SCÈNE I
Edouard seul (chargé de fers), — 0 mon frère, que n'es-tu ici, à mes côtés! Quel vide immense ton absence a laissé dans mon cœur! Seul, sans ta douce présence dans cette sombre prison, que la vie m'est à charge ! Ah ! {)ourquoi m*as-tu abandonné ? Mais que dis-je, imprudent? Pourquoi lui envier son bonheur? Pourquoi souhaiter qu'il languit plus longtemps sur cette terre de misères et de larmes? Il est arrivé au lieu de la gloire de la lumière et du repos. Qu'il jouisse de sa félicité. Que ne puis-je bientôt le rejoindre! Viens, bourreau ! fra[)pe cette tête qui s'affaisse sous la douleur, achève ton ouvrage.. .0 mon frère, tu étais sous l'empire d'une amoureuse illusion et d'un pieux délire, lorsque, au moment de rendre ton âme à Dieu, le regard fixe, d'une voix solennelle, tu me di&ais : ** Edouard, poursuis tes droits au trône." Vraiment, j'ai bien l'air d'un roi, chargé, comme je le suis, de chaînes et d'entraves, environné de pièges et d'embûches, la mort planant sur ma tête, n'ayant plus qu'un pas à faire pour descendre dans l'immobilité du tombeau... Mais que signifie cette lumière? Comme elîe est belle! Comme elle est brillante! Comme elle est douce! Est-ce toi, mon frère, qui fais descendre dans l'obRcurité de mon cachot un rayon de ta gloire céleste?...Que me veut cette pensée soudaine? Un vœu!. ..Rome. ..saint Pierre... Alfred, es-tu là, à mon côté, pour souffler à mon âme une sainte inspiration?. .Oui, je le ferai ^e vœu !...Mon Dieu, vou^ le voyez, je suis privé de ^out secours; mes aiuis se
se sont éloignés de ma personne, et mes ennemis ont levé leur main contre moi. Mon père, après bi{^n des travaux, a quitté la lumière de ce monde ; la cruauté }>erfide m'a enlevé la société de mes frères, et mes pioches ont dû prendre le chemin rie l'exil. Je suis seul et voici qu'on cherche mon âme ])our nje faire mourir. Mais vous, Seigneur, vous (tes le protecteur du faible et de l'orphelin. Autrefois, Edwin fut exposé à la mort ; et vous l'avez conservé miraculeusement et à la vie et à son royaume. Vous avez rappelé de l'exil cette gloire de l'Angleterre, le saint roi Oswald, et ])ar la vertu du signe de la croix, vous lui avez procuré la victoire sur tous ses ennemis. Si donc vous étendez sur moi la puissance de votre main ; si vous me prenez sous votre bienveillante protection, et que vous me rameniez avec bonté sur le trône de mes ancêtres, j'en fais en ce moment le vœu solennel, ô Seigneur mon Dieu, vous serez le Dieu de mes pensées et de mon cœur ; votre ay)ôtre bienaimé, le chef de votre Eglise ici -bas, saint Pierre sera le l)atron de mon choix, le patron vénéré de mon royaume et de mes peuples. De plus, je fais vœu d'aller dans la Ville Eternelle, me prosterner sur le tombeau des Apôtres, et baiser avec respect les reliques bénies du preujier pasteur de vos fidèles. ..Ah ! comme je suis soulagé !...ma foi dans l'avenir est plus vive et plus robuste !... l'espérance me sourit... j'attendrai avec confiance le secours du Seigneur.
(^Gochvin^ Sweyn, Céouudf] Synéwalf entrent.)