‹ Education et instruction (volume 3)Chapitre 54 sur 88 · CD S · texte numérisé non relu

CD S

■r vd <«!

CD^?

+j en *j

fa

CJ

CJ

•S37IKKV saa

ri^tC

-Hcyuo

T^cTllO

TH Ol M

thGIIO

^cîl tO

MOIIVOKIKI

'liurias vt aa

sjnof sap

ta

ce

NOUVOKINI

Es

(( Un Conseil d'ordre surveille l'application des règlements. Ce Conseil, composé de l'inspecteur primaire, président, du directeur de l'école et du chef des travaux, siège le mercredi de chaque semaine.

« Les récompenses accordées aux élèves comprennent : l'inscription au tableau d'honneur — la prime d'encouragement ou prime de quinzaine, qui varie de 0 fr. 25 c. à 5 francs et sur laquelle une part proportionnelle est prélevée pour être portée à la masse de l'apprenti, — des prix choisis parmi les ouvrages les mieux appropriés à l'éducation professionnelle, ou des outils fabriqués à l'école. Les punitions en usage sont : l'admonestation par le directeur, la réprimande par le Conseil d'ordre, la privation totale ou partielle de la prime d'encouragement.

« Les débuts n'ont pas été sans difficultés. Un certain nombre d'enfants nous ont quittés après quelques semaines d'essai: ils s'étaient trompés sur leur vocation, ils n'avaient pas la santé nécessaire, leur famille a changé d'idée, etc. Quelques-uns ont dû être renvoyés pour refus d'obéissance : la discipline de l'atelier ne leur convenait point. D'autres, attirés par l'appât du salaire, ne sont restés qu'une année, 18 mois, 2 ans. Aujourd'hui les cadres se sont affermis, et l'on peut commencer à apprécier les résultats d'après les 1 22 élèves qui ont suivi régulièrement les cours.

« Ce qui frappe en entrant soit dans les études, soit dans les ateliers, c'est l'air de santé des enfants. On a pris le soin de mesurer chacun d'eux à son arrivée à l'école, et la même opération, renouvelée à la

fin de chaque année, a permis de constater chez tous un progrès notable des forces physiques. C'est le bénéfice naturel d'un bon régime de travail, de l'alternance établie entre les exercices manuels et les études; c'est aussi l'effet de l'enseignement régulier de la gymnastique, auquel nous avons pu ajouter le jeu de la pompe à incendie, grâce aux connaissances spéciales de l'adjudant.

« L'aspect de l'école n'est pas moins satisfaisant sous le rapport de la discipline. On voit dès l'abord que ces enfants ont contracté l'habitude de la tenue. Les figures sont nettes, l'attitude est décente, l'allure franche ; ils s'expriment convenablement, et ne connaissent point le jargon de l'atelier. Le directeur tient un registre des notes; il suffit de le parcourir pour constater les améliorations qu'il a obtenues. Parmi les élèves de 3e année, on en trouverait plusieurs qui, doués d'une volonté énergique mais mal réglée, peuvent être aujourd'hui cités en exemple.

« L'enseignement général a certainement contribué à ce résultat. D'ordinaire l'apprenti, dès qu'il est attaché aux exercices de l'atelier, perd vite l'habitude de tout autre travail ; il n'y a plus ni la tête ni la main. Il n'est pas un seul de nos élèves qui n'ait au moins fortifié les connaissances qu'il avait apportées de l'école primaire, et le plus grand nombre les ont développées. Nous avons pu juger de leurs progrès par les compositions qui nous sont adressées chaque mois, et surtout par l'examen final. Sur les 22 élèves sortants qui ont subi les épreuves écrites et orales prescrites pour chacune des matières de l'enseignement, aucun n'est resté au-dessous de la moyenne; 8 l'ont

dépassée sensiblement; 11 ont mérité un ensemble de notes excellent.

« Au point de vue de l'éducation professionnelle, dès aujourd'hui un résultat paraît acquis : c'est que le roulement auquel les élèves sont soumis en première année leur est très profitable. Un autre fait qui semble démontré, c'est que le travail du fer, auquel nous avons ajouté le travail du cuivre, suscite plus de vocations que celui du bois. Parmi les 22 élèves qui ont subi l'examen de sortie, 13 se destinent à être ajusteurs, 2, tourneurs en fer, 2, forgerons, 4, modeleurs, et 1, tourneur en bois. Enfin on a reconnu que les apprentis ont avant tout, pour le bois comme pour le fer, le goût des travaux utilisables; ils s'appliquent particulièrement à la confection des pièces dont ils prévoient la mise en œuvre. C'est pour eux une récompense de passer du travail de pur exercice, qu'il est nécessaire de leur imposer pendant quelque temps, au travail de sérieuse exécution.

« Nous avons trouvé pour les confections une grande ressource dans les besoins du magasin scolaire. L'école a fabriqué plusieurs milliers d'équerres destinées à la consolidation des tables et des bancs, des tableaux noirs, des chevalets, etc. En ce moment elle prépare sept séries de collections de corps géométriques et de modèles de mécanique (15 modèles par série) pour les classes de dessin.

« Divers industriels ont également contribué à alimenter le travail. Dans ce cas, le produit fabriqué est échangé contre une valeur équivalente; c'est ainsi que, les élèves menuisiers ayant construit deux boîtes à réactifs, l'une des deux a été livrée à M. Fontaine,

chimiste, qui, en échange, a garni l'autre, conservée par l'école, des 50 flacons qu'elle comportait.

« Mais c'est l'école même qui a été jusqu'ici la source du travail la plus féconde. Les locaux avaient été livrés aux élèves, non sans dessein, dans un état misérable. Une demi-douzaine d'établis et quelques tables de rebut, tel était le mobilier. Sous la direction des contremaîtres, nos apprentis ont peu à peu fabriqué eux-mêmes ou contribué à fabriquer tous les objets à leur usage.

« Dans l'atelier du fer, trois feux de forge ont été installés avec leur garniture de bassins en tôle et leur outillage complet, pelles, tenailles, étampes, marteaux, etc. Quatre petits tours à métaux ont été établis (les poupées seules ont dû être achetées), munis chacun d'un système de débrayage et d'embrayage. Enfin deux machines à percer sont sur le métier: les pièces principales ont été fondues sur les modèles préparés par les élèves.

« L'atelier du bois n'a pas été moins actif. Il a fourni à celui du fer une partie de ses étaux. Il a garni les salles d'étude de tout leur mobilier : tables-bancs, estrades, tableaux, chevalets, tablettes propres à recevoir les collections de corps géométriques et les modèles de mécanique; on prépare en ce moment un cadre dans lequel doivent être classés vingt -cinq échantillons vernis des bois indigènes qui servent à l'enseignement de la technologie.

« Telle est la situation. L'école est en bonne voie. Des 45 élèves qui vont passer de seconde année en première, 25 ont mérité, à l'examen, des notes satisfaisantes, et, sur les 20 autres, 11 peuvent arriver à mieux

EKS. PRIM. Yl

faire, en travaillant. Parmi les 58 élèves de première année, qui doivent former la deuxième année, 40 sont signalés comme bons. Enfin le recrutement de la première année semble se préparer avec avantage.

« Que deviendront les jeunes gens que nous allons rendre à la vie ouvrière ? Ils sortent certainement de l'école plus vigoureux, plus instruits, pourvus de solides principes, sérieusement préparés au métier qu'ils doivent exercer. Nous ne pouvons tirer de ce commencement d'expérience aucune autre conclusion. Bien des difficultés seront à vaincre encore sans doute, bien des préjugés à détruire, avant que nous soyons arrivés à persuader aux parents et aux patrons qu'il y a intérêt, disons le mot dans sa crudité, qu'il y a profit, pour eux comme pour la société, à laisser l'apprenti se former dans une atmosphère de travail intelligent, de moralité et de santé. »

En 1878, une nouvelle expérience triennale nous permettait de signaler des résultats plus complets.

« La régularité de la fréquentation peut être considérée, disions-nous, comme l'indice le plus sûr de l'intensité du travail. Or les absences sont peu nombreuses. Pour en donner une idée, nous avons fait le relevé de celles qui ont été constatées pendant l'année scolaire 1876-1877, en prenant au hasard pour jour commun le 18 de chaque mois.

Date du jour.

Effectif de l'école audit jour.

Nombre des absences.

18 octobre 1876 .

18 novembre — .

18 décembre — .

Date du jour.

Effectif de l'école

Nombre

audit jour.

des absences

18 janvier 1877 .

18 février —

18 mars — . .

18 avril — .

18 mai — .

18 juin — .

18 juillet — .

18 août — .

« Les absences des mois de novembre, de février et de mars avaient pour cause des indispositions passagères ; celles de mai et de juin étaient, en partie, justifiées par les familles. Le plus grand nombre des absents appartenaient d'ailleurs à la première année, à celle qui n'a pas encore, comme on dit, mordu au travail. En troisième année, il n'y a guère d'élève qui manque à l'appel. Dans les unes comme dans les autres, les fautes sont rares, à l'atelier surtout : chacun aime son établi ou son étau.

« 11 est permis de l'affirmer aujourd'hui : ce régime de travail manuel proportionné à l'âge des apprentis, coupé par des intervalles de repos pris en plein air et alternant avec l'étude, profite au développement de leurs forces physiques comme à l'éducation de leur intelligence et de leur caractère. En cinq ans, nous n'en avons pas perdu un seul. Les plus chétifs se fortifient. Chez tous, d'une année à l'autre, la vigueur musculaire s'accroît.

« La progression rapide et continue du nombre des élèves n'est pas moins que la régularité de la fréquentation et la bonne tenue de l'école un témoignage de succès. L'école, ouverte le 8 décembre 1872, comptait :

Le 6 janvier 4873 17 élèves.

Le Ie? mai 1873 64 —

Le 1er mai 1874 104 —

Le 1er mai 1875 119 —

Le 1er mai 1876 129 —

Le 1er mai 1877 149 —

Le 1er mai 1878 165 —

« Tous ceux qui sont entrés n'ont pas été, il est vrai, jusqu'au bout des trois années : 218 sur 747 ont quitté l'école avant le temps : 145 pendant la première année. 55 pendant la seconde, 18 pendant la troisième. Les défections de la première année sont l'effet inévitable du manque d'aptitude. En seconde année, il arrive encore trop souvent, bien que les cas deviennent de plus en plus rares, que les familles reprennent leurs enfants pour bénéficier immédiatement du produit de leur habileté relative. Quand on est arrivé en troisième année, généralement on reste, ou si l'on quitte, c'est par force majeure.

« L'école a fourni, depuis sa création, trois promotions régulières; la première, sortie le 31 août 1875, comprenait 21 élèves; la seconde, sortie en 1876, 25; la troisième, sortie en 1877, 28. Ces 74 élèves se sont répartis entre les différentes professions dans la proportion suivante :

Profession. Promotion. Promotion. Promotion.

Ajusteurs 12 14 16

Forgerons 2 » 2

Tourneurs sur métaux. 2 13

Menuisiers » 3 1

Modeleurs 4 7 6

Tourneurs sur bois. . . 1 » »

Totaux ~1T ""25~ IF

« Nous les avons suivis hors de l'école. 1 est mort, 4 sont entrés comme employés dans l'industrie ou dans le commerce. Tous les autres, soit 69, sont restés fidèles à la profession manuelle qu'ils avaient apprise, et il n'est pas un seul de ces jeunes ouvriers qui ne soit attaché à un établissement de premier ordre1. Leur salaire n'a pas été dès le début ce qu'il est aujourd'hui ; mais il n'a pas tardé à s'élever pour tous et il a doublé pour quelques-uns; actuellement il ne descend pas au-dessous de 3 francs, il atteint jusqu'à 5 francs et 5 fr. 50 c. ; il est en moyenne de 4 francs.

« Des 165 élèves qui forment présentement l'effectif de l'école, 89, ceux de première année, sont en rotation. Les 76 qui composent la seconde et la troisième année sont classés suivant leur spécialité :

2e Année. 38 Année.

Ajusteurs 34 17

Forgerons 4 »

Tourneurs sur métaux . . 1 »

Menuisiers 2 »

Modeleurs 7 7

Tourneurs sur bois. ...» 4

Totaux 48 28

« De même que dans les promotions sorties, ce sont les ajusteurs qui dominent. La facilité que les apprentis de cette profession trouvent à se placer dans les ateliers de chemin de fer, et le taux relativement élevé des salaires expliquent cette préférence. Mais l'école ne répondrait pas à sa destination si elle ne préparait des apprentis que pour la grosse mécanique. Un enseignement de la

1. Voir notre Mémoire sur V Enseignement primaire à Paris de 1862 à 1877.

mécanique de précision vient d'être créé, et dès l'an prochain une section sera formée qui , nous l'espérons, fournira à l'industrie parisienne d'intelligentes recrues1.

« Ajoutons que, sur les 71 apprentis que nous avons pu suivre depuis leur sortie de l'école, tous, sauf cinq, sont signalés comme de bons sujets, exacts, laborieux, certains patrons ajoutent même délicats 2. »

Est-ce assez pour se prononcer définitivement sur la

1. J'extrais d'un rapport du directeur de l'école sur la situation actuelle (1887) les renseignements suivants :

« L'école Diderot s'est agrandie : le nombre des élèves est de 290. Ils se répartissent entre les trois années d'études théoriques ainsi qu'il suit :

\ 1" division 66

1 annee j 2- - 57

1" division 48

2e année. . . .

3e année Division unique. ... 72

« Ils sont partagés dans la proportion suivante entre les différents ateliers :

Modelage. . . 18 élèves. Ajustage : Forges .... 30 élèves

Menuiserie : itr sect. 24 élèves Tours sur met.. 16 —

lro section . 22 — 2' sect. 21 — Serrurerie. ... 30 —

2e section .50 — 3" sect. 30 — Précision. ... 13 —

Tours s. bois . 32 — A" sect. 24 —

2. « En juillet 1886, 69 élèves arrivés au terme de leur stage normal ont obtenu le certificat de sortie. Tous ont été placés et admis comme ouvriers. (Nous avons recueilli ces renseignements dans la même note.)

« Les serruriers sont retenus à l'avance par la chambre syndicale des patrons serruriers. La chambre accorde chaque année aux deux premiers sortants un livret de caisse d'épargne de cinquante francs, plus, au premier, la grande médaille de bronze de la Société des bâtiments.

« La plupart des ajusteurs, tourneurs, forgerons obtiennent un emploi par les soins de l'école. Les demandes adressées par les maisons sont plus nombreuses que les disponibilités.

« Quelques-uns de nos anciens élèves sont devenus patrons, et cependant le plus âgé n'a que 28 ans. Un plus grand nombre a fourni une série de contremaîtres dans diverses industries. D'autres sont professeurs de travail manuel dans les écoles de la Ville. Ceux qui font leur service militaire sont attachés aux compagnies d'ouvriers; les marins sont employés sur les navires comme mécaniciens, chauffeurs, etc., etc. Ils ne perdent pas la main, tout en remplissant leur devoir envers le pays. »

valeur technique et morale de l'institution et proposer qu'un autre essai soit entrepris, dans les mêmes conditions d'éducation générale, en vue d'intérêts professionnels différents? Nous nous faisons de l'importance de l'œuvre une idée trop sérieuse pour en demander le développement si rapide1. Mais les résultats constatés donnent le droit de penser qu'elle mérite d'être soutenue par l'administration municipale et, ce que nous nous avions surtout en vue, signalée aux syndicats2. »

1. Depuis 1878, l'école a pris de nouveaux développements; sous l'active impulsion de M. l'inspecteur général de Montmahou, une association a été fondée qui relie tous les élèves sortis de l'école : c'est, parmi les moyens d'utile propagande, le plus sûr peut-être et certainement le plus moralisateur.

2. Un autre essai pour l'éducation du travail manuel a été tenté, que nous devons relever ici. Ce que nous nous étions proposé d'étudier en créant l'école du boulevard delà Villette, c'était de savoir si, en prolongeant, pour ainsi dire, dans l'atelier l'éducation de l'école, et en soumettant l'éducation de l'atelier lui-même à une discipline d'exercices raisonnes, il n'était pas possible de préparer l'apprentissage dans de meilleures conditions d'hygiène physique, intellectuelle et morale. On s'est demandé, d'un autre côté, s'il n'y aurait pas avantage à mettre l'enfant en mesure, dès l'école, de se rendre compte de ses aptitudes professionnelles en l'initiant aux travaux élémentaires de l'atelier, et si, quelle que fût la vocation de l'élève, il n'y avait pas lieu de chercher, dans l'alternance sagement ménagée du travail manuel avec l'étude, les moyens d'assurer le développement bien équilibré de toutes ses facultés.

L'école dans l'atelier, telle est l'expérience qui a été poursuivie à l'école de la rue Tournefort.

La création de l'établissement est due à l'initiative de M. Salicis, aujourd'hui inspecteur général de l'enseignement technique. C'est pour les élèves mêmes de l'école que l'atelier a été fondé. Ceux qui en suivent les exercices forment une classe distincte, où l'instruction générale est continuée concurremment avec l'éducation professionnelle.

Le cours normal est de trois années, comme à l'école du boulevard de la Villette. Les enfants participent tous, à tour de rôle, à tous les exercices. En troisième année, ils se livrent spécialement soit au modelage et à la sculpture, soit à la menuiserie et à l'ébénisterie, soit à la forge et à la mécanique. Même en troisième année toutefois, chaque semaine, et pendant une journée entière, les apprentis du modelage reviennent à la menuiserie et à la forge, les menuisiers et les tourneurs à la forge et au modelage, les forgerons au modelage et à la menuiserie.

Les ateliers sont ouverts, le matin de 9 heures et demie à 11 heures, le soir de 1 heure et demie à 3 heures. Tout élève a son livret de travail. De 1 heure à 1 heure et demie a lieu une leçon technique sur les matières premières, les outils, les assemblages, les éléments de la géo-

Les syndicats n'ont pas tardé à suivre l'exemple» Depuis 1872 de grands efforts ont été faits dans toutes les industries pour fonder un enseignement professionnel. En 1873 la chambre syndicale des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs adressait aux membres de la corporation la circulaire suivante : « Outre le grand intérêt social qu'il y a à élever le niveau moral et intellectuel des classes ouvrières, la Chambre pense qu'il est important de former des ouvriers honnêtes et habiles afin d'assurer la prospérité de l'industrie nationale....

métrie appliquée, avec croquis cotés des figures et des constructions. Le jeudi matin, les élèves sont exercés au dessin d'art ; l'après-midi, pendant la belle saison, on les mène visiter les usines et les ateliers.

Les programmes de l'instruction générale sont les mêmes que ceux du cours supérieur de toutes les écoles, avec addition des éléments des sciences physiques, chimiques et naturelles, et de l'histoire de l'industrie. La classe d'apprentis prend part, chaque année, aux examens du certificat d'études primaires, et le nombre des élèves admis n'est pas inférieur à celui des autres écoles.

L'atelier de la rue Tournefort, inauguré en 1873, a commencé avec 15 élèves. Il en comptait 27 en 1874, 37 en 1875, 45 en 1876, 40 en 1877. Aujourd'hui (1878) il en compte 44. Soit au total, pour cinq années, 138 élèves.

Sur les 94 qui sont sortis, 5 ont poursuivi leurs études dans les écoles primaires supérieures, où ils tiennent un bon rang; 16 sont entrés dans l'industrie du bois, 20 dans l'industrie des métaux, 22 dans des industries diverses, 14 dans le commerce, à titre de commis ou de comptables. Les 17 autres sont restés sans rapport avec l'école.

Les renseignements que nous possédons sur le taux des salaires ne sont pas aussi précis que ceux qui ont pu être recueillis pour l'établissement du boulevard de la Villette. Ce qui paraît acquis, c'est que la durée de l'apprentissage ordinaire est diminuée, pour le plus grand nombre des élèves, d'un quart, pour quelques-uns de moitié. « Nos apprentis, dit le directeur de l'école, M. Laubier, étant tout de suite utilisables à l'atelier, sont moins employés à faire des courses, mieux traités, plus stables. Je pourrais citer des jeunes gens de quinze ans qui gagnent actuellement 2 fr. 50 c. et 2 fr. 75 c. par jour, et qui n'ont plus que six mois à faire pour être payés comme ouvriers. »

C'est dans ces vues qu'elle déclare vouloir créer, par ses ressources et celles qu'elle espère trouver dans toutes les classes de la société, une école d'apprentis destinée à recevoir des ouvriers pourvus des connaissances nécessaires à leur profession. Cette école sera un atelier, mais un atelier où l'enfant ne se trouvera en contact qu'avec des enfants de son âge et ne recevra de leçons que d'hommes choisis parmi les meilleurs instituteurs et les meilleurs ouvriers instructeurs. Le programme des études comprendra sept heures d'atelier et quatre heures de travail intellectuel par jour : français, mathématiques, mécanique, physique, chimie, dessin1. » Les Chambres des bijoutiers, des joailliers, des bronziers, des carrossiers, des charrons, des menuisiers en bâtiment, des ouvriers en ameublement, des tailleurs et scieurs de pierre tenaient le même langage.

1. Voici quels étaient les termes du programme provisoire préparé tvec beaucoup d'intelligence par le syndicat : « Article premier. Il est fondé à Paris, par souscription publique et sous le patronage et la direction spéciale de la Chambre syndicale des mécaniciens, chaudronniers, fondeurs, producteurs et manipuleurs de métaux, une école d'apprentis internes destinée à former de bons ouvriers dans les branches suivantes de l'industrie : ajusteurs, tourneurs, mécaniciens, forgerons, chaudronniers en fer et en cuivre, fondeurs en fer et en cuivre, modeleurs. — Art. 2. Une commission formée de membres de la Chambre syndicale sera chargée de la haute surveillance de l'école et du maintien des principes qui ont inspiré sa création. — Art. 3. La durée de l'apprentissage est fixée à quatre années consécutives ; l'apprenti ne sera reçu qu'à l'âge de douze ans révolus. — Art. 4. L'admission des apprentis aura lieu à la suite d'un examen, et les premiers seront admis jusqu'à concurrence du nombre fixé chaque année. — Art. 5. Les parents de l'enfant devront, avant son entrée à l'école, signer un contrat d'apprentissage; ce contrat sera signé par le directeur de l'école et par le président de la Commission syndicale. — Art. 6. Les parents de l'enfant contribueront à son entretien et à sa nourriture pour une somme de 10 francs par mois. — Art. 7. Afin d'alimenter le travail de ces ateliers, l'école prendra des travaux à façon ou à l'entreprise; mais, afin de ne devenir jamais une concurrence pour l'industrie, elle ne prendra de commandes que pour les industriels mécaniciens, chaudronniers, forgerons, fondeurs et modeleurs ; et encore ne pourra-t-elle faire pour eux que des travaux qu'ils ont l'habitude de faire chez eux ou de faire faire à façon en dehors de leurs ateliers. — Art. 8. Afin que lapprenti puisse subvenir à ses premiers besoins, en sortant de l'école, il lui sera donné un capital de sortie

Jamais le mouvement n'a été plus général ni plus suivi. La loi du 10 mai 1881 en a soutenu l'essor. Plus de vingt écoles ont été créées dans des conditions diverses : les unes sous forme de cours, les autres à titre d'établissements recevant à la fois des externes et des pensionnaires; toutes dans le dessein arrêté de concourir au développement de la moralisation en même temps qu'au perfectionnement de l'instruction technique. Pour ne citer qu'un exemple, le 12 juillet 1880 la Société de l'école d'horlogerie de Paris se constituait pour créer un établissement d'apprentissage; le 1er janvier 1881 l'école était ouverte ; le 6 mars l'inauguration en était faite avec 5 élèves; en 1885 elle en comptait 60; aujourd'hui les places dont elle dispose sont insuffisantes, et ses règlements méritent d'être cités comme modèles1.

constitué au moyen d'une solde de 0 fr. 10 c. par jour de travail. — Art. 9. Il sera délivré un livret d'apprentissage à chaque élève qui sortira de l'école après ses quatre années ; ri sera en outre délivré des médailles (or, argent et bronze) et des prix en argent aux dix-sept premiers apprentis sortants. — Art. 10. Il y aura constamment à l'école une exposition publique des travaux exécutés par les élèves. » — Le Conseil supérieur de l'enseignement technique, dans sa séance du 13 février 1884, ajoute M. Barberet, a approuvé le rapport présenté par M. Mignon relatif à la construction à Vanves de l'École de grosse chaudronnerie dont la création a été décidée en vertu de la loi du 10 mai 1881. (Monographies professionnelles, t. III, p. 4-96.) 1. Voir aux Annexes, n» VIII

« Les meilleures lois, les meilleures institutions, les meilleurs livres, disait M. Guizot, sont peu de chose, tant que les hommes chargés de les mettre en œuvre n'ont pas l'esprit plein et le cœur touché de leur mission, et n'y apportent pas eux-mêmes une certaine mesure de passion et de foi.... Ce sont surtout les hommes qu'il faut former et animer au service des idées, quand on veut qu'elles deviennent des faits réels et vivants1. » Le recrutement des ouvriers intelligents et dévoués de l'instruction primaire, comme les appelle ailleurs l'auteur de la loi de 1833, a longtemps été, à Paris, une des difficultés de l'administration scolaire.

La création d'un enseignement normal pour les maîtres entrait dans le plan général de la constitution de

1. Guizot, Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, tome III, pages 74 et 75

2ft8 ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.

l'instruction publique présenté en 1791 à l'Assemblée Législative sur le rapport de Talleyrand. Par un décret du 9 brumaire an 111 (30 octobre 1794), la Convention, « voulant accélérer l'époque où elle pourrait faire répandre d'une manière uniforme dans toute la République l'instruction nécessaire à des citoyens français », avait décidé l'ouverture d'une « école normale d'instituteurs, centrale ou supérieure », dont le siège serait à Paris, et « d'écoles normales secondaires » qui devaient être établies dans chaque district de département. Il est vrai qu'à cette époque l'appellation d'instituteurs s'appliquait à tous les membres du personnel enseignant. Mais l'enseignement primaire tenait dans l'institution une place spéciale. 11 s'agissait d'apprendre tout d'abord aux maîtres de l'enfance « à appliquer à l'enseignement de la lecture, de l'écriture, des premiers éléments du calcul, de la géométrie pratique, de l'histoire et de la grammaire française, les méthodes tracées dans les livres élémentaires adoptés par la Convention nationale et publiés par ses ordres ». Quinze ans plus tard, le décret de 1808, portant création de l'Université, édictait qu'il serait établi « auprès de chaque académie, dans l'intérieur des collèges et des lycées, une ou plusieurs classes normales, pour que l'art d'enseigner à lire, à écrire, et les premières notions du calcul, ne fussent exercés que par des maîtres éclairés»; et en 1815 Napoléon, sur la proposition de Carnot, avait résolu la fondation, à Paris, d'un établissement normal d'enseignement primaire qui, sous la dénomination d'École d'essai, devait former des maîtres d'après les procédés expérimentés avec succès dans les pays étrangers1. Un local avait été

1. « Notre Ministre de l'Intérieur, était-il dit dans le décret, appellera près de lui les personnes qui méritent d'être consultées sur les meilleures méthodes d'éducation primaire. Il examinera ces méthodes, décidera et

loué dans le faubourg Saint-Marceau ; les devis d'aménagement étaient approuvés; le comité d'études, où siégeaient Fréd. Cuvier, de Gérando, l'abbé Gaultier, s'était réuni. Un jour que Garnot le présidait, on l'appelle, il sort un instant, puis, impassible, il reprend le cours de la discussion : il venait d'apprendre le désastre de Waterloo. Comme tous les projets antérieurs, VEcole (Fessai resta à l'état de conception.

La Restauration se borna à recommander « de favoriser, autant qu'il serait possible, dans les grandes communes, les réunions de plusieurs classes sous un seul maître et plusieurs adjoints, afin de former un certain nombre de jeunes gens dans l'art d'enseigner1 ». Strasbourg seul s'était conformé dès l'origine au décret de 1808. De 1845 à 1828 quatre aulres écoles furent fondées : à Heldefange (près Metz), à Rar-le-Duc, à Rouen, à Beauvais. Le parti libéral ayant repris la direction des affaires, M. de Vatimesnil, le 6 mai 1828, écrivait aux recteurs : « Je ne saurais trop vous prier de travailler à former dans une des principales communes de votre académie une classe normale, à l'imitation de celle qui a si bien réussi à Strasbourg; je ne doute pas que vous ne soyez secondé en cela par les maires et les préfets, qui verront dans une pareille mesure le moyen de donner à l'enseignement primaire tout le développement et toute la perfection dont il sera susceptible ». Le 19 août il renouvelait les mêmes recommandations, et coup sur coup des établissements

dirigera l'essai de celles qu'il jugera devoir être préférées. — Il sera ouvert à Paris une École d'essai d'éducation primaire organisée de manière à pouvoir servir de modèle et à devenir école normale pour former des instituteurs primaires. — Après qu'il aura été obtenu des résultats satisfaisants de V École d'essai, notre Ministre de l'Intérieur nous proposera les mesures propres à faire promptement jouir tous les départements des nouvelles méthodes qui auront été adoptées.» 1. Ordonnance du 29 février 1816, art. 39.

normaux s'ouvraient à Avricourt, à Toul, à Charleville, à Saint-Remy (Haute-Saône), à Courtefontaine (Jura), à Dijon, à Salers (Cantal), à Bourges, à Orléans, à Ajaecio. En 1830 on en comptait 14; en 1852, 36 l.

Cependant l'institution n'avait pas cessé de rencontrer « les méfiances et la mauvaise volonté des pouvoirs ». C'est M. Guizot qui le remarquait en exposant les motifs du projet de loi de 1833; et, après avoir rappelé les sacrifices qu'exigeait la loi nouvelle, il ajoutait : « Tous ces efforts seraient inutiles si nous ne parvenions pas à procurer à l'école publique un maître capable, digne des nobles fonctions d'instituteur du peuple;... et pour cela des écoles normales sont indispensables : aussi proposons-nous d'en faire une par département,2». L'essor était donné.

Paris devait, semble-t-il, être un des premiers à le suivre5. On objecta — ce qui étonne aujourd'hui — le manque de locaux et l'insuffisance des ressources. C'était en réalité des considérations morales qui pesaient sur les esprits : on redoutait pour la jeunesse le séjour de la grande ville. Lorsque M. Guizot quitta le ministère, il existait 74 établissements normaux; 38 avaient été ouverts en moins de trois ans; Paris n'avait pas le sien et ne devait décidément pas l'avoir : en 1835 le Conseil général de la Seine avait résolu d'entretenir simplement un certain nombre de bourses (quatre par promotion, soit en tout douze) dans l'école créée à Versailles en 1831.

1. Voir les ordonnances du 14 février 1830 et 16 juillet 1833, sur les écoles dites écoles-modèles.

2. « Tout département sera tenu d'entretenir une école normale primaire, soit pour lui-même, soit en se réunissant à un ou plusieurs départements voisins. » Art. 11.

Page 1