‹ Edmond RostandChapitre 16 sur 17 · Ces vers sont un écho de ceux de Cyrano · texte numérisé non relu

Ces vers sont un écho de ceux de Cyrano

Ce n'est pas une taille avantogeusc, c'est

Mon âme que je cambre, ainsi qu'en un corset,

Kt tout couvert d'exploits qu'en rubans je m'attache,

Retroussant mon esfjrit ainsi qu'une moustache.

Je f'iin, en traversant les groupes et les ronds,

Sonner les vérités comme des éperons.

jactance naïve et plaisante, pour excuser ce qu'elle contient de sublime.

Si M, Faguet a comparé autrefois M. Rostand à Corneille pour l'intensité des sentiments nobles qu'il éveille, le vicomte de Vogué, lui non plus, n'a pas hésité de retrouver ce même esprit cornélien chez son nouveau collègue à l'Académie Française, en le mettant en parallèle avec Henri de Bornier dont il prenait le siège. « Deux fois la France, disait de Vogiié, en faisant allusion à la Fille de Roland et à Cyrano, s'y est reconnue dans rœuvred'undesesfils... Deux fois la France à communié dans le même transport, soulevée au-dessus d'elle-même, rappelée à ses meilleurs instincts par deux âmes furieusement cornéliennes. Et la plus effrénée dans le sublime n'était pas celle du poète tragique, je le dis à l'honneur du poète comique.» C'est ici le cas de rappeler, encore une fois, les paroles éloquentes de M. Brisson sur Chantecler : « Jamais ces choses fortes et saines, le goût du travail, l'attachement au terroir, l'allégresse du devoir noblement et gaiement rempli, jamais ces vertus essentielles n'avaient été plus virilement exaltées... 11 y eut là une minute où nous fûmes secoués par le grand frisson de

l'art (ajoutons-y : et de l'idéal) et par un large souffle d'émotion française... »

On a reproché aux idées de M. Rostand d'être au fond banales, terre à terre, point profondes, ni hardies. Admettons pour les détails, mais, pour l'ensemble, on ne peut nier, sans parti pris, que ce théâtre n'évoque toutes les générosités latentes de l'âme humaine, n'éveille en nous tous les penchants nobles qui sommeillaient au fond de notre cœur, tout ce qui peut nous donner de l'essor et nous réconforter dans la santé morale. Toutes les fois que je me mets à relire ces ouvrages, je respire aussitôt l'air pur et suave des climats subalpins, et peu àpeu, je monte encore plus haut, à des régions où l'air embaumé, devenu un peu âpre, me fait battre le cœur plus vite, m'élargit la poitrine, fortifie mes nerfs relâchés : tout mon être devient réceptif et expansif, je me sens capable di3 tout ce qui est grand et beau ; de plus, seuls le grand et le beau existent pour moi. Insistons-y encore une fois : c'est le poète des élévations, de l'enthousiasme, qui nous rend meilleurs, qui nous ravit à la boue où nous courbent les misères de l'existence fpiotidienne. Aujourd'hui, dans un temps où règne l'égo'isme, il faut rendre grâce à ce poète dont le

théâtre s'isole si iieureusement des autres chez qui tout est perversion et corruption, ou hien souci pessimiste d'étaler tout ce qui enlève Tharmonie à nos jours et la sécurité à notre bonheur. (Je ne voudrais étendre trop loin cette condamnation : il y a, grâce à Dieu, des exceptions et, parmi celles-ci, surtout Tauteur du Repas du lion et de la Nouvelle idole). Faut-il insister aussi sur ce qui n'est pas non plus son moindre mérite et en quoi il est prosquo unique ? C'est une âme pure, presque chaste. Voyez, pour mieux faire ressortir ce mérite, la façon dont il sait glisser sur des choses délicates, la façon discrète et honnête dont il les effleure dans Cyrano, dans V Aiglon^ dans Chantecler même...

S'il n'y avait dans M. Rostand que le penseur digne de tous nos respects et accomplissant si noblement la tâche d'un directeur d'âmes, ce serait assez déjà pour en faire un des plus intéressants représentants de la littérature dramatique française de nos jours. Mais il y a en lui encore autre chose : un artiste des plus raffinés et doublé d'un vrai poète.

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