‹ Education et instruction (volume 3)Chapitre 56 sur 88 · Voir l'arrêté préfectoral du 16 juillet · texte numérisé non relu

Voir l'arrêté préfectoral du 16 juillet

l'enseignement de M. Sarazin et de Mlle Sauvan ne représentait pas l'esprit des vraies méthodes, du moins l'action morale qu'exerçait leur parole autorisée, surtout celle de Mlle Sauvan, suscitait quelques vocations et entretenait l'esprit de zèle. Or, à partir de 1860, ces conférences avaient elles-mêmes cessé; les maîtres étaient complètement à l'abandon.

L'idée d'une action pédagogique fut reprise en 1865. Des cours publics et gratuits furent ouverts à l'Hôtel de Ville par l'Administration scolaire, dans la pensée de donner une direction méthodique à la préparation aux examens du brevet de capacité. Elle en chargea des professeurs distingués, et en fixa le moment à une heure de la soirée qui n'entreprenait pas sur les occupations de la journée. Les aspirants ne répondirent pas à l'appel, et l'on dut supprimer les cours qui leur étaient deslinés. Seules les aspirantes vinrent en grand nombre dès l'origine, et cette affluence alla toujours croissant.

Concurremment avec l'institution de ces cours, un arrêté du 27 janvier 1866, pris en conformité de l'article 35 de la loi du 15 mars 1850, avait créé les emplois d'élèves-maîtres et d'élèves-maîtresses. Appelés à seconder les adjoints et les adjointes dans les écoles nombreuses, ces jeunes auxiliaires devaient en même temps se préparer, sous la direction du chef de l'établissement, aux épreuves du brevet. Ils ne pouvaient avoir ni moins de 14 ans ni plus de 16 ans. Les emplois étaient conférés à la suite d'un concours; ils donnaient droit à un traitement gradué, suivant l'ancienneté et les notes, de 400 à 600 francs. Cette institution n'a pas trompé nos espérances. Les élèves-maîtres et les élèves-maîtresses ont rendu de véritables services. Il en est bien peu qui

n'aient point persévéré dans la carrière. Plusieurs ont poussé leurs études jusqu'au brevet supérieur ettiennent aujourd'hui dans les écoles le premier rang1.

4. L'idée de la création d'un corps d'élèves-maitres avait été indiquée dès 1815 par Frédéric Cuvier. Partant de ce point que les écoles étaient trop dispersées, que par suite, tant pour la location des classes que pour l'entretien du personnel, elles coûtaient moitié trop cher, il proposait de réduire de 400 à 200 les écoles qui existaient et de répartir entre elles les 14 000 enfants qu'une statistique sommaire y avait relevés. Ces écoles ainsi doublées devaient être partagées en deux sections : la section des plus âgés, qui serait dirigée par l'instituteur, la section des plus jeunes qui serait remise à un jeune maître placé sous la tutelle de l'instituteur. Et il ajoutait : « La réunion de deux classes et de deux maîtres dans la même école rendrait superflu l'établissement des écoles normales destinées à l'instruction de ces maîtres. En effet, il devient possible, en rapprochant deux classes, de confier les petits enfants à un jeune homme, élève de l'école même, qui, se formant petit à petit par un travail proportionné à se» forces et sous la surveillance immédiate de celui qui a dirigé son enfance, pourra achever son instruction et devenir lui-même titulaire ; sa vie se passera sous les yeux de ses chefs; il en sera connu ; il remplira sans peine tous ses devoirs, parce qu'il en aura longtemps contracté l'habitude, et de la sorte les bonnes méthodes se transmettront et se perfectionneront même par cette succession continuelle d'instituteurs, tous formés par les mêmes principes et choisis au milieu d'un nombre considérable d'élèves. Que l'on parvienne actuellement à donner aux instituteurs de village une existence heureuse, les écoles des campagnes seront recherchées comme celles des villes, et, les parents choisissant toujours pour leurs fils les professions lucratives, ils consacreront quelques années de la jeunesse de ces enfants à l'apprentissage d'un métier qui devra un jour les faire vivre heureux au milieu de leur famille; mais, pour que les instituteurs adjoints des villes voulussent passer instituteurs de village, il faudrait qu'ils trouvassent des avantages à ce changement, ce qui conduirait d'abord à fixer les traitements des uns, afin de le proportionner à celui que les autres obtiendront, puis à faire une obligation aux premiers d'enseigner, pendant un certain temps, dans les campagnes, pour devenir titulaires dans les villes. Le jeune homme quittant son apprentissage à seize ou dix-sept ans, et remplissant les fonctions d'adjoint pendant quatre ou cinq ans, aurait acquis une instruction suffisante, et serait assez âgé pour qu'on pût le charger en chef d'une école de campagne. Livré à lui-même pendant quatre ou cinq années encore, son jugement achèverait de se former par l'expérience et pa~* l'âge; et il deviendrait capable de passer titulaire dans les villes, et bientôt après de former à son tour des sujets destinés à lui succéder un jour, après avoir parcouru la carrière dont il vient d'atteindre le terme. La fixation du traitement de l'instituteur adjoint aurait aussi pour but d'encourager les jeunes gens de mérite à embrasser la carrière de l'enseignement ; car, en laissant régler ce traitement par l'instituteur titulaire, il serait à craindre qu'il n'y mit une parcimonie telle que nous retombassions dans le mal que nous avons

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