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filles arrivent peut-être moins vite au cours supérieur, mais elles y restent plus de temps ; le nombre proportionnel de celles qui fréquentent l'école après 14 ans est plus élevé, et cette différence est due, en partie, à l'institution des cours supérieurs de couture.

Point de distinction à faire entre les établissements laïques et les établissements congréganistes : la marche et la mesure de la progression des âges sont sensiblement les mêmes dans les unes que dans les autres.

Enfin, ce qui prouve que ce classement commence à entrer dans nos mœurs scolaires, c'est qu'il est d'une régularité presque aussi satisfaisante dans les communes suburbaines qu'à Paris. L'échelle des cours répond à celle des âges très correctement.

Ainsi, à quelque point de vue qu'on se place, que l'on examine la statistique de la fréquentation, le relevé des résultats des examens, ou l'état de la répartition entre les trois cours, il en ressort que les écoles sont suivies et suivies avec fruit.

Mais ce qu'il importe surtout de savoir, c'est quel est le fruit qu'on en retire; quels sentiments, quelles idées cette éducation inspire aux enfants qui la reçoivent; quelles sont les professions auxquelles se vouent les milliers d'élèves que, chaque année, l'enseignement primaire élémentaire ou supérieur livre à la vie publique.

Nous avons déjà touché cette intéressante question pour l'enseignement primaire supérieur. Nous la reprendrons ici, en rassemblant tous les renseignements qui s'y rattachent.

De 1867 à 1877, 6587 jeunes gens sont sortis du Collège Chaptal et des écoles primaires supérieures, après avoir parcouru, plus ou moins complètement, la série normale des études. C'est le propre et l'honneur de ces établissements, nous l'avons dit, que les élèves trouvent auprès de l'administration qui les dirige, non seulement des conseils éclairés, mais les appuis dont ils ont besoin pour être pourvus d'un emploi en rapport avec leurs aptitudes. 11 nous est facile, par là même, de les suivre, quand ils ont quitté les bancs, dans les professions qu'ils embrassent.

Des études générales ouvrant les carrières du commerce et de l'industrie, avec toutes les variétés d'application que ces carrières comportent : écritures, comptabilité, vente de détail ou de gros, commission, fabrication, banque, administration, — tel est, on le sait, le caractère des programmes. Les intelligences d'élite se frayent elles-mêmes leur chemin. L'enseignement maintient sagement les autres dans l'esprit des professions auxquelles il les prépare.

Sur ces 6587 jeunes gens, 181, ou 5 pour 100 environ, n'avaient pas pris de parti définitif à la fin de leurs études, et le choix qu'ils ont fait depuis est resté inconnu; 122, ou 2 pour 100, ont embrassé des professions dites libérales; 879, soit 15 pour 100 — dont la plupart appartiennent au collège Chaptal, — ont concouru pour les grandes écoles du gouvernement ou sont allés à l'étranger continuer leurs études spéciales; 405, ou 7 pour 100, ont choisi des états ma-

miels. Tous les autres, au nombre de 5000, soit une proportion totale de 75 pour 100, sont entrés dans le commerce, la banque, les administrations financières, publiques ou privées, l'industrie. Ainsi, sans arrêter et même en favorisant l'essor des élèves que la nature a doués d'aptitudes exceptionnelles, les études de nos écoles d'enseignement primaire supérieur atteignent bien le but qu'elles visent. Chaque année, elles renvoient, aux classes moyennes où elles se recrutent, une jeunesse laborieuse, modeste, d'esprit alerte et ouvert, capable de rendre, dans toutes les branches de l'activité industrielle et commerciale, en France et à l'étranger, d'intelligents services. Nos élèves savent très nettement eux-mêmes ce qu'ils veulent, et ce qu'ils veulent est conforme à l'intérêt public non moins qu'à leur propre intérêt : ils cherchent à s'élever dans leur sphère, mais non à en sortir.

Les classes de dessin spéciales aux adultes nous fourniront quelques renseignements propres à confirmer cette observation.

Le dessin est l'étude la plus accessible et en même temps la plus utile aux jeunes gens qui, au sortir de l'école primaire, s'engagent dans une profession manuelle; et c'est bien à eux, en effet, que profitent les classes entretenues ou subventionnées par la Ville. Sur les 7794 élèves, hommes ou femmes, qui les suivaient au mois de janvier 1878, 75 pour 100 environ étaient âgés de 14 à 18 ans, 10 pour 100 de 18 à 25, et 10 pour 100 de 25 à 30; au-dessus de cet âge on ne trouve plus que des unités éparses. Le dessin est donc, pour la grande majorité de ces élèves, un véritable complément d'éducation, et ce complément d'éducation, ils en rapportent manifestement l'objet à leur

état. S'il en est, dans le nombre, qui n'ont pas d'état, à proprement parler, c'est une exception peu considérable (6,81 pour 100), et elle porte presque tout entière sur les jeunes filles appartenant à la classe bourgeoise, qui viennent chercher dans les écoles de dessin subventionnées les premières notions de l'art. Pour les autres, c'est-à-dire pour 93 pour 100 environ, on peut reconnaître deux catégories : la catégorie des états où le dessin est d'une utilité directe et dont la proportion est de 76 pour 100, celle où il est d'une utilité secondaire et dont la proportion est de 17 pour 100.

Or les élèves de la première catégorie, pour ne parler que de ceux là, ont un sentiment si vif de leurs besoins professionnels qu'ils seraient plutôt disposés à en abaisser qu'à en élever la portée. Tel était, du moins, l'esprit dans lequel, il y a peu d'années encore, certains d'entre eux arrivaient aux cours. On ne croyait pas à la nécessité d'un enseignement général; on était en défiance contre les exercices préparatoires qui n'ont pour fin que l'éducation de l'œil et de la main; on voulait aller droit aux imitations arlistiques ou aux constructions géométriques d'une application immédiate. C'était la demande que l'on faisait en s'asseyant pour la première fois sur les bancs de l'école; quelques exemples de ces naïves préoccupations de métier sont restées légendaires. Aujourd'hui on comprend mieux l'efficacité des études préliminaires; on ne résiste plus aux lenteurs calculées des vraies méthodes; on se laisse conduire. Mais si, par impossible, l'enseignement se trouvait entraîné dans une fausse direction, on ne se laisserait pas égarer. Ce qui fait que les cours sont suivis avec zèle, c'est qu'ils guident, soutiennent, élèvent l'ouvrier dans l'intelligence de l'art industriel ou mécanique qui constitue le fond de son état. Nous

pourrions citer plus d'un apprenti qui, grâce à l'habileté de main qu'il a acquise, est devenu rapidement un maître; et si tous n'ont pas réussi aussi bien ni aussi vite, nous n'en connaissons point que des visées ambitieuses aient détournés des voies du travail professionnel. Aidées par un enseignement qui s'inspire de leurs intérêts, leurs aptitudes se développent au grand avantage des industries dont ils secondent le progrès; elles ne dévient point1.

Mais ce sont les sentiments et les idées des enfants de l'école primaire proprement dite que nous voudrions surtout faire saisir. Leur pensée ne peut mieux être exprimée que par eux-mêmes. Aussi la tirerons-nous des travaux où ils ont été appelés à découvrir le fond de leur cœur. Non pas qu'il faille toujours se fier à ce témoignage. S'il a été préparé, il peut être trompeur. Mais quand, mis en demeure, à l'improviste, de développer un sujet qui le touche, l'enfant est laissé à son inspiration personnelle, on peut tenir quelque compte de son langage : vraisemblablement il est sincère ; et tel est bien le caractère des 4364 témoignages que nous avons recueillis, témoignages reposant pour la plupart sur les compositions dont nous avons parlé plus haut et que nous avons toutes lues.

On en connaît les sujets. 11 s'agissait de dire, pour les uns, la profession à laquelle ils désiraient se livrer; pour les autres, quel emploi ils feraient, à leur majo-

1. « Un grand nombre d'ouvriers sont parvenus, par leur intelligence^ leur courage, leurs efforts persévérants, leur esprit d'économie et de prévoyance, à devenir chefs d'établissements. Dans la fabrication de l'article de Paris, notamment, presque tous les patrons sont d'anciens ouvriers. Beaucoup d'entre eux ont rencontré dans l'action coopérative de leur femme un puissant auxiliaire de leur fortune. » (Enquête sur les conditions du travail en France pendant l'année 1872, déjà citée.)

rite, du livret de caisse d'épargne qu'ils pouvaient gagner à la suite des examens du certificat. Chemin faisant, ils avaient à parler d'eux-mêmes, de leurs études, de leurs goûts, des incidents de leur vie scolaire. Ces questions, dans leur simplicité, ne laissaient pas d'être sérieuses ; et si l'on considère qu'elles étaient posées à des enfants de 12 à 43 ans, on ne peut s'étonner qu'elles n'aient pas toujours été nettement résolues. Mais pour un certain nombre de réponses insignifiantes, incomplètes, vagues ou sèches, combien l'on en trouve d'intéressantes et d'in structives, dès le moment que, passant sur les inévitables puérilités et les gaucheries naïves de la forme, on ne s'attache qu'à la situation morale qui s'y révèle !

De toutes les misères humaines, je n'en sais pas de plus touchantes que celles qui atteignent l'enfant. Trop souvent l'homme est responsable des malheurs qu'il subit, et il a toujours le moyen d'y remédier en travaillant. L'enfant est une victime innocente et impuissante. Quand, au cœur de l'hiver, dans les hauts quartiers de Paris, on voit s'acheminer vers l'école ces petits êtres chétifs, proprement tenus en général — car c'est une des règles de l'admission, — mais grelottants sous un vêtement insuffisant, le teint hâve, et portant toutes les marques d'une faiblesse native, on ne peut penser sans tristesse à l'inégalité des conditions de la vie. La commisération pour ces souffrances devient plus pénétrante encore lorsqu'on se rend compte que l'enfant en a conscience.

Bien des allusions, échappées à ces plumes novices, nous ont fait entrevoir des complications d'existence singulièrement douloureuses; allusions sans amertume:

les bienfaits des caisses d'écoles et des bureaux de bienfaisance ne sont point méconnus; mais ils ne peuvent parer à toutes les infortunes. Les témoignages que nous avons analysés ne sont, d'ailleurs, ni exagérés ni faussés par aucune idée romanesque. Les enfants de nos écoles ont l'imagination peu ouverte, et l'histoire qu'ils font « des coups de malheur » qui ont frappé leur famille est empreinte d'un incontestable caractère de réalité. Sur 1949 qui ont fourni des renseignements de famille, plus de 8 pour 100 sont orphelins de père ou de mère ou complètement orphelins, sans parler d'autres situations que certaines réticences révèlent en cherchant à les cacher. Sur 979, ou 50 pour 100, dont les études ont subi une interruption plus ou moins prolongée, 782, soit 39 pour 100, ont été arrêtés par la maladie personnelle ou par la maladie de leurs parents. Dès que le trouble est entré dans une maison, il s'y étend à fond. De chômage, il n'en est presque point question : quelques cas à peine. Mais les accidents de santé sont nombreux, et, aussitôt que le père est obligé de cesser son travail, celui de la mère est suspendu. Ces mauvais jours passés, l'enfant ne les oublie pas; il se souvient d'avoir entendu dire que toutes les économies étaient parties, et de n'avoir vu pendant longtemps autour de lui que des visages soucieux: certaines compositions représentent avec une simplicité saisissante ces intérieurs désolés. Il y a aussi la part des catastrophes : un incendie, un vol, dont les effets ont pesé, durant des années, sur la famille. Une petite fille s'étonne que pendant l'hiver sa mère n'ait plus porté de châle; elle n'apprend que plusieurs mois après que le châle a été déposé au Mont-de-Piété. Ces détails familiers, mais expressifs, montrent que l'enfant n'assiste pas avec indifférence à ce qui se passe autour de lui. Il comprend la peine

et s'y associe. La vie a d'ailleurs ses moments heureux. Certaines émotions d'enfance, un séjour à la campagne chez les grands parents, une grande récompense obtenue à l'école, la première communion et les souvenirs qui s'y rapportent forment, dans quelques copies, comme un coin d'horizon riant. Mais c'est la pensée des jours difficiles qui l'emporte. Ne nous en plaignons point. Cette préoccupation, lorsqu'il ne s'y mêle aucune âpreté et lorsque la trace qu'elle laisse n'est pas trop profonde, ne peut être que saine et utile. Ainsi s'explique pour nous un double sentiment que nous avons trouvé presque partout : l'amour de la famille et l'intelligence de la loi du travail.

Témoin des efforts que ses parents font pour assurer son bien-être, l'enfant se transporte volontiers aux temps où il pourra leur rendre les soins qu'il en a reçus. Plus de 60 pour 100 de ceux qui avaient à faire connaître l'emploi de leur livret de caisse d'épargne se promettent d'en appliquer le bénéfice à leur père, à leur mère, à une sœur ou à un frère aîné qui les a élevés. Plusieurs, dans un mouvement d'exaltation généreuse, voudraient se faire leurs domestiques, afin de leur mieux témoigner leur gratitude. Ce que les jeunes filles paraissent redouter avant toute chose, c'est l'apprentissage. Elles se réjouissent d'apprendre le métier de leur mère auprès de leur mère. L'atelier les effraye, non pas seulement en raison des dangers qu'on leur a signalés, mais parce qu'il faudrait quitter la maison. Ce goût de la vie de famille est digne de remarque. Va exemple, qui en témoigne entre bien d'autres, nous a frappé par sa délicatesse. Pendant une maladie du père et de la mère, qui avaient dû être transportés tous les deux à l'hôpital, une enfant avait été recueillie par

une voisine. La petite fille décrit dans sa composition le chagrin qu'elle ressentait tous les jours, au retour de l'école, en voyant fermée la porte de son logement, et la joie qu'elle éprouva lorsque, pour la première fois, elle retrouva cette porte ouverte.

Moins vive sans doute, l'intelligence de la loi du travail n'est pas moins générale. Sur les 4364 enfants auxquels la question était posée, 361 n'indiquent pas la profession qu'ils ont l'intention d'embrasser, soit qu'ils n'y aient pas réfléchi encore, soit qu'il y ait indécision dans leurs goûts; mais il n'en est pas un seul qui ait l'idée de se soustraire à une profession. Il y a bien de l'enfantillage dans les raisons pour lesquelles on se décide, et les bonnes raisons ne sont pas toujours désintéressées ; quelques-uns ne seraient pas fâchés de gagner vite et beaucoup ; comment ne seraient-ils pas de leur temps? mais tous ont la pensée de travailler et sont prêts à le faire.

Nous ne voulons tirer de ces renseignements aucune conséquence qui en dépasse la portée. 11 serait téméraire d'en induire des conclusions sur les mœurs et les idées de la classe ouvrière. C'est d'ailleurs l'élite de nos élèves dont nous résumons ici le témoignage, puisqu'il s'agit des candidats au certificat d'études et aux bourses des écoles primaires supérieures; et, si sincère que soit l'expression de leur pensée, nous n'oublions pas que l'occasion dans laquelle on l'a provoquée était pour eux une occasion solennelle, et qu'ils étaient tout naturellement portés à ne mettre au jour que leurs meilleurs sentiments. Ce que nous constatons seulement, c'est qu'ils possèdent ces sentiments, qui, entretenus au delà de l'école comme ils le

sont à l'école même, seraient pour la société une puissante sauvegarde.

La direction de leurs idées n'est pas moins juste que celle de leurs sentiments. On peut leur demander combien de temps ils ont donné à l'étude, quelles classes ils ont traversées, ce qu'ils ont le plus goûté, ce qu'ils veulent faire. Ils connaissent les côtés par où ils pèchent; ils ont l'intelligence de leurs aptitudes; et leurs observations sur eux-mêmes ne manquent ni de précision ni d'intérêt. Certains esprits ont déjà leur marque très franche. Il y a les esprits scientifiques et les esprits littéraires : les uns tiennent pour la lecture, l'histoire et les exercices de la composition; les autres pour le calcul et les applications du système métrique. La géographie plaît à tout le monde. On a moins de goût pour la grammaire; elle a trop de mystères, dit une petite fille, qui déclare avoir renoncé à la comprendre; c'est la traduction libre et un peu impatientée du mot profond de Quintilien : Plus habet intus grammatica quant in fronle.

A travers cette diversité de préférences, il est clair que généralement on aime l'école. Au moment de la quitter, on regrette de n'y plus revenir; ce n'est pas une simple formule de politesse pour les maîtres dont on se sépare : les effusions partent du cœur. Nous n'avons trouvé que 8 garçons et 3 filles qui se félicitent délibérément d'en avoir fini. On se promet aussi de relire ses livres de classe et de fréquenter les cours du soir. On sent le prix de l'étude, on a suivi ses aînés, et l'on a vu de quelle utilité sont dans la vie le savoir acquis et l'habitude de l'application. Cette sorte de

maturité d'esprit est peut-être plus sensible chez les filles que chez les garçons.

C'est surtout dans l'indication des professions qu'elle se manifeste. Plus d'un choix, nous l'avons dit, ne repose pas sur des motifs bien sérieux. Tel veut être caissier ou comptable parce qu'il a eu des prix de calcul; tel qui s'est de tout temps appliqué à la géographie entrera dans le commerce des denrées coloniales. Quelques écervelées seront couturières parce que c'est le moyen d'être toujours habillée à son goût. D'autres ne se préoccupent que d'avoir un métier propre ; ils retrouvent naïvement la raison qui a déterminé J.-J. Rousseau à faire de son élève un menuisier. 11 y a des résolutions dont le motif est plus léger encore; c'est un rapport de parenté ou de voisinage qui les inspire : on veut faire ce qu'a fait un cousin ou un camarade qui a réussi. Il y a enfin des choix de paresseux : on sait qu'il faut travailler, qu'il n'y a pas moyen de se dérober à cette nécessité; mais on se fera employé, pour avoir plus de liberté et moins de peine. Certaines décisions, au contraire, se rattachent à une pensée grave. 42 enfants — 33 garçons et 9 filles — se proposent d'entrer dans la vie religieuse. « J'ai bien réfléchi, dit une jeune fille : soigner les malades, être la seconde mère des orphelins, le soulagement des pauvres, les consoler, leur parler du bon Dieu : je ne vois rien qui me plaise davantage. » « J'aimerais, dit un garçon, à verser mon sang pour la propagation de la foi. » « Je veux, écrit un autre avec une remarquable élévation de langage, partir soit comme soldat, pour défendre mon pays, tour à tour si abaissé et si fier, soit comme marin, pour aller découvrir quelque île nouvelle et enrichir la France d'une colonie. » Quelques-uns rêvent la renommée de l'ingénieur, du médecin, du savant, de l'ar-

liste. Qui pourrait s'en étonner ou s'en plaindre? Plus d'une fois, grâce à Dieu, l'école a été le foyer d'une vocation généreuse, le berceau d'une héroïque existence. Le danger serait que, sous le couvert de ces brillantes exceptions, l'école fît naître communément des prétentions injustifiées et entretînt des illusions décevantes. Mais c'est ici précisément que se marque le ferme bon sens des familles et des enfants.

Sur les 4364 élèves qui ont été appelés à faire cette sorte d'examen de conscience, 2415 appartenaient aux écoles de garçons, 1949 aux écoles de filles.

Parmi les 2415 garçons, 581 étaient des concurrents aux bourses municipales dans les écoles supérieures, 1834 des aspirants au certificat d'études primaires.

Nous avons fait connaître dans quelles conditions on sort du collège Chaptal et des écoles Turgot. Il n'est pas moins intéressant de savoir dans quelles dispositions on y arrive. Sur 581 enfants, 174, soit 30 pour 100, n'accusent d'autre intention que celle de continuer leurs études, et sont encore indécis quant au parti qu'ils en tireront. 224, ou 38 pour 100, se proposent d'entrer dans le commerce, soit à titre de négociants proprement dits, soit à titre de comptables; 115, ou 20 pour 100, manifestent un goût décidé pour les états manuels; enfin 68, ou 12 pour 100, ont en vue les emplois d'administration dans la banque, les chemins de fer, etc. On peut donc dire que, si notre enseignement primaire supérieur reste bien conforme aux besoins sociaux qu'il a pour objet de servir, c'est en partie parce qu'il trouve dans l'esprit de l'enseignement primaire un excellent point d'appui.

La statistique des professions dont les candidats au certificat d'études primaires ont fait choix est encore plus significative. Parmi les 1854 garçons qui avaient à témoigner de leurs intentions, 42 seulement, soit 2 pour 100, ont répondu qu'ils ne savaient pas encore ce qu'ils feraient. Tous les autres ont une idée arrêtée: ce qui ne veut pas dire qu'ils n'en changeront pas, mais ce qui indique en quel sens pour le moment se porte leur pensée. Nous avons déjà signalé quelques ambitions d'un caractère élevé. Aux 42 enfants qui parlent de se vouer à la vie religieuse, si l'on ajoute les 73 qui veulent se consacrer à l'enseignement, ou pousser plus loin leurs études pour devenir médecins, chimistes, ingénieurs, naturalistes, on arrive à un total de 115, soit t> pour 100, qui constituent ce qu'on peut appeler la part des professions libérales. Le reste se classe dans les états manuels, dans le commerce ou l'industrie. 422, ou 23 pour 100, ont nettement l'idée du commerce; 259, ou 15 pour 100, chercheront à se placer dans l'industrie; 996, ou 54 pour 100, c'est-àdire plus de moitié, sont décidés à prendre un métier.

Le rapport est le même pour les filles. Tous les garçons dont nous venons de résumer les idées étaient élèves des écoles publiques. Parmi les 1949 jeunes filles qui ont pris part à la composition, 1433 venaient des écoles publiques, 516 des écoles libres. Ainsi s'expliquent certaines divergences de vues. Les écoles libres, étant fréquentées par des enfants dont les familles appartiennent à une classe plus aisée, fournissent naturellement aux carrières plus aléatoires un certain nombre de sujets. Telles les 83 jeunes filles, 4 pour 100 sur l'ensemble, qui comptent se livrer aux arts. Mais ce n'est point là le courant général. Dans les écoles libres, comme dans les écoles communales, on

a des visées plus modestes et plus sures. 262 enfants, ou 13 pour 100, doivent apprendre le commerce; 211, ou 10 pour 100, voudraient être institutrices; 62, ou 3 pour 100, sont indécises; 1331, soit 70 pour 100, se préparent à vivre du travail de leurs mains. Tous les corps d'état sont représentés dans ces derniers choix. Il s'y trouve des blanchisseuses, des cordonnières, des boulangères, des cartonnières, des jardinières, des doreuses et des polisseuses sur métaux, des plumassières, des fleuristes. Mais ce qui domine en proportion considérable, ce sont les métiers d'aiguille. Les couturières, à elles seules, sont au nombre de 1022, soit plus de 51 pour 100. Réunies aux lingères, aux modistes, aux giletières, aux passementières, aux piqueuses de bottines, etc., elles forment un total de 1195, c'est-à-dire 62 pour 100.

Et ces déterminations ne sont pas l'effet du caprice d'un moment. L'avenir de l'enfant a préoccupé tout le monde, père, mère, oncle, tante : on s'est demandé ce qui lui conviendrait le mieux, et généralement la discussion a été sage. L'imagination de la jeune fille l'aurait peut-être entraînée ; les conseils de la famille l'ont retenue. Leur action se sent à travers certains regrets; elle se manifeste surtout par des protestations d'obéissance. Or c'est un acte de raison peu commun dans toutes les classes de la société que de profiter de l'expérience acquise. On suit rarement la profession de ses parents, parce qu'on en a vu de trop près les inconvénients. Ici c'est le sentiment contraire qui l'emporte. Sur les 1949 jeunes filles dont nous avons étudié le témoignage, 555, c'est-à-dire plus de 28 pour 100, se sont résolues à embrasser ïa profession de leur mère. De même pour les garçons : 40 pour 100 se montrent disposés à prendre le métier

LES RÉSULTATS. Mi

de leur père, uniquement parce que c'est le métier de leur père.

Ce qui achève de donner à ces déterminations une portée sérieuse, c'est qu'elles sont en rapport avec les conditions, les besoins et les avantages de l'industrie parisienne, tels que les fait connaître la dernière enquête de la Chambre de Commerce.

Pour nous en tenir à quelques données essentielles, nous ne prendrons que le groupe du vêtement et nous n'y relèverons que ce qui touche aux métiers des femmes. D'après les relevés de l'enquête, les femmes occupées par ce groupe étaient au nombre de 74 780 ouvrières, sur un effectif total de 174 437 recensées dans l'ensemble des dix groupes. A ces 74780 ouvrières du vêtement si l'on ajoute les 17914 femmes qui travaillaient dans les fils et tissus — métiers qui ont plus d'un point commun avec la fabrication du vêtement, — leur nombre s'élève à 92 694, c'est-à-dire à plus de la moitié de l'effectif total.

L'analyse détaillée du groupe du vêtement fournit des éléments d'information plus précis encore. Notons d'abord que ce groupe appartient pour les deux tiers aux femmes : 37 425 ouvriers, hommes ou jeunes gens, contre 74 780 ouvrières, femmes ou jeunes filles. En outre, dans ce nombre de 74 780, les ouvrières attachées aux métiers d'aiguille proprement dits, couturières et confectionneuses, lingères, tailleuses, modistes, casquetières, chapelières, corsetières, chausson-

\. Enquête sur les conditions du travail en France pendant Van« vAe 1873.

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