‹ Édouard Schuré, biographie-critique; illustrée d'un portrait-frontispice et d'un autographe, suivie d'opinions et d'une bibliographieChapitre 2 sur 11 · Chapitre IL — Son Œuvre · texte numérisé non relu

Chapitre IL — Son Œuvre

Elle se résume en deux mots : l'Art et la Vie.

Ce fut la formule même de l'Ecole idéologique qui. aux environs de 1892, institua, sous l'égide de jeunes fervents tels que Maurice Pujo, Henry Bérenger, Gabriel Trarieux, Firmin Roz, Eugène Hollande, Gabriel Sarrazin, une double réaction contre le Réalisme matérialiste et le Dogmatisme intransigeant.

Quand Edouard Schuré se mit à la tâche avec Y Histoire du Lied (1868), sans doute n'ambitionnaitil que d'être un commentateur fidèle et consciencieux des grands courants mystiques qui, depuis l'orée des siècles, ont agité l'esprit des peuples. C'est ainsi que jusqu'aux Initiés, il nous raconta l'Allemagne sentimentale, l'Alsace déchirée par l'invasion, les « Chants de la Montagne » et d'autres poèmes évocateurs.

La cause en est qu'il n'avait point encore trouvé le pôle de son vaste talent. Ce n'était là qu'entraînement préparatoire aux longs voyages qu'il allait faire dans les sphères presque vierges de l'Esprit pur. Il aiguisait son verbe sur la pierre meulière du lyrisme ethnique, et de ces premières escarmouches avec les farouches gardiens de l'âme celte ou germaine, il dégageait peu à peu les éléments d'une philosophie qui allait lui ouvrir toutes grandes les portes de l'Esotérisme.

A quoi croyait-il donc, ce fougueux impatient

qui voulait, du premier coup, franchir l'enceinte qui mène, par les claires voies de la Sagesse, au Vrai, au Beau et au Bien ?

Un critique, M. Yves Mainor(i), nous l'apprend en une heureuse formule. Il croyait que « la « justice et la vérité sont le dernier mot de « l'énigme universelle,. qu"un principe divin « habite en nous, qu'une loi d'eurythmie souve- « raine préside à l'évolution des mondes, des « choses et des âmes. »

Et quoiqu'à peine adolescent, il le croyait avec une telle ardeur, que les ombres les plus épaisses de la vieille Egypte ou de l'Inde brahmanique devaient se diluer à cette lumière, et qu'en même temps cela déterminait d'un coup l'unité de son œuvre, lui donnait son harmonie, son éloquence, sa raison d'être, faisait de ses écrits plus que de la littérature, plus que des mots, mais bien une façon de statue vivante, gonflée d'enthousiasme et de tendresse, consolante pour lui-même et pour les autres, émancipatrice et généreuse, et qui livre à tous ceux qui parcourent en aveugles les ténèbres de la vie, un peu de ce courage unique que donne l'Espoir.

Chef de l'Idéalisme mystique, voilà sans doute une définition d'Edouard Schuré.

Son idéalisme a commencé par être, si j'ose dire, positif et patent, pour devenir assez vite

(i) M. Edouard Schuré, par Yves Mainor. — Crassin, Angers, 1905.

symbolique, occulte, ésotérique. C'est une conséquence de la difficulté qu'éprouve l'homme à traduire sans images les émotions de l'idée nue, — ainsi que de l'étude des mythes et des épreuves propitiatoires auxquelles les races ont recouru sans cesse pour se ménager la bienveillance des Forces Dominatrices.

Il nous dit quelque part : « L'essentiel en ce « monde n'est pas de réussir, c'est d'avoir une « haute volonté. Si nous ne pouvons être des « moissonneurs joyeux, soyons des semeurs har- « dis et confiants. » Magnifique chanson d'allégresse que, d'âge en âge, les apôtres du Vrai se sont transmises. —

Il est assez malaisé à première vue de mettre un ordre parmi les dix-sept volumes qui forment le bilan d'Edouard Schuré.

C'est qu'aussi bien, il s'y trouve un peu de tout ce qui peut solliciter l'activité cérébrale d'un homme. Il y a de la religion, de l'histoire, de la légende, de la poésie, du roman, du théâtre, de la critique, de l'esthétique. Et pourtant, si cet écrivain effleura de ses ailes toutes les fleurs de beauté et les féconda de son brûlant génie, le vol garda la force et la grâce de l'unité. Partout, il apporta à ses recherches une telle sérénité d'âme, une telle confiance dans le Bien rédempteur, une telle lucidité de vision, astreinte, par-delà les formes, à pénétrer la substance et à la montrer aux autres, — que d'un bout à l'autre de son

œuvre court le même sang animateur, la même sève nourricière, le même idéal lumineux, robuste et persuasif.

C'est dans les pages philosophiques qu'est concentrée la moelle du chêne Schuréen.

Du tronc noueux des Initiés partent les rameaux des branches accessoires qui aboutissent à tous les aspects variés que peut revêtir la littérature. Il convient donc d'instituer en tête de cette étude le nœud qui l'explique toute et qui constitue, en même temps que l'intérêt de l'œuvre de Schuré, sa cohésion exceptionnelle, son influence et sa durée.

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