Les romanesques
Comédie en trois actes. L'auteur ne veut pis que Ton prenne trop au sérieux ces « ri:nes légères », enjolivées par « un peu de musique, un peu de Watteau ' », ce « florianesque et fol quintetto » formant, comme il dit dans l'épilogue, « un repos naïf des pièces amères ». Il prescrit que « les costumes soient jolis » et si dins la liste des personnages se trouve indiqué « un mur, personnage muet », celui-ci ne fait pas non plus exception à i^cette règle, ét.int « toutenguirlan lé de folles plangrimpantes ». Ce mur si plaisamment indiqué,
1. Il y en a l.<lU|>iil-» qucnj^lt- |iCii. <|ii mjiiu m.;.! iiiiMur. ijuC
dan» les Deux Pierrots. Slraforel jîrt>upe les musiciens comme dans lo Concert ch&mpétre. Les amants copient c les altitudes lentes des Pèlerins d'Amoar dans les /•>■'■»• 'rthntes ».
tout en n'étant pas personnifié sur la scène, nous avertit assez que c'est au Songe d'une nuit d'été qu'il nous faut penser ici et non pas à la tragédie de Théophile de Viaud, en dépit des protagonistes qui ne laissent pas d'y faire clairement allusion lorsqu'ils rêvent d'être célèbres comme Pyrame et Thisbée. (Ils ajoutent même : comme Roméo et Juliette.) Rien ne tire ici à conséquence. Cependant il faut distinguer, la pièce consistant de deux parties assez différentes.
Nitimur in vetitum cupimusque negata. Connaissant la vérité de ce vieil adage, deux pères voisiis qui désirent en secret voir leurs enfants, Percinet et Sylvette unis par le mariage, trouvent un moyen sûr de les rendre amoureux l'un de l'autre : il font semblant de se haïr et de vouloir imposer aux jeunes gens la même haine '. Finalement, pour trouver à leur intrigue une solution qui flatte en même temps les penchants romanesques des amants, ils arrangent une scène qui fournit à Percinet l'occasion de s'ériger en héros aux
1. Gomme dans un conte japonais et comme dans la comédie de Ludwig Ha.ns Frei. M, Rostand a-t-il connu cette pièce allemande ? Les pères s'y servent de la même intrigue, mais pour rapprocher de nouveaa les jennes gens déjà brouillés. Ils leur
yeux de Sylvette en la délivrant l'épée à la main d'un prétendu ravisseur brusquement apparu : cet exploit amène, bien entendu, comme sa naturelle récompense, la réconciliation des parents et les fiançailles des jeunes gens... Ce premier acte est un petit chef d'œuvre. Il n'est pas impossible que, comme on l'a plusieurs fois prédit, la pièce ne survivra dans l'avenir que réduite à ce seul acte.
C'est un ravissant badinage innocent, sans autre ambition que d'amuser élégamment les spectateurs. Tout en ayant gardé toujours les allures d'une fantaisie banvillesque, il s'écarte aussi pea de la réalité (ou du moins de la vraisemblance), que du bon goût le plus distingué. Il n'en est pas moins divertissant, grâce à une gaieté quelquefois voisine du vaudeville, jamais grossière cependant *. Ce côté est représenté par les pères, figures bouffonnes tantôt à la Labiche, tantôt à
découvrent ensuite trop tôt l'intrigue, comme dans les Ronunttques. Le mur mitoyen ne manque pas non plus ol on le fait démolir, ma/» après la deuxième brouille des amoureux. Hans
Hbei rappelle Slraforel on sa qualité de factotum bienveillant
^R réussissant à unir dénnilivcmcnt le couplo.
1. Si ce n'f-sl une ou deux fois. Ainsi dans le rAle du père de Percinot. (Celui-ci parlant des amours des oiseaux au printemps, Berquin se permet cette n^plique : c Impudique >)
la Banville : et surtout par Straforel, ce « bon spadassin en yoyeî/^ manteau», chef d'une agence quelconque, aussi habile à manier à lafoisl'épée et la parole que le sera Cyrano. (Sa tirade sur les différentes manières de Fenlèvement est pleine déjà de la verve intarissable de la tirade sur le nez.) Ancien maître d'armes et ancien cabot, il cite en parodiant les bribes des rôles autrefois joués et il clôt heureusement avec un mot de vaudeville des plus drôles ce premier acte dont la dernière scène (tableau de l'enlèvement) est un finale d'opéra-comique rempli de mouvement, de pittoresque, « d'un peu de musique », et est arrangé par Straforel lui-même qui s'y connaît. Un comique plus distingué et plus poétique y prédomine cependant, grâce aux jeunes gens. Sylvette, figure de porcelaine de Saxe *, est une gamine étourdie et spirituelle doublée d'une jeune fille très rêveuse, très délicate. Sa « préciosité ridicule » nouveau jeu, son tempérament romanesque sont partagés par Percinet en qui l'auteur laisse bien voir son indulgence pour ce qu'il regarde comme une faute vénielle, et qui est un