‹ Education et instruction (volume 3)Chapitre 8 sur 88 · Ait · texte numérisé non relu

Ait

slruction populaire. Étendre les bienfaits de l'éducation et en abréger les difficultés, tel était le but que se proposait manifestement la Société qui avait pris sous sa protection la méthode nouvelle.

Deux modes d'enseignement régnaient à cette époque dans les écoles : le mode dit simultané et le mode individuel. Le mode simultané, celui d'après lequel les enfants, partagés en classes, reçoivent la leçon tous ensemble de la bouche du maître, était suivi dans les écoles dirigées par les associations religieuses, qui disposaient du personnel nécessaire. Le mode individuel, celui qui oblige l'instituteur à s'occuper de chaque enfant tour à tour et isolément, était le régime commun à la plupart des autres établissements, où le manque de maîtres auxiliaires ne permettait pas de constituer des groupes d'élèves aptes à suivre les mêmes leçons. Or le maître, si diligent qu'il fût, ne pouvait être tout à tous. Quelques enfants seulement profitaient de ses soins; les autres s'engourdissaient dans la paresse. C'est à ceux-là qu'il s'agissait d'appliquer le bénéfice de la méthode de Bell et de Lancaster. Elle fournissait à l'instituteur le moyen de multiplier sa direction personnelle en lui donnant comme coadjuleurs ses meilleurs élèves; et pour opérer avec ces jeunes maîtres ce qu'on appelait « une œuvre de réparation sociale », les novateurs ardents, ceux dont la foi ne connaît pas les obstacles, ne demandaient que deux ans : « En deux ans d'étude, disait le

Guide des, fondateurs, les moniteurs les moins intelligents arrivent à terminer leur cours et à le bien posséder1 ».

Aux espérances dont se flattaient les enthousiastes s'ajoutaient pour les esprits froids des avantages immédiats et palpables. « S'il fallait prouver par un exemple la différence qu'il y a, sous les rapports économiques, entre la méthode simultanée et la méthode mutuelle, lisons-nous encore dans le Guide, il suffirait de remarquer que l'instruction élémentaire de 50 000 enfants, qui en ont besoin à Paris, coûterait deux millions sept cent vingt-neuf mille francs de plus par l'ancien que par le nouveau procédé2. » Et il n'était pas question de Paris seulement. On avait en vue la France entière; on constatait « qu'il n'y avait pas moins de trois millions d'enfants à enseigner et qu'il y aurait plus de quarante-cinq millions à dépenser, si l'on s'obstinait à la routine5 », tandis qu'avec quelques milliers de francs le problème du progrès universel pouvait être résolu. Les calculs étaient faits. Un local de 150 pieds de long sur 30 de large, propre à contenir deux mille élèves, mille garçons et mille filles, — local qu'on pouvait aménager, meubler, pourvoir du premier fonds de livres, cartes, ardoises, etc., à raison de 46000 francs ; un budget annuel de 10 000 francs au plus — 5000 francs à chaque école ; — 500 francs pour le bois, 500 pour le renouvellement du matériel fongible, 600 francs

1. Guide des fondateurs et des maîtres pour V établissement et la direction des écoles élémentaires de l'un et l'autre sexe, basée sur l'enseignement mutuel, avec des gravures et des tableaux. Paris, 1816. — Cf. Précis de la méthode d'enseignement mutuel pour les nouvelles écoles élémentaires, par M. Nyon, membre de la Société d'enseignement élémentaire. Paris, 1816.

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