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A L UNIVERSITÉ D'EDIMBOURG

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L'Académie avait bien voulu me charger de la représenter au troisième centenaire de l'Université d'Edimbourg. J'ai l'honneur de lui rendre compte de cette délégation.

La solennité n'a pas duré moins de quatre jours : assemblées, banquets, concerts, conférences, cérémonies de toutes sortes, le programme a été admirablement rempli. L'Université tient une telle place à Edimbourg que cette fête de la science avait le caractère d'une fête populaire. Toutes les rues étaient pavoisées. Le jour de la clôture, dans la foule qui se pressait au pied de la citadelle, dont l'illumination offrait un merveilleux spectacle, on entendait dire par les enthousiastes qu'il n'avait jamais été rendu autant d'honneurs qu'à la Reine.

De tous les points de la terre, il est vrai, le monde savant avait répondu à l'appel. Cent vingt-quatre Universités étaient officiellement représentées ; cinquante-trois autres corps savants avaient envoyé des délégués. Les députés de Bombay, de Pundjab, de Melbourne, de Tokio, du Brésil, du Pérou, de la Nouvelle-Zélande siégeaient à côté de ceux de

1. Extrait des Comptes rendus des séances et travaux de l'Académie des Sciences morales et politiques, septembre lS8o.

Paris, de Rome et de Berlin. Le Congrès comptait, en tout, près de quatre cents personnes, parmi lesquelles dix-sept étaient appelées à recevoir le diplôme de docteur en théologie, cent vingt-deux le diplôme de docteur en droit.

Le rendez-vous indiqué pour l'inauguration était la galerie du Parlement : c'est là que devait se former le cortège avant de se rendre processionnellement à la cathédrale Saint-Gilles, précédé du Chancelier, sir Robert Inglis, du Principal et du Recteur, sir Stafford iNorthcote. On ne pouvait mieux choisir que cette vaste salle, toute tapissée des portraits des personnages et des professeurs qui ont contribué à la fondation de l'Université : il semblait que le troisième jubilé s'ouvrit sous le regard de ces glorieux ancêtres.

Les délégués avaient revêtu le costume du corps professionnel ou savant auquel ils appartenaient. Ce que cet aspect offrait au premier coup d'œil d'un peu singulier s'effaçait vite devant le sentiment qu'inspirait la réunion d'une telle élite. On se montrait les uns aux autres les maîtres de la science : Pasteur, de Lesseps, Virchow, Helmhollz, Villari, le comte Saffi, l'ancien triumvir de Rome devenu professeur à Bologne, de Martens, sir Frédéric Leighton, président de l'Académie royale de Londres, Jewett, vice-chancelier de l'Université d'Oxford, Seeley, Blackie; on citait les noms de ceux que des causes impérieuses avaient empêchés de faire le voyage : Chevreul, Boussingault, Renan, Mamiani, Ranke, Zeller, Erdemann, Tennyson; on s'abordait sur le souvenir d'un échange de lettres ou de mémoires : on se connaissait avant de s'être rencontré.

Le soir, au banquet, qui ne comptait pas moins de douze cents convives, le lendemain, au Symposium des étudiants, qui s'étaient rassemblés au nombre de plus de deux mille pour acclamer les étrangers, pendant les discours et les toasts, dont la brièveté n'était pas précisément le caractère, le véritable intérêt était de retrouver dans la foule ces grandes physionomies et de resserrer le lien des relations commencées.

Dans ce concours d'illustrations, quelle a été la place faite à la France1? Il aurait été certainement agréable à l'Univer-

1. L'Institut avait délégué : M. Caro (Académie Française), M. Perrot, (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) ; M. Pasteur, M. de Lesseps,

site qu'on lui eût rappelé à l'avance les origines et le caractère de l'Institut. Connaissant mieux le rang- que l'Académie

M. d'Abbadie (Académie des Sciences); M. Guillaume (Académie des Beaux-Arts); M. Gréard (Académie des Sciences morales et politiques). Le ministre de l'Instruction publique s'était fait représenter par M. Mézières, professeur à la Faculté des Lettres de Paris, député, membre de l'Académie Française. Le Collège de France était représenté par M. Guillaume Guizot. Parmi les autres représentants de la France, on comptait M. Hermitte, professeur à la Faculté des Sciences de Paris, membre de l'Académie des Sciences; M. Guéneau de Mussy, membre de l'Académie de Médecine; M. Ollier, professeur à la Faculté de Médecine de Lyon; M. Angellier, professeur à la Faculté des Lettres de Douai; M. Bourcart, professeur à la Faculté de Droit de Nancy; M. Picart, maître de conférences à la Faculté des Sciences de Paris ; M. de Pressensé, sénateur, etc.

Voici les adresses présentées au nom de la France.

ADRESSE DE L'iNSTITUT.

Messieurs,

L'Institut de France s'honore d'être représenté par chacune de ses classes à ce solennel anniversaire.

Votre accueil, les hautes distinctions que vous nous offrez, c'est à notre pays que nous en reportons l'hommage : nous vous en remercions au nom de la France.

Nous n'avions pas besoin de votre hospitalité d'aujourd'hui pour nous rappeler l'étroite et généreuse solidarité des sentiments qui, depuis Louis XI et Marie Stuart, unissent la France et l'Ecosse.

La science a resserré ces premiers liens et les resserre chaque jour davantage. Adam Smith, Jeffrey et Brougham dans les hautes spéculations de la morale et de la politique, Reid et Dugald Stewart dans la philosophie, Brewster dans la physique, ont exercé en France, comme en Ecosse, la sagacité de tous les penseurs. Et à ces noms glorieux comment ne pas ajouter ici celui de Walter Scott, l'enfant d'Edimbourg, qui a fait vivre dans l'âme de tant de générations de Français l'âme même de l'Ecosse?

La grandeur d'une nation se mesure à la richesse et à la fécondité des idées qu'elle a jetées dans le monde. Un tel anniversaire excitera une noble émulation entre les peuples qui mettent leur orgueil et leur foi à bien mériter du genre humain par les efforts de la pensée.

Nous saluons avec bonheur l'aurore de votre nouveau siècle universitaire.

ADRESSE PRÉSENTÉE PAR M. MÉZIÈRES, AU NOM DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.

Messieurs,

Au nom de M. le Ministre de l'Instruction publique, grand maître de l'Université de France; au nom de l'Université de France tout entière, je vous adresse, avec tous mes remerciements, pour votre si gracieuse invitation, l'expression de nos vœux les plus sincères pour la continua-

Française tient dans nos institutions, le chancelier aurait, à coup sûr, aimé à honorer spécialement le délégué qu'elle s'é-

tion de vos glorieuses destinées. Vous avez bien voulu vous souvenir des liens qui unissent nos deux Universités comme nos deux patries.

Aussi loin que nous remontions dans l'histoire de l'Université de Paris, nous y trouvons la trace des étudiants Écossais. Au moment où les Anglais formaient avec les nations de France, de Picardie et de Normandie une des quatre nations de notre Faculté des Arts, des bourses écossaises étaient fondées auprès de nous, en 1526, par David, évêque de Murray, et renouvelées deux siècles plus tard par Marie Stuart, votre reine et la nôtre.

Nous avons conservé, comme un souvenir de cette époque lointaine, la rue des Anglais, au pied de la montagne Sainte-Geneviève; et, sur les (hauteurs du quartier Latin, le collège des Écossais, où repose la duchesse de Tyrconnell, où votre compatriote, le duc de Perth, a fait élever le tombeau de Jacques H.

Anglais et Écossais se rencontraient déjà en amis dans nos écoles pacifiques longtemps avant que la politique eût fait d'eux un même peuple, un seul royaume-uni.

Nous avons reçu de vous à notre tour les leçons d'une philosophie pure et grave. Tout un mouvement philosophique est né en France des œuvres de Reid et de Dugald Stewart. Leurs noms vénérés rappellent une date glorieuse dans l'histoire de notre enseignement supérieur, comme dans la vôtre.

Que de fois également la Revue d'Edimbourg a été citée et commentée, dans nos chaires, comme une encyclopédie des acquisitions les plus importantes de la pensée moderne! Nous y cherchons encore des modèles •de raison, de bon sens, d'équité et de probité intellectuelles.

Lorsque nous parlons de la poésie et du roman, nous serait-il possible •de ne point songer au naturel exquis, à la sensibilité pénétrante de Burns, à l'art merveilleux avec lequel Walter Scott ressuscite le passé et fait vivre le présent?

Grâce à cet enchanteur, il n'y a pas un trait de vos mœurs anciennes, pas un coin de vos paysages qui ne nous soit familier. Nous avons vécu dans les Highlamls, sur les bords du Loch Katrine, au pied du Ben Lomond, dans les murs de la prison d'Edimbourg, sous les sombres voûtes de la Canongate. En voyant votre pays pour la première fois, nous ■croyons le revoir.

Dans nos diverses Facultés, vos grands écrivains, vos savants illustres, ont été aussi plus d'une fois l'objet de nos études. La jeunesse française les aime autant qu'elle les admire; rien de ce qui fait votre gloire ne nous est étranger. En nous invitant à cette fête, vous avez deviné les sentiments qui nous animent. Nous sommes heureux d'avoir pu répondre à votre appel. L'Université de France n'oubliera pas la place d'honneur que vous lui avez réservée au troisième centenaire de votre fondation.

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