‹ Education et instructionChapitre 16 sur 114 · Arrêtés des 22 novembre 18-28 etlO février · texte numérisé non relu

Arrêtés des 22 novembre 18-28 etlO février

2. Ordonnance du 26 mars 1829, art. 17 : « Des règlements universitaires prescriront les mesures nécessaires : 1° pour que l'étude des langues vivantes, eu égard aux besoms des localités, fasse partie de l'enseignement dans les Collèijes royaux (cf. Arrêté du \o septembre 1829); f pour que l'élude de l'hisloirc ne se termine que dans la classe de Rhétorique (cf. Arrêté du 6 octobre 1829); 5° jiour que la philosophie soit enseignée en français ». — La seule mesure de réaction prise par M. d*» Monlbel est relative à l'usage de la langue laline, qu'il rétablit en philo iophie {A}-i-êlc du 8 seplemhre 1829). Voici les deux actes qui en ont consacré défniitivemenl la supjjression : 1° Arvélc du il septembre 1830, portant .la signature du duc de Droglie : « Vu l'article 17 de l'ordonnance du 27 février 18-21 ; vu l'arlicle 17 de l'ordonnance du 26 mars 182'.) {% 3); — Considérant que l'emploi de la langue laline dans l'enseignement de la philosophie est également défavorable à la jihilosophie, puisque la langue latine ne peut rendre qu'obscurément et i m parfaitement beaucoup d'idées et d'expiessions de la philosophie moderne, et à l'étude de la bonne latinité, que corrompait l'invention nécessaire de termes nouveaux ;— Considérant que l'araumentalion en latin a les mêmes

LA QUESTION DES l'KOGrSAJniES. 57

spéciaux instilués par le slatiit de 1821 en faveur des jeunes gens qui n'avaient point le goût des études classiques étaient développés, et ceux qui désiraient en avoir le bénéfice dans des établissements particuliers étaient dispensés de suivre les classes des Collèges'. M. de Vatimesnil tombé, M. de Montbel n'eut pas le temps de rapporter ces dispositions; M. Guernon-Hanville les respecta, et l'arrêté du 5 avril 1850 les confirma-.

Grâce à ces mesures de la dernière lieure, on peut dire qu'au moment où le gouvernement de Juillet prenait la direction des affaires, les cadres généraux des

inconvénients; — Considérant en outre qu'H importe à tous égards de maintenir la prééminence de la langue naiionale et populaire dans les matières philosophiques; — Voulant assurer l'entière exécution de la disposition précitée de l'ordonnance du 2f> mars 18-29; Sur le rapport de M. le conseiller chargé de tout ce qui concerne les études philosophiques, — Arrête ce qui suit : Art. 1". Les leçons de philosophie se donneront exclusivement en français. Cependant les élèves feront de temps en temps des compositions en latin sur des questions de morale. — Art. i. L'argumentation en latin est supprimée. — Art ô. Le prix d'honneur de philosophie, avec les avantages qui y sont attachés, est transféré de la dissertation latine à la disserlalion française. — Art. i. L'article Sli du statut du i septembre 1821 et l'arrêté du 8 septembre lS29sont et demeurent rapportés. » — 2° Arrêté du 11 septembre 18Ô0, poi tant la signature du duc de Broglie : « Art. 1". L'article 4 de l'arrêté du 13 mars 1821, qui prescrit que l'examen de philosophie du baccalauiéat es lellics sera lait en lalin, est raiiporté. — Art. 2. L'examen de philosophie pour le baccalauréat es lettres sera fait en français. » — Ce n'est toutefois qu'en 1840 Ordonnance du 25 juin), sous le ministère de M. Cousin, que la leçon latine fut sup[)rimce des épreuves du concours pour la chaire de droit l'oinain dans les Facultés de droit.

1. Ordonnance du 26 mars 1829, art. 19. — Cf. Rapport au Roi, même date.

2. L'ariêté du 3 avril 1830 établit même en outre un cours de mathématiques en Troisième et des cours de langues vivantes en Troisième et en Seconde.

éludes secondaires étaient rétablis. Ce fût sa tâche et son honneur d'essayer de les fixer. A côté des trois agrégations organisées par le statut du 24 août 1810, sciences nialliéniatiques, belles-lettres, grammaire, trois agrégations nouvelles furent créées : les agrégations de philosophie* et d'histoire-, détachées de celle des belleslettres; l'agrégation des sciences physiques et naturelles , détachée de celle des mathématiques''. Tous les ordres essentiels d'enseignement se trouvaient ainsi représentés par des professeurs spéciaux*. Pour consacrer ces modifications aux yeux des élèves et des familles, des prix distincts étaient attribués : à l'histoire natuielle, en Quatrième et en Troisième; à l'arithmétique, en Troisième; à la géométrie et à la chimie, en Seconde; à la physique, en Rhétorique; à l'histoire et à la géographie, dans toutes les classes'; et, quelques années après, l'arrêté du 5 juin 1835 attribuait un prix d'iumneur des sciences à la classe de Mathématiques spéciales dans le Concours général des élèves des Lycées

1 Arrclôs des 21 août et 11 septembre 1830.

2. Arièté du 19 novembre 1830. — l'n arrêté du 9 octobre 1830 avait décidé que dans les Coilèg-es de Paris l'enseignement de l'histoire serait conlié à un prolesseui- titulaire et à un agrégé spécial.

3. Arrêté du 2 octobre 1811) : "La division de l'agrégation dos sciences, jusqu'ici unique en deux ai;régalions distinctes, rune poui les sciences mathématiques, l'autre pour les sciences physiques et naturelles, est un perl'ectionnement considérable apporté à l'enseignement scienlifiquo, disait M. Cousin [Iliiil mois au Mini.slére de l'Instruction publique, Préface) : quand je n'aurais pas (ait au're chose pour les sciences, je croirais les avoir encore bien servies. »

i. D»iux ai^régations restaient à créer : celle des langues vivantes et celle des sciences naturelles. L'agrégation des langues vivantes a été instituée par l'arrêté du 11 octobre 1818 et réglementée par un arrêté du 10 février 1819. Supprimée peu après par l'article 7 du décret du 10 avril 1852, elle a été rétablie par le décret du 27 novembre iSiîl et réglementée à nouveau parles arrêtés des li décembre 18GI et 27 février 18(>9. — L'agrégation des sciences nalurollcsa été inslitiice par l'arrêté du 27 lévrier 1809; mais le premier concours n'a ou lieu qu'en IS82.

5. Arrêté du 19 février 1831. — L'arrêté du 17 octobre 1830 avait introduit dans l'enseignement de ces classes les modifications conlirmces par l'attribution de ces prix.

de Paris et de Versailles en y attachant les mêmes prérogatives qu'au prix d'honneur de Rhétorique institué par le décret de 1808.

La question change alors de caractère. Depuis 1815 la réforme poursuivie par l'opinion éclairée n'avait d'autre objet que d'introduire les sciences avec mesure dans l'enseignement classique. Préoccupé d'élargir en ce sens l'assiette de l'éducation nationale, M. Guizot avait tout d'abord porté son attention sur la nécessité de développer les cours spéciaux organisés par M. de Vatimcsnil, « une foule d'enfants venant apprendre au Collège ce dont ils n'ont ni besoin ni envie, faute de trouver ailleurs ce dont ils ont besoin et envie' ». A ses yeux, les écoles primaires supérieures étaient le premier degré de cet enseignement intermédiaire « approprié à des professions et à des situations sociales sans lien nécessaire avec les études savantes, mais importantes par leur nombre, leur activité et leur inlluence sur la force et le repos de l'État; il devait devenir plus complet et plus spécial dans les Collèges communaux de second ordre et trouver aussi une place dans les grands Collèges de l'État et des villes, sans que le haut enseignement littéraire et scientifique, nécessaire et commun à toutes les professions libérales, eût à en souffrir ». La même pensée l'avait inspiré dans l'étude des amélioralions à apporter à l'enseignement classique. Il le trouvait « trop maigre et trop lent, trop peu en rapport avec l'esprit de la société nouvelle- ». Jusqu'en 1850,

1. Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, t. III, chap. xvi. — Cf. Circulaire aux recteurs, 6 juillet 183(5.

2- La lettre où nous relevons ce jugement (20 août 1832) mérite d'être citée tout entière; son caractère intime en explique la vivacité ; c'est le cœur (lu père qui parie. « François fc'était le fils aîné de M. Guizotj va faire sa Pliilosoiihie et ses Mathématiques. C'est un nouveau monde ; il est dégoûté de l'ancien. 11 a fallu toute sa douceur et sa confiance en

les cours scientifiques n'avaient pas dépassé la Quatrième; il les avait fait descendre jusqu'en Sixième', et, pour les classes où le temps manquait, il n'avait pas hésité à y affecter la matinée du jeudi. « Dans nos bons Collèges royaux, disait le rapporteur de la loi sur la liberté de l'enseignement secondaire qu'il avait présentée en 1856-, les lettres et les sciences sont enseignées avec un zèle égal. Un enseignement ne fait pas tort à Tautre; les sciences ne s'abaissent pas devant les lettres, ni les lettres devant les sciences. »

Ce n'était plus assez pour un grand nombre d'esprits que préoccu|iait le progrès de l'industrie. 11 ne s'agissait, dans la pensée de personne, de donner à l'ensei-

moi pour que cette dernière année de grec et de latin ne lui fût pas nauséabonde. Évideiniiionl il y a là quelque chose qui ne répond plus à l'étal actuel, à la pente naturelle de la société et des esprits Je ne sais ))as bien quoi, je le cherche. Pour rien au monde, je ne voudrais abolir ni seulement affaiblir celte élude des langues, la seule vi aiment fortifiante et savante à cet âge. Je liens exlrèniemeat à ces quelques années passées en familiarité avec l'antiquité; car si on ne la connaît pas, on n'est qu'un parvenu en fait d'intelligence.... Et cependant je conviens, je vois dans la persoime de mon lils qu'il y a là quelque chose d'important à changer. L'enseignement est trop maigre et trop lent. 11 y a trop loin de l'atmosphère inlellecluelle du monde réel à celle du (Collège. Les mélhodos sont adiqilées à des classes très nombreuses, ce qui fait que les élèves forts sont sacrifiés aux élèves médiocres, et les classes sont très nombreuses parce qu'une foule d'enfants, ne trouvant nulle part à apprendre ce dont ils ont besoin et envie, viennent là apjirendre ce dont ils n'ont ni besoin ni envie, l'ourdire vrai, le Collège et (iresque tout notre système d éducation publique sont encore faits à l'image de l'ancienne société. Les rêveries du di.v-huitiéme siècle, les sottises de la liévolulion en ce genre nous ont dégoûtés, et justement, des essais nou\eaiix,qui ont si mal réussi, et, en rentrant dans l'ancienne voie, nous sommes retombés dans l'ancienne ornière. 11 faudra en sortir, mais avec grapd'peine et grande précaution. »

1. Arrêté du i octobre 18ô5. — Cf. Arrêtés des ô septembre, 18 octobre et o novembre 18."iô, 11 octobre ISÔii et 26 septembre 1857.

2. Ce projet, préparé en exécution des prescriptions île la Charte de 1800, qui avait proclamé le principe de la liberté de reiiseigneinent, fut adopti; par la Chambre des dé|iulésdaiis la séance du 29 mars 1857; mais, il. Guizot ayant quitté le pouvoir, la Chambre des pairs n'en fut pas saisie.

LA QUESTION DES PROGRAMMES. Cl

gnement, comme autrefois Condoicet, une base exclusivement scientifique; nul ne refusait aux lettres leur part, et ceux qui en combattaient la prééminence, trop absolue à leur gré, étaient les premiers à rendre liommage à leur action bienfaisante. Mais devaient -elles conserver l'espèce de privilège dont les avait investies une société si différente de la société moderne? « A mon âge, disait Destutt de Tracy, je suis déjà plus vieux que trois ou quatre sciences; je suis né avant la cbimie, avant la véritable physique, avant la géologie. Oui, je suis plus vieux qu'une foule de sciences qui exercent sur la société, sur l'intelligence, un immense empire, et vous prétendriez vous maintenir aux études d'il y a trois cents ans! La chose n'est pas possible*. »

, Le débat éclata incidemment à la Chambre des députés, à l'occasion de l'article du projet de 1856 relatif à la constitution des Collèges communaux ^ On sait quels interprètes rencontrèrent les deux opinions : d'une part, Arago revendiquant, au nom de Descarfes et de Newton, le droit de la science à concourir à l'éducation de l'esprit humain; d'autre part, Lamartine, exaltant les beautés sereines et profondément moralisatrices des lettres anciennes. « Il y a chez nous, disait Arago, un grand nombre d'autorités universitaires qui ont peu de goût, peu de bienveillance pour les études scientifiques.... lia été dit ici même qu'elles étaient un

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