‹ Edmond RicherChapitre 4 sur 22 · OU CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

OU CHAPITRE PREMIER

Le Doctorat en Théologie.

Nous avons cherché à reconstituer le système d'éducation tliéologique suivi à la Mn du seizième siècle, r/acbsence de documents ne nous a pas permis d'établir un travail complet. Nous avons dû nous borner à reproduire le résultat des savantes et minutieuses recherches de M. Thurot, qui s'arrêtent malheureusement à l'année 1500. Sans doute, les épreuves imposées aux candidats pour les grades théologiques ne devaient plus être absolument les mêmes au commencement et à la an du seizième siècle. Néanmoins, les modifications ne doivent pas avoir été considérables car le respect de la tradition était souverain dans la Faculté de théologie. Ce n'est guère qu'au dix-septième siècle que l'éducation théologique a été quelque peu remaniée et que les épreuves ont été rendues sinon plus faciles, du moins plus courtes.

Nous reproduisons ici un document, inséré dans le Mercure- Galant des mois d'août, septembre et octobre de Tannée 1709, qui nous fait exactement connaître le travail que devait s'imposer, à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, tout candidat au doctorat en théologie. L'ensemble des épreuves, bien moins chargé qu'au moyen -âge, ne laisse pas néanmoins d'être redoutable. Nous avons donné un autre ordre aux articles du Mercure- Galant^ qui pèchent par une grande confusion. Nous avons abrégé un certain nombre de détails. Nous avons divisé l'étude en paragraphes et donné un titre à chaque paragraphe.

Durée des Etudes,

Le cours de Sorbonne est toujours de neuf ans et souvent de dix ans, c'est-à-dire, que lorsqu'oiî se trouve de la mauvaise année, il faut dix ans entiers et lorsqu'on est de la bonne il n'en faut que neuf; j'expliquerai cette différence dans la suite; et ce nombre d'années n'est que pour prendre le degré de Licencié ; car, pour celui de docteur, il faut pour le moins neuf ans et demi ou dix ans, parce qu'on ne prend ordinairement le bonnet que six ou sept mois après la licence finie, et selon le rang que l'on a obtenu, appelé LieUf parmi les docteurs.

Cours de Philosophie, — Maîtrise ês^arts.

Un jeune homme qui veut prendre le titre de degré de docteur de Paris, doit faire deux années de philosophie dans quelqu'un des collèges de l'Université, s'y faire inscrire, et à la fin de son cours, il doit se présenter avec les attestations du professeur sous lequel il a étudié pour prendre le degré de maître-ès-arts. Il faut, pour y être admis, soutenir deux examens de philosophie d'une heure chacun ; le premier examen se fait dans l'école de la nation dont l'on est (la Faculté des arts étant divisée en nations) et il se

, fait ordinairement le mercredi ; on subit le second, qui se fait le samedi, ou à Sainte-Geneviève ou à Notre-Dame dans les salles basses de l'archevêché, selon que l'on veut recevoir le grade de

' maître-ès-arts du chancelier de la Faculté des arts ou du chancelier de la Faculté de théologie. A la fin de cet examen un des chanceliers fait mettre à genoux le candidat et lui met le bonnet de maître-ès-arts sur la tête en lui donnant le pouvoir d'enseigner les humanités dans tous les collèges de l'Université. A chacun de ces examens il y a cinq ou six examinateurs, et on y est reçu ou refusé à la pluralité des voix.

Cours de Théologie. — Baccalauréat, Pour se présenter au baccalauréat il faut avoir des lettres de

mattre-ès^arts et six attestations de théologie; c'est-à-dire, qu'en trois ans on doit apprendre six traités de théologie, deux chaque année, ou dans le collège de Sorbonne ou dans celui de Navarre, qui sont les deux seuls où l'on professe la théologie. Ces trois années^chevées, on supplie à une des assemblées de la Faculté de théologie qui se tiennent tous les premiers jours de chaque mois» et la Faculté fait tirer au suppliant quatre docteurs qui Texaminent dans le même mois sur la philosophie pendant quatre heures entières, quoiqu'il ait déjà subi deux examens pour être maîtreès-arts. S'il est reçu des quatre docteurs, car un seul mauvais suffrage exclut, on lui tire au premier du mois suivant quatre autres docteurs pour l'examen de théologie qui se fait aussi dans le cours du même mois et qui dure aussi quatre heures. L'examen fait, et si le candidat est reçu des quatre docteurs, il peut supplier, s'il veut, au premier du mois suivant pour le président de sa tentative; c'est une thèse qu'il faut faire dans l'année même des examens. Il y a dix censeurs, et un seul mauvais billet d'eux exclut le candidat, de môme qu'aux examens précédents. Cette thèse dure quatre heures et demie, le matin ou l'après-dînée, cela est indifférent : elle est sur les attributs de Dieu, de même que l'examen de théologie. Si la capse ou boîte qu'on ouvre à l'assemblée prochaine et qui contient les suffrages des censeurs se trouve bonne, le candidat est reçu bachelier en théologie et on lui fait prêter le serment dans le milieu de cette assemblée. Gomme il faut deux années entières entre le baccalauréat et la licence, si lorsque le candidat reçoit le degré de bachelier, la licence ne fait que commencer, il se trouve de la bonne année, et il pourra entrer dans la suivante licence : si, au contraire, en prenant le baccalauréat, la licence courante se trouve dans la seconde année, alors le candidat est de la mauvaise année et ne pouvant entrer dans la licence prochaine parce qu'il n'y aurait qu'une année d'intervalle entre le baccalauréat et la licence, il faut attendre l'autre licence et ainsi essuyer trois ans d'intervalle, et c'est ce qui fait durer le cours quelquefois neuf ans, quelquefois dix ans.

Préparation à la licence, — Cours de licence.

Pendant l'intervalle on se prépare à la licence. Pour y entrer, il faut subir deux examens, et on les peut soutenir depuis Pâques

jusqu'à la fin de la dernière année qui précède la licence où I^or veut entrer. Le premier examen est sur la Grâce, Tlncarnation, les Lois, etc. Le second sur les sacrements, l'histoire ecclésiastique, qu'on appelle Positive, et l'Ecriture; ils sont de quatre heures chacun, et de quatre docteurs aussi ; et un seul mauvais suffrage d'un des quatre exclut dans tous les deux : on n'est pas obligé de les soutenir en deux mois consécutifs, comme ceux du baccalauréat : on met entre les deux l'intervalle que l'on veut, mais ils doivent être subis depuis Pâques jusqu'à la fin de décembre pour pouvoir entrer en licence, qui commence toujours le deuxième jour de l'année.

La licence dure deux années entières, c'est-à-dire, depuis le deuxième jour de janvier qu'elle s'ouvre jusqu'au 31 décembre de Tannée suivante inclusivement ; dans le cours de la licence on soutient trois actes ; la mineure qui ne dure que quatre heures et demie, du matin ou de l'après-dinée ; la majeure qui dure depuis huit heures du matin jusqu'à six heures du soir ; et la sorbonnique qui dure douze heures entières, c'est-à-dire, depuis six heures du matin, jusqu'à six heures du soir. Il y a dix censeurs à chaque thèse. Lorsque dans les trois thèses on a cinq mauvais billets, on est référé en Faculté qui délibère sur cela. Ainsi ces thèses sont moins rigoureuses que la tentative. On soutient ces trois thèses dans l'ordre qu'on veut; et on commence par la sorbonnique, la majeure ou la mineure au choix du soutenant. Les sorbonniques ne sont ouvertes qu'après la saint Pierre, et sont fermées à la sainte Catherine, et il n'y a point de président à cette thèse. On ne peut faire dans chaque année qu'une grande thèse, c'est-à-dire, majeure ou sorbonnique.

Congé d'études, La licence finit avec l'année, deux jours après (1), c'est-à-dire

(1 ) La dernière licence ayant fini avec Tannée 1707, le second jour de celle de 1708, tous les bacheliers qui la composaient furent introduits dans rassemblée qui se tenait ce jour-là. M. Bobet qui était doyen, et qui est du Mans où il a eu bénéfice, porta la parole selon Tusage. Il lit un fort beau discours dans lequel il exprima le chagrin où devait être chaque théologien étranger, de quitter Paris et le commerce d'un si grand nombre de docteurs auprès desquels il y a tant à profiter, pour retourner en pro-

le deuxième jour de Tannée suivante» tous les bacheliers qui la composaient, ayant leur doyen à leur tête, qui est le plus ancien bachelier , sont introduits dans rassemblée qui se tient ce jour-là et le doyen au nom de ses confrères demande congés ce qu'on appelle, missio a scholis. Le syndic les renvoie au 15 du mois auquel il y a une grande assemblée pour ce sujet, et pendant cette quinzaine elle peut concourir avec la nouvelle licence, sans être cependant obligée d'assister aux actes comme par le passé...

Enfin au 15 de janvier (1) la licence est introduite dans rassemblée, où après un grave discours que lui fait le syndic, il lui donne, au nom de la Faculté, missio a scholis. Quelquefois le discours que fait le syndic, le 2 janvier, est une espèce de mercuriale, où il reproche aux bacheliers tout ce qu'il a remarqué en eux de négligence ou de peu d'exactitude ; et la seconde qui est

vince. Il loua la Faculté en termes magnifiques, et il n'oublia pas quelques docteurs particuliers; il en désigna môme quelques-uns qui signalent aujourd'hui leur zèle pour la défense des libertés de l'Eglise gallicane. Il finit en demandant Missionem a scholis. Il fut très-applaudi de toute l'Assemblée. M. Le Fèvre, chanoine de Montauban, professeur en théologie du collège de Navarre, dont il est sociétaire, et qui est syndic de Faculté pour la troisième fois, répondit au discours du doyen de la licence, avec beaucoup d'éloquence ; sa latinité était très-pure et très-vive. Il compara les travaux de la licence aux fausses attaques et aux faux combats que l'on fait faire aux troupes pour les accoutumer à l'exercice de la guerre et à la discipline militaire ; disant que les bacheliers n'avaient fait pendant la licence que s'exercer, et qu'ils allaient entrer désormais dans une carrière plus difficile, et soutenir des combats réels et effectifs. La cx>mparaison fut très-poussée II renvoya la licence à quinzaine jusqu'à ce que la Faculté eût délibéré sur le congé qu'elle demandait. {Mercure Galant^ septembre, page 30.) '

(1) Le 15 du mois, il y eut une assemblée de la Faculté en Sorbonne, où la licence ayant été introduite, chaque bachelier, debout et découvert comme à la première assemblée, le syndic lui adressa un discours qui ne fut pas moins beau et moins éloquent que le premier. Il compara la licence à l'agriculture, et comme dans ce dernier art le laboureur sème pour recueillir, de même les bacheliers remplissent leur esprit pendant la licence, de bonnes semences qui doivent porter de bons fruits pendant tout le temps de leur vie, en catéchisant, en prêchant et disputant contre les hérétiques. Ce qu'il dit en parlant de l'agriculture des anciens Romains, qu'on tirait si souvent du soc de la charrue pour les élever aux premières charges de la République, plut fort à l'assemblée, et la comparaison qu'il en tira fut très-ingénieuse. Il donna ensuite quelques avis aux bacheliers touchant les paranymphes dont le temps approchait, et il finit en leur donnant de la part de la Faculté missionem a scholis^^ et il leur donna quelques avis sur les paranymphes pour y prendre une grande précaution de n'y blesser personne. {Mei'cure Galant^ septembre 1709, p. 33.)

celle du i5 est remplie d'éloges, et le syndic y répare ce qu'il a dit de trop dur dans la première. Au 15 janvier les bacheliers de licence, qu'on appelle bacheliers du prevfiier ordre sont hors de licence.

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