ARTHUR
AIR : Des Scythes et des amazones.
Ah! vous pensiez...
Le garçon de bureau, en reparaissant à travers la porte entre-bâillée, coupa brusquement les ailes à cette improvisation. Saint-Léon accueillit cette importunité par un violent coup de poing appliqué sur sa table, et cela d'une manière si malheureuse, qu'il brisa deux de ses peignes.
— Michel, iMichel, s'écria-t-il, ceci est trop fort!
— Monsieur, répliqua humblement le mercenaire, c'est le directeur général qui vous envoie demander.
Le cas était grave; cependant mon chef se sentit assez fort pour passer outre :
— Faiies-lui répondre, Michel, que je suis en conférence particulière avec M.***, le député. Bien imaginé, ajouiat-il quand le garçon se fut éclipsé; je les mets dos à dos; c'est une scène de vaudeville. Maintenant, à notre besogne, monsieur Mongeron. Où en étions-nous?
— Ah! vous pensiez, répondis-je, en lisant.
— Recommençons tout cela, dit-il, et il reprit sa dictée.
ARTHDR.
Air : Des Scythes et des amazones.
Ah ! vous pensiez qu'immolant ma tendresse, Amant timide et rival supplanté, Je vous verrais épouser ma maîtresse Avec sang-troid et mc^me avec gaîlé.
Non, non, mon âme au désespoir se livre. Je brave tout, oui, tout, et me voilà Bien résolu de vous apprendre à vivre...
THOBIAS.
Faut-il, monsieur, me tuer pour cela?
Faul-il doac me tuer pour cela !
Ce couplet me dompta; je le trouvai d'une certaine force. D'ailleurs, Taction s'engageait rapidement, les deuxrivauxéiaient en présence, lun avec le père pour
second, rautre avec la mère.Le père lutte de toute on énercTle d'homme, la mère de tous ses nerfs de femme. Laflîîe ne veut entendre parler que de son Arthur. Thomas, qui est venu de Rouen exprès pour épouser, se demande à pi usieurs reprises s'il n'a pas eu tort de quitter la ville où se fabrique le sucre de pomme. EnGn,fatigué d'être repoussé parla ûUe, provoque par l'amant, il s'exécute et dégage le banquier dune parole trop légère donnée devant un lit de mort. A ranoui de ce bon mouvement, la femme du banquier se livre à sa quatrième crise, et tous les obstacles disparaissent comme par enchantement. Sceae vingtcinquième et dernière. La financière qui a abuse de ses nerfs, s'avance vers la rampe, conduite par son neveu, et y chante le couplet final d'une voix émue et convalescente.
Air; Faudeville des frères de lait.
Ici je n'avais qu'un complice.
{Elle montre Jrthur.) Mais j'en vois d'autres devant moi; {Elle désigne le public auec un geste plein de grâce. Qu'ils sactient donc que je suis au supplice, Oui, maintenant, messieurs, de bonne foi. Je suis mourante et de trouble et d effroi. Par des bravos soutenant ma faiblesse, 1)6 sons aigus n'allez pas m'attnster ;
{Avec le geste d'applaudir.) Dans mon éiat ceux-là n'ont rien qui blesse, (Avec un geste indiquant l'opération contraire.) Ceux-ci pourraient me faire rechuter. {Bis.)
oh EDOUARD MONGERON.
Ainsi se terminait ce chef-d'œuvre où brillaient la main ei le méiier. Depuis ce temps, le vaudeville s'est bien fansformé; il y a aujourcriiui le vaudeville culoité, le vaudevil'e dansé, le vaudeville chanté; alors il n'y avait que le vaudeville pur et simple. Encore moins avait-on songé à lirer parti des écarts du vêlement et de la richesse des hanches. C'était Page naïf du genre, le temps de Mimi Senlbon et de Fanciion la Veilleuse.
Ma besogne achevée, je me retirai; mais à peine avais-je fail quelques pas dans le corridor, que j'entendis mon chef me rappeler. J'accourus et demeurai aiter'é m le voyant. J'avais oublié de détruire mon improvisation irrespoctiiPuse;elle lui élaii tombée sous les yeux; il la parcourait. Je me crus en pleine disgrâce. Cependant la Ggure de Saint-Léon n^exprimait ni dépit ni colère.
— C'est vous qui avez fait ceci, me dit-il; vous savez donc tourner le vers? Ne vous en défendez pas, monsieur Mongeron, ajouta-t-il envoyant mon inquiétude.
— Eh bien! oui, lui dis-je.
— Que ne parliez-vocs plus toi, mon jeune ami? pou) suivit-il d'une voit amicale, je vous aurais donné mes couplets à dégrossir et mes répétiiio is à suivre. Ce n'est point mal, vraiment, ce n'est point mal.
En mèine temps, il relisait le couplet où il éiait maltiaiié, avec la même liberté d'esprit que s'il n'y eût point éié question de lui.
— Monsieur, lui dis-jc...
— Ah! vous savez manier le vers, continua-t-i!. Pr.rbk'ii! il y a longiemps qne je cherchais dans l'admiiuslration un sujot comme vous. Dorénavant,