Enquête, recteur de Dijon, p. 2i
tore net et d'une indiscutable utilité. Voici, pour notre part, comment nous les apprécions.
1° Considérant l'état présent de nos mœurs et de nos lois, nous repoussons l'idée de modifier le jury. L'institution d'une commission spéciale et extra-scolaire — qu'elle soit départementale, régionale ou nationale — est celle qui s'éloigne le plus du but dont nous voudrions nous rapprocher. Sans lien direct avec les études, elle serait moins que toute autre en mesure d'en servir les intérêts. D'un autre côté, un bureau mi-parti ne donnerait satisfaction à personne. Il placerait l'un vis-à-vis de l'autre l'enseignement supérieur et l'enseignement secondaire dans une situation mal définie, délicate, grosse de difficultés. Les facultés n'y trouveraient d'ailleurs qu'un soulagement insuffisant ; pour les lycées, on l'a justement remarqué, ce serait un élément de trouble, les professeurs étant enlevés à leur enseignement alors qu'ils y seraient le plus nécessaires. Enfin, à supposer qu'on pût, dans ces bureaux mi-partis, faire place aux écoles libres, serait-on sûr de trouver par. tout dans leurs représentants en province des assesseurs pourvus des titres nécessaires? Le principe de l'examen intérieur écarté, il n'est pas de jury qui puisse être mis en balance avec le jury de facultés, composé des professeurs et des maîtres de conférences : ce qui leur manque parfois d'expérience pratique de l'enseignement secondaire est compensé et au delà par la largeur d'esprit qu'ils apportent dans la conduite de l'examen.
2° Ce qui nous préoccupe surtout, c'est de fortifier les moyens qui permettent au candidat de se faire connaître, au juge de se prononcer avec sécurité, au per-
sonnel enseignant de combattre les préparations artificielles.
À ce titre, rien ne nous paraît plus légitime que d'autoriser la production d'un livret scolaire authentique, portant les notes, places, récompenses des dernières années d'études. C'est un témoignage loyal qui, n'ayant qu'une valeur morale, peut éclairer le jury sans le contraindre1. Nous n'oublions pas que, dans un sentiment contraire, on a demandé que les noms des candidats, enfermés sous pli cacheté, ne soient connus qu'après la correction des copies; mais cette sorte de mystère, sans compter qu'il parait mettre le correcteur en suspicion, constitue à nos yeux une fausse mesure d'impartialité. Plus le candidat se sentira 5 découvert devant ses juges, plus il prendra confiance dans la valeur de son intelligence et dans les résultats de son application : ce qui est la première et juste récompense des études bien faites. Nous n'avons aucun goût non plus pour les étranges considérations de morale pratique qui conduisent à faire à l'aléa une large place, sous le prétexte de préparer la jeunesse aux mécomptes de la vie, ni pour le singulier système d'équité qui, indifférent aux mérites des meilleurs et sensible aux périls des autres, aboutit presque à accorder indirectement des points de faveur à la paresse ou à la médiocrité.
5° Nous craindrions de voir établir le régime del'uniformité absolue des épreuves. Outre qu'il y a, semble-t-il, quelque chose de puéril à jeter toute la jeunesse à la même heure dans le même moule d'exa-
1. Voir au Journal officiel (séance de la Chambre des Députés des 2?> et 24 mai 1882) les discours de MM. Mézières et Freppel : le communreproche qu'ils t'ont à l'examen du baccalauréat, c'est que le juge ne commit pas ou connaît très insuffisamment le candidat sur le sort duquel, il prononce.
men, nous ne croyons pas que l'identité du sujet de composition soit le moyen le plus éclairé d'assurer la justice du jugement; sans fermer les yeux aux inconvénients des déplacements, lesquels sont réels, nous partageons la manière de voir de ceux qui estiment que l'intérêt du candidat est d'être apprécié en une fois, par le même juge, dans son unité vivante, non à intervalle, et par des juges différents. Quelle nécessité d'ailleurs de ramener mathématiquement, pour ainsi dire, à une commune mesure le résultat des études, et d'empêcher, par exemple, que la faculté de Paris prenne sa règle dans le milieu scolaire où sa clientèle se développe? Laissons les jurys, à l'ouverture de chaque session, choisir eux-mêmes leurs sujets, en se préoccupant d'y maintenir un sage équilibre, et n'allons point, par je ne sais quelle superstition d'égalité — de l'égalité qui abaisse, — courber, d'un bout à l'autre de la France, tous les esprits sous le même niveau *.
1. Nous devons reconnaître toutefois que le vœu relatif à l'uniformité de l'épreuve est assez général. En dehors de l'enquête, il a été formule dans une pétition présentée, il y a deux ans, au Conseil supérieur par des représentants de l'enseignement libre. JNous croyons utile d'en reproduire ici le texte :
Les soussignés, directeurs d'établissements libres d'enseignement secondaire, inspirés par la pensée de servir les intérêts de l'instruction, des familles, des professeurs et des élèves, ont l'honneur de présenter à M. le Ministre de l'Instruction publique, président, et à MM. les membres du Conseil supérieur de l'Instruction publique la pétition suivante, dont l'objet principal est d'obtenir que les candidats aux deux baccalauréats es lettres et es sciences bénéficient du mode d'examen en vigueur depuis cinquante ans pour les écoles du gouvernement, telles que les Écoles Militaire et Polytechnique.
C'est pourquoi :
1° Considérant que les dérangements graves et les déplacements onéreux qui résultent de l'obligation de se rendre au siège de l'académie pour les épreuves écrites comme pour l'examen oral seraient évités aux candidats, si les compositions se faisaient au chef-lieu de chaque département et de chaque arrondissement, qui sont d'ordinaire les villes où sont établies les maisons d'études : de sorte que les seuls admissibles c'est-à-dire environ la moitié seulement des candidats, resteraient assu-
4° Nous ne sommes point davantage partisan des prescriptions générales sur la marche des examens., les
jettis à l'obligation de se rendre au siège des facultés pour l'examen oral,
Les soussignés demandent :
Que les épreuves écrites se fassent, pour toute la France, dans chaque chef-lieu de préfecture et de sous-préfecture, sous la surveillance cl unfonctionnaire de l'autorité administrative ou d'un membre délégué des facultés;
2° Considérant qu'il importe d'établir une entière uniformité et une équitable égalité dans l'objet des examens et conséquemment dans la valeur des grades, en faisant porter chacune des épreuves écrites sur un sujet ou sur un texte identique partout : ce qui rendrait impossible la différence remarquée à cet égard entre les diverses facultés et sessions,
Les soussignés demandent :
Qu'il soit donné un même sujet ou texte de composition à tous les candidats d'une même session, et que conséquemment les compositions se fassent les mêmes jours par toute la France ;
3° Considérant qu'il importe de donner aux examens toutes leurs justes garanties d'impartialité, et d'éviter ainsi le soupçon, fondé ou non, d'acceptions de personnes, et pour cela il importe de montrer, par une mesure décisive et générale, que le seul mérite de la composition décide de l'admissibilité des candidats, à l'exclusion de leurs noms, titres et recommandations,
Les soussignés demandent :
Que les noms des candidats, remis sous pli cacheté, ne soient apposés sur les compositions qu'après la correction et le classement de celles-ci, avec les précautions d'usage;
4° Considérant que, surtout dans ces conditions meilleures, le succès du candidat à l'épreuve écrite constitue une constatation suffisante et définitive de sa capacité dans ce genre d'épreuve, sans qu'il soit besoin, en cas d'échec à l'examen oral, de l'assujettir ultérieurement à de nouvelles compositions en vue de nouveaux examens,
Les soussignés demandent :
Que l'admissibilité une fois obtenue par le candidat lui soit acquise indéfiniment et lui assure le droit de se présenter ensuite à l'examen oral, dans les sessions suivantes, tout en tenant compte, pour son admission, de la valeur des compositions qui ont décidé de V admissibilité ;
5° Enfin, considérant qu'il importe que désormais les cours scolaires soient le moins possible désorganisés dans les mois d'examen, et que pour cela il soit fait un règlement uniforme de la date des sessions, d'où il résulterait qu'un mois de plus serait donné à l'étude sérieuse : soit la première moitié de juillet et la seconde moitié de novembre,
Les soussignés demandent :
Que l'époque des épreuves écrites soit fixée aux premiers jours de juillet, et que les épreuves orales commencent le 20 juillet au plus tôt et le 1er novembre au p>lus tard.
Persuadés que les précédentes améliorations seraient profitables à
coefficients, etc. Nous ne voudrions réglementairement défendre au profit des candidats qu'une seule chose : l'intégrité de l'année de travail. L'examen nous opprime non seulement par ses exigences spéciales, mais par les dates auxquelles il s'impose. Pour l'admission aux grandes écoles du gouvernement, il rompt les classes dès le mois de juin; pour le baccalauréat, le ralentissement, puis la désorganisation commence avec le mois de juillet. Et voici qu'aux examens des élèves viennent s'ajouter ceux des maîtres : l'époque des épreuves écrites de l'agrégation étant avancée, les professeurs sont éloignés de leur chaire juste au moment où ils auraient à soutenir le dernier effort1. Aucune mesure ne serait plus utile peut-être que celle qui consisterait à ne laisser nulle part les sessions de baccalauréat s'ouvrir avant le 15 ou le 20 juillet : du même coup on reporterait au 15 octobre au plus tard la session de novembre, afin de ne pas retarder la constitution des classes2. Telles étaient les dates fixées
tous : aux candidats, pour qui l'admissibilité deviendrait désormais un droit acquis ; — aux familles, qui se verraient déchargées de frais considérables; — aux maisons d'éducation, qui y gagneraient un mois d'études; — aux professeurs de facultés, qui, n'ayant plus à surveiller des compositions si nombreuses, verraient abréger le temps et alléger la charge des sessions d'examens ; — enfin au pays tout entier, qui trouverait dans ces réformes des garanties d'impartialité et d'équité,
Les soussignés ont la confiance que M le Ministre de 1 Instruction publique et MM. les membres du Conseil supérieur de l'Instruction publique voudront bien prendre leur requête en coi.sidération,
Et ils les prient d'agréer l'hommage du plus profond respect avec lequel ils ont l'honneur d'être
Leur* très humbles serviteurs,
Suivent les signatures des .idhérent'î, certiiiéos conformes.
1. Par suite de cette innovation, dans l'académie de Paris seule — et elle est naturellement l'une des mieux pourvues de professeurs munis de grades, — plus de 150 classes se sont trouvées sans direction, à partir du 20 juillet. Nous espérons que l'innovation ne sera pas maintenue.
■ 2. En 1838 (circulaire du 24 juillet), M. de Salvandy avait prescrit aux commissions de ne procéder aux examens qu'après la distribution des
par les anciens règlements, et l'étendue des locaux dont disposent aujourd'hui les facultés, le nombre des chaires et des conférences qui ont été créées, leur permettraient assurément de resserrer les périodes d'examen : elles seraient les premières à en recueillir le profit1.
5° Tant que, par l'application complète des instructions relatives aux examens de passage, nous ne serons pas arrivé à prendre de sérieuses garanties préalables, il nous paraîtra difficile de simplifier les épreuves, écrites ou orales. Mais c'était une règle bien judicieuse que celle du décret de 1811 repris par M. V. Duruy, qui prescrivait simplement d'interroger les candidats sur les programmes des deux dernières classes. Aucune idée ne nous semble pédagogiquement plus décevante que celle qui consiste à faire représenter dans l'examen toutes les matières de renseignement. « L'explication des matières, la spécification détaillée des questions, l'importance égale attachée à toutes les épreuves, amènent les candidats à se préoccuper d'accumuler dans leur souvenir des réponses toutes prêtes bien plus que de travailler pour le développement de leurs facultés à se rendre capables d'en trouver eux-mêmes. La tendance des élèves à une sorte de réceptivité toute passive s'en trouve fortifiée et arrive à déjouer souvent les efforts faits pour la combattre; c'est ainsi que, pour préparer à la composition française, on se
prix, afin de laisser aux élèves le bénéfice d'une complète année de travail.
1. « Chaque année, au mois d'octobre, dit le Rapport du Conseil général des facultés [V Université de Paris en 1885-1886), que nous avons déjà plus d'une fois cité, nous voyons nos étudiants arriver très empressés; ils copient les affiches des cours, s'informent, cherchent à s'installer; mais leur place est prise par les candidats au baccalauréat, et leurs maîtres ne les voient qu'à la hâte, entre deux examens, très affairés, très fatigués. Cette session de novembre est nuisible aux éludes, très nuisible. »
préoccupe bien moins d'acquérir les qualités nécessaires de pensée, de méthode et de style que de se charger la mémoire de résumés tout faits et de fragments de manuscrits1. » Rien n'est plus exact. Le candidat succombe sous le fardeau de ces préparations aussi superficielles que laborieuses. Quant au jury, ii n'a pas besoin de tant d'éléments d'appréciation. Il convient seulement de donner au juge le droit de choisir les textes d'explication, sans l'intervention de l'aspirant, et de lui assurer tout le temps nécessaire pour apprécie]
6° Eu égard à la surcharge des programmes, nous pensons qu'il y a, quant à présent, moins d'inconvénients que d'avantages à laisser subsister, pour les lettres, le baccalauréat scindé; au fond, ce dédoublement de l'examen se rapproche par quelque côté du mode de contrôle successif que nous croyons le plus sûr.
7° Si les jeunes gens ne peuvent être obligés à se présenter dans la région académique où ils ont fait leurs classes — les principes de la liberté pouvant en paraître atteints 2, — rien ne semble s'opposer à ce que, son choix une fois fait, le candidat soit, sauf exceptions justifiées, contraint de réparer son échec devant la faculté où il l'a subi : c'est le meilleur moyen d'encourager les efforts consciencieux et de tenir en éveil les négligences invétérées: un revers immérité n'est qu'un malheur; un succès de surprise est un scandale3.