‹ Edmond RicherChapitre 2 sur 22 · DE L^INTRODUCTION · texte numérisé non relu

DE L^INTRODUCTION

Opinion de VEpiscopat français sur la monarchie pontificale^ à Vépoque de la condamnation du jansénisme.

Nous ne pouvons dissimuler notre étonnement, de voir des écrivains éminents, se servir des actes du clergé de France relatifs au jansénisme, pour démontrer Tadhésion de Tépiscopat français à rinfaillibilité séparée du Souverain-Pontife, c'est-àdire à Tattribut essentiel de la monarchie pure dans TEglise. Dom Guéranger est tombé dans cette étrange méprise et son dernier ouvrage contient à cet égard les conclusions les plus erronées. Ce n'est pas cependant que l'épiscopat français n'ait pris un soin particulier d'introduire dans tous ses actes des formules expressives pour sauvegarder ses prétentions à l'infaillibilité conjointe. On rencontre dans tous les documents ecclésiastiques relatifs au jansénisme des preuves formelles de sa constante préoccupation. Bien que dissimulée sous une forme respectueuse, et comme le dit Marca, quoique couchée et employée sans offense, la pensée de l'épiscopat français est toujours présente et toiyours affirmée. Il n'y a même pas à entrer ici dans la discussion des textes. Le rédacteur de toutes les pièces officielles relatives au jansénisme, de Tannée 1652 à 1661, c'est Marca. Personne mieux que lui ne peut nous dire l'esprit dans lequel elles ont été écrites. Or, voici ce que Marca veut bien nous dire sur les précautions adoptées par le clergé de France contre la doctrine de l'infaillibilité séparée, absolue, personnelle du Souverain-Pontife, c'est-àdire, contre le principal attribut de la monarchie pure :

M On justifia que la seule ancienne doctrine a été employée dans les délibérations du clergé et les dépêches de S. M. contre le jansénisme. »

XXVI. (( Il faut montrer maintenant que la vraie et ancienne doctrine a servi de règle et de conduite à toutes les délibérations prises dans les diverses assemblées du clergé sur la matière des deux constitutions contre le jansénisme. Les termes en sont exprès» quoique couchés et employés sans offense, dans les relations du clergé, dans les lettres écrites au Pape et dans les circulaires écrites aux évêques; où l'on observe que la constitution d'Innocent a été faite sur la consultation de la plus grande partie des évoques de France et qu'elle a été reçue et acceptée solennellement par tous les évêques en corps d'assemblée; et particulièrement en chaque diocèse. »

ail y a bien plus. Car pour en rendre la connaissance plus ouverte, cette doctrine a été mise dans un acte qui doit être perpétuel, c'est à savoir dans le formulaire de la profession de foi délibéré par les assemblées du clergé et confirmé par les arrêts du Conseil d'Ëtat. »

« Car encore qu'on ne mette dans ce formulaire pour décision de foi que celle qui est contenue dans les deux constitutions apos* toliques qui condamnent d'hérésie les do;^mes du jansénisme^ on y a mis à dessein, et avec précaution, que cette doctrine avait été condamnée par ces deux papes, et par les évêques. Ce qui fait voir que rassemblée met tellement l'autorité de la condamnation dans les constitutions, qu'elle entend que leur infaillibilité soit manifestée par l'acceptation et le consentement canonique des évêques de France et d'ailleurs ; qui forme ce que l'on appelle infaillibilité passive, selon l'ancienne doctrine, ainsi qu'il a été remarqué. »

« Et d'autant que tous les lecteurs n'ont pas Tesprit assez ouvert, ni des connaissances si exactes qu'il faudrait pour comprendre ces vérités conçues en peu de mots, on dressa en même temps dans l'assemblée une lettre circulaire aux évêques du royaume dictée par celui qui avait dressé le formulaire, laquelle dans la première période explique nettement tous les secrets de cette doctrine. »

« On en représente ici les paroles: La vérité de la foi que contient la constitution d'Innocent X décernée pour la condamnation des cinq propositions, de JanséniuSy a été manifestée avec éclat par la publication que tous les évêques non-seulement de France mais encore de toute la

chrétienté en ont ordênnée dans leur$ dioches^ et pttr la soumission de tous ks fidèles à l'autorité de la chaire de Saint^Pierfe ; m sorte que le consentement universel de VEglise s'est réuni avec la Pierre apostolique, qui ne peut être surmontée par les portes de Venfer ; ni ne peut être ébranlée par le petit nombre des réfractaires; qui doivent céder au sentiment général du corps, suivant la régie du concile de Nicée. »

« Le même écrivain avait fait davantage. Car dressant le projet des lettres de déclaration du Roi pour reoregistrement â€ts deux constitutions il y avait coulé une clause qui contenait cette véritable maxime : laquelle étant autorisée de l'enregistrement fait ^ présence du Roi, Peut établie comme une loi fondamentale de TEtat, Mais Taversioa était telle pour lors contre le nom épiscopal, qu'on raya la clause qui parlait de leur consultation et acceptation (1). Et par ce moyen la Déclaration autorisa la doctrine commune de la décision de foi faite par la seule autorité du Pape» si cela ne se trouvait rétabli par la clause mise dans le formulaire de la profession de foi. »

« L'affection pour la manutention de cette véritable doctrine dans le royaume, donna Touverture à la pensée de la rétablir dans les Lettres-Patentes que le Roi a fait expédier pour Texécution •ûa Bref adressé aux vicaires généraux de Paris, sous prétexte d^expliquer en termes français les paroles latines contenues au Bref en Tendroit où elles disent que les vicaires s'opposaient aux définitions de TEglise, « quibus etiam totius Francise Episcoporum et Prselatorum obsequium et zelus adest, ac Ghristianissimi Régis in^gnis pietas tam enixe praosto est. )» Ce qui a été tourné aux termes suivants dans les Lettres-Patentes : Observant fort à propos qu'elles sont soutenues par l'acceptation et l'obéissance des évoques et prélats de notre royaume, et par leur zèle, et outre cela protégées par notre piété, qui a paru en l'appui que nous avons dxmné par nos arrêts à Texécution desdites constitutions et aux souscriptions du^t formulaire. Ces paroles conservent au Pape l'autorité de définir^ à l'Eglise son consentement et acceptation et au Roi sa {«rotection. » (Mémoire de Marca sur Vinfaillihilité. Manuscrit de la JBib. Nat. #V., 17,61Zi.)

Ce passage est formel et les déclarations qui y sont contenues sont d'autant moins contestables que l'on conserve aux manuscrits de la Bibliothèque nationale les preuves justificatives des moin-

(1) Dans un mémoire du 18 décembre 1658, Marca expose les circonstance! qui manifestèrent le mauvais vouloir du Parlement à l'égard âes évoques. (Baluz., 119, fol. 232.)

dres ass^ODS de Marca. Le célèbre gallican n*a poiat agi par surpHfie et n'a imposé aucune doctrine au clergé de France. Tout a été prévu, discuté, adopté de concert. Voyez donc l'eflet que produisent, en présence de ces affirmations explicites de Fauteur même des pièces citées par Dom Guéranger les conclusions suivantes : « Mgr de Sura ne peut se refuser à convenir avec nous ^e les prélats auteurs et signataires de cette lettre du i5 juillet iaô3, moins de trente ans avant la Déclaration de 1682, considéraient les décisions dogmatiques du Pontife romain coHune irréformables avant même qu^elles eusent été acceptées par toute FËglise; qu'ils regardaient une question dogmatique comme terminée dès que le successeur de saint Pierre avait prononcé... qu'ils ne se permettaient pas de juger après le Pontife... » Un peu plus loin et à propos d'une lettre écrite en 1660, au pape Alexandre VII par le clergé de France, Dom Guéranger ajoute : « Cette lettre atteste, avec la précédente, qui fut acceptée par l'assemblée de 1655, la doctrine qui avait cours dans l'Eglise de France en 1660, sur Tinfaillibilité du Pontife romain, » (Pag. 22 et 26, de la Monarchie poniificaley in-8% 1870.)

il faut que la préoccupation d'e3prit du savant bénédictin ait été bien grande pour qu'il ait trouvé une preuve de l'infaillibilité séparée du Pape dans des pièces que Marca a pris soin de libeller de manière à établir tout le contraire, c'est-à-dire l'infaillibilité conjointe du Pape et des Evêques.

D9 renseiffnement ultramimtaim deijé$uites^

Rien n'est mieux établi dans l'histoire de la théologie que Tinfluence exercée par l'enseignement des jésuites sur les opinions des théologiens français h la fin du seizième siècle.

Richer ne cesse de reprocher à la Compagnie de Jésus de ne s'être préoccupée que d'appuyer les doctrines les plus favorables à Tautorité pontificale»

c Rébus convincam necessariis non modo scholam Parisiensem, verum etiam totam Gallicorum Ecclesiam collectim sumptam, antequamjesuitsB Ludum in Galliisaperuissent, semper docuisse, ac fide catholica constanter tenuisçe veritatem decretorum synodi Constantiensis et Basileensis de Eccleai» et Goncilii eminentia supra Papam; neque cuiquam lidtum fuisse in Parisiensi Academia

aliquid contra hanc veritatem catholicam dicere aut asserere in contrarium, quin e vestigio ad palinodiam adigeretar. » (Richer. Defensio, 1. 1*% p. 12.)

« Ex série testimoniorum indubitatorum quam edidimus, comprobatum relinquitur» autequam jesuitse scholas in, Franciae regDO aperuissent, non modo, scholam Parisiensem, verum etiam totam Ecclesiam Gallicanam synodi Gonstantiensis et Basileensis décréta de auctoritate Goncilii supra Papam fide catholica tenuisse et propugnasse. » (Richer. Defensio^ t. !•% p. 22.)

« Quamquam yallius,Forgemontius,Mauclerus,plurimique scholae nostrse alumni, qui ex solis jesuitarum dictatis, et commen- •tariis recentiorum sapiunt. » (Richer. Defensio^ p. 2/i.)

L^opinion publique partageait sur ce point le sentiment de Richer : « On voit assez qu'il y a deux cents ans que Leurs Saintetés en ont continuellement voulu à l'école de Paris, c'est-à-dire qu'elles lui en ont voulu depuis le commencement du quinzième siècle, Tau lAl/i, à cause des conciles de Constance, Bâle et Pise, pour ce que les docteurs de cette université y avaient paru entre ceux de toutes les autres universités du monde, et ne s'étaient accordés touchant quelques points concernant l'autorité que les docteurs ultramontains attribuent aux Papes : qui était la vraie et essentielle cause pourquoi Leurs Saintetés recommandaient avec tant d'afiection le rétablissement du collège des jésuites à Paris, et rétablissement nouveau de leurs collèges, maisons et noviciats en tous les èvêchés de France, afin que les jésuites (bien que français) enseignassent la même doctrine de l'Université de Bolognela-Grasse, au préjudice de l'autorité des rois, et des libertés ou droits de l'Eglise gallicane. » {Meraire français, t II. 1611, folio 215.)

Voici un texte curieux de Gretser qui confirme les renseignements précédents : (in Vespertilione hœreiico, pag. l/i8. Ed. Ingolstadt) : 0 Dolet Epistolista (dit Gretser) plerosque Parisiensium ^heologorum, quos sorbonicos vocant, transîre in hanc sententiam, Pontificem esse supra Concilia etiam cecumenica, non Concilia supra Pontificem ; et hoc eflfectum, ait, opéra et studio jesuitarum. ^~ Respondeo licet hoc labore ac institutionenostrorum accidisset, non vî ipsius veritati? caput in dies magis ac magis ex prisca caligine attoUentis, causse tamen nihîl haberent jesuitse cur eos hujus suse operse vel puderet, vel taederet; quia veritatem aliis proponere et persuadere non nisi honorifium censeri potest, et ut illud veritatem cum offertur amplecti. »

« L'influence des jésuites fut encore plus considérable dans les pays étrangers qu'en France :

« Un seigneur allemand me disait qu'on ne connaissait d'autre théologie en Allemagne que celle des jésuites. Ils composent seuls presque toutes les Universités, et dominent absolument les autres ; de sorte que, quand quelqu'un veut citer des règles un peu sévères, il est traité de Janséniste; il n'y a pas là de quartier. Les principes de France sur l'autorité du Pape n'y sont pas mieux traités. On n'y connaît pas de milieu entre les papimanes et les protestants ; il faut être tout uo ou tout autre. On ne s'avise pas de douter de l'autorité du Pape. » Longueruana, in-12, 175Zi, p. 60 de la II* partie.

« Les jésuites et les séminaires ont fait faire ce progrès à l'opinion de l'infaillibilité du Pape et surtout l'étude de Bellarmin. h Longueruana, in-12, 175Zi, p. î32.

Le zèle des jésuites pour les doctrines romaiàes était si grand qu'il fallait aviser à le modérer. Voici en quels termes Henri IV les félicitait de certaines mesures restrictives prises par les supérieurs de la Compagnie : « J'ai été très-aîse d'apprendre que vous advisiez à donner ordre qu'aucun livre ne s'imprime par personne des vôtres, qui puisse offenser : vous faites bien. Ce qui serait bon en Italie, n'est pas bon ailleurs, et ce qui serait bon en France serait trouvé mauvais en Italie. Il faut vivre avec les vivants. »

Henri IV aux jésuites, t. Il, f. 365 du Mercure français.

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