucubration malsaine, est complètement enterré dans son succès.
On ne se relève pfîs de pareils triomphes.
La jeunesse française, qni veille, pour ainsi dire, au seuil de la renommée, n'entend pas qu'on la distribue au hasard, en dehors de toute condition morale. Elle eut, en conséquence, Tœil sur notre publiciste et suivit les évolutions bizarres de cet esprit versatile et peu scrupuleux.
On s'étonna de voir le feuilletoniste choyé du Moniteur donner des gages à la sottise démagogique, écrire dans VOpinion nationale côte à côte avec le citoyen Guéroult, et flagorner le prince Napoléon d'un article antipapal à l'autre.
Ce gâchis politique déplut aux écoles, où Fauteur de Germaine avait trouvé d'abord quelques admirateurs juvéniles.
On attendit une circonstance favorable pour lui prouver que ces admirations devenaient chaque jour moisis eathousiastes.
Un acte insignifiant : Risette j ou les millions de la m ansarde, ne parut pas digne de favoriser une protestation. Donc on le laissa mourir de sa belle mort au Gymnase.
Mais le drame de Gaëtana ayant, un beau jour, traversé les ponts afin d'aller demander quelques applaudissements à la rive gauche, une tempête abominable de sifflets accueillit la pièce et l'auteur.
Bien assurément, nous n'approuvons pas, en thèse générale, ce genre de manifestations.
Punir un homme de méfaits antérieurs, en loi organisant une chute dramatique, lorsqîieson œuvre a réellement du mérite, est un acte de justice aveugle, et qui, de prime abord, semble digne de blâme.
Reste à savoir si l'opinion publique a d'autres moyens d'exercer sa vengeance.
ÂBOUT. 29
Si elle n'en a pas, tous les torts incombent à récrivain qui blesse le sens moral et provoque les sentiments de répulsion de la foule.
Le soir de la première représentation de cette malheureuse pièce, Paris eut le speciacle étrange d'une armée d'étudiants qui, des hauteurs de FOdéon, se mit en marche et traversa la Seine, en chantant^ sur l'air de Marlborough, ce refrain burlesque :
Gaëtana est morte, Mironton, tonton, mirontaine ; Gaëtana est morte , Fflt morte et enterrée !
Nos chanteurs traversèrent le Pont- Neuf, tournèrent le Louvre par Saint-Germain-l'Auxerrois, et firent une première halte rue de Valois^ aux portes du ConsH-
tionnel, où M. About avait publié son dernier article. Ils saluèrent d'une triple bordée de sifflets les bureaux de rédaction; puis ils continuèrent leur promenade étrange, renonçant au quatrain primitif pour crier à tue-tête, sur Fair connu des lampions :
« Pas d'About ! pas d'About !
Us arrivèrent ainsi au passage Saulnier, où demeurait le triste auteur.
L'air de Marlborough et celui des lampions, et les sifflets, et les hurlements, et le charivari le plus infernal épouvantèrent pendant vingt -cinq minutes Fauteur de Gaëtana, qui dut s'endormir en faisant de singulières réflexions.
Puisse cette page d'histoire moderne
servir d'exemple aux écrivains étourneaux qui se croient tout permis, parce qu'ils ont, au sortir du collège, trouvé des revues sans conscience, et cédé à l'exploitation d'un journalisme avide qui, leur voyant entre les doigts un brin de plume accompagné de quelques nuances de style, les pousse à une course folle et leur jette la bride sur le cou, en leur cachant Tornière où ils vont se précipiter.
M. About n'a eu, depuis lors, que des succès contestables i.
Deux brochures politiques, la Nouvelle carte cV Europe la Prusse en 1860, ont fait hausser les épaules à bon nombre de
1. Le Capitaine Bitterlin^ Un Mariage de Paris et Une Vente au profit des pauvres, pièces jouées, les deux premières au Gymnase et la troisième à rodéon. ne sont pas restées au répertoire. M. About s'est décidé à rassembler en volume ses élucubrations dramatiques sous le titre de Théâtre impossible.
diplomates. Le roman àeMadelon s'est vendu grâce à la notoriété commerciale de la maison Hachette.
Quelques autres volumes sans retentissèment n'ont pas même obtenu un succès de cabinet de lecture.
Dans le nombre, nous avons eu la mauvaise idée de parcourir celui qui a pour titre : le Nez d\m notaire. C'est une des plus ridicules conceptions qu'un esprit en décadence et une plume fatiguée puissent offrir à F examen de la critique.
Marié depuis cinq ans, M. About s^endort dans les délices de Thyménée, et n'écrit plus guère.
Une chance inouïe que n'auront jamais les écrivains honnêtes, qui se ruinent pour défendre la vérité contre le mensonge, — échut, il y a deux ans, à l'auteur de la
Question romaine, M. Didier, député faible de cerveau, mais enthousiaste do talent de M. About, doubla, par un legs inattendu, la fortune de ce Voltaire en raccourci. Maintenant il a des loisirs quasi princiers, et se borne à insérer, de temps à autre, dans le journal le Gaulois quelques tartines littéraires aussi ridicules qiî'insigniflantes.
Presque toujours il habite Saverne, où ses reliques ne seront jamais en honneur.
La chronique locale raconte de burlesques anecdotes, que les voyageurs de la ligne de Strasbourg peuvent recueillir en passant.
En voici une qu'il faudrait aller chercher un peu plus loin; nous la donnons pour finir.
L'illustre Edmond , que le remords agite — comme chantait autrefois la romance,