‹ Edmond RostandChapitre 4 sur 17 · LES MAÎTRES DE L^AUTEUR DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

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autre maître a passé par là; c^est Coppée*. Non pas l'auteur des grandes pièces ambitieuses, amalgames de conception tragique et d'exécution mélodramatique où il entre plus de calcul que d'inspiration : mais le disciple de Banville, devenu lui aussi maître en bagatelles avec pourtant, disonsle, une poésie, des idées et des sentiments de valeur supérieure et de meilleur aloi. Il est indiscutable que M. Rostand s'éloignera encore davantage de son premier modèle et se rapprochera mieux du Passant, dans les Romanesques où son

1. L'influence de Coppée se fait sentir dans V Aiglon en quelque sorte matériellement. L'idée de la figure de Flambeau est due au Fils de l'Empereur. Dans ce poème le jeune duc, se promenant tristement dans son uniforme blanc à Scbœnbrunn, aperçoit un jour un jardinier, < grand vieillard aux traits durs, à la moustache grise » qui se plante devant lui et, ouvrant son veston, lui montre la croix de la Légion dMionneur sur le ruban rouge au-dessus de son cœur. Celait, dit le poète,

... apparemment un des vieux de la vieille Que Bonaparte aimait à tirer par l'oreille.

A partir de cet événement, le duc lit toujours les exploits de aon père. Une fois dans ses courses folles à cheval il s'égare sur une plaine et demande à un paysan le nom du lieu où il se trouve. On lui répond : « Vous êtes à Wagraro, mon petit officier. > Est-ce cet incident qui inspira le premier à M.Hoat«nd l'idée de faire venir son héros i Wagram t

talent éclate enfin dans toute son originalité. De plus, cette fois il ne se contente pas même de Goppée, il va directement au grand maître de celui-ci, au grand poète dont il s'était montré luL aussi disciple dans les Musardises : j'ai nommé Musset, à qui il fait des emprunts que l'on peut suivre texte en main. Car l'exaltation de la jeunesse, en partie aussi toutes ces intrigues des pères qui veulent en profiter, sont prises dans A quoi rêvent les jeunes filles ^ Le duc de Musset, tout en étant un père extravagant, est arrivé à la même philosophie, à la même connaissance du cœur humain auxquelles arriveront après lui les bourgeois de M. Rostand. Avant ceux-ci, il sait déjà et nous avertit que les jeunes gens ont coutume, en amour, de ne consulter que leur propre choix et non celui de leurs parents. 11 sait que l'auréole d'un héros romanesque est un moyen sûr pour

l.Dans la scène de réconciliation des amants, Silvio a quelques vers que M. Ilosland se plaît à pompeusonnent orchestrer :

Oublier un roman où rien n'est véritable

Que l'amour de mon cœur. .

Laissez-moi seulement baiser votre chaussure. Laissez-moi rester près de vous, en silence... (Percinet désire baiser le linon de Sylvette.)

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séduire une jeune fille ; aussi en fournit-il au jeune homme l'occasion en jouant avec lui toute une scène, celle du duel nocturne de Don Juan : circonstances qui plus tard se reproduiront pour Percinet, mais cette fois à l'insu de celui-ci. — « Et comme on rit, tout bas, du bonhomme de père qui ne voit jamais rien ! » Ces paroles ironiques du duc, résumant une observation psychologique, seront mises en scène au deuxième acte des Romanesques et serviront ingénieusement à faire prendre aux événements une tournure nouvelle. Même l'indication du lieu de l'action est textuellement empruntée à Musset qui écrit : < La scène est où l'on voudra » ; on lit chez M. Rostand : « La scène se passe où l'on voudra. »

A quoi récent les jeunes filles n'est qu'un ouvrage de première jeunesse ' qui sera suivi de toute une série de chefs-d'œuvre unissant Racine, Marivaux et Shakspeare, dans les fantaisies à la

1. M. Rostand s'en souviendra encore dans la Princesse loint*ine où JofTroy parle du c parfum voyageur des myrtes d'outre-mer ». Ninelte chez Musset parle des feuilles des palmiers qui versent € leurs amours dans les vents embrasés ». D'ailleurs JolTroy rappelle ici plutôt le modèle de Musset, Delavigne chantant le jeune palmier qui « fleurit et livre au vont ses parfums voyageurs >.

fois mignardes et cavalières d'une imaginatio] capricieuse, ironique et débordant d'une sensibiliti délicieuse et touchante, capable au reste de S( hausser le cas échéant à des accents passionné partis dun cœur profondément ému ou même dou loureusement meurtri. Cette imagination et cetti sensibilité auront leur part, et considérable, dam les plus ambitieux ouvrages de M. Rostand. Mail il y aura toujours une différence essentielle entre le disciple et son maître. Même en ne partagean pas l'opinion généralement répandue qui refus( catégoriquement à M. Rostand une place parm: les poètes de Famour, il n'en faut pas moins reconnaître que Musset et lui siègent sur des bancs diamétralement opposés. M. Lemaître a renvoyé à Carmosine pour la Princesse lointaine. Il est difficile d'y voir plus qu'une ressemblance des plus vagues : les deux pièces représentent l'enthousiasme d'un amour platonique exalté. Mais Musset a choisi pour protagoniste une jeune fille consumée par une passion secrète, irréalisable et maladive, et qui n'atteindra point l'objet de ses rêves déviés, qui même sera guérie de sa folie par une cure psychologique délicate et propre à faire subir à ses sentiments un changement essentiel.

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N*aurait-on pas eu plus de droit de renvoyer aux Caprices de Marianne où s'éprennent Tun de l'autre l'amante, femme doublement infidèle, et l'ami chargé auprès d'elle du rôle d'intermédiaire, mais, lui aussi, trop faible pour résister à la tentation ? Non, et pour cause. Car Musset fait de l'Amour, en même temps qu'un Dieu exigeant l'adoration la plus pieuse et la plus absolue, une fatalité redoutable qui brise la destinée des hommes aussi cruellement que dans les tragédies de Racine : conception dont il ne se trouve rien chez M. Rostand. Sans doute il ne faut pas oublier Percinet, ce petit frère de Perdican qui après avoir tant bien que mal badiné avec l'amour, après l'échec de ses aventures galantes, revient à sa bien-aimée pour chantera l'amour pur et véritable l'hymne le plus exalté ; mais il diffère par ailleurs profondément des héros de Musset, et son cas, du reste, est unique dans le théâtre de Rostand. Au lieu de continuer cet hymne, la Princesse lointaine marque déjà cet esprit tout cornélien que nous avons signalé plus haut, en glorifiant les grands renoncements, les abnégations les plus pénibles faites au nom d'un devoir sacré. Si le frère Trophime, tout en étant prêtre, se fait l'avocat de l'amour,

c'est Tamour le plus idéal d'un troubadour mourant ; et si ce culte platonique traîne derrière lui une passion trop terrestre et presque criminelle, celle-ci, reconnue pour une faiblesse indigne, finira par être domptée en faveur de la vertu, de sorte que somme toute, elle ne sert qu'à élever plus haut Tâme purifiée. Conformément à cette conception, Cyrano glorifiera le sacrifice de l'amour au nom de l'amour le plus parfait, et Chanteclervé'ÇQ' tera ce sacrifice au nom du devoir imposé par la vocation du travail.

Mais nous y reviendrons. Pour cette fois bornons-nous à ajouter que si M. Rostand, peu disposé à peindre l'amour à la Musset, manque également de cette psychologie à la Marivaux où excellait le grand poète du xix^ siècle, il possède, par contre, à un plus haut degré Tart qui se manifeste plus souvent et plus fortement chez Musset que dans le reste du théâtre romantique. Cet art de présenter des hommes vivants qui, ayant la force et la logique d'une vie personnelle, intellectuelle et sentimentale, cessent d'être simplement des marionnettes et des porte-voix. Et c'est toujours de^lusset qu'il a appris le secret de donner à ses personnages un langage moins emphatique et plus naturel

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que celui des héros de Hugo qu'il adorait tant cependant et qui lui a légué sa prédilection pour les tirades. Les tirades ne manquent pas non plus chez Musset, mais celles de Huj^P devaient avoir une influence plus directe sur un auteur de drames en vers, et comme elles étaient essentiellement déclamatoires, elles eussent, sans Tintervention de Musset, entraîné Rostand vers l'emphase d'une rhétorique boursouflée. En suivant l'auteur de Carmosine, etc., M. Rostand est arrivé à se créer un langage qui est celui de la conversation élevé au style élégamment poétique de la haute comédie, grâce à un esprit délicieusement spirituel et à une imagination fraîche et abondante ; il a même su monter plus haut encore, jusqu'au pathétique concentré et assourdi du drame proprement dit, voire à la passion fougueuse et éclatante de la tragédie. De sorte que, en dépit de Hugo, ses tirades ont plutôt le caractère lyrique de Musset et, tout en restant dramatiques, elles expriment les états d'âme comme chez Musset, avec toute l'intensité de la musique '.

1 . M. Ilatigmard nie trop absolument les affinités entre Musset et M. itostand. L'imagination de celui-ci, objecte t-il, est

11 reste encore à parler du plus puissant des maîtres et des modèles, dont nous venons de prononcer le nom...

En 1902 la France célébrait le centenaire de Victor Hugo. M. Rostand exprima son hommage . dans le poème intitulé Un soir à Hernani, causerie ravissante, entrecoupée de temps en temps

bien plus riche ; par contre sa sensibilité siège au cerveau, tandis que celle de Musset siège au cœur. Mais M. Faguet, luimême, qui a le plus insisté sur ces affinités, n'a pas manqué de relever déjà chez l'élève la richesse relative de l'imagination et la pauvreté relative de la sensibilité. Tout dernièrement M. Faguet a déclaré qu'il « persiste à le comparer » à Musset. Trouvant des ressemblances avec la Princesse lointaine dans Lorenzaccio et disposé à croire la Samaritaine « écrite après une lecture de la première partie de Rolla », il affirme quei « goût shakspearien, fantaisie, goût oratoire, esprit, gaminerie spirituelle, précieux, burlesque, tout Musset est dans Rostand, sauf les Nuits, sauf les cris aigus de sensibilité déchirée et frémissante ». (Mais n'y a-t-il en effet rien des Nuits dans Chantecler? Voyez plusieurs tirades du héros et surtout le chant du rossignol.) —Dans l'Aiglon une réplique du duc à Gentz I, 8 : < Vous serez tué par un jeune homme... c'est celui que vous avez été », rappelle le fantôme de Sosie dans les Nuits. € Rostand, dit encore M. Faguet, est un Musset moins déclamatoire, plus précieux, aussi spirituel et qui rêve de la même façon... Son tempérament n'est pas le même, mais son tour d'imagination est le même. »

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par des élans lyriques sublimes et où sont encadrées quelques-unes des plus célèbres et plus éloquentes expressions du maître. M. Rostand y raconte que dans sa solitude de province, désirant, lui aussi, saluer le grand génie, il est allé la veille visiter un village non loin de Gambo, sur la frontière de TEspagne, et qui s'appelle... Hernani. Il nous dit, d'après les biographes de Hugo, que celui-ci, âgé de dix ans, lors du voyage fait pour rejoindre son père, alors colonel en Espagne, a trouvé dans le nom de ce village le germe qui s'est développé plus tard en Hernani, « le grand drame français », < le drame auquel e Gid pourrait rendre » son épée. Idée plutôt exagérée sous cette forme mais qui donne lieu lu poète de s'imaginer les détails du voyage en question et de laisser libre cours à tout son enthousiasme pour Hugo. « 0 divin porte-lyre... ie ta 8uite, j'en suis ! » s'écrie-t-il avec les paroles de Hernani. Tous les poètes français, afOrme-t-il, sont de « pâles apprentis sortant

us de tes forges ». Et il adresse cette prière fnmble à son ombre : « Maître, Génie... » souris.

•ère d'un siècle, aux humbles fils d'une heure!...» |oat en n'étant pas si pâle, M. Rostand n'en est

pas moins lui aussi, comme auteur dramatique, le vrai disciple de celui qui a été le père du romantisme, sinon du siècle entier...

Il serait superflu d'exposer ici plus amplement en quoi consistait la réforme de Hugo au théâtre. On sait qu'il tendait à détrôner l'incarnation la plus typique du classicisme, la tragédie, pour instaurer à sa place un genre qui, issu des traditions du moyen âge, la guettant déjà depuis le berceau, s'en était emparé plus ou moins sur la scène de Corneille et de Voltaire, puis avait usurpé la faveur la plus populaire avec Mercier et Pixérécourt. Tout en ayant des ambitions plus hautes que ces deux rois du mélodrame, c'est à ce genre qui ne cessera pas de survivre jusqu'à nos jours, qu'emprunteront le secret de leur succès les auteurs dramatiques le plus en vogue dans la première moitié du xix° siècle : d'abord Dumas père et Victor Hugo en fondant le drame romantique, puis, peu après. Scribe, le père d'une' comédie d'intrigue souvent proche parente déjà du drame proprement dit.

Les envieux ne manqueront pas de dénigrer Cyrano en le qualifiant de mélodrame banal. En effet, cette « comédie héroïque » est une comédie

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de cape et d'épée où ne manque pas Télément mélodramatique. Et il est bien curieux que, dans ses deux pièces postérieures, M. Rostand ait éprouvé le besoin de faire allusion aux rapports de ces pièces avec le mélo, tantôt protestant sérieusement, tantôt reconnaissant le fait, comme pour se moquer un peu de lui-même. (Le duc dit que son cas n'est pas celui d'un « grossier mélodrame », puisque c'est son âme et non pas son corps que l'on cherche à empoisonner. — « C'est du mélo », dit le merle, quand la faisane poursuivie tombe évanouie dans les bras de Chantecler.) Les rapports en question existent et il nous faudra y revenir. Constatons cette fois la préférence évidente de M. Rostand pour les genres influencés par le mélodrame. L^souvenir de Scribe, dont il fait jouer une pièce à Schœnbrunn en 1831, est évoqué dans V Aiglon de plus près, par la scène de la fausse essayeuse et du faux tailleur. KUe rappelle les comédies d'intrigue politique de Scribe: elle a même une première esquisse déjà dans la Prin» cesse Lointaine^ dans la scèae entre la princesse et le marchand italien. (Sans parler ici des Romanesques qui rappellent plutôt Beaumarchais ou, si vous voulez, les opéras comiques de Scribe, ni

de Chantecler où les scènes de conspiration évoquent le drame romantique ou simplement le mélo.) Mais c'est le drame de Hugo qui a été avant tout cher à M. Rostand comme étant le genre qui a su le mieux ennoblir le mélo en y introduisant le plus de poésie possible, à partir de Hernani et surtout grâce à Hernani^ pièce historique en vers (jouant au pays du Cid), qui vainquit bruyamment la tragédie classique sur son propre territoire et vêtue de sa propre armure.

La pièce historique la plus moderne de M. Rostand, V Aiglon (mot emprunté à Hugo qui l'a pris dans Baour-Lormian), est celui de ses ouvrages qui offre surtout des points de rapprochement avec Hernani, à l'héroïne duquel le faux tailleur n'omet pas de faire une allusion passagère. La prière et le vœu du duc à Wagram, avaat de fuir, c'est-à-dire avant de faire le pas décisif pour obtenir le trône, rappelle le recueillement plein d'abnégation cornélienne et la prière adressée aux mânes de Gharlemagne par Carlos, lorsqu'il est en passe de devenir Charles-Quint. (Scène du tombeau: pour le dire entre parenthèses, je crois qu'il serait, par contre, trop téméraire de chercher dans Chantecler une transposition fantaisiste et

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fantastique des conspirateurs de cette même scène Hernani.) Le bal masqué au parc de Schœnmn, quoique d'un tout autre ton, évoque le - uvenir de la soirée de noces de Hernani avec le f iirmillement et la bigarrure de la foule. Dona 1, restée ensuite seule avec son mari au milieu la nuit silencieuse, est envahie par le désir il entendre de la musique et tout à coup, à son ravissement, retentit le son lointain d'un cor ; cette scène a sa pendante dans celle où le duc de Reichstadt, resté seul avec sa mère le soir entend tout à coup une musique lointaine dont il est ravi. Voici quelques points, d'un ordre plus général, communs à toute la poésie dramatique de Hugo et à celle de Rostand, et qui visent tous à l'effet, à commencer par les sous-titres retentissants des v actes regardés comme des < tableaux » à part, sous-titres énigmatiques destinés à éveiller la curiosité. (Cela se montre d'abord avec la Samalîne et devient ensuite une méthode constante, un peu trop spirituelle dans les chefs-d'œuvre : c'est dans V Aiglon qu'elle est le plus heureusement employée.) Les situations trop calculées (voir, par exemple, la première entrée du duc), les pointes finales, en un mot tout ce qui contri-

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bue à produire des coups de théâtre, accuse le disciple de Hugo. M. Rostand n'hésite pas d'employer même les, jeux les plus naïfs du maître: ainsi le truc de n'indiquer aux lecteurs le personnage déguisé que par une désignation vague, en vue de la surprise de la découverte qui ne sera point d'ailleurs, chez M. Rostand aussi effrayante: comparez le Masque au v^ siècle de Hernani et dans VAigloji la comtesse Gamerata indiquée comme Essayeuse, puis, au IIP acte, le duc comme Pâtre. (Voyez encore Chantecler où la faisane est appelée d'abord le faisan.) Et surtout le culte de Tantithèse (transposée d'ailleurs, elle aussi, à un diapason moins horrifiquement grotesque), soit dans les situations, soit dans les caractères. Le contraste servant à rehausser davantage le pathétique de quelque situation, est le plus aiguisé dans la Princesse Lointaine, au dernier acte, entre Mélissinde et Rudel. Pour Y Aiglon^ si la scène est en partie authentique où le duc agonisant fait apporter son berceau et meurt en écoutant lire le récit de son baptême, le bizarre ne frôle-t-il pas le ridicule, lorsque Fanny Elsler arrivant au rendez-vous galant pour l'heure du berger, s'installe tout à coup en professeur privé et secret et,

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nobstant son maillot rose, donne au duc, au u de baisers, des leçons d'histoire? L'antithèse «ians le caractère est représentée parle duc, enfuit phtisique aux ambitions impériales, ou par Flambeau, laquais et prétendu espion des Autrichiens, en réalité ancien « grognard > et conspirateur français. Voyez aussi les pièces antérieures : Cyrano^ âme noble et géniale dans un corps difforme ; Photine, la courtisane romantique par excellence, purifiée par un grand amour noble. (Car le sentiment qu'elle ressent pour Jésus n'est pas autre chose au fond.)

Quant à la peinture des caractères, le type préféré de M. Rostand est en général, qu'il s'appelle Cyrano, Flambeau ou Ghantecler, le type romantique, j'entends Hernani ou même Don César de Bazan, à qui pourraient se joindre quelques figu-,. res des comédies historiques de r)tjy];\ias père. La parenté est indéniable si Ton considère leur tempérament : l'humeur cavalière et héroïque, la verve spirituelle, voire grotesque, mais toujours intarissable. Et comme chez les héros de Hugo, ce tempérament n'exclut pas les accents de mélancolie sombre et profonde où l'Ame repliée sur ellemême se recueille pour quelques moments de las-

situde douloureuse. Rappelez-vous le couplet de Cyrano :

Baisers, festin d'amour dont je suis le Lazare!...

C'est le même état d'âme qui s'exprime sur les lèvres de Mélissinde :

Hélas! grande inquiète, ô mon âme, oià, comment Connaîtras-tu jamais l'entier rassasiement?

L'imagination de Hugo, qui domine toutes ses autres facultés, n'a pas sans laisser les traces profondes sur l'imagination cependant bien forte de M. Rostand, là même où celle-ci se montre si poétiquement fantaisiste que l'on croirait n'avoir affaire qu'à du Rostand le plus pur, mêlé tout au plus de quelques accords shakspeariens. A pro-i pos de la forêt de Chantecler, nous avons mentionné le Songe d'une nuit d'été : mais, c'est à la Fo7'ét mouillée que nous eussions dû renvoyer en premier lieu. Ce petit acte que l'auteur de l'Oiseau Bleu n'a pas lu non plus sans profit, et qui est, à tout prendre, la mise en scène de quelques passages plusieurs fois répétés dans Toute lahjre, esti une saillie capricieuse pleine d'une ironie trop

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romantique. Le poète s'y moque cyniquement de l'amour idéal, ce qui Téloigne infiniment de toute la façon de penser de M. Rostand: mais le cadre est dune ressemblance frappante. Car le lieu où un jeune homme niais, aspirant à l'amour idéal, aperçoit de loin, sans entendre leurs discours plus que frivoles, deux cocottes vulgaires et s'éprend aussitôt de l'une d'elles ou plutôt de sa jarretière entrevue, c'est la forêt pleine d'animaux, de fleurs et de minéraux animés qui causent entre eux. Nous y entendons les paroles du liseron, du paon, du hibou, du moineau: ce dernier joue le rôle du merle de Chantecler. Une voix dans l'air entonne l'hymne du printemps revenu ; toute la nature rend en chantant un hommage éloquent au Créateur. Le piège ne manque pas non plus: ici il est tendu aux loups. Ktce qui ne manque surtout pas, c'est la satire littéraire, même la satire des académiciens. Quelques vers contiennent le germe de la peinture du soleil levant dans Chantecler \ d'autres sont la première esquisse de telle strophe du célèbre hymne au soleiL..

/ Les images vives et pittoresques, prodiguées à <(haquo pas avec le plus d'abondance, rappellent toujours l'exemple du grand modèle, quoique

l'art de l'exécution trahisse ici — comme dans les Mîtsardises — l'influence de l'école parnassienne. N'oublions pas surtout de relever encore une fois le lyrisme intense et l'éloquence enflammée où Victor Hugo a sou\^ent une aussi grande part que Musset. Tout cela se fait valoir surtout dans ces tirades non moins chères au disciple qu'au maître, où l'invention verbale, cet héritage méridional, se trouve enrichi des trésors généreux légués par le maître. Nous ne reviendrons pas ici sur les restrictions que nous avons déjà faites en parlant de Tinfluence de Musset sur les Musardises, quoiqu'il y eût cependant lieu ici de les corriger tant soit peu en signalant le ton épique qui s'introduit dans ces tirades sous l'inspiration de Hugo. Insistons plutôt un moment sur l'analogie qui se trouve dans la construction de ces tirades, la parenté de l'agencement des périodes allant jusqu'à l'emploi des mêmes tournures. Comparez, par exemple, cette répétition triple du mot car, suivie de gradation dans la pecsée et qui est employée par Cyrano après l'avoir été par Hernani. Celui-ci a dit à Doua Sol :

Car vous m'avez aimé, car vous me l'avez dit, Car vous avez tout bas béni mon front maudit !

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