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CHAPITRE TROISIEME

PROJET ROBBINS

SI But de ce projet.

Il me reste à examiner le projet du principal de l'Ecole normale MeGill, lequel a plus d’un point de ressemblance avec le projet Roddick.

A la réunion de la Société d'éducation du Dominion, tenue à Ottawa, en 1901, M. Robbins, dans un discours élaboré, proposa d’établir une sorte d'enregistrement des instituteurs et des institutrices du Canada, et de créer un conseil spécial chargé de revi blômes délivrés par les écoles normales et les bureaux d’examinateurs. Le but de cette revision serait de Permettre aux diplômés d’ob-

tenir un certificat ou brevet de Capacité qui

leur donnerait le droit d'enseigner dans toutes les parties de la Puissance.’

faitement sa pensée, Je guis

l'impression, après avoir In sa Conférence, qu'il n’a certainement pas dit tout ce qu'il aurait voulu dire,

Il importe d'exposer ce qu’il faut penser de l'innovation projetée, et par conséquent de l’'examiner sous ses multiples aspects. J'en parlerai avec moins de réserve, je l'avoue, que le vénérable Dr Robbins, me voyant forcé par ma conviction de m'élever contre les très fortes tendances centralisatrices qui se manifestent en certains lieux, dussé-je paraître me faire l’interprète d'idées étroites, ou, pour employer l'expression à la mode, d'idées anti impérialistes.

La première question qui s présente à l’esprit est la suivante:

Quel serait le but d’une loi qui donnerait à un bureau fédérai d’examinateurs le droit d’accorder des diplômes aux membres du corps enseignant? Je vais là-dessus citer ce qu'a dit le Dr Robbins dans sa conférence de 1901 devant la Société d'éducation du Dominion.

“Cette association ou, à son défaut, une “autre association entreprendra et accomplira “certainement de grandes choses pour l’uni- “ formité de l'instruction au Canada, et ce sera “là sa part de travail préparatoire à l’unifor- “mité de l'instruction dans tout l'Empire.

“Non seulement elle entreprendra, j'en suis “persuadé, la discussion et aidera au règle- “ment des grandes et intéressantes questions “qui restent sans réponse dans le domaine de “la pédagogie pure, mais elle prendra part à “la solution des nombreux et difficiles pro- “blèmes qui n’ont pas encore été résolus dans “le domaine de l’économie sociale de l'instruc- “tion.

“ Une de ces questions se dresse actuelle- “ment devant nous. (C'est celle-ci. Pouvons-

“nous par un moyen quelconque obtenir l’'ad- “ mission des instituteurs compétents et éprou- “vés en ‘dehors des limites des Provinces dans “lesquelles ils ont été admis? La tentative que “fait en ce moment la profession médicale “ pour obtenir l'enregistrement fédéral (Domi- ‘“nion registration), sans lequel les docteurs “en médecine ne sont pas reconnus comme tels “en Angleterre, les autorités anglaises n’ad- “mettant pas les diplômes provinciaux, nous * donne l'idée, à nous instituteurs, d'essayer “d'obtenir aussi une sorte d'enregistrement “ fédéral, non Pas tant dans notre intérêt per- “sonnel que dans celui dun Canada. Notre pays “s'étend sur unb ligne étroite d'établisse-

“ments de l'Atlantique au Pacifique, et cette

“ligne menace de se briser en tronçons séparés,

“ se suffisant à chacun, ayant les mêmes croy-

“ances et parlant le même dialecte, ”

Malgré le peu de développement donné à la Proposition émise, ces paroles proclament, à n’en pas ‘douter, l'importance de l'unification des programmes d’études par tout le pays, de- .:… les éléments jusqu'à l’enseignement su périeur, la formation dans le même moule des membres des professions libérales et du Corps des instituteurs, l'unité de langage, et, comme conséquence ina vouée, l'abolition de l’autonomie provinciale au profit du pouvoir central.

La citation indique aussi que l’idée d’un Bureau fédéral d'enregistrement des instituteurs est éclose en même temps que celle d'un ( ‘onseil médical fédéral; ce sont des enfants jumeaux, et le projet Robbins est pour l’école pri. maire ce qu'est la loi Roddick pour l’université. Cette loi Roddick se proposant d'établir le fé.

déralisme en médecine, la similitude entre les deux projets est évidente, et il suffit du moindre examen comparé de l’un et de l’autre pour apercevoir dans tonte leur extension les idées centralisatrices de leurs auteurs,

Est-il aussi facile qu’on le dit d’assimiler les Programmes d’études des nombreuses maisons d'éducation du Pays, en particulier de rendre uniformes les cours des écoles normales? On sait qu’il existe des différences, quant aux -méthodes d’enseignement, entre ces écoles de pédagogie. Je suis porté à croire que la Nouvelle- Ecosse possède un programme quelque peu différent de celui d’Ontario, et que le cours d’études de l'Ecole normale MeGill n’est pas exactement le même que celui des institutions semblables -de la Colombie-Britannique. Les Cours des Ecoles normales Laval, de Québec, et Jacques-Cartier, de Montréal, offrent également des différences marquées avec ceux de plusieurs autres institutions du même genre. Ces différences sont dues aux circonstances de lieux et aux besoins particuliers des provinces.

On peut raisonablement prétendre que ce manque apparent d’uniformité ne place pas telle province dans une position à’infériorité vis-à-vis telle autre province,

Parce qu’une institutrice de la Nouvelle- Ecosse aura suivi un cours de pédagogie à l'Ecole normale d’Halifax, elle peut très bien ne pas être moins apte à enseigner dans le Nouveau-Brunswick qu’une institutrice de Fredericton.

Que si, pour arriver à l’unité que l’on désire, le Bureau fédéral dont on suggère la création

décid'it de faire table rase des programmes aujourd’hui existants, quelles sont les pro:

vinces qui Consentiraient à renoncer à leurs méthodes particulières ? Par exemple, s’il voulait imposer les programmes d’études de la province de Québec dans les établissements SColaires de la province d’Ontario, celle-ci seraitelle disposée à mettre de côté l’enseignement auquel elle est habituée, et à modifier les cours de ges maisons d’éduc:tion pour les assimiler aux cours des institution: de sa province sœur?

On sait que les écoles normales, qui sont sous la haute suveillance ini

bien légitime de n’accorder des brevets de capacité qu'aux Je puis citer comme ui-même qui, depuis tant d'années, travaille avec un si grand zèle à

» et parler de goumettre à la revision d’un bureau fédéral la va-

leur des diplômes qu’ils décernent ?

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