‹ Education et instruction (volume 3)Chapitre 47 sur 88 · Documents particuliers, note de M. Marguerin · texte numérisé non relu

Documents particuliers, note de M. Marguerin

2. Enquête sur renseignement professionnel, t. I, Dépositions, p. 227 et suiv. — Cf. Revue de V enseignement professionnel, lre année, n° 9, 15 février 1863.

3. De l'organisation de l'enseignement industriel, par MM. le général Morin et Tresca, chap. n, § 2.

tous les intérêts de l'éducation de l'apprenti soier;* assurés.

Nous essayerons de caractériser rapidement chacun de ces systèmes.

Nous ne parlons point et nous n'avons point à parler du système du demi-temps (half-time) pratiqué en Angleterre. L'école de demi-temps n'est qu'un correctif aux abus de l'atelier ; ce n'est pas un mode d'éducation l.

Le premier système est celui qui est suivi dans

1. Bulletin de la Société des apprentis, 3* année, 1869, p. 11 et suiv. — C'est le système qui a longtemps prévalu en Angleterre et qui y est encore en faveur aujourd'hui, bien qu'aujourd'hui on le considère comme tout à fait insuffisant. « En Angleterre, où l'instrument qui prédomine dans la production est la machine, dit le rapporteur de l'enquête sur les conditions du travail à Paris en 1872 (page 129), l'enfant peut sans inconvénient quitter l'atelier pour passer à l'école : en France, au contraire, où beaucoup d'industries sont fondées sur 1 habileté de main, il est à penser qu'un apprenti allant alternativement de l'atelier à l'école et de l'école à l'atelier, ne ferait que de médiocres progrès. » Le système offre à Paris d'autres inconvénients. D'abord administrativement créées, les écoles de demi-temps sont nécessairement soumises aux règles générales qui, dans une grande cité, s'imposent. En outre, il est presque impossible de les mettre à la portée de tous les enfants qui sont appelés à les fréquenter. Lorsqu'il s'agit de communes agglomérées ou dont le rayon est restreint, il suffit de placer l'école au centre des intérêts industriels ; c'est ainsi qu'il a été procédé dans le département de la Seine, à Saint- Denis et à Puteaux : dans cette situation, aucun patron, aucun apprenti ne peut raisonnablement arguer d'obstacles matériels et de perte de temps. Mais à Paris, d'après l'enquête faite par la Préfecture de Police en 1874, il n'est pas un arrondissement, pas un quartier où il ne se trouve un certain nombre de patrons occupant des enfants mineurs. Dans certains arrondissements, on en a recensé de 1500 à 1800. Les arrondissements qui en comptent le moins en ont encore de 250 à 500. Leur nombre total dépasse 15 500. La même enquête a relevé un total de 34 403 mineurs employés chez ces patrons : 14 870 garçons, 19 535 filles. Or admettons .que parmi ces mineurs il y en ait qui ne se trouvent pas dans les conditions auxquelles s'applique la loi, c'est-à-dire qui possèdent les éléments de l'instruction élémentaire : ce nombre fût-il même de moitié — ce qui excède les vraisemblances, — comment atteindre les autres dans l'immensité de Paris où ils sont dispersés? Comment les grouper en un point commun, sans encourir les réclamations fondées sur l'éloignement relatif de la classe? Toutefois, pour venir en aide à ceux qui ne cherchaient pas à éluder les prescriptions de la loi, nous avons établi eu 1878 trois écoles de

les grands établissements du Creuzot, de la Ciotat et de Creil4. A 14 ou 15 ans au Creuzot, à 15 ans à la Ciolat, les élèves, qui se recrutent presque tous parmi les enfants des ouvriers, quittent l'école pour entrer dans l'usine ou dans les chantiers de construction. Mais en même temps ils sont astreints à suivre des cours spéciaux, ouverts dans un local dépendant des ateliers. Au Creuzot, ces cours ont lieu le soir. A la Ciotat, les deux heures de classes sont prises, conformément aux dispositions de la loi de 1841, sur la durée normale (dix heures) du travail des enfants2.

Le deuxième système, celui qui consiste, par un procédé inverse, à placer l'atelier dans l'école primaire, est le régime de l'ancien internat de la rue Neuve- Saint-Étienne-du-Mont et de l'internat actuel de Saint- Nicolas. Dans cet établissement, qui peut servir de type, la période des éludes primaires terminée, les enfants chez lesquels on a reconnu les aptitudes nécessaires et dont le* familles le désirent, environ 100 sur 1500,

demi-temps : dans le 10- arrondissement, rue Bouret; dans le 5\ rue Se -Le-Comteet rue des Vieilles-Haudriettes. Les classes étaient^ organisées de telle sorte que les garçons pouvaient être adm,s le matin et fes mies le soir, ou inversement. Elles étaient réservées aux apprentis de dix a douze an , c'est-à-dire à ceux qui, nonobstant le degré de leur instruction, doivent, aux termes de la loi, suivre les cours dune école pendanUe temps libre du trava.1. L'essai a été étendu depuis. Anjour d huÏ0887) il est appbqué à 32 écoles : 26 écoles de garçons, 16 écoles de mies l'enseignement ? est donné dans des locaux spéciaux quand es classés de la Journée sont terminées. Le nombre des apprentis qui les f équentent e„ moyenne est de 526 garçons sur 805 inscrits; 255 tilles sur 32o"nscri?es. Les résultats d'instruction sont plus que médiocres. L ac-

"T TimêlTluTfenseiqnement professionnel, tome II Rapports et documents divers, p. 651 et suivantes. - Commission de l enseignement tStRapports'et notes, p. 153 et suivantes. - Rapport du généra!

T "enquête sur l'enseignement professionnel, tome II, p. 629. - Commission de Venseiqnement technique, Rapport et notes, p. 145. - U. K de Ta sUciété de protection pour les apprentis, V année, 1867, p. 317.

sont répartis entre dix ateliers différents1. Tous les matins, trois jours de la semaine, pendant deux heures, ces jeunes apprentis reçoivent un enseignement général commun ; les trois autres jours, les mêmes heures sont consacrées à l'enseignement du dessin. Le reste de la journée est attribué au travail manuel.

Le troisième système a été particulièrement mis en pratique à Nantes2. En voici les règles : les élèves sont admis à l'école d'apprentissage à 12 ans, après avoir justifié de la possession des matières de l'instruction primaire. De 8 à 9 heures et demie du matin, et de 5 à 6 heures du soir, ils prennent part à un enseignement qui embrasse l'étude de la géométrie élémentaire et descriptive, l'arithmétique, la géographie, l'histoire, la chimie et la physique. De 10 à 5 heures ils travaillent chez des patrons. Le soir ils rentrent dans leurs familles.

Enfin le quatrième système, celui de l'école d'apprentissage proprement dite, a été récemment appliqué au Havre3. Le rapporteur de la question au Conseil municipal le définissait en ces termes : « Si les institutions dont nous venons de parler, écoles primaires, écoles industrielles, font à la classe ouvrière une large part d'instruction, elles sont encore insuffisantes pour les besoins de cette partie de la population d'où sort le contingent purement ouvrier. Ce contingent se recrute parmi les enfants, malheureusement trop nombreux,

1. Enquête sur l 'enseignement professionnel, tome I, Dépositions, pages 59 et suiv. — Commission d'enseignement technique, Rapport et notes, p. 126 et suiv.

2. Enquête sur l'enseignement professionnel, t. 1, page 519. — Commission d'enseignement technique, Rapport et notes, pages 119-120.

3. Bulletin de la Société de protection des apprentis, 2e année, 1868, p. 292 et suiv. — Documents particuliers.

qui, vers l'âge de 12 ans, abandonnent les écoles pour toujours. A dater de ce moment, les conditions dans lesquelles se fait l'apprentissage laissent beaucoup à désirer sous plus d'un rapport.... « Sous l'empire de cette pensée, l'Administration a songé à créer une école d'apprentissage où seraient enseignés théoriquement et pratiquement les métiers de fer et de bois exercés dans la localité1. »

Depuis 1867 l'institution a reçu quelques développements ; mais les bases sont restées les mêmes2. L'école, qui est un externat gratuit, forme des menuisiers, des découpeurs et des tourneurs sur bois, d'une part; d'autre part, des forgerons-serruriers, des tourneurs sur fer et des ajusteurs mécaniciens. Les enfants sont reçus après la première communion. Il est donné chaque jour six heures au travail manuel, quatre heures à la revision et au développement des matières de l'instruction primaire. Arrivés à l'établissement le matin, à 6 ou 7 heures, suivant la saison, les élèves ne le quittent qu'à 8 heures ou à 9 heures du soir. La durée de l'apprentissage est de trois ans.

Page 1