Voir Mollot, Contrat d'apprentissage. Paris
« Si le projet de rengagement contenait une ou plusieurs dérogations à la formule officielle, notamment eu ce qui concernait soit la durée de l'apprentissage, soit l'obligation par les maîtres et les maîtresses de loger et de nourrir les élèves, et l'obligation par ceux-ci de prendre leur habitation et leur nourriture chez leurs maîtres où leurs maîtresses », la subvention pécuniaire constituant le prix normal pouvait être réduite à telle somme que fixait le Comité central ; et les remises obtenues sur les 450 francs du prix étaient réservées par délibération du Conseil municipal au profit de l'apprenti. Inscrites à son nom sur un livret de la Caisse d'épargne, elles lui étaient délivrées, sauf le cas de démérite, à la fin de son stage1.
Ces conventions ainsi réglées, la surveillance en était remise aux Comités locaux, qui avaient charge de suivre l'apprenti et le patron. Les Comités locaux adressaient, tous les ans, au Comité central, un rapport sur les boursiers de l'arrondissement, et ceux des patrons qui s'étaient plus particulièrement signalés^par leur intelligence et leur dévouement recevaient, sur la présentation du Comité central, des récompenses honorifiques, médailles ou mentions2.
A la multiplicité et à la précision de ces règles, on voit quelle importance on attachait à l'institution. La moindre de ces opérations devait s'accomplir suivant une formule ; et, non content des indications déjà si étendues du règlement, le Comité central était revenu, dans des circulaires spéciales, sur chaque point, pour y ajou-
1. Délibération du Comité central du 25 janvier 1849. — Délibération du Conseil municipal du 5 juillet 1846, art. 3.
2. Délibération du Conseil municipal du 3 juillet 1846, art. 5.
ter un nouveau caractère de gravité : l'opinion publique ne craignait pas de rapprocher la distribution des prix d'apprentissage des anciennes fêtes du Chef-d'œuvre.
C'est ce qui en faisait le danger. En cherchant, par le concours, à faire sortir de la masse des élèves une certaine élite, on espérait agir heureusement sur la masse. Mais s'adresser à une élite est toujours un principe dangereux quand il s'agit d'éducation primaire Le Comité central ne tarda pas à en éprouver les effets. Le concours, tel qu'il l'avait institué, avait excité le zèle des maîtres et des élèves au delà même de ses vœux1. Parmi les 91 élèves qui y avaient pris part en 1847, 77 avaient dépassé l'âge de l'école primaire; ils étaient restés ou ils étaient rentrés pour obtenir le prix. Pour obviera cet abus, le Comité avait, dans une délibération spéciale (7 octobre 1847), fixé l'âge des épreuves à 15 ans. C'était encore trop. La grande majorité des enfants ne reste pas à l'école après 12 ou 13 ans. Heureux quand nous pouvons les y maintenir régulièrement jusque-là! Le prix d'apprentissage demeurait donc, malgré l'arrêté du 7 octobre, une récompense proposée à une minorité très restreinte2. Le concours avait d'ailleurs pour effet presque inévitable de porter les maîtres à donner aux élèves qu'ils se faisaient honneur de produire, des soins exceptionnels au détriment des autres. Enfin, les familles relativement aisées pouvant seules laisser leurs
1. Ce sentiment d'émulation dépassait quelquefois toutes les bornes : « En ce qui concerne l'épreuve de la couture, lisons-nous dans une circulaire préfectorale, on a eu occasion de remarquer, lors du concours de 1851, que l'ouvrage à l'aiguille de quelques élèves était trop bien fait pour avoir été confectionné dans l'espace de temps qui est donné pour cette composition ; il a paru certain à l'administration que cet ouvrage avait été prépaie à l'avance, et que les élèves n'avaient plus qu'à l'achever à la séance d'examen. » (Circulaire aux maires d'arrondissement, 3 juillet 1852.)