LES POUKBOIHFS ET LES PROFITS
Francs, des Bourguignons et des Normands des Gaules; des Anglais et des Saxons de la Grande-Bretagne; des Tlmringes, des Suèves, des Bayovares et des autres peuples de la Germanie ; des Frisons, des Suédois, des Danois et des autres populations Scandinaves. Beaucoup d'autres rois barbares qui avaient embrassé la croix, déposant leurs couronnes aux pieds du prince des apôtres, inféodèrent à Rome leurs royaumes. Les pèlerinages à la tombe de saint Pierre durèrent plusieurs siècles, et tous les rois, ducs, barons, landgraves, abbés, archevêques et évêques de la chrétienté arrivèrent à Rome par immenses cavalcades, chargées de précieux dons pour les égliset^, et de beaucoup d'argent pour le peuple romain. — Après la fondation de l'empire d'Occident par les papes, les empereurs romains arrivèrent de l'Allemagne pour se faire couronner à Saint-Pierre, et ilsrépanlaie.it des trésors parmi le peuple qui applaudissait à leur triomphe. — Survinrent les jubilés, qui amenèrent toujours dans Rome bien des milliers de chrétiens qui venaient gagner les indulgences, et parmi eux il y avait des princes très-opulents qui faisaient largesse à ce peuple fortuné !
— Ici, don Alessandro, poursuivait Alfred, qui est, vous le savez, un bourru facétieux, fit rire toute la noble comitive en ajoutant :
— Surgirent ensuite les protestants, qui exècrent Rome, le pape, les papistes, et qui firent un tintamarre satané pour ne plus payer le denier de saint Pierre; mais qui se gardèrent bien de ne pas le payer, car à présent, au lieu de payer le denier annuel à Rome, ils lui apportent des écus, des guinées et des doublons ! — Depuis plus de quarante ans, ces messieurs d'outre-monts ont pris l'habitude de venir prendre ici leurs quartiers d'hiver ; il y a des saisons- qui en amènent plus de trente mille. Les Romains leur apprêtent des séjours confortables^ — comme ils disent dans leur baragoin de l'autre monde. — Les lapis, les rideaux, la vaisselle plate, les jardins, les
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kiosques, les terrasses, les jardinières dans les chambres et dans les salons, dans les corridors et dans les escaliers, rien n'y manque... et Dieu sait ce qu'ils paient tout cela I — 11 passe un drôle de denier de saint Pierre de la bourse de ces rénitents dans l'escarcelle des Romains, en carrosses, chevaux de chasse et de promenade, cuisiniers, valets de pied, repasseuses, fleuristes, sculpteurs, peintres, mosaïstes, graveurs de camées, et particulièrement chez les vendeurs de vieilleries toutes neuves, si bien nommés par les Français marchands de bric-à- brac, où ces beaux messieurs achètent à grands prix des bronzes antiques, des vases étrusques, fabriqués hier dans les usines de via Condotti du Bahhuino ou de la place d'Espagfne. J
— Ah! ah! ah! qu'il est donc malin, notre don Aiessandro ! s'écria Edmond. C'est bien fait à nous, qui maudissons Rome chez nous et qui venons la visiter comme des amoureux ! Cette sirène nous fascine par la mélodie de ses chants, et ses dents aiguës nous rongent jusqu'à la moelle ! C'est bien fait à nous !
— Vous voyez donc bien, monsieur, que don Alessandro avait raison de dire que les Romains ont toujours continué de recevoir les tributs de toutes les nations, et qu'ils ne mendient point lorsqu'ils vous demandent leurs propine (prolits), pas plus que leurs ancêtres ne mendiaient en recevant la sportule de leurs Mécènes; à preuve, qu'en vous les demandant, ils n'ont nullement l'air piteux et pleurard de tous les quémandeurs de n'importe quelle condition sociale ou de quel pays que ce soit; c'est à peine s'ils vous disent merci.
— Oh! pour cela, c'est vrai, Alfred! Il m'est arrivé plus d'une fois, après une visite quelconque, de donner un pourboire à un valet qui me disait clair et net : Monsieur, ce n'est ^ms ça : il me revient davantage, selon le tarif de la salle. Mais la plus curieuse des histoires de ce genre est celle qui m'advint, avec plusieurs grands seigneurs de mes amis, qui, désirant visiter un palais ro-