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ENS. PRIM

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nières, costumières, entrent pour un chiffre de 44 205, ou près de 65 pour 100.

L'examen des salaires ne conduit pas à (tes conclusions moins avantageuses pour ces métiers. On peut remarquer d'abord : 1° que, le produit du salaire annuel des ouvriers appartenant aux dix groupes d'industries étant de 760 503 440 fr., la part afférente au groupe du vêtement est de 139 845 425 fr., c'est-à dire près de 20 pour 100; 2° que le taux moyen du salaire journalier dans ce groupe est de 6 francs pour les hommes, de 3 fr. 20 c. pour les femmes, taux qui défassent l'un et l'autre la moyenne des salaires dans îles autres industries. En second lieu, à prendre séparément, dans le groupe du vêtement, les hommes et les femmes, on voit que le produit du salaire par an est de 67 620 300 francs pour les ouvriers, de 72 223 125 francs pour les ouvrières. Enfin, si l'on réunit les catégories où le travail de l'aiguille domine — couturières , confectionneuses , chapelières , corsetières , chaussonnières et costumières, — la*part des bénéfices qu'elles prélèvent à elles seules est de 46 141 509 fr. : d'où résulte un salaire moyen par jour qui, pour aucune de ces spécialités, ne descend au-dessous de 2 fr. 50 c, qui s'élève pour quelques-unes, notamment pour les confectionneuses, à 4 francs, et dont la moyenne est de 3 fr. 50 c, chiffre supérieur de 50 h 40 c. à la moyenne commune au groupe du vêtement.

Ce n'est donc pas sans s'être rendu compte, soit par elles-mêmes, soit avec leurs parents, des chances de travail et de gain offertes par les différentes professions que les jeunes filles dont nous avons analysé les dépositions ont fait leur choix. Ces choix, justifiés par des

explications de valeur fort inégale et d'ordre très divers, ne laissent pas de présenter dans leur ensemble un caractère^ net et singulièrement instructif. Nous ne sommes plus ici dans la sphère des sentiments, dont l'expression la plus sincère peut laisser en défiance. 11 s'agit d'indications positives, d'arguments précis, de faits; et ces faits, réunis aux renseignements que nous a fournis l'étude de la statistique, ainsi que celle des concours et des examens, démontrent, à ce qu'il semble, que non seulement les écoles primaires de la ville de Paris profitent à ceux pour lesquels la dépense en est faite, mais que, par les sentiments et les idées qu'elles développent, par les goûts qu'elles inspirent, elles répondent bien à leur objet.

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Ces conclusions sont-elles les seules que nous ayons à recueillir de cet examen, et ne porte-t-il pas en luimême un autre enseignement? Nos études primaires sont-elles ce qu'elles doivent être? L'esprit en est-il absolument conforme aux besoins que les témoignages des élèves révèlent?

Il y a cent ans, dans un essai d'éducation nationale remarquable à plus d'un titre, un réformateur de l'instruction publique pouvait écrire, sans que l'opinion s'en émût : « Le peuple même veut étudier.... Les Frères de la Doctrine chrétienne, qu'on appelle ignorantins, sont intervenus pour achever de tout perdre; ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n'eussent dû apprendre qu'à manier le rabot et la lime,

ùU ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.

mais qui ne le veulent plus faire.... Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations. Tout homme qui voit au delà de son triste métier ne s'en acquittera jamais avec courage et avec patience. Parmi les gens du peuple, il n'est presque nécessaire de savoir lire et écrire qu'à ceux qui vivent pour ces arts ou que ces arts aident à vivre1. »

La société comprend aujourd'hui son devoir autrement que ne l'entendait le procureur de la Chalotais. Elle est à la fois plus humaine et plus prévoyante. Elle reconnaît à chacun de ses membres le droit de prétendre, dans la mesure de ses facultés, à ce que saint Augustin, commentant un texte de Platon, appelle le divin plaisir de connaître. Elle considère que la propagation de l'instruction primaire est « une dette de justice envers le peuple ». M. Guizot, à qui nous empruntons ce mot, ajoutait avec autorité : « et une nécessité pour le développement de la prospérité d'une nation)). Une statistique dressée en 1876 par les bureaux scolaires de l'Amérique du Nord plaçait en regard les États où l'instruction primaire était en retard et ceux où elle était en progrès; et ce tableau répondait avec une exactitude presque mathématique au tableau du mouvement du commerce et de l'industrie. La même concordance a été relevée dans l'Allemagne du Nord et en Autriche. La science perfectionne chaque jour les procédés et les outillages du travail; ce sont les instruments du progrès; mais ces instruments ne profitent qu'à ceux qui savent les manier. Aux justifications morales et aux arguments économiques se joignent les considéra-

1. Essai d'éducation ou Plan d'études pour la jeunesse, par Louis- René de Caradeuc de la Chalotais, procureur du roi au Parlement de Bretagne, 1 763.

tions politiques tirées des conditions nouvelles de l'ordre social. « Le jour où la Charte fut donnée, disait Royer-Collard dès le commencement de ce siècle, l'instruction universelle fut promise, car elle fut nécessaire1. » Observation profonde que dans un récent rapport sur les écoles publiques des États-Unis l'évêque Fraser semblait commenter, lorsqu'il écrivait2 : «Un peuple ignorant peut être gouverné; mais un peuple instruit peut seul se gouverner lui-même. On ne saurait donc accorder trop d'importance à l'éducation des futurs citoyens; car de la valeur particulière des électeurs dépend celle de nos législateurs.»

Ce qui a de tout temps fait envisager avec crainte par certains esprits le développement de renseignement populaire, c'est ce qu'on appelle le péril des déclassements. Tel était le fondement unique des réserves de la Chalotais. a On a, disait-il, établi des écoles à Brest et à Saint-Malo; et depuis on a peine à trouver des mousses ou de ces jeunes garçons qui servent dans un vaisseau et qui sont destinés à être matelots: dans trente ans d'ici on demandera pourquoi il manque des matelots ! )) Les mousses n'ont pas plus manqué à Brest que ne manqueront à Paris, malgré la multiplication des écoles, les ouvriers et les ouvrières, ainsi qu'on vient de le voir. L'instruction, en pénétrant partout, répand partout la lumière ; elle profite à toutes les classes, qui montent en même temps, et l'équilibre général demeure,

Quoi de plus juste, d'ailleurs; que le travail, cette

1. Discours à la distribution des prix du grand Concours (19 août 1818).

loi commune, tourne à l'avantage de quiconque s'y soumet avec énergie et probité? Quoi de plus utile, dans une démocratie libérale, que ces grands courants d'activité intelligente qui, Iraversant toutes les couches, y renouvellent incessamment la force et la vie? Sur ce point aujourd'hui le sentiment public est unanime. Il ne refuse à personne le droit de s'élever. Il est bienveillant à ceux qui s'élèvent. Jamais la hiérarchie sociale ne s'est ouverte avec plus de souplesse à toutes les ambitions justifiées par le mérite. Jamais aussi elle n'a été moins troublée, parce que chacun n'y vise que ce qu'il peut atteindre. Ce que l'on cherche avant tout, c'est à se perfectionner dans son art, dans son métier : on a le désir de laire bien ce que l'on fait.

C'est à ce point de vue que des hommes, dévoués d'ailleurs à tous les sages progrès de l'éducation populaire, se demandent si notre enseignement n'a pas un caractère trop classique, et s'il n'y aurait pas intérêt, pour ceux qui en profitent, comme pour la société à laquelle le profit en doit être appliqué, à le rapprocher davantage des réalités de la vie, en y faisant place au travail manuel : « Il faut instruire les enfants du peuple, disentils; mais il ne faut pas les exposer à perdre le goût du travail professionnel; par conséquent il ne faut pas que l'instruction par l'esprit seulement soit trop prolongée.... Il serait nécessaire que tous les écoliers de douze ans eussent appris comment le feu amollit les métaux et comment l'eau froide les trempe, comment la chaux se délite et comment durcit le ciment, ce que c'est qu'un tour et ce qu'on en peut tirer, comment on fait un tenon simple et sa mortaise,

comment se fabrique un clou et comment on l'cn- Lnce1. )>

Celte observation est-elle fondée? et si elle est fondée, quelle part y a-t-il lieu de lui faire ?

La préparation à la vie, telle est aujourd'hui la formule commune à la définition de l'enseignement dans tous les pays. Mais que faut-il entendre par là? Herbert Spencer estime que la vie complète comporte cinq modes essentiels d'activité: 1° l'activité qui concourt directement à la conservation de l'individu; 2° l'activité qui contribue indirectement à sa conservation, en pourvoyant aux nécessités de l'existence; 3° l'activité quia pour objet d'élever la jeune famille; 4° l'activité qui assure le maintien de l'ordre social; 5° l'activité de .genre varié, employée à remplir les loisirs, c'est-àdire à donner satisfaction aux goûts et aux sentiments2. C'est à l'éducation des classes moyennes plutôt qu'à celle des classes ouvrières qu'il entend appliquer ces règles. En réalité, elles conviennent aux unes comme aux autres. Les mêmes besoins, les mômes droits engendrent les mêmes nécessités, les mêmes devoirs ; ce n'est qu'une question de mesure.

Ceux qui, mus par une louable préoccupation des besoins immédiats des classes populaires, veulent que dans les cadres de l'école il soit fait une place prépondérante au travail manuel, sont-ils bien résolus, comme ils le disent, à retrancher de l'enseignement quelqu'une des matières qu'il comprend? Car c'est ainsi

1. Enseignement primaire et apprentissage, par G. Salicis, ancien élève de l'École Polytechnique, inspecteur général du travail manuel dans les écoles normales.

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