‹ Edouard le confesseur, roi d'Angleterre [microforme]Chapitre 23 sur 38 · Wix. — Dans lacampngne, aux portes de la ville · texte numérisé non relu

Wix. — Dans lacampngne, aux portes de la ville

EiM)UARD.— Chez qui fuir ?

Oswin. — Chez mon père, à la tente de mon père.

Edouard. - Qui est votre père ?

Oswin. — Si w^ard, comte de Northumberland.

Edouard. —Vous êtes le fils de Siward ?

Oswin. — Siward est mon père.

Edouard. — Donnez-moi votre main ; vous êtes le fils d'un honnête homme, d'un noblr et généreux Breton.

Alfred.— Approchez, fils de feiward, que je vous presh^e la main. Vous êtes le premier visage ami que nous rencontrons depuis que nous sommes tombés entre les mains des méchants. C'est un rayon de soleil qui brille à travers la nuit sombre.

OswiN. — Fuyez, ô mon roi. De grâce, revêtez ces habits, tous deux, et fuyez.

Alfred. — Pour moi, dans cet état, la fuite est impossible. Mais vous, Edouard, fuyez.

Edouard. — Comment sortir d'ici ?

OswiN. — Sous ce déguisement, c'est facile : on vous prendra pour un des serviteurs du château. Voici les clefs qui vous ouvriront toutes les portes. Le gardien, à la tour du Nord-Ouest, a été gagné î)ar l'appât d'une récompense. vSur la rue vous attendent des valets en armes qui vous conduiront en sûreté au cam[) de mon père.

Edouard. — Au camp de votre père, dites-vous ? Votre père est-il venu en guerre à Winchester ?

OswiN. — Non, il était accouru en toute hâte du fond de sa province, appelé à la cour par une affaire considérable et pressante. Ainsi l'ont fait, pour la même raison, Léofric, comte de Leicester, et bon nombre d'autres seigneurs. A la nouvelle du danger que courent Vos Altesses Royales, tous ces nobles comtes se sont réunis dans une plaine aux environs de la ville ; là, avec leurs amis et leurs serviteurs, ils forment un bataillon peu nombreux, il est vrai, mais bien aguerri et bien déterminé. Ils vont envoyer sommer Godwin de vous rendre à la liberté ; sinon ils entreront, enseignes déployées, dans l'en-

ceinte de la ville, feront appel aux sympathie? et aux bras du peuple, et forceront, sMls le peuvent, les portes de ce château.

Alfred.— Comment se fait-il que vous sachiez que nous sommes ici ?

OswiN.— On ne le sait pas encore, au camp, avec une certitude absolue ; seulement on s'en doute. La rumeur dit que deux princes sont débarqués à Douvres; qu'ils ont traversé les villes et les campagnes en toute vitesse, qu'ils sont renfermés sous clef, avec secret et mystère, dans les appartements les plus reculés de ce palais. En vain le crime cherche-t-il à se cacher; à défaut des hommes pour le révéler, les pierres elles-mêmes prendraient une voix.

Edouard.— p]t c'est sur cette simple supposition que vous vous êtes hasardé à pénétrer jusqu'ici?

OswiN. — Ce matin, mon père me tira à l'écart avec tristesse, et, d'un ton de voix solennel, il me dit: *' Mon fils, tu sais combien je t'aime! je t'aime plus que moi-même. Je vais te demander un grand dévouement, peut-être même le sacrifice de ta vie. — Mon père, lui dis-je, parlez, je suis prêt à tout. — Peux-tu essayer de t'introduire jusqu'aux appartements secrets où l'on di^ ', ae l'on tient enfermés les deux princes, les fils bi 'i>-aimés d" nos rois... ? Tu leur porteras des h? bits pour faciliter leur évasion et déguiser leur fuite. Tu t'en reviendras avec eux, ou tu resteras à leur place, selon que les circonstances l'exigeront. — Mon père, je pars. Votre confiance m'honore. Donnez-moi votre bénédiction." Ce bon père me pressa dans ses bras, déposa un baiser sur mon front, et, les mains tendues sur ma tête, il me bénit avec tendresse. Je le quittai au lever de l'aurore, et me voici.

Edouard.— O le noble jeune homme!

Alfred. — 0 le plus dévoué des amis !

OswiN. — Mais, assez de paroles... Ne perdons pas un temps précieux. Partez, partez !

Edouard. — Je ne puis abandonner mon frère.

OswiN. — J'ai des habits pour lui aussi. Fuyez.

Edouard. — Il est trop faible. Sa blessure le cloue sur ce fauteuil.

OswiN. — Je resterai avec lai. De grâce, fuyez î

Edouard. — Je ne puis consentir à vous laisser à ma place dans un si grand danger.

OswiN. — Le danger n'est pas pour moi, il est pour vous.

Edouard. — De dé])it, on exercera contre vous une vengeance signalée.

OswiN.— Allez, ne craignez rien, je suis armé de courage.

Edouard. — On vous laissera languir des années au fond d'un noir cachot.

OswiN.— La pensée de votre liberté consolera mes nuis. D'ailleurs, bientôt mon père viendra me

on délivrer.

Edouard — On vous enverra à la mort.

OswiN.— C'est à votre vie qu'on en veut, à la vie de l'héritier présomptif du trône d'Angleterre.

Edouard. —Oui, on vous donnera la mort ! vous faisant expier votre noble dévouement dans les tortures et les supplices les plus cruels.

OswiN.— La mort m'est douce, si je sauve mon roi.

Edouard. — Je n'achèterai jamais ma liberté an prix du sang de mes amis.

OswiN. — O mon roi, refuseriez -vous mon épée, mou courage et ma vie sur un champ de bataille ? Non. Eh bien ! pourquoi alors refuser mes services dans un besoin bien autrement pressant. Déjà nous avons trop retardé ! Fuyez ! fuyez !

Edouard. — Encore une fois, Oswin, je ne puis quitter ce pauvre frère malade.

Alfrkd. — Edouard, je vous en prie, ne re-tez pas ici i)Our moi. C'est mon désir aussi, fuyez ! fuyez !

Edouard. — Impossible, mon frère. Je serais un lâche, si je vous abandonnais en de pareilles circonstances. J'empoisonnerais pour toujours le bonheur de ma vie; sans cesse j'entendrai- résonner à mon oreille cette sinistre parole : " Caïn ! où est ton frère ? "

Alfred. — C'est pousser trop loin les exigences de l'amitié fraternelle. C'est moi, c'est votre frère qui vous en supplie, Edouard, partez. Conservez l'étincelle qui doit rallumer le flambeau de notre race.

Oswin. — Au nom du royaume tout entier, qui gémit sous la tyrannie étrangère, partez I

Alfred. — Au nom de nos ancêtres dont la >.ouronne est humiliée et profanée par la main des barbares, partez !

Oswin. — Je vous en prie par le dévouement de mon père et de ses amis qui sont prêts à sacrifier, pour votre cause, leur vieillesse, leur repos et leurs biens, partez !

Alfred.— Au nom de nos parents de Normandie, qui seront inconsolables de notre perte commune.

Conservez à leur.^ vieux jours la part principale de leurs affections. Erlounrd, partez!

OswiN. — 0 mon roi, au nom de vos sujets, au nom de vos amis, au nom de Dieu même, partez!

Edouard. — Impossible. Oswin... Impossible, Alfred... Cessez de me pre-ser davantage; ma résolution est prise, mon devoir me retient ici... Laisseznous, brave jeune homme, généreux ami ; ne vous arrêtez pas plus longtemps, de peur qu'on vous surprenne dans ces lieux suspects. Moi, je dois rester.

Oswin. — Eh bien ! moi aussi, je resterai. J'ai, de mon côté, un devoir à remplir, celui de vous défendre. Si l'assassin se présente encore, au-devant de sa main criminelle il rencontrera ma poitrine, il rencontrera mon poignard.

Alfred. — Vous êtes aussi brave que noble !

Edouard. — Ecoutez - moi, Oswin, il vous faut retourner auprès de votre père. Vous le remercierez de son attachement à ma personne. Surtout recomîuandez-lui bien de ne pas se lancer pour moi dans des ])érils inutiles, et de ne pas compromettre l'avenir de sa fortune [)ar un zèle et un em[)iessement trop généreux.

O.swiN. — Je ne puis retourner; je serais déshonoré ])our le reste de ma vie. On croirait que j'ai craint le sacrifice, que j'ai reculé devant les ennuis de la prison ou les horreurs de la mort.

Edouard. — Votre caractère est trop noble pour permettre de pareils soupçons... Du reste, je vais écrire pour vous un mot que vous voudrez bien remettre à votre père. (// écrit.)

Oswin, — Oh ! que je préférerais ces chaînes à la liberté 1

Edouard.— '* Bien cher comte de Northumberland, je ne puis quitter mon frère. Remerciements et reconnaissance ])rofon(le. Votre fils ne m'a obéi qu'à regret. Edouard.' ■ Maintenant, Orfwin, partez.

OswiN. — Vous me l'ordonnez ?

Edouard. — Je vous l'ordonne.

OswiN. — Je vous obéis, comme à mon roi.

Edouard (lui donnant la main^. — Que Dieu récompense votre zèle et votre courage !

OswiN. — Que I icii vous conserve à l'Angleterre et à TafTection de vus sujets !

Alfred. — Approchez, tendre ami, que je vous embrasse. Que j'aurais eu de bonheur plus tard i\ cultiver votre amitié : mais je vais mourir. (^Osivin lui donne la main.) Adieu donc, cher Oswin, nous ne nous reverrons plus qu'au ciel. Adieu! (^Oswin sort.)

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