‹ Education et instruction (volume 2)Chapitre 27 sur 98 · LES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE · texte numérisé non relu

LES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE

La nécessité (Tun examen terminal. — Qu'un examen terminal soit nécessaire, c'est ce qu'avec raison on n'a pas cru utile de discuter longuement. L'usage vient d'en être appliqué à l'école primaire; le moment serait mal choisi pour en détruire la tradition dans les établissements d'éducation secondaire. Des études sans contrôle courraient grand risque d'être des études sans valeur1. 11 n'est pas de pays, sauf la Belgique et l'Amérique, où cette sanction n'existe. L'Amérique n'a point, à se féliciter de ne l'avoir point créée 2, ni la Belgique de s'en être privée5. L'examen terminal est un stimulant

1. Enquête, faculté de droit de Douai, p. 460; — de droit de Lyon, p. 390 ; — de droit de Nancy, p. 514. = Lycée Louis-le-Grand, p. 693.

Un seul établissement, un collège, propose de supprimer tout examen final et de délivrer simplement aux élèves, à leur sortie, un certificat de présence. — Le lycée de Montpellier est d'avis de délivrer, d'après les notes de l'élève et sans examen, un certificat d'études auquel ne serait attaché aucun avantage. — Voir plus bas, p. 142-143.

2. Voir La Boulaye, Rapport sur la loi relative à la liberté de l'enseignement supérieur.

3. Loi du 20 mai 1876. — Cette loi a aboli l'examen de gradué es lettres qui, supprimé une première fois en 1854, avait été rétabli en 1861, pour l'admission aux universités. — Voir, sur le principe de la loi, les observations de M. Emile Flourens {Société pour V Étude des questions d'enseignement supérieur, année 1878, p. 342 et 543) et, sur les effets qu'elle a produits, la publication de M. Paul Thomas, professeur à l'Université de Gand [Prévue internationale de l'enseignement, année 1881, I». 119).

Si la faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon recom-

nécessaire : il oblige à l'effort; en même temps il permet de suivre la marche générale de l'enseignement; c'est le moyen d'information le plus sûr, pour peu qu'il soit judicieusement appliqué. Mais où se fera ce contrôle et qui aura la direction de l'examen?

L'examen de carrière. — L'examen de carrière remplaçant l'examen du baccalauréat n'a rencontré, à quelques exceptions près l9 que des adversaires.

Si l'examen porte sur les mêmes matières que le baccalauréat, et si la réforme n'implique qu'un changement de juges, quel autre effet pourrait-elle avoir que de remplacer un jury compétent par un jury qui le serait moins? Est-il une administration qui fût assurée de trouver, même dans les éléments distingués dont elle dispose, les ressources nécessaires pour constituer un tel tribunal? Les facultés elles-mêmes, les facultés professionnelles, celles de droit et de médecine, déclarent qu'elles ne se croiraient pas suffisamment autorisées à faire passer à leurs élèves la revue de l'ensemble des connaissances classiques, scientifiques et littéraires2. — Et puis n'y a-t-il pas un certain nombre de jeunes

mande les examens d'entrée pour l'admission à l'enseignement supérieur, c'est dans la pensée non de supprimer les examens d'instruction générale, mais de faire de ces examens d'entrée des moyens de sélection spéciale. {Enquête, p. 412.) Tel est également le sens de la délibération de la faculté des sciences et de la faculté des lettres de Lyon, p. 414 et 415 : — de l'École supérieure de pharmacie de Montpellier, p. 482.

1. Enquête, faculté des sciences de Clermont : proposition du doyen non appuyée; la proposition maintenait d'ailleurs le diplôme de bachelier comme condition d'entrée dans les carrières dépendant de l'enseignement supérieur. = Lycée d'Alger, p. 895 ; — de Limoges, p. 792. = Collège d'Aurillac, p. 195.

2. Enquête, faculté de droit de Douai, p. 262; — de droit de Nancy, p. 515 et 516 ; — de médecine de Nancy, p. 527 ; — de droit de Paris, p. 594; — de médecine de Paris, p. 629$ — de droit de Poitiers, p. 781 ; — des sciences de Poitiers, p. 78i.

gens qui ne prétendent ni aux emplois administratifs, ni aux grandes écoles, ni aux études supérieures? Ceuxlà devraient donc renoncer au bénéfice de toute sanction. — Pense-t-on enfin aux candidats, toujours assez nombreux, qui, ayant régulièrement terminé leurs classes à dix-sept ou dix-huit ans, ne peuvent, par suite de diverses circonstances, entrer en carrière ou aborder les facultés qu'à vingt-cinq ans ?

Si c'est aux matières de l'examen que s'applique le changement (et le système, pris sérieusement, ne peut guère avoir d'autre sens), quelle sera la règle? Donner aux études secondaires un contrôle aussi multiple que peuvent l'être les besoins apparents ou réels de la société, n'est-ce pas les livrer à l'arbitraire des visées les moins élevées, des intérêts les moins légitimes, des' caprices de l'opinion, des passions du jour? Qui ne sait quels éléments de trouble apporte dans l'harmonie de nos classes ce qu'on appelle la préparation aux écoles, depuis que les écoles imposent à l'Université les programmes d'enseignement que raisonnablement elles devraient en recevoir ou du moins concerter avec elle ? Que serait-ce lorsque ce privilège combattu serait devenu le droit incontesté de tout le monde1? Les établissements d'enseignement secondaire, cédant à la fatalité des lois économiques et se réglant sur la demande, cesseraient bientôt d'être des écoles de culture générale pour devenir des ateliers de préparation professionnelle. L'industrialisme y trouverait peutêtre un moven de fortune. Ce serait assurément la ruine des études. Les administrations ne tarderaient pas à reconnaître elles-mêmes les périls d'un recrutement fait sans autre garantie que celle des exigences de métier; mais l'épreuve, si peu de temps qu'elle durât, suffirait

Page 1