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X>tf ENSEIGNEMENT SUPERIEUR.
nombre des admissibles, qui est généralement déterminé par la force du concours, a été, cette même année, dans les sciences, de 75, et de 65 dans les lettres, soit trois ou quatre fois plus considérable que celui des admissions définitives. L'École Polytechnique nous enlevait, il y a peu de temps, la fleur de notre liste dans la section des sciences, et en 1877, pour compléter nos cadres à 45, nous avions dû descendre jusqu'au n° 35. Aujourd'hui, à peine se produit-il, dans les 25 premiers, quatre ou cinq choix contraires à nos vœux. Résultat plus significatif encore : cette année, le dernier admissible de la section des sciences avait autant de points que celui qui, l'an dernier, tenait la tête du troisième tiers. On pourrait donc augmenter sans peine le nombre des admissions. On s'en défend avec raison. L'École Normale Supérieure est destinée à créer une élite; et une élite ne peut se former que dans le commerce étroit, presque intime, d'un nombre sévèrement limité d'intelligences distinguées avec les maîtres qui les dirigent et de ces intelligences entre elles.
Mais ce qu'il eût été imprudent de faire dans l'Ecole même pouvait être entrepris à côté de l'Ecole. C'est dans cette pensée qu'ont été instituées auprès des Facultés, depuis quatre ans1, les conférences préparatoires à la licence et à l'agrégation. Aux boursiers nom mes au concours se sont joints les maîtres auxiliaires, les maîtres délégués dans les lycées de Paris, les jeunes professeurs de collèges, empressés à venir des points les plus éloignés de l'académie, le jeudi régulièrement et les autres jours de la semaine, toutes les fois que leurs classes leur en laissent le loisir.
1. Arrêté du 5 novembre 1877 ; circulaires des 10 février, 20 mars 1878, 50 juin, 8 septembre 1879 et 1er octobre 1880.
Ceux qui ne peuvent pas faire le voyage envoient les devoirs dont les textes leur sont fournis. En un mot, comme la Faculté de Droit et la Faculté de Médecine, la Faculté des Lettres et la Faculté des Sciences ont aujourd'hui leurs étudiants.
En ce moment, les conférences sont au nombre de 21 : H pour les sciences1, 10 pour les lettres; les auditeurs au nombre de 825 2 : 495 pour les sciences, 330 pour les lettres3.
Et les résultats répondent aux efforts. A ne considérer que les boursiers, parmi les candidats qui sont arrivés h la licence, nous en comptons, dans les lettres : 7 sur 12 en 1879, 9 sur 24 en 1880, 15 sur 29 en 1881; dans les sciences, 9 sur 26 en 1879, 11 sur 29 en 1880, 18 sur 34 en 1881. Les conférences d'agrégation ont également porté leurs fruits : 26 de nos élèves, tant boursiers qu'auditeurs libres, ont été admissibles et 17 admis, dont deux au premier rang, l'un dans les langues vivantes, l'autre en philosophie.
1. Faculté des Sciences : mathématiques, 2; physique, 2; chimie, 3; anatomie et physiologie, 1 ; minéralogie,!; zoologie, 1; géologie, 1. — Faculté des Lettres : langue grecque, 2 ; langue latine, 5 ; langue française, 2 ; histoire, 1; langues d'origine germanique, 1 ; philosophie, 1.
2. Rapport de M. l'inspecteur général Zeller, Journal général de l'Instruction publique, 24 décembre 1881.
o. Le nombre des étudiants pour les lettres était, au 10 novembre 1880, de 970 : réunis aux 407 élèves de la faculté des sciences, ils forment un total de 1437 étudiants. À l'origine, pour la faculté des lettres, les élèves étaient tous des boursiers. On conserve dans les archives un tableau où sont inscrits les quatre premiers boursiers de licence : chacun d'eux y a mis son nom, sa profession et la déclaration qu'il accepte la bourse. Aujourd'hui les bourses ne sont plus acceptées, elles sont sollicitées et par un grand nombre de candidats sérieux. L'an dernier, sur 96 candidats , 50 ont été jugés dignes d'une bourse de licence : les 1S premiers l'ont seuls obtenue. » (L'Université de Paris en 1885-1886, Rapport du Conseil général des facultés.)
Tels ont été les élans de bonne volonté qui ont suivi ces premiers succès, que le nombre des boursiers a dû être porté, pour la licence, dans les lettres, à 32; dans les sciences, à 38; pour l'agrégation, dans les sciences, à 11 au lieu de 5; dans les lettres, à 30 au lieu de 11. En môme temps, une entente a été concertée entre les maîtres de conférences, les professeurs de Facultés, ceux de l'École des Hautes Études et du Collège de France pour multiplier les ressources d'une intelligente préparation1.
En compensation de ces avantages, les seules conditions qu'on impose à ceux qui veulent en profiter sont l'assiduité et l'application, une signature à la feuille de présence et des devoirs. Tout le monde a le droit de se faire inscrire au cours ; mais, la leçon commencée, nul n'entre plus. La première obligation de l'auditeur est le respect de la parole du maître. Le maître ne se borne pas d'ailleurs à une direction de haut; il suit l'élève. A l'enseignement commun s'ajoute l'entretien particulier. Nous n'avons pas l'habitude de dire en France : « le professeur recevra à telle heure, privatim; à telle autre, privatissime » ; audiences tarifiées suivant des règles budgétaires : sa porte est toujours libéralement ouverte.
Par une mesure non moins favorable au développe-
1. Voici quels ont été les résultats obtenus par les boursiers ou étudiants libres de la faculté des lettres dans les divers examens ou concours depuis 1881. « La faculté des lettres a eu 210 élèves reçus licenciés du mois d'avril 1880 au mois de juillet 1886 ; 151 élèves reçus agrégés de 1880 à 1886 : 191 de ces élèves sont entrés dans les lycées et collèges; plusieurs sont déjà dans les lycées de Paris: 12 sont maîtres de conférences dans les facultés ou à l'École des Hautes Études; 2 sont secrétaires et bibliothécaires. En 1886, 87 élèves de la faculté des sciences ont été reçus licenciés et 5 ngrégés. » {L'Université de Paris en 1885-1886, Rapport du Conseil général des facultés.)
ment des aptitudes professionnelles, nous avons établi nos étudiants chez eux. Dans les Universités du Nord, à Upsal et à Lund, les élèves sont divisés en sociétés ou nations qui correspondent aux anciennes distributions géographiques du pays, et chaque nation a son domaine propre : des salles d'étude et de lecture, une bibliothèque, une salle des actes, une salle de récréation, un jardin. Nous avons, nous, nos sections, section de grammaire et de philologie, section d'histoire et de géographie, section de philosophie, section de mathématiques, section de physique et de chimie, — où l'élève est assuré de trouver tous les secours dont il a besoin et où il est à son aise pour les utiliser.
Ces habitudes de bien-être intellectuel sont nouvelles. Elles ont sur les esprits plus de portée qu'on ne croit. Ce n'est pas sans raison que Pestalozzi disait qu'au mobilier d'une classe on reconnaît la direction du maître. On a souri quand, pour la première fois, dans nos amphithéâtres de cours, nous avons mis aux gradins des dossiers d'abord, puis des tablettes et touf ce qu'il faut pour écrire. Ce sont là, dans l'enseigne^ ment supérieur comme dans les autres ordres d'enseignement, des éléments de discipline, au sens le plus élevé du mot. Une salle disposée pour le travail in* vite et contraint moralement au travail.
Plus d'un de nos élèves a été heureux de trouver l'hospitalité de sa section pendant les vacances, pour se préparer aux épreuves de l'agrégation. Tout récemment les mathématiciens demandaient qu'entre l'heure où les cours se ferment et où la bibliothèque de la Sorbonne s'ouvre pour les séances du soir, récemment organisées, leur salle de conférence fût laissée à leur disposition afin qu'ils pussent s'exercer
entre eux à faire des leçons. Ce sont des mœurs scolaires qui se forment. Pour s'établir définitivement, elles demandent de la part des professeurs une confiance qui ne soit jamais aveugle; de la part des étudiants une gravité dans le sentiment du devoir qui ne se démente point. Si Ton peut compter sur Tune, il y a de sérieuses raisons pour espérer que l'autre ne nous manquera pas1.
Mais ce n'est pas seulement l'enseignement à tous les degrés qui recueillera le bénéfice de cette généreuse émulation de travail. Suivant le vœu des maîtres qui depuis cinquante ans ont préparé les voies, elle doit viser, elle vise plus haut ; l'avenir de la science y est attaché.
L'esprit critique est la marque propre de ce temps. Notre génie, appliqué aux conceptions générales, a produit au dix-septième et au dix-huitième siècle les grandes œuvres de haute culture littéraire et scientifique qui sont comme la bible du monde pensant. Aujourd'hui il s'exerce sur les infiniment petits. Aux synthèses engageantes et hardies ont succédé les analyses patientes et rigoureuses. La gloire qu'un Newton, un Laplace a due à la découverte du système du monde, la science moderne la trouve dans l'examen
1. Les étudiants ont répondu eux-mêmes à cet appel en se groupant en Associations instituées en vue de l'assistance pour le travail. Se référer aux statuts de l'Association générale des étudiants, à ceux de l'Association des étudiants de la Faculté des Lettres et à ceux de l'Association des étudiants de la Faculté des Sciences. — L'Association générale des étudiants ne comprend pas aujourd'hui moins de 1600 membres (1887). Sur son origine et son caractère, voir aux Annexes, n° X.
des plus imperceptibles phénomènes de la vie. Le ciron, « ce raccourci d'atomes », ne suffit plus à ses recherches. Elle a pénétré dans les abîmes de petitesse qui frappaient d'admiration, presque d'épouvante, l'imagination de Pascal; elle travaille à en faire sortir les lois de l'existence et de la mort. La même transformation s'est accomplie pour tous les ordres d'études. Ce que le microscope du savant étudie dans les dernières fibrilles de la chair et dans les globules du sang, l'œil scrutateur du philologue, de l'épigraphiste, de l'historien, cherche à le découvrir dans le tissu de la langue, dans les linéaments des textes, dans les moindres organes des mœurs et des institutions. On ne se contente plus des observations de sentiment, on se défie des lumières de l'imagination; on ne méconnaît pas ce qu'elles ont de juste dans leurs élans, d'heureux dans leurs intuitions ; mais on les soumet à la rigueur de la critique scientifique; on décompose, on analyse, on passe tout au creuset; on veut voir, on veut toucher1.
Du cabinet du maître ces méthodes sont descendues dans l'officine de l'étudiant. A l'École de Médecine, aux termes du décret du 20 juin 1878 « les travaux pratiques des laboratoires de dissection et le stage près
1. « Pendant longtemps, dit Cl. Bernard, la physiologie fut considérée comme une science idéale et même romanesque, car on l'appelait « le « roman de la médecine » ; elle n'avait pas encore conquis sa place parmi les sciences expérimentales; elle était complètement négligée comme science pratique, et l'on croyait quil suffisait de l'étudier dans les livres.... Aujourd'hui on ne renvoie plus la physiologie aux bibliothèques, aux livres des anciens et aux descriptions anatomiques; on la reconnaît comme la science expérimentale des corps vivants. Si elle a d'abord été confondue, dans son développement, avec les sciences naturelles et anatomiques, on peut dire que, de nos jours, elle se constitue et conquiert son autonomie. Cette séparation est déjà un fait accompli à l'étranger.... » (Pathologie expérimentale, p. 411, leçon sur la médecine d'observation et la médecine expérimentale. 1869.)
des hôpitaux sont obligatoires * » . Comme le demandait J.-B. Dumas, on veut, à la Faculté des Sciences, que tout élève ait pratiqué de ses mains les démonstrations de la physique, les manipulations de la chimie ; qu'il se soit rendu compte, en un mot, des théories qu'on lui enseigne à la lumière d'une expérience qui lui soit propre. Pourquoi, me disait récemment un père de famille, pourquoi, sans faire déchoir l'enseignement du droit de la sphère des principes qui est son domaine, n'éprouverait-on pas, dans les conférences familières, le jugement de l'étudiant sur des textes de procédure vivante et de législation contemporaine? A la Faculté des Lettres, afin de mieux assurer les résultats du travail, on a divisé les examens; à côté de la licence littéraire proprement dite, l'histoire, la philosophie, les langues vivantes ont leur licence spéciale2; on ne se borne pas à entretenir les élèves des résultats de la science faite ; on leur apprend à remonter aux sources, à démêler les ressorts des langues, à s'élever à la conception des méthodes. Il y a douze ans, la création du premier laboratoire de recherches scientifiques, celui de Sainte-Claire Deville, étonnait les esprits superficiels ; en voyant s'élever au milieu de la Sorbonne des cheminées d'usine, on traitait l'École des Hautes Études d'École des Hauts Fourneaux. Nul ne s'étonne aujourd'hui qu'on ne conçoive plus un enseignement de la
1. Art. 7. — L'obligation de ces exercices était inscrite, il est juste de le reconnaître, dans les premiers actes constitutifs de l'enseignement de la médecine. « Les parties de la journée qui ne sont pas occupées par les cours sont destinées aux exercices d'anatomie, de médecine opératoire et de chimie médicale et pharmaceutique. En hiver, les élèves seront exercés au manuel de l'anatomie et de la médecine opératoire depuis 7 heures jusqu'à 10 heures du matin et depuis 5 heures jusqu'à 9 heures du soir. En été, il sera exercé aux opérations cliniques et pharmaceutiques, à l'application des bandages et appareils et au manuel des accouchements de 5 heures à 8 heures du soir. » (Décret du 24 messidor an IV (12 juillet 179G), art. 14, 16 et 17.)