‹ Éducation de prince; pièce en quatre actesChapitre 8 sur 11 · M;S I'.OIS · texte numérisé non relu

M;S I'.OIS

Vaufroy, pour dire quelque chose. — Ces Côlcs rouges sont excellentes.

Albuiiy. — On en mangerait. {Personne ne rit.) Succès fou !

Vaufroy, à sa voisine. — Qu'est-ce que vous faites donc ?

CuRiSTiANE Beauty. — Je regarde s'il y a une perle... c'est une manie chaque fois que je mange des huîtres. Pourquoi riezvous? On m'a toujours dit qu'on pouvait en trouver.

Vaufroy. — On ne vous a dit que la vérité, l'absolue vérité.

Ceucleux. — Il est même à remarquer combien les perles coûtent cher, les mois où il n'y a pas d';*. [On rit.)

Christiane Beauty. — Vous vous moquez de moi.

Gehcleux. — Je n'oserais pas.

Vaufroy. — Il n'oserait pas : il veut dire que c'est très rare de trouver des perles dans les huîtres que l'on nous sert à Paris. C'est surtout sur la cote de Ceylan qu'il y a des huîtres perliôres et des plongeurs qui vont

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au fond de la mer les chercher. Ce sont les pêcheurs de perles.

Albrey. — Musique de Bizet.

Christiane Beauty. — Ah ! vraiment; comme c'est intéressant. Moi, j'adore les perles... Chaque fois qu'on veut me faire un cadeau, c'est ça que je demande.

Vaufroy. — Vous avez un joli collier, il vous sied à ravir.

Suzanne Ortolan. — Il n'y en a pas deux comme celui-là à Paris. Vous avez un très joli collier, Madame.

Christiane Beauty. — Vous trouvez, Madame? Il y a sept rangs de quatre-vingts perles chacun et toutes absolument pareilles; elles sont équilibrées.

Cercleux. — Calibrées.

Christiane Beauty. — C'est ce que je voulais dire.

Jane Komchausson. — Elles sont d'un très bel orient.

Raymonde, bas à Sacha. — Ce qu'elle a dû plonger de fois sous les couvertures pour rapporter ces perles-là.

Cercleux. — On ne parle pas tout bas.

Raymonde. — Oli ! ce n'est pas un secret... je demandais à Sacha si les plongeurs rapportaient une perle à chaque coup.

Consommé.

Anna Miciiais, à son voisin. — Voyons, Jacques, finissez... il m'embrasse tout le temps.

Raymonde. — Et nous n'en sommes qu'au consommé... qu'est-ce que ça sera au dessert?

D'AuvEKT. — Tout sera consommé.

Jacques Transe, à Anna Michais. — Je vous adore.

Anna Miciiais. — Je n'en crois pas un mot, mais vous embrassez très bien.

Jane Ku.mcuausson. — Si bien que ça?

Anna Michais. — Il embrasse comme une femme.

Cekcleux. — C'est ce que nous appelons le baiser frôlour.

Anna Michais, à Jacques Transe. — Vous avez des cheveux amusants. Ce n'est pas possible, vous vous faites onduler?

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Jacques Transe. — Non, non, c'est naturel, mais je n'en tire pas vanité. {D'une voix timide.) Je changerais bien mon ondulation pour une petite place de bibliothécaire.

Anna Migrais. — Voulez-vous être sage et mettre vos mains sur la table. . . C'est effrayant, ce petit-là, il est effronté comme un page.

Jacques Transe. — Comme un page, vous l'avez dit. (// l'embrasse.)

Anna Michais, très contente. — Voyons, finissez ; vous êtes insupportable.

Jane Komchausson. — Tu as rudement de la veine, toi, d'avoir un voisin qui t'embête; moi, j'en ai un qui ne dit pas un mot.

Cercleux. — Ce n'est pas gentil, ça, d'Auvert... vous devriez bien chatouiller madame.

Jane Komchausson. — Je n'ai pas besoin qu'il me chatouille, mais qu'il parle au moins.

Raymonde. — Il est amoureux, il pense à sa maîtresse.

Jane Komchausson. — Eh bien, parlez- moi d'elle, mais dites-moi quelque chose ; est-elle jolie, votre maîtresse?

D'Al'vert. — Ravissante !

Jane Komchausson. — Jeune?

Raymonde. — Ilum !

D'AuvERT, piqué. — Elle n'est pas vieille.

Raymonde. — Quelle âge avoue-t-elle?

D'AuvEUT. — Le mien, trente-cinq ans.

Jane Komchausson. — Elle avoue votre âge, mais elle n'avoue pas le sien. Je suis peut-être trop jeune pour vous et c'est pour cela que vous ne faites pas attention à moi.

D'AuvERT. — Je vais vous faire bonflir, mais je n'aime que les femmes un peu automnales; c'est effrayant, voyez-vous, d'aimer de trop jeunes femmes : elles n'ont rien vu, elles ont toutes les curiosités, tous les désirs, on n'est jamais tranquille avec elles... c'est bien simple, elles ne savent pas ce qu'elles veulent, tandis que de trente-cinq à quarante, c'est tout à fait la belle âge... c'est la maîtresse idéale revenue de pas mal de choses, assagie, expérimentée, en un mot bien dressée.

Ceucleux. — Elle rapporte même.

D'AuvERT. — Et puis, si elle est intelligente,

une telle femme a vu un tas de choses; alors on peut causer, on ne s'embête pas.

Jane Komchausson. — Il est clair que nous autres, les jeunes, nous avons moins de frottement. {Elle rit.)

D'AuvEUT. — Oh ! que c'est vilain ce que vous dites, est-ce qu'il faut penser à ces choses-là? Je ne parle que de l'expérience morale. Non, ma petite amie, je ne vous fais pas la cour, parce que vous êtes beaucoup trop jolie, beaucoup trop jeune et que j'ai peur de vous.

Jane Komchausson. — Il ne faut pas avoir peur de moi, je suis bonne tout plein.

D'AuvERT. — En effet, vous n'avez pas l'air méchant. En tout cas je vous crois incapable d'une infamie.

Jane Komchausson. — Vous êtes trop aimable.

D'Advert. — Et puis c'est ennuyeux que vous ne mang-iez pas, moi j'aime les femmes qui mangent, pendant ce temps-là elles ne llirtent pas avec leurs voisins. Tandis que les névrosées, les transparentes qui grignotent

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du bout des dents, en levant les yeux au ciel, ne m'en parlez pas... Ces femmes-là ont une autre sorte d'appctit, bien difficile à satisfaire et quand on sort de table, on est à moitié trompé.

Sacha. — Eh bien, ra n'a pas l'air de s'organiser vite, les ménages.

Cercleux. — Il n'y a que les deux là-bas qui donnent quelque espérance.

Il désigne Anna Micliais qui maintenant est tout à fait sur les genoux de Jacques Transe et l'embrasse lèvres à lèvres.

Vaufuoy. — C'eût été vraiment dommage de ne pas les mettre ensemble.

Raymonde. — Ils ne nous entendent môme pas... ils sont très occupés.

Albuey. — Nous allons demander à Transe de nous dire quelque chose.

Vaufroy. — Pourquoi faire?

Albuey. — Pour Tembéter.

Makion Soulorme. — Mais ça nous embôtera peut-être aussi parla môme occasion.

Sacha, à Raymonde. — C'est gentil ce qu'elle

ditlà, ton amie.

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Raymonde. — Ah! oui, elle a le doigté.

Albrey. — Monsieur Jacques Transe, ces dames demandent que vous nous disiez quelque chose.

Jacques Transe. — Je ne voudrais pas troubler cette petite fête, et puis ce n'est pas le moment.

Hubert Cresson. — Mais si, au contraire, au dessert, comme dans les familles aisées.

Jacques Transe. — Alors, je vais vous dire quelque chose de très court et parce que c'est un peu de circonstance :

Il se lève et dit :

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