CHAPITRE DEUXIÈME LOI RODDICK
Examen de la loi et des motifs invoqués en sa faveur.
La loi 2 Edouard V IL, chap. 20, adoptée par le parlement du Canada et sanctionnée le 15
parlement d'Ottawa l’une des divisions électorales de la ville de Montréal.
eu à de grandes controverses, et les conséquences qu’elle peut avoir ont été très diversement appréciées. Ses partisans invoquaient en Sa faveur les uns la rai. son humanitaire, les autres, les intérêts de la profession médicale, et plusieurs, sinon tous, le relèvement du niveau des études universitaires,
Les opposants l'ont combattue au point de vue de son inconstitutionalité, de l’autonomie des provinces, et des germes de discorde qu’elle Pouvait faire naître en Soulevant la question de l'unification des Cours d’études des maisons d'éducation supérieure du Pays. Ces graves Considérations exigeaient de la part des législateurs, comme de la part des membres des pro-
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taines institutions appelées à bénéficier plu que d’autres des avantages d’une nouvelle Le de cette sorte; car il est nécessaire avant tou de sauvegarder à tout prix l'intégrité de 1 Constitution et le respect des droits garanti aux provinces par l’Acte de l'Amérique britan nique du Nord.
Le premier Point à examiner est le but de 1a loi.
La clause 4 le définit ainsi:
(a) “ Le but du Conseil est d'établir un degré “d'aptitude et de connaissances en médecine “qui permettra à Ceux qui l’atteindront d’être “admis et autorisés à pratiquer dans toutes les provinces du Canada;
(c) “d'établir et fixer les qualités et Connais- “sances exigées pour l'inscription, Y compris “les cours d’études à suivre, par les étudiants, “les examens à subir, et en général les condi- “tions requises pour l'inscription;
(d) “de créer et maintenir un bureau d’exa- “minateurs pour l’examen et l'octroi de certi- “ficats de Capacité;
(e) “ de travailler à élever la profession médi- “cale en Canada à ua niveau tel qu’elle puisse “être reconnue dans le Royaume{Uni, et que “les praticiens Canadiens puissent acquérir le “droit de s’y faire inscrire en vertu des actes
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“du parlement impérial désignés sous le titre “de Medical Acts ;
(f) “ l'obtention, avec la coopération et à la “demande des différents conseils médicaux “des diverses provinces du Canada, des me- “sures législatives nécessaires pour la mise à “exécution des dispositions du présent acte, “et pour atteindre les objets ci-dessus énn- “ mé L LU :
La loi confère ensuite au Conseil médical d’amples pouvoirs pour atteindre les fins pour lesquelles il a été créé. La clause 10, en particulier, lui donne le droit de faire des règlements sur la tenue des examens pour s'assurer du degré de capacité des aspirants à la pratique, de pourvoir à la nomination d’examinateurs, de fixer les conditions auxquelles seront reçus comme preuve de capacité l’immatriculation et les certificats des universités, écoles et autres institutions médicales, d'établir aussi pour les candidats les conditions de la dispense, soit partielle, soit totale, des examens.
La loi Roddick déclare donc positivement que le conseil médical fédéral aura non seulement le droit de déterminer un degré daptitude et de connaissances en médecine pour lac mission à lu pratique de la profession, mais au ai le droit de contrôler les programmes d’études des universités. Elie établit en outre un pouvoir parallèle à celui des conseils médicaux des provinces, et lui donne le privilège de créer des médecins sans égard à la juridiction provinciale. Par conséquent, de par la Joi, il pourra exister deux organisations de même nature, tendant au même but, et indépendantes chacure dans sa sphère d’action.
L'auteur du projet de loi, en le soumettan!
à l’adoption de la chambre des Communes, a
inconvénients qui résultent, pour la pratique de la médecine, de la limitation de
2° Les avantages de la réciprocité des diplômes entre provinces; :
3° La nécessité d'élever le niveau des études;
4° Le patronage du gouvernement fédéral ;
5° Le refus du Conseil médical d’Angleterre de reconnaître les diplômes des universités du Canada.
Examinons ces points séparément.
SI La limitation de territoire.
Le Dr Roddick, dans le discours qu’il prononÇa devant le Parlement en 1902, s’exprima Comme suit:
“Ilya actuellement dans ce Pays pas moins “de huit institutions autorisées à accorder “des brevets de médecin. Plusieurs d’entre
“diplômé dans l’impossibilité d'exercer sa pro- “fession dans plus d’un de ces territoires. Les
“murailles qu'on a ainsi élevées autour de “chaque province sont si épaisses, si élevées, “si hérissées d'obstacles que très peu de mé:- “decins parviennent à se faire reconnaître “comme tels dans plus d’une province. Je “puis ajouter que les frontières sont étroite- “ment surveillkées et, à tout instant, on ap- “prend qu’un médecin a été mis à l'amende ou “ menacé de prison à défaut de paiement, pour “avoir franchi une rivière ou une ligne imagi- “ naire entre deux provinces, afin de porter “secours et peut-être sauver la vie à un com- “patriote.
“Je considère que dans de pareilles circon- “stances ce parlement a le droit d'intervenir “et que l’article à trait à la paix, à l’ordre et “au bon gouvernement du Canada.” (1)
Le Dr Roddick a eu raison de dire qu’il résulte des inconvénients du fait qu'un médecin demeurant près de la frontière d’une province autre que la sienne ne peut aller exercer sa profession en cette province voisine. Dans les endroits surtout où la population est éparse et le nombre des médecins très limité, il y aurait avantage à permettre l’exercice de la prof.ssion dans une province limitrophe. Cet incohvénient toutefois n’est pas particulier aux provinces du Canada; il existe dans tous les pays du monde. Un médecin d'Allemagne me peut exercer sa profession eu Autriche, pas plus qu’un médecin d’Espagne ne peut pratiqu?r en France. ;
Même dans la République américaine, dont le territoire est partagé en ;:tats comme le nôtre
(1) Débats des Conrmunes du Canada, 1902, vol. Ï, p. 1156,
en provinces, un médecin ou un dentiste pc teur d’un diplôme d'université n’a pas le drc d'exercer sa profession dans l'Etat Où il dési: demeurer, à moins de subir un examen spéci devant le bureau local et d'obtenir une licence tout comme dans notre pays.
Or la plupart des provinces de la Confédér tion canadienne ayant une, étendue aus grande que les royaumes d'Europe, les pr vinces de Québec et d'Ontario, par exempl ayant chacune un territoire plus grand que 1 France, se tronvent en la matière dont il s’ag dans une posit:on analogue à celle des contrée des autres continents.
Si, comme dans ces pays, le corps médical d Canada désire remédier aux inconvénients qu l’on signa'e, personne assurément ne saurai mettre obstacle aux efforts tendant à les fair disparaître, Or quelles mesures certaines na tions ont-elles prises dans ce but? Le Dr Rod dick nous le dit dans son discours.
“Entre la France et l'Allemagne, observe-t “il, on a établi une zone neutre de quinz “milles sur laquelle les médecins des deu “pays peuvent exercer leur profession, sans “distinction de nationalité. ”
Je le demande aux partisans de la loi: puis que l’Allemagne et la France, deux nations ri vales, aux antipathies profondes, ont pu s’en. tendre pour adopter une législation commune sur le sujet qui nous occupe, ne devrait-il pas être relativement facile à des provinces SŒUTS, dont les intérêts politiques et commerciaux Sont communs et qui sont abritées par le même
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ÉDUCATION Er CONSTITUTION 33
genre et d'établir aussi une zone neutre le long de leurs frontières ? Une telle entente entre les provinces aurait pour effet de diminuer notablement “]a hauteur et l'épaisseur des mu-
“railles ” dont a parlé le distingué professeur de MeGili.
$ II Réciprocité de diplôme.
Mais la zone neutre ne saurait satisfaire les promoteurs de la loi Roddick. Ils veulent plus: ils, demandent Ja réciprocité des diplômes médicaux entre les provinces.
Cette réciprocité, je l'admets, est non moins désirable que la zone neutre dont je viens de parler, Nos universités, McGill surtout qui attire chez elle un grand nombre d'étudiants d’Ontario et d’ailleurs, profiteraient de cette innovation, et la province de Québec où domine la nationalité française l’accueillerait avec satisfaction. (C’est ce qu'écrivait dans le Bulle. tin médical de Québec @), un collaborateur de cette revue: “ Tous, disait-il, sont favorables à “ la réciprocité ”, ajoutant: “ mais de 1à à accep- “ter le projet Roddick pour l'obtenir, il y a “un abime; ce serait concéder trop pour avoir “bien peu en retour et Pour servir à un petit “ nombre. ”
Pourtant, si la réciprocité était établie, les médecins d'origine française pourraient aller s'établir dans les centres français d’Ontario, du Manitoba ou des territoires de l'Ouest, et y
(1) Numéro de septembre 1902.
exercer leur profession avec succès. C’est, a: reste, un des arguments dont on s’est servi ai parlement fédéral et dans l’assemblée légis lative de Québec, pour capter le vote des dépu tés de langue française dont on redoutait l’hos tiiité au projet de loi.
Cependant, le corps médical canadien-fran çais de Québec, quoique favorable à la récipro cité, n'a pas mordu à l’appât. Faire de l’argen: est chose permise; mais lorsqu'une question de principe vient en conflit avec les intérêts ma tériels, ceux-ci doivent s'effacer, et Cest le principe que l’on doit sauvegarder pour le bien général. Des esprits peu logiques ne comprennent point ainsi les choses, et le côté utilitaire a pour eux des iniroitements irrésis tibles.
Dans cette épineuse controverse, la province de Québec, fort heureusement, n’a pas perdu de vue l’aspect éducateur et constitutionnel de la question; elle s’est opposée résolument aux tentatives faites, à ce qu’il lui a paru, pour en arriver à donner au parlement fédéral le contrôle des cours d’études de ses maisons de haut enseignement et par là préparer de loin lunion législative des provinces.
Ici, une interrogation se présente à l'esprit, à laquelle d’ailleurs les partisans de la loi Roddick n’ont pas répondu.
Pourquei, en l'affaire dont il s’agit, demander l'intervention du parlement fédéral plutôt que celle des Tégislatures provinciales? Ces législatures, ayant de par la constitution le pouvoir exclusif de légiférer en matière d'éducation, ont par Ià même toute l’autorité voulue pour décréter la réciprocité des diplômes.
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ÉDUCATION ET CONSTI” {0x 35
C’est ainsi qu’à la Nouvelle-;c:5e 1n }gislature s’est prévalue de son disit d'accorder les privilèges d'enregistrement aux médecins d’une autre province. Les Provinces du Nouveau-Brunsywick et de l’Ile du Prince-Edouard ont acquiescé à une entente du même genre.
Bien plus, au Nouveau-Brunswick, ce privilège s'étend à PEtat du Maine, qui lui est limitrophe, quoique situé Pourtant en Pays étranger.
Cette réciprocité est établie par Ja clause 48 du chapitre 79 des $. Ref., laquelle se lit comme suit:
“Les médecins pratiquant légalement, mais “non résidant en cette province et demeurant “dans l’état du Maine ou dans les provinces “de Québec et de la Nouvelle-Ecosse, près des “limites de cette province, dont la clientèle ré- “gulière s'étend dans une ville, Paroisse ou “ comté quelconque qu Nouveau-Brunswick, “peuvent se faire enregistrer conformément “aux dispositions du chapitre 44 Vict. ce. 19, “4, 44, ”
Ne vaudrait-il pas mieux, après une entente Commune, recourir à une législation semblable plutôt que de susciter des froissements au sein
es provinces et d’empiéter sur leur domaine
respectif? Les amis de l’autonomie provinciale disent Oui; les partisans de la centralisation disent non, préférant, au mépris de la constitution, s’adresser au pouvoir central] pour tâcher de l’entraîner en dehors des limites de sa ivridiction.
Je sais bien que telle n’est pas l'opinion de l’auteur de Ja loi qui, par un étrange abus des
termes, prétend, dans le discours dont j'ai eité quelques passages, que le parlement d'Ottawa a le droit d'intervenir, car, dit-il, de s’occuper de ces questions a trait “ à la paix, à l’ordre et “au bon gouvernement du Canada. ”
Ni je ne me trompe, le Dr Roddick a emprunté ces mots à l’article 91 de l’Acte de l’Amé:rique britannique du Nord, où il est dit qu’il sera loisible au parlement fédéral de faire des lois “ pour la paix, l’ordre et le bon gouvernement du Canada.” Mais à ces mots s'ajoute, dans le texte de l’article, un correctif puissant qui n'aurait pas dû échapper à l’attention de l’auteur de la loi. Il est loisible, en effet, au parlement de faire des lois “pour la paix, l'ordre et le bon gouvernement du Canada LP mais l’article ajoute: “relativement à toutes “les matières ne tombant pas dans la catégorie “de sujets par le présent acte exclusivement as- “signés aux législatures des provinces. ”
Or que dit l’article 93 de la constitution?
“Dans chaque province la législature pourra “exclusivement décréter des lois relatives à “ l'éducation. ”
Logiquement, done, le parlement fédéral n’a pas également ce droit, puisqu'il est réservé erclusirement aux provinces. Or légiférer dans un sens contraire à la constitution dun pays, ce serait, dans mon opinion, agir non pour la pair, comme l’affirme le Dr Roddick, mais contre “la paix, l’ordre et le bon gouvernement du Canada. ”
$ III Relèvement du niveau des études.
Laissant de côté pour le moment la question de l’inconstitutionalité de la loi, dont je parlerai en dernier lieu, je signalerai dès maintenant une autre grave question que les débats du parlement ont fait surgir: celle de la valeur des études classiques préparatoires aux grades de bacheliers dans les universités,
Parlant d’abord de la faiblesse des études ‘médicales en certains endroits, le Dr Roddick, Pour donner plus de force à son argumentation, s’exprimait de la manière suivante dans son discours du 31 mars 1902:
“Sans vouloir causer de préjudice aux pe- “tites provinces, je ne crains pas d'affirmer “qu'en présence des Progrès rapides qu’on re- “marque dans les sciences médicales et sur- “tout dans quelques-unes d’entre elles, il est “impossible à un homme qui n’est Pas un pro- “ fesseur attitré d’une université de faire su- “bir un examen satisfaisant à des aspirants “médecins. Il Y 4 au Canada quatre pro- “ vinces qui n'ont pas d'université, la Colombie- “Anglaise, l'Ile du Prince-Edouard, le Nou- “veau-Brunswick et les Territoires qu Nord- “Ouest; et comme elles ne possèdent pas de “ corps enseignants, leurs médecins ne sont “pas suffisamment renseignés pour faire gu- “bir des examens ” (1)
(1) Débats des Commu nes du Canada,
1902, vol. I. p 1140.
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Il y a beaucoup de vrai dans cette appréciation, et c’est peut-être le plus fort argument que l’on puisse faire valoir en faveur de la thèse du fédéralisme en médecine.
Puisque dans certaines provinces les étudiants en médecine ne sort pas obligés de suivre les cours d’une université pour se faire admettre à la pratique de ila profession qu’ils veulent exercer, puisque d'autre part les médecins-examinateurs de ces provinces ne sont pas, d’après le Dr Roddick lui-même, à la hauteur de leurs importantes fonctions, la loi qu’il à patronnée offre-t-elle quelque moyen d’obvier à des circonstances si défavorables? Prescrit-elle, pour s'attaquer à la racine même du mal, une réforme complète du cours classique? Exige-t-elle des élèves une meilleure préparation à l’étude de la profession par une formation intellectuelle plus satisfaisante?
Non, elle ne cherche pas à couper le mal dans sa racine, Du reste, elle ne pouvait entrer dans ces détails. Toutefois, on a cru trouver une panacée merveilleuse dans une disposition particulière, qu’on a insérée dans la clause 10 de la loi et suivant laquelle “ Je programme des exa- “mens ne devra jamais être inférieur aux meil- “leurs programmes alors établis dans le but “de constater les Capacités des candidats à “TVinscription dans aucune province, ”
Oui, la loi dit cela; mais, par une inadvertance ou un caprice du législateur, elle supprime, dans une autre clause, les garanties d'efficacité dont elle veut entourer les examens, en donnant aux provinces où il y a lieu de croire que les études n’ont pas la force voulue, une représentation dans le Conseil médi-
cal du Canada plus considérable qu'aux provinces où existent des cours complets de médecine. Elle confère même à ce Conseil le droit de dispenser les candidats des examens, soit partiellement, soit totalement.
Cette force numérique des petites provinces leur sera très avantageuse, S'ils voulaient, en des circonstances données, céder à des influences plus ou moins légitimes, leurs représentants dans le Conseil pourraient grâce à leur nomibre favoriser leurs élèves, atténuer à leur profit les rigueurs de la loi, et frustrer de la sorte l'intention du législateur.
Puis, quel sera le meilleur programme à suivre pour qu’un étudiant obtienne l’inscription? Le Conseil médical invitera-t-il les universités à mettre au concours leurs programmes, avant de décider s’il devra adopter les programmes d’études d'Ontario ou de la Nouvelle- Ecosse, de Québec ou du Manitoba? Ces institutions jugeraient impertinente une pareille demande, et l’on n’oserait pas non plus la formuler.
C’est donc le Conseil fédéral lui-même qui prononcera d’après ses propres lumières. Pourrait-il en être autrement, puisque ses membres, par le fait seul d’en faire partie, croiront posséder des grâces d'état que la Providence s’abstiendrait de départir aux Conseils médicaux des provinces ? Il aura par conséquent à comparer les programmes d’études, les conditions requises pour obtenir le titre de bachelier, les examens préliminaires qu’exigent les conseils médicaux: tout cela afin de se rendre compte de la valeur de l’enseignement donné : dans chaque province.
A ce propos, il peut être utile de connaître les programmes des examens pour l'inscription existant dans quelques provinces, de même que l'opinion d’éducateurs distingués et de diverses revues scientifiques .sur la valeur des cours préparatoires de certains établissements d’éducation. Cet exposé pourra rendre des services à ceux qui voudraient faire une étude comparative de ces intéressants sujets.
Les appendices qui font suite à ce travail contiennent la nomenclature des matières de classe dont la connaissance est exigée pour l’admission à l'étude de la médecine par la loi de la Nouvelle-Ecosse et par celle du Nouveau- Brunswick. Ils renferment aussi le programme de l’examen préliminaire que le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec a fait subir, en 1902, aux élèves des collèges classiques, et un résumé des conditions exigées dans les deux branches de l’Université La val, à Québec et à Montréal, pour obtenir les titres de bachelier ès lettres, de bachelier ès sciences ou de bachelier ès arts, ou simplement l’inscription (1).
Voici un aperçu de plusieurs de ces divers sujets.
Dans la Nouvelle-Ecosse, l’aspirant à l’étude de la médecine est appelé à subir un examen sur les matières obligatoires suivantes: la langue anglaise (grammaire et compositio 1), l’arithmétique, l'algèbre, la géométrie (Euclide, Livres I, II III) avec problèmes peu compliqués, et la mécanique élémentaire.
(1) Voir Appenaices B, C, D, E.
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L'examen sur le latin comprend la grammaire, la traduction d'auteurs désignés et de Passages faciles pris en d’autres auteurs.
Les matières facultatives sont: l’histoire de l'Amérique anglaise, l’histoire d'Angleterre, les grammaires française, allemande et grecque.
Il est à remarquer que l’on n’exige pas d’examen sur la géographie, l’histoire universelle, ni, en particulier, sur les histoires de France, du Canada et des Etats-Unis, hormis que ces deux dernières soient comprises dans ce qu’on appelle l’histoire de l'Amérique anglaise.
Au Nouveau-Brunswick, la loi exige des candidats à l'admission à l'étude de la rédecine un examen sur la grammaire anglaise (littérature et rhétorique), l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie, le latin (traduction des deux premiers livres de l’Enéide, ou des trois livres des Commentaires de César). Le reste de l'examen consiste en des questions sur les
éléments de la mécanique, sur les histoires du Canada et d'Angleterre, la géographie moderne, la grammaire, et la traduction de deux des langues suivantes: grecque, française et allemande, Comme on le voit, dans l’un ou l'autre de ces programmes il n’est nullement question d’examen sur la philosophie. Aussi ils semblent, à première vue du moins, répondre plutôt au cours moyen des écoles primaires qu’anm cours classique des maisons d'éducation supérieure. Le peu de sévérité apparente des conditions exigées et le nombre relativement restreint des matières de classe indiquées sont propres à confirmer l'opinion de
certains écrivains, qui prétendent que l’ens gnement classique laisse à désirer dans ‘les ir titutions «colaires de langue anglaise.
Parmi Les écrivains, je citerai M. John Seat inspecteur de high schools dans Ontario, q a publié sut les réformes à opérer en matiè d'éducation un article fort raisonné. La rev Pédagogique de Toronto, The Education Monthly of Canada, a reproduit ce travail dar son numéro de juin 1903, et jen extrais le pa
/ Age suivant:
De temps à autre des dignitaires de l’un “ versité me disent : “ Que se passe-t-il donc au “high schools? Nous avons affaire tous le:
“jours à des étudiants qui ignorent complète
“ ment les éléments de la langue anglaise, san: “parler des éléments des autres langues. Tou: “les principaux des high schools peuvent ré “ pondre facilement à cette question. Tant que “les universités auront des examens dun ni.
“veau aussi inférieur, beaucoup d'étudiants “pourront y entrer sans préparation suffi.
“sante, En Angleterre, un élève reste souvent “à l’école pendant plusieurs années après le “moment où il est deveuu capable de passer
“les examens. Dans Ontario, on né peut pas
“décider beaucoup d'élèves des high schools
“à rester à l’école après le temps de leur ad- “ missibilité aux examens d'université, ni à “poursuivre leurs études au delà de cette li- ‘“ mite, ”
Le même écrivain condamne aussi le SYStème d'admission à l’université en deux classes, junior et senior, lequel pouvait avoir sa raison
d’être au début, mais ne semble pas nécessaire maintenant.
l’ensei- "les ins-
à Seath, rio, qui matière a revue cational il dans
le pas-
e l’unine AUX us les nplètee, Sans . Tous nt rént que un nidiants suffiuvent rès le asser it pas hools ir adni à tte li-
> SYSisses8, aison saire
“ En ce qui concerne l'Université de Toronto, “dit-il, plusieurs professeurs sont d'avis “qu’une des causes des difficultés actuelles — “la réception ou l'admission d'étudiants divi- “ sés en classes junior et senior — devrait dis- “paraître, Une seule classe d'admission de- “vrait y être instituée, avec un choix conve- “ nable de sujets et un examen beaucoup plus “ sérieux. D'après moi, c'est la réforme la plus “urgente, la plus importante et la plus sérieuse “que nous devrions adopter dans le système “enseignement d'Ontario ” ré
M. Seath fait la remarque, en outre, que, de 1854 à 1903, à la faculté des arts du collège de l’Université, 40 pour cent des élèves de première année et 19 pour cent de ceux de deuxième année étaient des étudiants non reçus à l'étude. En 1902, sur 48 élèves qui ont suivi le cours des arts, 34 n'avaient pas subi d'examen d'admission, et les 14 autres ont été reçus partiellement, ce qui fait dire à l'écrivain que “la “grande majorité des étudiants font à l’univer- “sité un travail qu'ils auraient dû faire dans “des écoles secondaires. Les meilleurs d'entre “eux sont faibles sur un ou plusieurs sujets, “et la plupart sont faibles sur tout ”...:
Un médecin distingué de Winnipeg, le Dr J.
E. Jones, a signalé aussi lui, lors de la convention de la Canadian Medical A ssociation, en 1901, la préparation insuffisante des jeunes {gens qui aspirent aux professions libérales. Il est allé même plus loin que M. Seath; car, constatant que le défaut le plus regrettable consiste dans le peu de connaissance de la langue anglaise,
(1) The Educational Monthly, Toronto, June 1903.
il affirme que le même défaut existe en Angleterre,
“Lors d’un des derniers examens des ir iti- “tuteurs en Angleterre, observe-t-il, la majo- “rité des candidats refusés l'ont été à cause “ de la faiblesse de jeur composition en anglais, “ laquelle roulait cependant sur un sujet bien “simple: “ Les chemins de fer. ”
L'expérience que le Dr Jones a acquise comme examinateur, durant plusieurs années, à l’Université du Manitoba, le fait arriver à la conclusion que l’enseignement de l’anglais n’occupe qu’un rang très inférieur dans les écoles de sa province. “ T’épellation et la com- “position en ânglais n’occupent guère que le “troisième et le quatrième 2E....
“ Des étudiants de toutes les parties du Ca- “ nada se présentent aux examens de notre uni- “ versité, et le même défaut existe chez tous les “jeunes gens des autres provinces. ”
Voici un autre passage de la même conférence:
“Les médecins examinateurs d'Angleterre “et du Canada reconnaissent parfaitement “qu'il y a quelque chose de défectueux dans “l'instruction préliminaire des étudiants en “médecine, Le niveau des études n’est pas “assez élevé. Beaucoup d'étudiants passent “dans les collèges de médecine sans être suffi- ‘“‘&Samment préparés pour pouvoir profiter de “l'enseignement de leurs professeurs; leur es- “prit n’est pas discipliné de manière à pou- “voir aborder avec avantage les études diffi- “ciles de la profession. ”
Les opinions exprimées par M. l'inspecteur
d'écoles Seath et par M. le Dr Jones ne sont pas isolées. L’Educational Monthly donne raison au premier; le Montreal Medical Journal approuve les remarques du second dans les termes qui suivent:
“II y a beaucoup de choses à approuver de “grand cœur dans le rapport du Dr Jones. Il “a, croyons-nous, reconnu et touché du doigt “ce que nous considérons comme le point “faible dans notre enseignement, c’est-à-dire “une mauvaise préparation à l’étude de la mé- “ decine par des études préliminaires insuffisantes. “ Non seule. nt au Canada, mais dans toute “Amérique « Nord, si nous en jugeons par “les élèves qui nous arrivent de toute part, “ l’enseignement reçu à l’école est si peu soigné “que l’étudiant en médecine ordinaire n’est “pas capable d'écrire un anglais convenable.
“ Nous ne voulons pas dire qu’il ne soit pas ca- “pable d’épeler ses mots correctement, bien “que la chose arrive assez souvent; nous vou- “Jons plutôt dire que son éducation a été si “peu soignée qu’il lui est impossible de s’ex- “primer en un style clair, ou, si l’on veut, il “prouve par ses compositions que sil à pu ap- “prendre des faits et des dates, il n’a pas ap- “pris à s'exprimer, et par conséquent il n’a “pas appris à penser. Voilà, nous le croyons “sincèrement, /& grande faiblesse de notre ensei- “gnement préliminaire, c’est une faiblesse qui se “fera voir dans l'existence entière d'un homme. ”
Voilà, certes, la constatation d’un état de choses propre à faire réfléchir ceux qui ont eu
en ces matières une responsabilité quelconque.
Maintenant, examinons en peu de mots ce
qui se passe dans les collèges de langue française affiliés à l’Université Laval de Québec. Le cours de chacune de ces maisons comprend huit années d’études, dont six employées à l'étude du français, de l'anglais, du latin, du grec, de l’histoire universelle, des belleslettres et de la rhétorique, et deux consacrées à la philosophie intellectuelle et morale et aux sciences diverses,
L'élève ne reçoit le titre de bachelier qu’à la la fin de son cours complet d’études. Il subit un premier examen pour le titre de bachelier ès lettres après sa rhétorique, et un second, après avoir terminé sa philosophie, pour le degré de bachelier ès sciences.
Est bachelier ès lettres l'élève qui a obtenu les deux tiers des points sur les lettres et un tiers des points sur les sciences.
Est bachelier ès sciences celui qui a conservé un tiers des points sur les lettres et les deux ‘rs des points sur les sciences.
4æ bachelier ès arts doit avoir gagné les deux tiers des points et sur les lettres et sur les sciences,
Sont admis à l'inscription seulement, comme élèves de l'Université, ceux qui ont conservé un tiers des points dans les deux examens du baccalauréat. (1)
Les élèves des collèges qui ont reçu le titre de bachelier ne sont pas tenus par la loi à subir d’examen, pour admission à l'étude, devant les bureaux d’examinateurs des divers corps professionnels. Y sont obligés seulement ceux qui n’ont obtenu que inscription simple.
(1) Voir A ppendice E,
La longueur du cours d'études et la sévérité des examens universitaires offrent donc, en notre province, une garantie sérieuse de préparation convenable aux professions libérales.
C’est sans doute l'excellence de ce système d'enseignement qui a porté le Montreal Medical Journal à rendre aux maisons de haut enseignement du Canada français un témoignage flatteur que je ne puis m'empêcher de reproduire,
Après avoir donné son approbation à la critique du Dr Jones, cette revue scientifique s'exprime ainsi: “ Bien que ce soit une habi- “tude de décrier l'éducation réçue par nos com- “patriotes de langue française, nous sor.iues “ forcé d'admettre que, sous ce rapport, l’édu- “cation française de la province est supérieure “à celle que reçoivent. nos jeunes compa- “triotes de langue anglaise.” — Voilà une appréciation digne d'être signalée, et je suis heureux de rendre hommage à la sincérité du Montreal Medical Journal.
Les citations que j'ai faites des opinions d'écrivains de langue anglaise confirment donc l’idée exprimée en parlement par le Dr Roddick sur la faiblesse du cours préparatoire de certaines institutions, et le Conseil fédéral de médecine aurait par conséquent à se prononcer sur la fixation de programmes obligatoires destinés à relever le niveau des études et cela pour se conformer à la loi.
Je pcse très sérieusement la question suivante:
fil est vrai, comme l'a dit avec beaucoup
d’impartialité la revue médicale anglaise de :
Montréal, que l'éducation dans les collèges
bointtontss his. |:
de langue française est supérieure à celle reçue dans les high schools, peut-on raisonnable-.
ment espérer que le Conseil opterait pour le cours d’études des premiers de préférence à celui des seconds? Se déciderait-il à favoriser les études classiques qu’on dit être les plus complètes, afin de donner aux professions libérales dans toutes les provinces le fondement le plus solide? Si je répondais affirmativement à ces questions, je croirais faire preuve d’une très grande naïveté. Des obstacles sérieux se dresseront devant le Conseil; il ne fera certainement pas table rase du régime scolaire qui est en harmonie avec le caractère anglo-saxon, pour adopter une formation intellectuelle conforme aux idées et aux aspirations d’une autre race. Quand bien même il en tenterait l’essai, il ne pourrait réussir à imposer là-dessus sa volonté, et l’on peut affirmer qu’il favorisera un genre d'examen en rapport avec les cours les plus communément en usage dans la majorité des provinces.
Comme le faisait remarquer le Bulletin médieal de Québec dans un remarquable article dû, paraît-il, à la plume d’un professeur éminent de VUniversité Laval, on n’acceptera pas notre manière de comprendre l’enseignement préparatoire aux professions; on n’acceptera pas même le système d'enseignement qui est en honneur dans la province d’Ontario et que plusieurs considèrent comme le plus parfait du pays.
“Peut-on supposer un seul moment, dit “lécrivain, que les petites provinces, moins “avancées au point de vue éducatif et à qui