‹ Education et instruction (volume 3)Chapitre 29 sur 88 · Loi du 21 juin 1865,' art · texte numérisé non relu

Loi du 21 juin 1865,' art

un niveau commun avant de les faire entrer dans les classes normales, une année préparatoire a été créée (1843) sur la proposition de M. Pompée, le premier directeur. Plus tard (1856), en présence des résultats de la troisième année, le successeur de M. Pompée et le véritable fondateur de l'établissement, M. Marguerin, sollicité par une élite, établit une année complémentaire. Avec ces deux créations, l'École était sur pied1.

Il ne restait plus, dès lors, qu'à multiplier les fractionnements de classe en raison du nombre des élèves. De 96 en 1840 ce nombre s'était élevé progressivement à 309 (1848), 691 (1865), 945 (1875) \ En 1857 la première année avait été dédoublée. Il en fut de même en 1868 de l'année préparatoire et de la deuxième année, qui comptaient l'une 156, l'autre 171 jeunes gens présents. Une troisième division de première année dut être formée en 1869. Enfin, en 1873, le dédoublement de la troisième année, qui était arrivée à un effectif moyen de près de 100 élèves, fut également accompli. L'École possède aujourd'hui (1878) deux divisions de classe préparatoire, trois divisions de première année, deux de seconde, deux de troisième et une classe d'année complémentaire; en tout, dix classes1. Ces fractionnements ont permis d'établir dans la série progressive des études une gradation plus forte, mais sans qu'il se soit produit dans les programmes de l'enseignement aucune déviation.

1. M. Pompée n'a dirigé l'école que de 1839 à 1843. Pour M. Marguerin, voir aux Annexes, n° X, Notice nécrologique.

2. Voir aux Annexes, n° V, le tableau de la population scolaire de l'école Turgot de 1839 à 1878.

Cette judicieuse organisation d'études est soutenue par une intelligente discipline. J'en emprunte la description à une note de M. Marguerin : a Les écoles supérieures, quant à leur vie intérieure, sont comme les peuples heureux, qui n'ont pas d'histoire. La discipline y est si solidement établie, qu'elle ne peut jamais être dangereusement ébranlée. La raison, c'est qu'elle laisse peu à l'arbitraire des maîtres, ne recourt à aucun moyen violent ou humiliant, répudie la réglementation excessive et le vain entassement des taches scolaires. En effet, notre discipline repose presque entièrement sur un système tout idéal de punitions qui n'entraînent pas de peines réelles, et de récompenses qui ne confèrent aucun privilège.. L'élève a la honte d'une punition; il a l'honneur d'une récompense. Les sanctions sont les suivantes. On est classé chaque semaine, d'après le nombre des récompenses obtenues dans la semaine, les punitions étant défalquées, mais restant sur le livret de l'élève en regard des récompenses. Le livret expliqué, commenté, est porté le samedi à la connaissance de la famille. On est classé, chaque mois, d'après le nombre des récompenses méritées dans le mois; on a son rang, du premier au dernier, sur le tableau de classement, lequel est lu par le directeur et affiché; on occupe aux tables le rang que le numéro du classement assigne. Si les punitions atteignent un chiffre qui varie selon les divisions, on avertit l'élève publiquement qu'il perd son temps et ne mérite pas les sacrifices faits pour lui par ses parents. S'il continue, il est mis à l'ordre du jour. Après un second ordre du jour, on expose la situation à la famille et on l'invite à retirer l'élève pour éviter le renvoi officiel. Voilà le système. 11 est beaucoup plus efficace qu'on ne le croirait a priori. Toutes les fois qu'il est manié habilement, il suffit pour con-

duire une division, sans retenues, sans autres punitions que des devoirs à refaire, ou des leçons à rapprendre. »

Toutefois M. Marguerin, dont le grand sens ne donne rien à la chimère, sait mieux que personne que cette règle suppose de la part des maîtres des qualités de premier ordre. Aussi se hâte-t-il d'ajouter a que tous les professeurs et tous les répétiteurs ne sont pas capables de se faire promptement à ces procédés délicats; et comme il faut bien qu'ils ne soient pas désarmés, on tolère certains pensums , mais du moins on en modère l'usage ». L'applicalion de ces principes vînt-elle plus souvent encore tromper notre attente, les principes n'en seraient pas moins excellents. La seule préoccupation d'une discipline qui s'inspire de cet esprit est dans un établissement une force considérable. Nos jeunes Parisiens sont d'ailleurs, c'est une justice à leur rendre, très accessibles à la raison, et encore plus à l'affection dont cette forme d'éducation ne saurait se passer, à la condition qu'ils sentent, sous le calme de la raison et sous la sincérité de l'affection, une volonté éclairée et ferme *.

Les annales financières de l'établissement ne sont pas moins instructives à consulter. L'école Turgot n'a jamais été gratuite; mais le prix de Técolage a toujours été mis à la portée des familles de modeste aisance, aux besoins desquelles elle était appelée à répondre. Jusqu'en 1857 la rétribution mensuelle avait été de 13 francs, dont 3 pour l'abonnement aux fournitures scolaires. Le taux de la rétribution fut élevé, à celte époque, à 15 fraucs, toutes dépenses comprises, et de-

1. Voir Enseignement secondaire, tome II, L'esprit de discipline dans V éducation.

puis trois ans il a été porté à 18. C'est avec ce fonds que depuis quarante ans l'école Turgot a dû faire face, l'entretien des bâtiments mis à part, à ses dépenses ordinaires : traitements du personnel administratif et du personnel enseignant, acquisition du matériel d'instruction, — matériel simple, mais parfaitement approprié à sa destination et pour lequel elle n'a peutêtre pas d'égale en France.

Les budgets n'ont pas toujours été en balance1. De 1840 à 1851, période de fondation, les dépenses excédaient généralement les recettes. De 1852 à 1870, période de développement continu et de forte prospérité, les recettes ont cbaque année notablement dépassé les dépenses. En 1870 et en 1871 les événements ont rendu plus difficile le recouvrement de la rétribution. Mais en 1872, 1873 et 1875 le compte s'est soldé par un excédent de recettes, et en 1876 l'excédent des dépenses a été de 771 francs seulement pour un ensemble de crédits de plus de 1 78 000 francs. Si l'on fait le compte des excédents de recettes et des excédents de dépenses de 1840 à 1877, on trouve un boni total de 103676 fr. On est donc fondé à dire que non seulement l'école Turgot a fait beaucoup de bien sans créer de grandes charges, mais que, somme toute, en mettant de côté les frais de premier établissement et d'entretien des bâtiments, ses produits ont suffi à son entretien.

Ce qui n'est pas moins intéressant à constater, c'est que la période financière la plus heureuse est celle où

1. Voir aux Annexes, n° VI, le tableau présentant l'état des recettes et «les dépenses de l'école Turgot de 1850 à 1877.

l'école a atteint ce que nous considérons comme sa population normale, c'est-à-dire un chiffre de 550 à 650 élèves. Au-dessous de celte moyenne, les revenus sont insuffisants. Au-dessus, les dédoublements de divisions s'imposent, et avec les dédoublements l'accroissement des cadres du personnel; les dépenses s'élèvent au-dessus des revenus. Entre les limites que nous venons de déterminer, l'équilibre, est aisé. Or à un effectif de 550 à 650 élèves correspond un budget de 80 à 100 000 francs. Établi sur cette double base, un grand externat primaire supérieur peut se soutenir : avec une administration résolue à ne ménager ni son temps ni sa peine, l'expérience est faite, il vivra1.

L'expérience est faite aussi pour la nature des résultats qu'on peut obtenir. Sur 256 élèves sortis en 1874 soit de l'année complémentaire, soit des divisions de deuxième et de troisième année, 226 ont immédiatement trouvé des emplois conformes à leurs aptitudes. Voici comment ils se groupaient :

Employés de commerce. 122]

Employés de banque 18 j

Destinés au commerce, mais fixés momentanément à l'étranger pour se perfectionner dans la pratique des langues étrangères 12

Industrie, chimie industrielle, arts industriels 43 J

Architecture, bâtiments, ponts et chaus- > 51

sôes. . 8)

A reporter 203

1. Comme pour le collège Chaptal, la gratuité absolue a été établie dans les écoles primaires supérieures le 1" octobre 1883.

Report 203

Écoles d'arts et métiers 5 }

École Centrale des arts et manufactures 4/

École des Beaux-Arts IV 15

École d'Àlfort l|

École de Grignon et fermesécoles 4 i

Administration (Vont-de-Piété, Contributions directes) 3

Étude d'huissier, étude d'avoué 2(

Pharmacie 1 \

Conservatoire de musique 2

Volontariat militaire 1]

Continuent leurs études dans d'autres établissements pour des raisons diverses (préparation au baccalauréat, établissement de la famille en province, change- } 30 ment de quartier, nécessité de l'internat, etc.) 19 1

Sans emploi par suite de maladies. ... 2

Disparus 2

Total "256'1

Le succès de l'école Turgot nous obligeait. De 1867 à 1877 trois écoles nouvelles ont été créées : l'école Col-

1. De 1869 à 1877 les élèves sortis de Turgot se sont répartis ainsi qu'il suit:

1° Commerce et banque 1040

2° Industrie et arts industriels 655

3° Administrations publiques et privées 55

4° Écoles (École Centrale, École spéciale d'instituteurs, École des Arts et Métiers, Lcole des Beaux-Arts, École d'Alfort, École de Grignon, école normale de Cluny, Écoles normales

primaires) 100

Total 1850

Sur les résultats généraux, voir plus bas, pages 308 et suivante.

bert, rue de Château-Landon (10e arrondissement); l'école Lavoisier, rue d'Enfer (5e arrondissement), et l'école J.-B. Say, rue d'Auteuil (16e arrondissement); enfin nous avons fait décider la fondation d'un quatrième établissement, place du Trône (12e arrondissement), destiné à desservir la région populeuse du Sud-Est, jusqu'ici dépourvue de toute ressource d'instruction de cet ordre. Pour que les grandes lignes du système des Écoles primaires supérieures de Paris, tel que nous l'avons conçu, soient définitivement arrêtées, il ne reste plus qu'à donner satisfaction aux arrondissements delà rive gauche, — quartiers de Grenelle, de Plaisance et du Gros-Caillou1.

Le nombre des places que l'ensemble du système pourra alors offrir aux familles sera de 4500 à 5000. 11 est dès aujourd'hui de 2000. En 1867 il n'y avait que 620 places à l'école Turgot, bien que 722 élèves suivissent les cours8.

Toutefois d'importants progrès sont à poursuivre : la durée moyenne du séjour des élèves dans les classes est manifestement insuffisante pour assurer le profit complet des études.

L'année préparatoire et l'année complémentaire étant, pour ainsi dire, hors du cadre des programmes, c'est dans les trois années normales que nous devons chercher une base d'appréciation.

Or l'âge moyen des élèves est, pour l'admission en première année, au-dessus de 13 ans et au-dessous de 14, presque exactement de 13 ans et demi. Il s'ensuit

1. Sur le plan suivi pour la création de ces écoles, voir aux Annexes, n° VIL

2. L'école de la place du Trône a été ouverte en 1880. Une école primaire supérieure de jeunes filles a été fondée en 1882. Le nombre

que l'âge moyen pour la sortie de la troisième année est entre 16 et 17 ans. Les calculs opérés sur une série de promotions ont donné des résultats identiques, et ces deux limites d'âge répondent bien au but que se proposent les écoles supérieures. A 13 ans accomplis, l'enfant peut posséder un premier fonds de connaissances, il a l'habitude du travail commun de la clause et celle du travail personnel; il est apte à un enseignement plus élevé. Entre 16 et 17 ans, l'élève est à l'âge utile pour choisir une carrière. Ses connaissances se sont affermies; son intelligence est ouverte, son caractère relati-

des élèves que l'ensemble de ces établissements a reçus depuis 1879 est établi, par année, dans le tableau suivant.

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