MAI
I. Assemblée générale des Dominicains, à Paris. — II. Disputes solennelles et intervention de Richer. — III. Argumentation de Bertin. — IV. Fin de la discussion. — V. Mouvements à la. Coup. — VI. Dernière dispute.
Asseflftblée générale des Dominicains, & Paris
Les Dominicains s'étaient réunis en chapitre général, le 20 du mois de mai 1611, dans le couvent de la rue Saint-Jacques, tout proche de la Sorbonne;
Un chapitre général de Dominicains, tenu en France^ était un événement rare. La constitution de l'ordre ne reconnaît que deux circonstances où le chapitre général doit se réunir : pour l'élection du Général ; pour Texamen d'une réforme de l'Ordre*
Le Général des Dominicains, le P. Augustin Galamin de Brixiguella était en charge depuis trois ans (1). Oni
(1) F. Augustin Galamin de Brixiguella, Italien, naquit en 1552. Entré jeune dans Tordre de Saint-Dominique, il fraachit l'une après l'autre toutes les dignités de sa religion et enfin fut nommé
s'accordait à reconnaître en lui « une rare doctrine, uik^ grande prudence, un saint zèle, une profonde humilité, et une abstinence et mortification admirables. » [Mercure français^ 1611, p. 52.)
A peine fut-il élu, que le roi Henri IV lui fit exprimer, par son ambassadeur à Rome, le désir de voir introduire quelques réformes dans les maisons de France (1) . L'objet était assez considérable pour mériter la convocation d'un chapitre général : le P. Augustin fixa la réunion de l'assemblée au 20 mai 1611 ; et, tant pour donner au roi une preuve de déférence que pour examiner de plus près les réformes projetées, il choisit Paris pour lieu de la réunion.
Les délégués de l'ordre amvèrent de toutes les extrémités du monde; au jour indiqué, ils étaient rangés, au nombre de quatre cent cinquante environ, autour de leui* vénéré Général (2).
général des Frères-Prêcheurs dans le Chapitre de 1608. Pendant son séjour à Paris, en 1611, il fut informé par Paul V de son élévation à la pourpre. Rentré à Rome, il fut nommé évêquo de Lorette, puis d'Ascoli, et fut à la tête de ces deux évêchés le modèle des pasteurs. 11 ne franchit jamais les limites de ses deux diocèses que pour participer aux élections des Souverains-Pontifes, Grégoire XV et Urbain VIII. Il mourut nonagénaire, le 6 septembre 1639. (Voir ScripL ord. prœdic, t. II, p. 36ù, in-f .)
(1) Ubaldini reconnaît que Tordre de Saint-Dominique a besoin, en France, d'une réforme urgente; que les troubles des guerres passées ont fait en quelque sorte perdre en plusieurs couvents toute trace de religion ; qu'il attend le remède à de si grands maux de l'autorité du V, Général qui doit venir en France. Il annonce au cardinal Borghèse qu'il a demandé à la Reine et à ses ministres d'aider dans ces réformes le Général des Dominicains. {Bib, Nat, mss. Italiens. Dépêches d'Ubaldini t. III, p. 20.)
(2) Dans une de ses dépêches (t. III, p. 37), Ubaldini constate
Ils commencèrent à délibérer sur les graves sujets qui motivaient leur présence. Ils joignirent à leurs délibérations des exercices de théologie qui intéressèrent la capitale, autant que pourront la passionner, plus tard, les carrousels de Louis XIV et, de nos jours, l'ouverture d^un théâtre.
Les disputes de théologie étaient alors le grand attrait de cette société de Paris, toute nourrie de doctrine religieuse, habituée à vivre de la vie de T Université, s' exprimant en latin avec autant de facilité qu'en langage vulgaire, passionnée pour les controverses subtiles. Les circonstances réunissaient dans la capitale des études théologiques les représentants les plus distingués de l'école thomiste. Il ne pouvait se faire que la réunion du chapitre général ne donnât pas lieu à quelques-unes de ces joutes, qui rendaient r Université de Paris célèbre dans le monde entier (1). Les
avec quelle faveur et quelle générosité le Général des Dominicains a été accueilli à Paris. La Reine et les grands s'empressèrent de contribuer aux dépenses du chapitre général et promirent d'aider de tout leur pouvoir à la réforme de Tordre.
(1) a Gomme ordinairement, il se trouve un grand nombre de bacheliers dans la licence, le travail y est grand et on y est toujours en haleine, soit pour attaquer, soit pour défendre ; tout s'y fait avec vigueur et avec éclat ; tout y est animé par la présence des docteurs qui y président et y assistent, par le concours des premières personnes de l'Eglise et de l'Etat, et des savants de toute condition... Une licence de théologie de Paris est, dans le genre des exercices de littérature, un des plus beaux spectacles qui se trouvent dans le monde. » (Quesnel, Histoire de M. Amauld.)
Ce n'est pas à dire que le nombre des licenciés fut considérable. En 1600 il n'y eut que ZiO étudiants en théologie admis à la licence. En 1602, 33. En i60Zi, 62. En 1606, /il. En 1608, 32. Kn 1610, :i3. En 1612, 21. En 161/i, 31. En 1616, 36. En 1618, 38.
Doininicains ouvrirent donc leurs exercices de théologie dans la magnifique salle, récemment constmite dans le couvent des Jacobins pour les écoles de théologie, et qui a malheureusement disparu depuis quelques années (1). Les exercices durèrent huit jours. La Faculté de théologie, par acte spécial, autorisa les bacheliers de Sorbonne à disputer contre les Dominicains (2).
—•Mais les licenciés étaient l'élite des bacheliers en théologie. Les exercices continuels auxquels ils étaient soumis et le travail soutenu qu'on exigeait d'eux, les forçaient en quelque sorte à no pas déchoir de leur réputation. L'organisation des études dans l'aocienne Faculté de théologie était particulièrement propre à stimuler l'ardeur des jeunes gens et à les maintenir toigours en haleine.
(1) « L'école de Saint-Thomas, achevée nouvellement de bâtir par le soin des religieux de cette maison et principalement par la diligence du P. Banquy <qui s*est assez recommandé par le bon office qu'il a fait au feu roi Henri le Grand, en l'avertissement qu'il donna de Pierre Barrière qui avait entrepris d3 le tuer) fut où se firent les disputes. » {Mercure français^ t. H, année 1611, p. 52, verso).
a Les écoles de Saint-Thomas sont à côté de l'église des Jacobins. Elles furent commencées aux dépens du P.Jean Binet^ docteur en théologie et religieux de Saint-Dominique, qui mourut Tan 1550. Elles furent continuées à plusieurs reprises et l'on y fit les premières disputes les fêtes de la Pentecôte de l'an 1611. La chaire des professeurs est ornée de marbre, et fut faite aux dépens de M. Zamet, abbé de Joigny. Cette salle est ornée de plusieurs statues et de plusieurs portraits des grands hommes de l'ordre de Saint- Dominique qui ont été docteurs en théologie de la Faculté do Paris et qui ont enseigné dans cette école. » (Piganiol de la Force, Descript. hist. de h ville de Paris, édit. de 1775, t X, p. 468.)
Les écoles de Saint-Thomas furent occupées pendant la Révolution par des ateliers de charité pour femmes, des écoles publiques, des casernements. Elles ont été détruites il y a quelques anné^ à peine. M. Lenoir, dans la statistique monumentale de Paris, a consacré deux planches in-f" aux façades et coupes des écoles Saint-Thomas.
(2) Les bacheliers furent autorisés à disputer dans les actes
r/affluence du publte ftit icôrtâidérâble. Le jeûne i-oi, iàccotnpagné de la régente, sa mère, de là reine Margufek-itei des principaux seigneurs de la Côuk*, assista à Tune des disputes et y f bt présent péttdàtit deux heures. « Le peuplé ^ dit le Mercuiè français (1611, p. 53), se plaisait à Voir lé roi frappëf quelque fois dés tûains, comme il l'àtait vii faire après une résoliitibn tiM% diflcUltés proposées ; âôudàiii le peuple rimitatit, môiitràlt le cbtatentettiettt qu'il recevait. *> Les Dominicaitis soutinrent brillamment leur renomthée théologique. Quelques-uns d'eritre eux déjfJlbJ^èrfent tiiië értidition, Une présence d'espHt et Ûnë fàfciilté d'élocUtion qui obtiiit-ent les sufM^â dès docteiirs de Sbt-bonne^ les maîtres et les juges recotintis en argumentation théblbgique. Les évoques dé Montpellier ëtefOHéattâ^lë cardinal Duperron et l' é vêque d' Aiigers priretit fréquemment là parole et représentèrent digriëtilént TépiscOflât français. Lëà bà^ cheliers en théologie de V Uni vétâité de Paris à qtli seuls appartenait, d'après les usages de la Sbrbbttiie, le droit d'arguihenter contre le soutenant, donnèrent des preuves de grande a gentillesse d'esprit » , ainsi que s'exprime un contemporain.
Aurait-on pu croire que ces fêtes brillantes, célébrées par une congrégation composée en majeure partie d'étrangers, à qui la France venait de faire l'accueil le plus amical et le
extra «universitaires du couvent des Jacobins par une décision spéciale dé la Faculté dé théologie, en date du 2 mai 1611. (Vc/îr la Collection de d'Argentré^ t. II, part. 2, p. /t3. Conclusio S, Facullatifi qua jahentur baccalaurei disputare in these$ Dominkanormv et Fratrie Bosembach.)
plus empressé, deviendraient le signal d'un trouble profond des esprits? Il n'aurait été que bienséant, de respecter les devoirs de l'hospitalité et de ne pas chagriner le séjour, à Paris, des vénérables représentants de l'ordre de Saint- Dominique. L'esprit de secte ne connaît pas les mena* gements. Ceux qui n'avaient pas hésité à profiter de la mort d'Henri IV, pour s'en faire une arme contre les doctrines romaines et les Jésuites, n'hésitèrent pas davantage à pro*^ fiter de la réunion solennelle des Dominicains pour avancer leurs prétentions gallicanes.
Il était impossible que des religieux étrangers et indépendants de l'autorité de l' Université de Paris, se crussent obligés, dans les thèses soutenues en leur propre couvent, à ne proposer que des doctrines agréés par le Syndic de la Sorbonne et le Parlement de Paris. Il semble surtout impossible, qu'on ait cherché à leur faire un crime d'avoir soutenu des maximes formulées avec une singulière clarté, dans les ouvrages de celui que les Dominicains considèrent comme le maître dé la théologie, du grand saint Thomas d'Aquin dont ils promettent, au jour des vœux solennels, de suivre fidèlement la doctrine. Il ne faut donc pas s'étonner si les Dominicains, pendant les huit jours des disputes théologiques, ont introduit dans leurs thèses quelques propositions favorables à l'autorité du Pape. Y ont-ils été poussés par le Nonce et par son auditeur ? On peut le croire et on ne saurait non plus le trouver mai^vais. Richer supprimait dans les actes de l'Université les propositions romaines. Il devenait nécessaire qu'elles fussent affirmées quelque part en France, et où pouvaient-elles l'être mieux
que chez des religieux direclement subordonnés au Pape (1) , et en une circonstance où les droits de l'Univereité n'avaient pas à se faire valoir? C'est pourquoi, dès le premier jour des disputes, il fut mis sur les thèses, que Ton devait tenir pour article de foi que Paul V, le pape régnant, était le pape légitime donné de Dieu. En quoi pouvait consister le danger d'une semblable proposition? La difficulté pouvait-elle être que la légitimité de Paul V ne faisait pas un article de foi aux yeux de Richer, ou bien qu'il n'est pas de foi que le successeur de saint Pierre doive être l'Evêque de Rome? Les controverses de cette époque sur la hiérarchie en étaient venues à un tel point de subtilité, que les distinctions exactes ne nous apparaissent pas avec précision (2). Quoi qu'il en fût, Richer trouvait cette
(1) « On peut dire, disait Jurieu (Accomp. des Prophéties, t,li), que les couveots des moioes sont autant de citadelles que Rome a bâties dans tous les États. »
Ci) Richer repoussait la proposition : « Il est de foi que le Souverain Pontife régnant est le successeur de saint Pierre. » 11 rompait ainsi ouvertement avec renseignement romain que Duval formulait dans les termes suivants : « Sed quisnam, inquies, D. Petro in primatu successit? Respondetur de fide esse, non esse alium à Romano Pontifice canonice electo, qualem nunc habemus sanctissimum dominum nostrum Paulum Y qui nunc féliciter sedet, utinam ad multos annos. » (Duval, De sup, Rom» Pont, Auct^ pars prima, quœst. 6.)
On peut donner un double sens à la proposition. D'abord, qu^il n'est pas de foi que le Pape régnant soit le successeur de saint Pierre, parce que la foi n'enseigne pas que le Pontife de Rome doit être nécessairement le successeur de saint Pierre. Mais 11 ne faut pas confondre cette assertion avec celle qui fut soutenue vers l'année 1601 à l'université d'Alcala. Le P. Melchior Onnate, de la Compagnie de Jésus, soutint en thèse publique^ sous la présidence du P. Turrien, du même ordre, la proposition sui-
proposition trop avantageuse à Tautorité pontificale ; il l'avait déjà rayée de la thèse présentée en 1609 par Harlay, abbé de Saint-Victor ; et pour que Harlay n'eût pas la tentation de passer outre et de maintenir subrepticement ses conclusions, le Syndic exigea que Gamache fût le président de Faction et veillât à ce que rien n'y fût dit de con^ traire aux décrets de la Faculté. Richer, toujours en éveil,
vante i De fide non est hune numéro hominem esse summum Poniificem. Quelques jours après, Gaspard Hurtado, sociétaire du grand collège et premier régent des arts, défendit la même opinion, mieux formulée dans les termes suivants : Non est de fide Lune numéro Papam^ nempe Clementem VIIl^ esse de jure divino summum Ponti/lcem. Ces propositions ne concernent que le moyen de certitude par lequel on s'assure de la vérité de tel ou tel fait doctrinal ou historique. Les Jésuites d'Alcala prétendaient qu'on ne pouvait connaître la légitimité du Pape que par une science humaine.
La controverse d'Alcala excita un grand émoi en Espagne et en Italie. La doctrine des Jésuites d'Alcala fut condamnée par sentence de rinquisition Romaine. On peut voir l'histoire de ce débat dans la théologie de Didace Nuguo (m. 3p. S. Th, ^. 29 â 3 diffic, i) dans l'histoire de la Congrégation dé Auxiliis {lib. Y. § 6. c. iv) et dans l'histoire de la mêmf^ Congrégation par Eleuthère (p. 33li), D'ailleurs les Jésuites ne furent pas les seuls à enseigner cette opinion. Bannes (m 2. 2. q. 1. art 10), traitant de la Visibilité de l'Eglise, s'exprime ainsi : Quapropter ad argumenium principale po98umus respondére quarto^ quod etiam poH summi Pèntificis et condUi de/lnitionemy solum hahetur ex humana prudentia et evidenti inquisitione, aut etiam ex infusa prudentia, cui potest subesse falsum spéculative, quod hic est summus Pontifex^ et quod hoc est concilium rite congregatum et eonftrmatum» 11 est vrai que, bientôt après. Bannes adoucit sa pensée dans une thèse publique, dédiée à Clément VIII, ainsi conçue : Hune autem singularem hominefn, vw g. Clementem VIII^ esse vere Christi Vicarium, tdmetH non pet se primo et immédiate per se fides credat : tamen per se secundct tatri fir^ rhum assensum efficit, ut qui id negaverit, vél in dubium practicè vèr*terit non solum ut vûlde temerarius et scandalosu$, séd ut suspectas de hseresi, imo ut errans contra fidem merito puniretur.
fut irrité de voir réapparaître la même proposition dans les disputes du couvent des Jacobins, 11 vit- dans cette coïnci*» dence l'effet des manœuvres du Nonce et des partisans des doctrines romaines. 11 se tut une première fois, mais il se promit de ne plus rien laisser se produire qui pût être invoqué contre les maximes gallicanes.
L'occasion d'intervenir ne tarda pas à se présenter.
Disputes solennelles et intervention de J^icher.
Les séances théologiques se poursuivaient paisiblement dans la salle du couvent de Saint-Dominique, au milieu du concours empressé de la plus haute et de la plus intelli •» gente société, lorsque Richer trouva l'occasion souhaitée tait, et apporta le trouble et la discorde parmi ces joutes académiques, qui, sans lui, n'auraient cessé de conserver le caractère le plus élevé et le plus inoffensif.
Les récits authentiques de ce qui eut lieu en cette occasion ne sont pas nombreux (1) . Nous les avons tous étudiés
(1)1* Description des choses plus remarquables qui se sont passées en rassemblée du Chapitre général des Frères - Préckewrs en leur couvent de Paris^ le 27 du mois de mai 1611. (Paris, Thierry, 1611, in-12 de 24 pages.) C'est un récit très-exact de ce qui s'est passé au chapitre générai des Dominicains, donnant jour pour jour le résumé des actes de l'assemblée, des cérémonies publiques^ des thèses, avec les noms de tous ceux qui y ontcon- <\oun\. Néanmoins, le récit, évidemment officiel, ne touche pas
avec soin. Nous sommes convaincus qu'il n'en est pas de plus fidèle que celui de notre syndic. A coup sûr, c'est le plus complet et nous trouverons bien peu de détails qui méritent de lui être ajoutés. Il nous suffira donc de suivre pas-à-pas le procès-verbal du sincère Richer, en contrôlant ses affirmations par les témoignages des autres narrateurs, en restituant aux actes et aux discours leur véritable caractère, trop souvent méconnu par l'écrivain passionné. C'est la condition que nous impose cet homme si véridique et si prévenu, d'accepter avec confiance les faits qu'il raconte et avec défiance les interprétations qu'il propose.
Le 27 mai, vendredi avant la fête de la Pentecôte, la dispute théologique devait être soutenue par Wibert Rosembach, lecteur du couvent de Cologne, et présidée par
aux incidents orageux du 27 mai. Quelques extraits de cette pièce sont insérés au t II du Mercure français,
2* Récit véritable de ce qui s'est passé en la dispute publique du Chapitre général des religieux de Vordre de Saint-Dominique, le vendredi 27* de mai 1611. Pièce in-4 de 9 pages, S. L. N. D., inséré daus la collection de d^Argentré, t. II, p. 43. Le Mercure français^ t. il, année 1612, p. 358 et suîv., donne une grande partie de ce récit qui paraît avoir été inspiré par Richer.
30 Richer a rédigé un procès-verbal développé, approuvé par le recteur de l'Université et trois docteurs de Sorbonne. Le texte latin est imprimé à la page 26 et suiv. de la Defensio Libelli de eccles, et polit, potestate. Le texte français se trouve page 17 et suiv. du liv. intitulé. Syndicat de Richer ^ et est reproduit par d*Argentré, t. II, part. 2, p. 45.
4** Le nonce Ubaldini a envoyé une relation de l'incident au cardinal Borgbèse. Ces dépêches ne se trouvent pas dans le recueil des Lettres d'Ubaldini qui se trouvent à la Bib. Nat, M. Perrens a reproduit les principaux traits de cette relation dans le deuxième vol. de son ouvrage l* Eglise et VEtat. Nous avons suivi sa version.
Cosme Morelles, professeur de théologie à l'Université de Cologne (1) . Les thèses , arrêtées et imprimées sans doute à Cologne, étaient dédiées à Ernest, prince-archevêque de cette ville. Elles n'étaient arrivées au couvent que le 26 mai (2). Au milieu de propositions relatives à la Pénitence et à l'Eucharistie, on avait inséré les propositions
(1) Gosme Morelles, Catalan, avait fait ses études théologiques dans les grandes écoles d'Espagne. Au commencement du dixseptième siècle, il fut nommé professeur de théologie à TUniversité de Cologne et directeur général des études du couvemt de cette ville. Morelles passa la plus grande partie de sa vie en Allemagne. Il y acquit une grande réputation par ses succès comme professeur et comme controversiste. Son caractère doux, aimable et conciliant lui mérita, autant que sa prudence et son érudition, Tamitié d'un grand nombre d'évêques. En Tannée 1618, il fut nommé prieur du couvent de Cologne et inquisiteur général de la foi dans les provinces rhénanes. Il remplissait depuis plusieurs années ces fonctions importantes à la satisfaction générale, lorsque, à la suite de Tinvasion de Gustave Adolphe, Morelles fut emprisonné à Gand par les Espagnols, comme agent de Télecteur de Trêves, Philippe Christophe, qui avait fait un pacte de neutralité avec Louis XIFI et le roi de Suède. Morelles n'avait pas commis d'autre crime que d'avoir mérité l'affection de l'électeur et de lui avoir conservé sa fidélité. Il passa les dernières années de sa vie en captivité; il mourut au château de Gand, le 18 février 1636, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Gosme Morelles a laissé quelques œuvres distinguées de philosophie et de théologie. Il a donné, à partir de l'année 1612, ses soins à l'édition de saint Thomas, publiée à Anvers, en 18 vol. in-f*. (Voir Script, Ord. Prœd., in-f, t. II, p. /iS5.)
Nous n^avons pu nous procurer aucun renseignement sur Wibert Rosembach.
(2) Ubaldini, dans ses dépêches, dit que le P. Coëffeteau déclara aux gens du Uoi, que les Dominicains de Cologne avaient apporté leurs thèses tout imprimées, avec l'approbation de leurs supérieurs, et sans penser qu'ils dussent les soumettre à personne en France. (Perrens, VEgUse et CEtat^ t. 11, p. 36.)
suivantes : 1° le Pape ne peut errer dans la loi ni les mœurs ; 2® le Concile en aucun cas que ce soit ne peut être par-dessus le Pape ; 3* il appartient au Pape seul de proposer au concile tout ce qui doit être traité et décidé et de confirmer ou infirmer ce qui a été résolu et d'imposer silence et pour jamais aux parties. — Certes, ces propositions n'étaient pas en harmonie avec les doctrines gallicanes : on peut même dire qu elles expriment le sens le plus énergique des maximes romaines ; mais les réguliers qui les mettaient en avant n'étaient ni français ni gallicans, et ils étaient excusables d'établir leurs positions, chez eux, en dehors de tout acte de Faculté, suivant les systèmes qu'ils acceptaient et qu'ils défendaient* Néanmoins, le prieur du couvent de la rue Saint-Jacques, le savant Coëffeteau, le père du pur langage français, comme on disait alors, ayant eu connaissance, au dernier moment» de la teneur des thèses, comprit que l'affirmation publique de propositions semblables, ne manquerait pas d'exciter les susceptibilités gallicanes. Il s'empressa de faire part au Général, au président de la thèse et au soutenant j des difficultés que soulèveraient infailliblement les trois propositions. Le Général fut ému des remotitrances du P; Coëffeteau. Mais que faire? Les propositions étaient imprimées et, sansdoute^ avec le luxe de typographie et de gravUre, qui fait de quelques-unes des thèses du dix-septième et du dix-huitième siècle, des chefs-d'œuvre d'art et de bon goût. On n'avait plus le temps de leur en substituer de ^nouvelles. Le P. Co^ff'eteau alla trouver les gens du Roi î il leur exposa franchement son embarras et le chagrin du P. Général, en leur
demandant que puisqu'il s'agissait d'un acte étranger à la Faculté, on voulût bien ne pas lui appliquer les règles ri-p goureuses qui étaient en vigueur à la Sorbonne.
Il fut entendu qu'on laisserait aller les choses ; mais que le lendemain lorsque le moment serait arrivé de soutenir les trois propositions, le président arrêterait la dispute, déclarerait publiquement qu'il avait été défendu d'en traiter ni répondre, et passerait immédiatement à un autre sujet. Le P. Coëffeteau avait d'autant plus d*autorité pour demander aux gens du Roi de ne soulever aucune diflSculté, en cette circonstance, qu'il était évident que pendant la présence du P* Général il n'avait aucun pouvoir dans son couvent. Il ajoutait que les thèses avaient été formulée sans son aveu : il n'avait pu en prendre connaissance qu'à ladernière heure.
Assurément, on ne saurait accuser Servin de tendresse pour les réguliers, ni d'inclination pour les doctrines ro^ maines. Mais Servin comprit les raisons de Coëffeteau \ il eût été trop discourtois de se montrer rigide en cette conjoncture. Il fut d'avis que tout serait sauvegardé parle silence du répondant et par la déclaration du Président.
Richer avait eu connaissance, lui aussi, des propositions romaines introduites dans la thèse et, plus inflexible que les hommes de loi, il s'était promis de ne pas laisser échapper une si grave occasion d'affirmer l'autorité des doctrines gallicanes.
L'heure de la dispute arrivée, il se rendit, assisté de trois Docteurs de Sorbonne, aux écoutes, ou galeries grillées réservées aux docteurs en théologie, et aux personnes illus-
très et de grand rang. La salle était pleine. 11 s*y trouvait plus de deux raille personnes appartenant à TÉglise, à la Cour, au Parlement et h F Université. Un grand nombre de dominicains étrangers étaient présents. Le cardinal Duperron et le nonce du Pape se trouvaient dans la salle, aux places d'honneur. Sans se laisser arrêter par la présence d'une si respectable assemblée, Richer interpelle vivement Coëffeteau qui se trouvait aux écoutes. Il lui déclare que c'est une chose indigne qu'on ait porté sur les thèses des propositions ouvertement contraires aux doctrines de la Faculté ; que par ces propositions il semblait qu'on voulût sopder jusqu'où pouvait aller la patience des Français. Que si le roi Henri le Grand eût vécu l'on se fut bien gardé de mettre en avant de telles propositions (i). lesquelles on défendait et soutenait, non par aucune considération de la vérité, mais seulement pour l'intérêt particulier de ceux qui veulent avoir des privilèges du Saint-Père contre le droit commun. A ces reproches outrageants , Richer ajoutait qu'il ne pouvait se faire que la Sorbonne ne protestât pas contre une semblable témérité et c'est pourquoi.
(1) « Si le roi Henri le Grand eût vécu, Ton se fût bien gardé de mettre on avant de telles propositions. » {Syndicat, p. 19.) En parlant ainsi, Richer oubliait que le roi Henri IV ne gênait guère renseignement des doctrines favorables à l'autorité spirituelle du Pape; qu'il avait autorisé les Jésuites, dont les doctrines lui étaient connues, à enseigner la théologie; qu'il avait établi, professseur royal en Sorbonne, le docteur Duval, dont l'enseignement était conforme aux systèmes romains; enfin, que pendant le règne du Béarnais jusqu'en 1609, époque à laquelle Richer fut nommé syndic, on ne présentait plus en Sorbonne de propositions gallicanes.
conclut-il au nom de la Sorbonne, le grand bedeau de la Faculté allait présentement défendre au président et au soutenant que Ton disputât sur les propositions, et aux bacheliers que Ton argumentât sur ce sujet. — Coëffeteau écouta froidement le discours du Syndic, prit connaissance de Tacte d'opposition dressé par Richer, et se borna à répondre que les gens du Roi avaient été prévenus ; que l'incident avait été vidé et que, sur leur ordre, il ne serait pas disputé sur les propositions.
Si Richer n'avait eu en vue que le bien de la paix, il se serait tenu satisfait de cette composition. En définitive, ce qu'il demandait par son acte d'opposition lui était accordé : il lui suffisait de veiller sur l'exécution rigoureuse des conditions arrêtées avec les gens du Roi. Mais ce que Richer voulait surtout, c'était un éclat : il recherchait une occasion d'infliger un échec manifeste aux doctrines romaines. Richer ne se contentati plus d'avoir défendu l'accès de l'Université de Paris à tout système favorable à l'autorité du Pape. Il voulait encore que, dans toute la France, même chez les réguliers, il ne fût jamais permis de soutenir publiquement des doctrines difi'érentes de celles de l'ancienne Sorbonne. C'est pourquoi, raconte-t-il lui-même, (( ayant bien entendu et considéré, il changea de résolution. )) Il renonça à son acte d'opposition. Il retint les bachehers qui déjà commençaient à se disperser en apprenant qu'il leur serait défendu d'argumenter contre les propositions romaines ; il les fit prévenir (1) qu'ils auraient à
(i) TJbaldini prétend que le syndic ayant envoyé son bedeau pour pousser les bacheliers à argumenter contre les propositions,
disputer comme d'ordinaire : certainement, il leur avait communiqué déjà le sens de l'argument à opposer aux théologiens dominicains. Puis, lorsqu'il se fut assuré que ses intentions seraient remplies par les bacheliers de Sorbonne, il prévint Goêffeteau que la Faculté serait trèsHsatis* faite si le président, Cosme Morelles, faisait entendre,, après l'argumentation du Bachelier, premier argumentant contre les propositions en litige, que son général lui avait expressément défendu de répondre sur telles questions, au royaume de France. Le P. CoëffeteaUj ne soupçonnant pas un piège, et considérant qu'en fin de compte l'equête de Richer paraissait se réduire à ce que la déclaration de Morelles se fit après le premier argument d'un bachelier, et non avant toute dispute, le P. Goêffeteau, disons-nous, acquiesça aux volontés du syndic et prêta la main à un apparent moyen de conciliation qui n'était en réalité qu'une ruse d'ennemi.
Argamentation de Berlin.
L'Assemblée attendait avec impatience le dénouement de si orageux préliminaires. Ne l'oublions jamais en nous reportant à l'histoire de cette époque : certaines questions théologiques inspiraient alors autant de curiosité et de pas^ sion que les questions de forme politique, en notre temps^
Us s'y refusèrent, et qu'il faUut courir après Tun d'eux, Claude Bertin^ qui déjà s'éloignait. (Perrens, l'Eglise etVEtat,t II, p. ûl.)
Souvenons-nous encore que la chaire du prédicateur et du professeur de théologie jouissait seule de Timmunité et de la liberté accordées de nos jours à la presse et à la tribune. Les disputes de théologie étaient presque la seule soupape de cette inclination à la subtile parole que César signalait chez les anciens Gaulois. L'éducation théologique, l'habitude du langage latin, la fréquentation des soutenances avaient donné à nos pères le goût de ces tourtiois, où l'érudition devait marcher de front avec la facilité d'éloculion, où la logique devait être aussi indéfectible que la promptitude d'esprit. Le cérémonial un peu apprêté, formaliste à l'excès, n'était pas pour déplaire à des gens portés eux-mêmes à quelque emphase. Ce qui ajoutait à l'intérêt excité par les disputes du couvent des Jacobins, c'était de voir aux prises des bacheliers de Sorbonne défendant les idées de Gerson, avec des docteurs de domination espagnole, soutenant les maximes de saint Thomasd'Aquin.
Lorsque le moment fut arrivé, Claude Bertin, bachelier de la première licence, l'un des disciples de Richer, qui devait bientôt renoncer aux espérances du plus brillant avenir pour s'engager dans les rangs de l'Oratoire (1), se
(1) Claude Bertin devint un des sujets les plus distingués de roratoire: Il ne tarda pas à renoncer aux erreurs de Richer. Voici un fragment de conversation qui eut lieu entre Bertia et Richer, au mois d'octobre 161^i : « Et vous-même, Bertinj disait Richerj auparavant que vous fussiez intéressé dans cette aflaire, vous jugiez tout autrement que vous ne faites à présent de l'ancienne doctrine de l'Ecole de Paris, et du livre de Richer, lequel vous avez lu et examiné, lorsqu'il n'était qu'écrit à la main et au-
leva au milieu d'un profond silence et commença à disputer en ces termes :
Tout ce qui répugne à un concile œcuménique et légitime est hérétique.
Cette proposition, le Concile ne peut être pai--dessus le Pape en aucun cas que ce soit, répugne au concile de Constance, œcuménique et légitime.
Donc, elle est hérétique.
A ces mots, cette proposition est hérétique, le Nonce du Pape, dit Richer, fut grandement ému (1). Il ne fut pas seul ému sans doute. Comment les théologiens de TOrdre de Saint-Dominique, accourus de toutes les Universités du monde, où Ton n'enseignait que la doctrine de la supériorité du Pape sur les conciles, auraient-ils pu entendre sans stupéfaction que la Sorbonne, par la voix d'un de ses bacheliei's, tenait pour hérétique ceux qui n'admettaient pas la subordination du Pape au Concile ? Les gallicans eux mêmes ne pouvaient probablement s'empêcher d'être surpris, lorsqu'on leur montrait que dans l'Eglise ils étaient
paravaut qu'il fut imprimé. — A cela, Bertin répondit : Qu'étant simple bachelier, il avait le sentiment de bachelier; et que par uu désir de jeunesse et de vanité, qui accompagne ordinairement les bacheliers disputant dans l'Ecole de théologie, il avait remué CCS questions au chapitre général des Jacobins. Que pour le présent, il était tout autrement instruit, et tenait pour certain, qne le seul Pape était doué de la grâce de l'infaillibilité. » {Syndicat de Richer, p. t?50.)
(1) Monsieur le Nonce répliqua deux ou trois fois, comme par admiration et mécontentement : hérétique! hérétique ! voulant faire croire comme aussi faisait son auditeur, qu'elle est d»' fide. (Récit véritable, page 5.)
seuls orthodoxes, et que les docteurs romains étaient fauteurs d'hérésie.
Lorsque le calme se fit, plusieurs durent comprendre quel but s'était proposé Richer en demandant que le président ne fît sa déclaration qu'après l'argument du bachelier. En rester sur cette imputation d'hérésie, quel échec pour les doctrines romaines ! Ne pouvoir se montrer ultra • montain en France qu'à la condition d'être atteint par la qualification d'hérétique, cela était-il possible?
Le Nonce, ne le pensa pas (l). Il ne voulait pas, et avec raison, qu'on imposât cette attitude réprouvée au seul système vraiment catholique. Le président Morelles comprit la pensée du représentant de l'autorité pontificale, et avec autant de dignité que de modération, il rétablit le sens du débat si dénaturé par la violente argumentation de Bertin. Il commença par déclarer, ainsi que Coëffeteau l'avait promis aux gens du Roi et à Richer, qu'il n'avait point mis en avant les trois propositions de propos délibéré, et surtout dans le but d'offenser l'Université de Paris, '4 que je reconnais, disait le président, pour la mère de toutes les autres Universités. » On n'avait eu, ajoutait Morelles, qu'un seul but dans le choix des propositions : celui d'éclaircir la vérité.
(I) Monsieur le Nonce et son auditeur faisaient juger à leur contenance quMls avaient intérêt notable, que ce point ne fût point sans être soutenu. C'est pourquoi ledit sieur Nonce commanda au président de répondre. Ce qu'entendu, 11 se leva une grande rumeur dans la salle et aux écoutes, où tous les assistants qui étaient en grand nombre, disaient unanimement que c'était chose honteuse et indigne de permettre que cette proposition fût soutenue en l'Université de Paris. (Récit véritable, p. 0.)
Si on ne permet pas qu'on examine la question proposée en la noble Université de Paris, en quelle partie du monde le pourra-t-elle être? Morelles rappelait ainsi avec adresse que la Sorbonne était la seule Faculté de théologie où l'autorité du Pape sur les Conciles ne fut pas reconnue (1),
Après avoir fait la déclaration que Richer et les gens du Roi attendaient de lui, Morelles était plus à Taisepour relever l'argumentation de Bertin et la réduire ^ sa juste valeur: (( Monsieur le bachelier, dit-il, je vous prie, ne dites point que cette proposition soit hérétique; mais contentezvous de la combattre comme fausse et erronée, m II fit remarquer qu'il s'était bien gardé de proposer les doctrines favorables à l'autorité pontificale comme des articles de foi. Il y aurait été sans doute plus autorisé que son adveraaire: néanmoins Morelles s'était borné, avec François Vittoria, Melchior Cano, et d'autres théologiens de son ordre, à les tenir pour des doctrines que l'on pouvait soutenir libre-
(1) « La doctrine de la monarchie romaine devint celle de tout l'Occident. On n'en est pas encore revenu aujourd'hui, et si on la combat en France, presque partout ailleurs on a pour elle un res<» peçt qui va jusqu'au fanatisme : en Italie et même en Allemagne, k peine se trouve-t-il un homme assez hardi pour la heurter de front et pour oser mettre son nom à la tête de son livre. » (Fe^ bronius. ch. ii.) n J'ai vu une thèse soutenue à Rome, où l'opinion de la faillibilité du Pape est qualifiée d'hérésie tolérée. Tous les pays catholiques croient l'infaillibilité et les deux tiers des Français... L'Université de Cologne est attachée à cette opinion, au delà de tout ce qu'on peut imaginer et regarde l'infaillibilité comme le fondement de la religion : les docteurs de Louvain tt de Douai aussi. M. de Namur déplorait notre aveuglement de ne pas croire une si belle chose. M. de Cologne aussi. Dans le Nouveau Monde elle y règne comme à Rome. » (Longueruana, in-12, 175!i, p. 131.)
ment, « Donc, ajoutait le Président, en terminant, si Ton u me permet de répondre à l'argument qui a été proposé, r< je défendrai ma thèse comme problématique (1). »
Il eût été peut-être bon de clore la discussion en ce moment ; elle ne pouvait amener aucun résultat satisfaisant. Par malheur il s'était déjà produit assez d'incidents pour animer les esprits. Le Nonce du Pape et son auditeur ne désiraient pas que l'argument de Bertin restât sans réponse. D'autre part, les Gallicans et les Parlementaires, s'exaltaient et semblaient disposés à abuser du nombre et de la force. 11 ne sera pas inutile de voir à l'œuvre, par un extrait du procès-verbal dressé par Richer, l'intolérance de ses amis. « Quelques docteurs en théologie et plusieurs autres per-' 0 sonnes de qualité qui avaient pris place aux écoutes de « la salle, et avec un merveilleuse désir, attendaient l'évé- « nement de cette action, firent un grand bruit, en disant : « qu'on ne devait point souffrir de traiter les propositions « comme problématiques, vu que depuis le concile de Cons- « tance l'Eglise gallicane avait toujours tenu la partie con-
(i) Après que Bertin eut proposé son argument, le Président, sans permettre au répondant de résumer l'argument, s'excusa de le faire discuter, priant l'argumentant qu'il prît une autre proposition à irapugnerque celle-là, à cause que depuis qu'elle avait été affichée, il avait appris que la sacrée Faculté de théologie de Paria, mère et fontaine de toutes les autres facultés de théologie du monde (ce furent les propres mots, plus de trois fois par lui répétés) tenait le contraire, laquelle il ne voulait ni prétendait offenser, mêmement parce que plusieurs grands personnages de son ordre, lesquels n'étaient pas Français, avaient tenu avec la Faeulté de Paris qu'en quelques cas le Concile était par-dessus le Pape. {Bib. Nat. mss. coUect. Lupuy, vol. 37. f. 58.)
«traire comme article de foi. II s'éleva pareillement un a grand bruit dans la salle où se faisaient les disputes, ex- (( cité par les spectateurs qui étaient plus de deux mille. « M. de Hacqueville, président du Parlement, soutenait que « cette proposition était hérétique. Et M. Sanguin, conseil- 'i 1er du Parlement et prévôt des marchands de la ville de n Paris, disait tout haut qu'il fallait publiquement lacérer a la thèse. »
Fin de la Dispute
Jusqu'alors, le cardinal Duperron (1) avait assisté sans mot direauxdivers conflits qui se déroulaient en sa présence. Pour apaiser le tumulte, il intervint avec l'autorité de son rang et de sa science. Sur la plainte que lui fit le P. Coëffeteau (2), qu'ayant pris toutes les mesures nécessaires pour obéir au commandement des gens du Roi et ayant doniié avis à tous les bacheliers de n'avoir pas à disputer sur les trois propositions, nonobstant, le syndic de la Faculté avait donné ordre d'argumenter ; le cardinal envoya quérir Richer et, en attendant l'arrivée du principal instigateur du dé-
(i) Perronius, quem doctriaae cumulus, verîtatis amor, religionis zelus, Regiae majestatis devotio, posteritati maxime commendant. (Le Jau, Tract, de sum. Pont, auct. 1622. in-S® p., 630.)
(2) Le P.Goëfieteau survint en la salle et déclara le commandement qu*ii avait reçu de messieurs les gens du Roi, de no pas permettre que Ton agitât cette partie : dit qu'il en avait donné avis à tous les bacheliers; néanmoins que le syndic leur avait commandé de l'impugner. {Récit, p. 6.)
sordre, il rappela à rexaclitude doctrinale les théologiens du Parlement et de la Sorbonne qui déclaraient hérétique l'opinion de l'infaillibilité pontificale (1). Il répéta plusieurs fois et à haute voix que la pi'oposition discutée était problématique dans les écoles (2), ce qui était vrai à ce moment, et qu'il importait d'argumenter sans appeler hérétiques les partisans de l'une et de f autre opinion. «Le débat n'existerait pas, ajoutait le savant cardinal, s'il y avait un décret de concile œcuménique sur la question. Mais qui ne sait que les Ultramontains opposent de bonnes raisons aux Gallicans qui prétendent s'appuyer sur l'autorité du concile de Constance? »
Ricber était arrivé sur ces entrefaites et Duperron l'interrogea avec sévérité. 11 lui demandait compte de sa con-
(1) Comme messieurs le président d'Osenbray, Sanguin et Ribier insistaient toujours que cette thèse était hérétique, le sieur cardinal leur dit qu'il était versé en cette matière, autant que tout autre, et que la querelle demeurait problématique, ce quMl répéta plusieurs fois. {Récit, page 7.)
(*i) Ce fut la doctrine toujours enseignée par Duperron. « Le différend de Tautorité du Pape, soit pour le regard spirituel au sujet des Conciles œcuméniques ; soit pour le regard temporel à Tendroit des juridictions séculières, quan 1 elles combattent le salut (les âmes, n'est point un différend de choses qui soient teoues pour articles de foi ; et sous peine d'anathème par l'une ni par l'autre partie des catholiques, entre lesquels il s'agit : ni qui soit insérée et exigée en laconfession de foi que l'on requiert de ceux qui reviennent à l'Eglise, ni dont l'une ou l'autre partie puisse tenir pour hérétique, celle qui embrasse l'opinion contraire, et se sépare de sa communion. Au moyen de quoi il ne peut servir d'obstacle en la réunion de l'Eglise. » (Gard. Duperron, Ouvrage posthume contre le roi de la Grande-Bretagne, au commencement du livre IV, page 858. Edit. Antoine Etienne.)
duite« Pourquoi le syndic avait-il engagé les bacheliers à la dispute, lorsqu'il avait été arrêté avec les gens du Roi qu'il n*y aurait pas de discussion ? Maintenant que l'argumentation était commencée, Richer pensait-il qu'il était utile de continuer à traiter un sujet si délicat ?
Richer répondit avec hauteur à la première question. Il était vrai qu'il avait autorisé les bacheliers à argumenter sur les trois propositions : mais il l'avait fait pour obliger le président de la thèse à reconnaître qu'il n'avait pas eu Tintention de porter atteinte à la doctrine de la Sorbonne, qui tenait comme article de foi la supériorité du concile sur le Pape. Sans doute les gens du Roi avaient décidé qu'on garderait le silence sur les trois propositions : mais le syndic était assuré que les gens du Roi ne s'offenseraient pas, de ce que Tordre donné par eux eût été modifié au bénéfice des doctrines du royaume. L'offense aux sentiments de la Faculté de théologie avait été publique par l'impression des thèses. Richer croyait que les gens du Roi ne seraient pas mécontents qu'au lieu de la satisfaction, en quelque sorte dérobée, du P. Coëffeteau, la Faculté de théologie imposât une protest^,tîon de respect éclatante et solennelle. Quant à la question de savoir s'il était bon de poursuivre la dispute, Richer répondit cauteleusement qu'il abandonnait à son éminent interlocuteur de décider ce qui était le meilleur (1).
(1) Richer priant le cardinal de ne pas laisser répondre, ajouta, mais tout bas, n*osant le dire à haute voix, sMl en faut croire Ubaldini, que Topinion qui met le Concile au-dessus du Pape est tamqunm de fide, en France, et que les gens du Roi lui avaient
Ubaldini assistait avec indignation à tous ces pourparlers ; il aurait voulu que le soutenant ne restât pas un seul instant sous le coup de la scandaleuse et outrageante argumentation de Bertin, Le cardinal Duperron ayant de nouveau donné la parole au président, le Nonce laissa h peine le temps à Morelles de renouveler ses protestations et ses réserves et, n'y pouvant tenir, il s'écria que puisqu'on avait argumenté contre la proposition, il fut loi' sible au moins de répondre à l'argument et d'en donner la solution )). Sur cette paroleon recommença la dispute.
Le bachelier reprit son objection en la modifiant selon les observations du président Morelles et il dit j
Cette proposition, le Concile ne peut être par dessus le Pape en aucun cas que ce soit, a été condamnée au Concile de Constance; donc elle est fausse et erronée.
Il aurait appartenu au soutenant de répondre ; mais les circonstances étaient trop graves pour que Rosembach n'abandonnât pas au président le soin de résoudre l'objection de Bertin.
ordonné d'ugir comme il avait fait : paroles scandaleuses au ju« gement des bons catholiques qui les entendirent... Les gen&du Roi, dirent Scappi et Goëffeteau, ne pouvaient ainsi avoir oontre-!venu aux arrangements pris le matin même, et auoun catholique ne pouvait soutenir comme de foi la supériorité du concile sur 1q Pape (Perrons, l'Eglise et l'Etat, t. Il, p. 45). Ubaldini, contre son habitude, reproduit exactement la distinction de Richer. En effet, Richer déclare qu'il tient la supériorité du Concile sur le Pape comme vérité de foi, mais quMl ne peut traiter d*hérétiques ceux qui pensent autrement parce qu'il est reconnu que cei tains doc^ teurs ont des lumières plus vives qui leur permettent do discerner où se trouve la vérité. (Defemio, p. 23.)
Rien n'est plus connu, en histoire ecclésiastique et en théologie, que la discussion relative à Tautorité des iv" et y* sessions du Concile de Constance. On peut dire que la question est depuis longtemps épuisée (1). Les Gallicans affirment l'œcuménicité des sessions. Les Ultramontains la nient. Il n'est plus possible, aujourd'hui, de n être pas de ce dernier sentiment. Morelles, dans sa réponse à
(1) a G* est ainsi que les Pères de Constance tranchaient solennellement la fameuse question de la supériorité du Concile œcuménique sur le Pape, et réveillaient ainsi les ardeurs d'une controverse qui n'est pas encore éteinte aujourd'hui. Les nécessités du temps leur faisaient envisager ce décret comme le seul moyen d'échapper à cette affreuse situation de trois prétendants se disputant la tiare. Dans de semblables conjonctures, alors que Ton ignorait qui était le véritable pape, et que d'un autre côté s'évanouissait chaque jour l'espérance de voir une cession volontaire venir terminer cette brûlante querelle, on pouvait bien croire que le seul moyen d'obtenir la paix était de soumettre les rivaux à la décision d'un concile réputé général. Mais on allait plus loin à Constance, que ne l'exigeaient les nécessités du temps : l'on entendait poser une thèse absolue, dont les conséquences engageaient l'avenir, la revêtir du prestige d'un dogme. Au moment où le Concile se prononça de la sorte, il se donnait à la vérité le titre de Concile œcuménique : mais la postérité ne peut lui reconnaître ce haut caractère que dans les dernières sessions (depuis la XLi* jusqu'à la xlV inclusivement), c'est-à-dire pour l'époque où il agissait de concert avec le pape Martin Y. Les gallicans prétendent bien que Martin Y approuva ce qui s'était fait dans les sessions précédentes, y compris la v*, mais cette assertion n'a pas la moindre valeur. » (Héfélé. Hist. des Conciles, t. X, p. /|06.)
Le cardinal Schelstrate a voulu prouver que le texte des décrets de la ive session du concile de Constance n'est pas authentique. Puis il attaque leur autorité par trois raisons : 1* parce qu'ilâ ont été faits par les seuls prélats de l'obédience de Jean XXIII; 2" parce que ces décrets n'ont point été approuvés depuis la réunion des trois obédiences, ni confirmées par le pape Martin V ; 3" qu'ils n'ont été faits que pour le temps de schisme.
Bertin, se servit, en partie, de la célèbre argumentatiou de Cajetan. Les décrets mentionnés, disait-il, ne visaient que le temps du schisme : ils n'avaient pas été rendus synodalement ; à ce moment le Concile était acéphale. Morelles ajouta aux trois arguments de Cajetan une solution qui lui appartenait en propre : c'est que le Concile avait été clôturé par Martin Y, sans que le Pape eût égard aux iv* et aux V* sessions. — Il paraît que Morelles, qui, jusqu'alors avait été admirable dans la présidence de la thèse, était si perplexe et si embrouillé en déduisant ces quatre solutions, que l'on ne pouvait juger aisément sur quelle réponse il voulait principalement fonder son argumentation. Telle est l'opinion de Richer. Elle serait peut-être sujette à révision. Néanmoins, il n'y aurait eu rien de surprenant que Morelles, au milieu de ces conflits, et en présence d'un auditoire en grande partie hostile ait, sinon perdu la pleine possession de son intelligence, du moins atténué par des explications multipliées une argumentation à laquelle il aurait été périlleux, sans doute, de laisser toute sa clarté.
Duperron eût voulu que la dispute se terminât là; Richer demanda qu'elle se continuât : Bertin reprit la parole. Il présenta ce qu'en terme de logique on appelle une instance, et il lui donna la forme d'un argument ad hominem :
Selon votre opinion, dit-il, tout ce que le Pape répond ou confirme, assis sur la chaire de saint Pierre, est trèscertain et indubitable.
Or, Martin V, séant au Concile de Constance en la chaire de saint Pierre, a confirmé tous les actes du Concile de Constance, qui avaient été conclus synodalement; dan»
lesquels actes il avait pareillement opiné comme cardinal auparavant sa promotion à la Papauté.
Donc les décrets de la quatrième et cinquième session ayant été résolus syiiodalement, sont très-certains et trèsindubitables ; et conséquemment c'est chose fausse et erronée de dire, qu en quelque cas que ce soit, le Concile n*est pas au-dessus du Pape.
11 est évident que toute la discussion sur cet argument ne peut porter que sur la question de savoir si les décrets de la IV* et V session ont été résolus sy nodalement ; car il est incontestable que Martin V avait le pouvoir d*apprô • bation et qu'il a approuvé tout ce que le Concile avait décrété in materiis fideiy conciliante?^ et non aliter nec alto modo. Les iv* et v*' sessions tombent-elles sous l'approbation de Martin V? Morelles reprenant son quatrième argument, ne le pensait pas ; et il en donnait pour preuve la bulle particulière portant approbation de la condamnation de Jean Huss et de Wiclef, prononcée dans la v* session. Le Pape n'aurait pas spécialement approuvé cette condamnation, si la v* session tout entière avait été comprise sous son approbation générale*
L'argument était irréfutable ; et j à notre sensj Bertin argumentait défectueusement lorsqu'il répliquait que les Papes n'avaient jamais approuvé les actes conciliaires par des bulles particulières, et qu'il était inouï qu'un Souverain Pontife, en faisant la conclusion d'un concile, eût publié une bulle pour approuver ou improuver tels décrets que bon lui semblait. Si la discussion se fût prolongée entre les deux antagonistes, Morelles eût pu répondre aisément que
le fait Invoqué était indubitable 5 que Martin V en agissant d'une autre manière que ne l'ont fait à l'égard des Conciles tous les autres Souverains Pontifes, témoignait clairement qu'il ne considérait pas les iv" et V sessions du concile de Constance comme des actes conciliaires ; et poux mettre fiiî aune discussion qui, roulant sur le possible et le probable, pouvait prêter à des discussions hypothétiques Sans fin, il eût sans doute clos le débat en rappelant, qu'il y avait mieux qu'une preuve indirecte de la nott-conciharité des iv* et t* sessions : c'est que, au sens de Martin V et au sens de tout Je Sacré-CoUége, nous rapporte d'Ailly (Op. Gerson. Edi Dupin, t. II, p. 940), tout ce qui n'avait été décrété que par la majorité des nations (on sait que le Concile de Constance votait par nations), sans la participation des cardinaux, ne pouvait être considéré comme décrété conciliariter et que les iv^ et ?*= sessions s'étaient tenues en Tabsence des cardinaujf; ce qui tranche par un point de fait une pure question de fait. Mais le président Morelles ne put développer ses arguments. « M. le carduial Duperron^ dit Richer qui se montre ici trop prévenu en faveur de son disciple» voyant que Bertin pressait Morelles, et voulait poursuivre son argument i commanda qu'on sursit à cette matière, disant qu'il fallait disputer du sacrement de l'Eucharistie j et ainsi finit cette dispute. »
Tel fut l'incident qui se produisit au couvetit des Dominicains, le 27 mai de Tannée 4611. Richer y avait obtenu un résultat considérable. Il avait réussi à se donner le rôle d'inquisiteur à l'égard des systèmes romains. Son action s'était étendue de la Sorbonne au dehors. Il aspirait à nd
plus laisser se produire nulle part, une seule proposition contraire à Fancienne doctrine gallicane. Du premier coup, il était parvenu à imposer son action dans la circonstance la plus solennelle et en présence des plus éminents personnages (1).
Le succès de Richer était donc éclatant : mais par cela même il ne pouvait être que fâcheux à son auteur. Mieux conseillé, le syndic n'eût pas poussé les choses à cette extrémité. Que pouvaient faire le clergé et les docteurs dévoués à Tautorité pontificale, si ce n'est se défendre à outrance contre les entreprises de Richer? Le sectaire s'était laissé aveugler par la passion. Il avait mené les choses au point où la lutte devait se terminer, ou par sa chute
(1) « Le fruit qui a réussi de ces disputes est, qu'auparavant ce jour Toa voulait faire croire aux esprits faibles, que c'est hérésie de tenir que le concile est par-dessus le Pape ; et, on cette action, on a reconnu que la proposition contraire, en conséquence de laquelle on veut rendre le Pape supérieur du concile, est tenue et réputée problématique par ceux qui ont dessein de l'autoriser comme de fide, d'où il résulte qu'ils n'ont aucune l'aison valable qu'ils puissent opposer au décret du concile de Constance (qui a décidé pour vérité catholique, que le concile est par-dessus le Pape), et que tout ce qui s*est écrit et publié contre la détermination dudit concile, sont puros cavillations et sophisteries. {Mercure Français, t. II, 1612, p. 361.)
« Et bien que ceux qui favorisent la nouvelle opinion de l'absolue monarchie du Pape aient fort blâmé le syndic, il a été néanmoins loué par tous les bons Français comme n'ayant pu ni dû faire autrement que ce qu'il fit en cette occurrence : car s'il eût laissé passer cette thèse sans la contredire, toutes les nations du monde eussent estimé que la Faculté se départait de son ancienne maxime et se soumettait à la nouvelle des fauteurs immodérés de l'absolue monarchie romaine. » — {Bib. nxl.^ voir coll. Dupuy, vol. 37, f 60.)
ou par la constitution d'un schisme. Deux choses manquaient à Richer pour établir un schisme : des adhérents dans Tépiscopat et l'appui de la royauté. Sa chute était donc prochaine. Les orthodoxes menacés dans leure droits allaient bientôt lui porter des coups sensibles et répondre à ses attaques par une vigoureuse offensive. Richer avait oublié qu'il ne faut pas irriter un adversaire puissant et qu'il ne faut se mettre dans l'alternative de vaincre ou de périr que dans les cas assurés ou désespérés.
Mouvements à la cour*
L'émotion qui s'était produite pendant la dispute du couvent des Jacobins ne finit pas avec la séance. Les assistants se séparèrent avec les plus vives impressions, et portèrent leurs animosités au dehors.
Les parlementaires, dès le lendemain, saisissaient leur compagnie de l'événement de la veille. 11 ne leur fut pas difficile de monter l'imagination de leurs collègues contre les prétendues entreprises de ces théologiens étrangers, qui osaient introduire en France des doctrines tendant à imposer la croyance à la monarchie absolue du Pape. Il n'était question de rien moins que de décréter prise de corps contre les factieux. Le Parlement décida toutefois qu'il n'adopterait pas des mesurés de rigueur avant d'en avoir conféré
avec le chancelier, et d'avoir arrêté de concert avec lui lea
moyens es plus propres à détourner les prétendus dangers, qui menaçaient les doctrines gallicanes. Le chancdier Sillery , l'homme de France qui avait le plus d'horreur pour les décisions, renyoyala connaissance de Taffaire aapremier président Verdun, l'autorité de Verdun ne pouvant être suspecte ni au Parlement dont il était le chef naturel, ni au clergé qui avait usé de toute son influence pour lui ob« tenir, tout récemment encore, la succession de Harlay (1) •
Pendant que le chancelier renvoyait à Verdun la connaissance de cette délicate affaire, le premier président était saisi, d'autre côté, par Richer lui-même, d'une opposition à une nouvelle thèse. Cette thèse annoncée pour le dimanche 29 mai, dans la salle des Jacobins, devait être, dans l'esprit des ultramontaîns, comme une revanche de l'échec du 27 mai.
En effet, le cardinal Duperron, le Nonce» le clergé, les Dominicains étaient indignés des excès de Richer. Ses desseins n'avaient plus d'excuse; il ne voulait rien moins qu'imposer à la France une doctrine particulière et fidre réprouver les autres systèmes comme hérétiques. La lutte était engagée et il ne pouvait se faire qu'elle ne fut soutenue avec vigueur. Le temps des concessions et des tempéraments n'était plus de saison» Après une si brutale agression il ne restait plus qu'à entrer dans la voie d'une résistance
(i) Ubaldini annonçait au Saint-Père la nomination de Verdan avec une ^ande joie. Il ajoutait : « Le nouveau premier président fait profession d'avoir obligation à Sa Sainteté et promet d'avoir avec moi les meilleurs rapports, raviserai à faire valoir et à tirer profit de ces disposilâons. » (T. III, p. IH^.)
vigoureuse : Fhonneur du Saint-Siège et Tintérêt de la religion l'exigeaient. On ne pouvait se laisser imposer, par Richer et ses partisans, des propositions qui tendaient au schisme et qui se couvraient de l'autorité d'un concile général. C'est pourquoi, dès le lendemain même de la dispute orageuse de l'école Saint-Thomas, les Jacobins affichaient une thèse favorable à l'autorité pontificale, qui, parmi ses propositions, portait la suivante: a C'est au seul « Pape qu'il appartient de définir les vérités de la foi, en « quoi il ne peut errer. » ficher, toujours vigilant et toujours constant avec lui-même, ne recula pas et fit opposition à la soutenance de la thèse, nous venons de le dire. Verdun eut la faiblesse d'y faire droit. Par ordre du premier président, la salle des Jacobins fut fermée, l'interdiction de la dispute fut prononcée, et les séances théologiques suspendues jusqu'à ce que l'article eût été rayé des thèses.
Verdun doneait en cette circonstance une preuve de sa pusillanimité et de son ingratitude. Porté à la première magistrature du Parlement de Paris par l'influence du Nonce et. du Clergé qui attendaient de lui, sinon de la faveur, du moins une conduite moins aggressive que celle de son prédécesseur, Harlay, il débutait par une injustice et une maladresse. Verdun était faible de caractère et il n'est pas de défaut qui porte à de plus déplorables conséquences, lorsqu'on se trouve dans les hautes charges et au milieu de circonstances critiques. Il conunença à se laisser prévenir ' par les Parlementaires et par les Richéristes. S'il faut en croire Ubaldini^ les Gallicans se seraient vantés que le
président était à eux et qu'il mettrait le feu au couvent si on jen ouvrait les portes (dépêche du 9 juin 1611). C'était, en effet, sa première disposition. Elle était excessive. Verdun n'était pas à même de s'y maintenir et d'y être appuyé par le gouvernement.
Dès que la mesure du premier président fut connue, l'indignation du clergé fut poussée aux dernières limites. Elle alla jusqu'à la résistance ouverte. C'était une chose grave que d'entrer en lutte personnelle avec le Parlement de Paris, qui faisait plier devant son autorité les résistances des plus puissants particuliers, et s'opposait souvent avec succès au pouvoir royal. Duperron, le Nonce, l'évêque d'Angers, plusieurs autres prélats de passage alors à Paris, se rendirent aux Jacobins, malgré la défense du premier président, firent ouvrir l'école Saint-Thomas et demandèrent que l'on disputât. Mais pour disputer il fallait des bacheliers, et les bacheliers qui, eux, n'étaient ni cardinaux, ni ambassadeurs, ni évêques; qui se voyaient déjà aux prises avec les gens du Roi et sentaient bien que la terrible cour de jastice n'aurait pas grande difficulté à avoir raison d'eux; les bacheliers, qui chaque jour avaient affaire à l'inflexible syndic de Sorbonne, et savaient ce qu'il en coûtait de l'avoir contre soi ; les bacheliers ne cédant pas aux désirs des prélats, gardèrent la plus prudente réserve, s'esquivèrent peu à peu, et la dispute ne s'engagea pas faute de combattants.
11 faut en convenir, la situation eût été comique si les esprits'n'avaient été aussi animés. Mais, à ce moment, la tension était extrême. Les événements pouvaient devenir
graves, et il suffisait d'une imprudence des ministres pour amener des conséquences regrettables. Grâce à Dieu, Marie de Médicis était animée d'un véritable esprit de respect et de déférence pour l'autorité du Saint-Père. Quelques-uns de ses ministres eussent, peut-être, volontiers repris les anciennes traditions de la royauté et profité de l'occasion favorable pour amoindrir au bénéfice du gallicanisme le pouvoir pontifical. Elle, Italienne et nourrie à une cour qui faisait profession d'être dévouée au Saint-Siège, elle cherchait à se tenir rapprochée de la chaire de Pierre, et elle écoutait avec soumission les avis qui lui venaient de Rome. Lors donc, qu'après leur tentative inutile et quelque peu ridicule, les prélats et le Nonce se rendirent à la cour, ils trouvèrent les esprits des ministres pleins de mécontentement à la suite des incidents qui troublaient la paix publique, mais désireux aussi, pour rester fidèles aux constantes dispositions de la Reine, de trouver une transaction qui mettrait fin à une déplorable situation en sauvegardant les amours-propres et les intérêts engagés.
Le premier abord paraît avoir été tumultueux. Les politiques de la cour reprochaient aux Jacobins et à leurs protecteurs de mettre trop souvent en discussion des propositions hasardées et excessives. Duperron répondait, suivant son habitude, qu'il n'était pas bon de laisser amoindrir en France l'autorité du Pape, lorsque c'était l'autorité du Pape qui avait cassé le premier mariage de Henri IV, et permis de contracter le second mariage avec Marie de Médicis. Qui attaque l'autorité du Pape, disait le cardinal, attaque la légitimité des enfants d'Henri IV, et par conséquent du
roi régnant. On peut imaginer à quels éclats arrivaient des discussions qui débutaient par de telles considérations.
Mais discuter avec passion ne conduisait à rien, et il s'agissait de prendre une détermination et d'aboutir à une transaction. Le clergé demandait qu'on autorisât la soute* nance de la thèse sans conditions, et qu'on ne tint nul compte de l'interdiction de Verdun. C'en était trop deman* der au timide Sillery. Le chancelier, suivant son habitude, ne voulait donner entière satisfaction ni au clergé ni au Parlement. 11 consentit à donner l'autorisation de reprendre la dispute, si le président de la thèse s'engageait à déclarer que les ministres avaient défendu de discuter sur la proposition favorable au Pape.
Ce biais n'avait remédié à rien avant la controverse du 27 mai. A plus forte raison les esprits étaient-ils trop ardents pour l'accepter après les incidents irritants des trois derniers jours. Les Dominicains trouvèrent qu'il n'était pas convenable à eux de faire cette déclaration. « Ubalbaldini, dit M. Perrens, en leur nom, représentait qu'invités à chanter la palinodie, à faire, en quelque sorte, amende honorable, ils n'y pouvaient pas plus consentir que n'y consentirait à leur place toute personne d'honneur et de religion. » {L'Eglise et l'Etat^ t. II, p. 52.)
Sillery se détermina à une plus grande concession. 11 consentait à lever l'interdiction des disputes, à condition que le président de la thèse dirait simplement qu'on ne disputerait pas sur la proposition favorable à l'autorité pontificale.
« Après s'être concerté avec les évoques présents à Paris,
dit M. Perrenâ qui doit avoir emprunté ces détails aux dépêches d'Ubaldini, car ils ne se trouvent nulle part dans les autres documents, Duperron dépêcha au chancelier cinq prélats des plus considérables, pour lui exposer leurs motifs de décliner toute dispute en de semblables condi* tiens. 11 était d'un grand intérêt, pour le service de Sa Majesté, de ne pas laisser les Dominicains étrangers partir mécontents, peu édifiés sur la piété dés ministres, prêts à divulguer partout les opinions trop libres de ceux-là mêmes, en France, qui se disaient catholiques. » Cette fois le chancelier ne se laissa pas émouvoir. Le clergé ne cédant pas de son côté, les négociations furent rompues.
Il était de l'intérêt du Saint-Siège que les choses n'en l'estassent pas là. Le Nonce reprit les tentatives de transaction.
Ubaldini n'était pas personnellement intervenu jusqu'alors. Quand les évêques eurent échoué il se rendit auprès de Villeroy. Son rôle était facile. Il pouvait demander si la France était en guerre avec le Souverain- Pontife ou si elle avait passé au protestantisme. Si elle était catholique, pourquoi se montrer si inquiet lorsqu'on soutenait des î)ropositions qui favorisaient l'autorité de la papauté? Le Pape permettait bien dans ses Universités et dans les Universités étrangères qu'on discutât de l'opinion gallicane comme d'une opinion libre. Ne pouvait-on avoir la même déférence à son égard? La proposition de l'infaillibilité du Pape et celle de sa supériorité sur les Conciles étaient proscrites en Francç plus
sévèrement que les doctrines hérétiques. Cela était-il juste et respectueux pour le chef de l'Eglise?
Ces considérations seraient venues sans doute tout naturellement sur les lèvres du Nonce, si avec F habile et conciliant Villeroy il avait été nécessaire de se livrer aux longs discours. Mais le vieux secrétaire d'Etat, blanchi dans la conduite des affaires de la monarchie, appartenait à cette école de politiques qui recherchent les moyens d'accommodement plus volontiers que les arguments proprés à convaincre. Ubaldini n'eut pas longtemps à chercher avec lui. Il fut décidé que la soutenance aurait lieu le mardi, jour où finissait le chapitre. Il n'y aurait aucune déclaration à faire sur la proposition qui donnait tant d'ombrages; mais aussi il n'y aurait pas davantage de discussion. On se résigna, de part et d'autre, au plus complet silence.
Dernière dispute.
La dispute qui n'avait pu avoir lieu le dimanche (1) ni
(1) « Le dimanche, la matinée fut employée au service. Après midi le sermon dernier se fit par le P. Coëfifeteau, professeur en théologie, prieur du couvent de Paris, prédicateur du feu roi de bonne mémoire Henri le Grand, et de Louis XIII et de la reine Marguerite; son mérite le fait reconnaître entre les plus beaux esprits de ce royaume, pour un des meilleurs écrivains que notre âge ait produit; sur la fin du sermon il s'arrôta à remercier le roi, la reine régente, les princes et seigneurs de la cour et toute la ville de Paris, qui tous avaient obligé leur assemblée de leurs charités et de leurs libéralités, protestant au nom de tous ses
le lundi, s'ouvrit enfin le mardi. Le répondant se nommait le P. Hyacinthe Choquet (1), de la province de Flandres. Le président était le P. Torrès (2) , premier régent de
frères qu'ils auraient toujours part à toutes les prières qu^ils feraient en toutes les provinces où ils se devaient bientôt ranger. D^abondant, il conjura tout le inonde et principalement tous ceux qui avaient été spectateurs de tout ce qui s'était passé, de ne point s'offenser d'aucune chose, mais d'interpréter tout par les lois de la charité chrétienne : que ceux qui étaient des pro* vinces étrangères n'étaient venus que pour l'édification des ftmes, et que tout leur travail n'était que pour la réformation des mœurs et enfin que l'innocence de leurs intentions devait excuser le défaut de leur action. » {Description, etc. p. 18-19.)
(1) Hyacinthe Choquet, flamand, ayant commencé ses études à Anvers, fut envoyé en Espagne pour les achever. Il suivit à Salamanque les cours des grands théologiens, Banès, Ledesma, Herrera. Il revint à Louvain où il professa la philosophie et la théologie avec grand succès. La manière dont il répondit à la thèse du 29 mai 1611 enchanta tellement ses supérieurs, qu'ils lui conférèreut en définitoire le titre de docteur. Il obtint un nouveau titre de docteur de l'Université de Douai le 18 juillet 1615. Il consacra toute sa vie à l'enseignement, à Louvain, à Douai, à Anvers. Guillaume Séguier qui l'avait connu (Laurea Belg, , p. 137) en fait le portrait suivant : Certum est eum fuisse virufn ingenio subtilem, judicio profundum, doctrina prœpolentem^ disciplinis hu^ manioribus egregie excultum^ miraque conceptus suos exprimendi gratia prœditum. Il mourut à Anvers dans une extrême vieillesse, vers 1645 ou 1666. (Script, ord, Prœd., t. H, p. 5/|2.)
(2) Thomas de Torrès que les documents de FUniversité désignent sous le nom de Grégoire de Torrès était Espagnol, né à Madrid, élevé à Alcala, reçu docteur à Louvain, où il devint en 1606, professeur à l'Université. Pendant sept ans il professa la théologie avec le plus grand éclat. « Semper in Belgio, Lovaniique prœsertim, maximo in honore kabilus est et pretio, ob integros mores^ regularis disciplina sludium^ ac parem cum profundiori conjunctam eruditione modes tiam^ tant apud suos et dômes ticos quam apud extraneos et aulicos, {Script, ord, Prœd,^ in-f^t II, p. Zi69.) En 161/i, Torrès quitta la Belgique, et revint en Espagne. Il avait cinquante
r Université de Louvain. Cette argummtation resta célèbre dans les Annales de 1* Université, tant pour la grande BuU fisance du président que pour le mérite du soutenant. Ainsi s'exprime une relation contemporaine. Le roi et la cour assistaient à la dispute. L'Université de Paris, dérogeant à ses habitudes et faisant taire sa mauvaise humeur, décerna au P. Torrès le titre de docteur en un mandement plein des plus magnifiques louanges (1). Le cardinal Duperron, le Nonce, les Evêques d'Angers, de Carcassonne, de Montpellier, d'Orléans, l'abbé de Saint- Victor, plusieurs conseillers du Parlement assistaient à l'action. Le cardinal
ans. Après y avoir rempli plusieurs charges avec honneur, il fut nommé, en 1Ô20, évoque du Paraguay d'où il fut transféré au Pérou ; il mourut en 1630 laissant la réputation d*un grand théologien et d'un saint religieux. {Script, ord. Ptadic.^ t li, p. UIS.)
(1) Le R. P. Torrès avait dédié sa thèse à TUniverslté de Paris à laquelle il avait décerné les plus magnifiques éloges. Il ne laissait pas néanmoins d'invectiver contre Richer, sinon en termes exprès, du moins de manière fort transparente. (Voir cette dédicace dans le Recueil de d'Argentré, t II, part. Il, p. 4S.) La Faculté de théo^ logle pour' reconnaître les bons procédés du théologien de Lou" vain à l'égard de l'Université lui vota en assemblée ordinaire des lettres de remerciement (Ibid»). L'Université fut plus généreuse. Elle décerna au P. Torrès le titre de Docteur* (Voir dans Jourdain, Pièces Jusiif., p. 38, le mandement du recteur de Paris conférant le titre de docteur à Grégorio de Torrès.) Le recteur s'exprime en termes exceptionnellement élogieux : « Notum faci-' mus... R. F. de Torrès in ea concerta tione magnam vlm ingenii, et altam rerum theologicarum scientiam demonstrasse, et adversariis magni nominis, quorum et nonnulli fuerunt episcopi, acriter urgentibus cumulatissime respondisse. Nosquoquesolemoi pompa totius disputationis a prlncipio ad finem auditores sedimus et tant^ laudis spectatores : quo gratior nobis fuit benevoli animi significatio profecta et ab extero et a viro eximia doctrina prseditô. »
Duperron et Gabriel de l'Aubépine, évftcpie d'Orléans, ajoutèrent aux savantes réponses du président sur la diffâ** rence qui existe entre les sacrifices de l'ancienne et de la nouvelle loi, de curieuses explications empruntées à la science si nouvdle encore de la théologie positive (1), en laquelle excellaient les deux prélats. « Ces discours, dit la relation déjà citée, furent pleins de belles Vecherches et de beaux rapports des passages de l'Ecriture avec les sen* tences des Pères anciens qui laissèrent l'étonnement et l'ad* miration aux Pères religieux étrangers aussi bien qu'à tous les autres qui l'entendirent. » {Description, etc. , p. 22.) Et Richer? Richer ne parut pas à la séance. On l'avait
(1) Je ne crois pas qu'on puisse douter que la méthode de théO" logie appelée positive, n*alt pris son nom de ce qu'elle prouve la croyance de TËglise par des faits. Elle recherche ce qu'enseignent sur les divers points de la foi TËcriture-Sainte, les canons des conciles, les sentiments des Pères, les constitutions des Papes, ce qui constitue une méthode de fait, historique, si Ton veut, indé* pendante du raisonnement. On trouve le mot positivus, en ce sens, dans les auteurs latins, en particulier, dans Aulu-Oelle. Au commencement du dix-septième siècle, on délaissait la théo* logie scholastique pour se livrer à la positive. Dans une conversation du cardinal Duperron avec le savant évoque de Beauvais, Potier, ce dernier disant qu'il n'entendait rien à la scholastique, Duperron répondit : « Pour moi, j'jr entends quelque chose : mais si j'avais oublié ce que j'y sais, je penserais n'avoir pas fait grand'pérte. On peut en six mois être bon scholastique : mais pour savoir )a théologie des Pères, il y faut de longues années t ce n'est pas un ouvrage de peu d'haleine. « (Perroniana^ in-i2, 1692, pag. ?80). On a, dans cette conversation, le résumé de l'opinion de ce temps sur la scholastique. Le dix-septième siècle s*est voué à la positive et a méconnu la théologie aussi bien que l'ar* chitecture du moyen-âge. De nos jours, nous avons abandonné la positive pour nous rejetter avec passion vers la scholastique.
sans doute prévenu qu'il y avait danger pour lui à exciter quelque trouble. Le cardinal Duperron avait reçu de la cour tout pouvoir contre le syndic, dans le cas où il se serait avisé de soulever quelque opposition.
Cette fuis la situation était retournée. Si, précédemment, grâce à son audace et à 1* appui du Parlement, les avantages étaient restés au novateur, maintenant T autorité royale et les démarches du clergé avaient renversé les rôles. Richer était réduit à l'impuissance et son pouvoir discrédité. Que serait-il arrivé si l'autorité royale au lieu d'être entre les mains de Marie de Médicis, c'est-à-dire d'une régente toute dévouée à la Papauté, s'était trouvée aux mains de ministres hostiles au souverain-Pontife et imbus des maximes parlementaires? Il faut poser cette question redoutable aux impétueux contempteurs de l'influence civile en matière de religion. Grâce à Dieu, la saine éducation de Marie de Médicis épargna à la France les dissensions d'un schisme. L'appui que ses nûnistres, sous son inspiration, accordaient au clergé suffit à remettre les choses en ordre. Les exagérations de Richer n'eurent plus de portée. Bientôt, il était facile de le prévoir, sa situation même allait être atteinte. Par le fait du concours donné par les ministres aux partisans des doctrines romaines, Richer suspecté par les orthodoxes, isolé des gens d'Eglise, abandonné par la royauté, seulement soutenu par les Parlementaires et quelques disciples vus de mauvais œil, était condamné à une lutte inégale où il ne pouvait rencontrer que le déshonneur et la persécution.
Richer fut étonné sans doute de ce revirement imprévu.
Mais le plus surpris de la solution donnée par Tautorité royale, fut le président Verdun. A F origine, personne ne s'attendait à lui voir prendre la défense de Richer et du Gallicanisme. Le clergé et la Régente avaient procuré son élévation précisément afin d'arrêter les entreprises religieuses et 'schismatiques du Parlement. On le représentait comme un homme dévoué au Saint-Siège et aux Jésuites. La nouvelle de sa nomination avait désespéré Servin et les Parlementaires. Servin s'écriait que la liberté du Parlement était perdue et qu'il ne lui restait plus qu'à vendre ses biens et à se retirer à Venise. S'il ne faut rien attendre, il ne faut non plus jamais désespérer de la faiblesse du caractère. A peine entré en charge, Verdun se laisse absorber par les Parlementaires et les Richéristes. Il devient infidèle à ses patrons, il supprime les propositions romaines, il défend la dispute des Jacobins, il entre en relations suivies avec Richer. Mais voilà que Verdun, après s'être tant avancé, s'aperçoit que son chef, le chancelier, ne le suit pas dans ses élans de répression. « Verdun, dit M. Perrens, pris d'effroi, faisait ausssitôt des excuses au général des Jacobins, à l'auditeur Scappi, à tout le monde, reconnaissait et proclamait la vérité des propositions contestées par les Gallicans. L'impitoyable Ubaldini eut pitié de cette âme pusillanime ; il pria le Souverain-Pontife de ne pas garder rancune à ce premier président qui n'y avait point mis de mauvaise volonté. Il ajouta que si Ton persistait à blâmer ses actes, il serait sage de dissimuler tout mécontentement, pour conserver son affection et sa confiance, qui
— aoB —
étaient ftri nécessaires. » {V Eglise et /'i?/a/,t.4I,pag. 66.) Néanmoins les bons sentiments de Verdun ne furent pas de longue durée. Il retomba bientôt sous l'influence des Parlementaires. Il fit regretter Harlay lui-même. A quelque temps de là il reprenait une attitude équivoque et dangereuse. Le premier président, selon le Nonce, épris du désir de s'acquérir une nouvelle gloire auprès des politiques, s'était vanté, sitôt après l'arrêt de 1612 contre les Jésuites, de faire déclarer bientôt, par la Sorbonne, que sa doctrine sur les articles en question était conforme aux sentiments de Servin et que celle des Jésuites, si on la souffi-ait, corromprait toute la France. » {Mémoires secrets de Siri^ t. XVI, p. 252. — Voir Perrons, t Eglise et (Etat, t. II, p. 135.)
NOTE