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Cliambre des députés, séance du 14 mars

2. « Le titre II de la loi, disait M. Guizot (Circulaire aux recteurs, e.jiiillct 1836j, étalilit dans les Collèges communaux deux classes. La première sera orf^anisée pins fortement que par le passé sotis le rapport des études pour pouvoir soutenir la concurrence que lui font les élaldissenients libres. La deuxième, réduite |iour les l.ing-ues anriennes aux classes de grammaire, réalisera le vœu des personnes qui tiouvcnl que, pour eertaiiies classes de la société, les langues anciennes tiennent une trop grande jilace dans renseignement. »

62 ENSEIGNEMENT SECO.NDAIHE.

métier de manœuvre.... Ce n'est pas, en effet, avec de belles paroles qu'on fait du sucre de betterave; ce n'est pas avec des alexandrins qu'on extrait la soude du sel marin.... Il n'est point vrai, au surplus, que les études scientifiques ne servent que les intérêts matériels. C'est devant leur flambeau que se sont évanouis la plupart des préjugés sous lesquels les populations vivaient courbées; c'est par les sciences que les préjugés sont tombés à jamais... Mais soit : qu'on réduise, si l'on veut, leur utilité aux besoins matériels; elles n'en seront ])as moins cultivées avec zèle et persévérance. Les applaudissements, la reconnaissance du public, sont ac(]uis d'avance à ceux qui leur feront faire des progrès réels. Que la minéralogie continue à classer les diverses natures de terrains dont l'écorce du globe se compose et à indiquer aux capitalistes dans quelles localités leurs recbercbes peuvent conduire à la découverte de telle ou telle autre nature de minéraux; que la cliiiuie enricliisse la médecine de médicaments simples, toujours semblables à eux-mêmes, et qui doivent donner à l'art de guérir une marcbe plus assurée; qu'elle luanipule les produits de notre industrie agricole pour les transformer en substances alimentaires ou manufacturières qui ont été refusées à nos climats; que la physique essaye de puiser dans l'étude des forces électriques, sans cesse en jeu avec les entrailles de la terre, les divers perfectionnements dont les arts mélalliugiqnes ont un si puissant besoin ; qu'elle suive avec attention les phénomènes météorologiques pour apprendre à les prévenir ou seulement pour attéimer les ravages qu'ils occasionnent; qu'elle essaye de trouver dans l'examen des mystérieuses variations du magnétisme terrestre des moyens de diriger avec cei'litudc le navigateur, quand un ciel nébuleux lui dérobe la vue des astres ; que l'optique perfectionnée, appliquée

LA QUESTION DES l'ROGUAMMES. G".

à la construction des phares, serve aussi à prévenir de nombreux, de cruels naufrages; que l'astronomie pénètre jusque dans les dernières régions de l'espace, non pas, si l'on veut, pour arriver à la fondation de nouveaux mondes, non pas pour découvrir si les conditions de notre système solaire en assurent la durée indéfinie, mais afin de donner, s'il est possible, une nouvelle perfection à l'art nautique; que la mécanique tire chaque jour un nouveau, un meilleur parti des forces naturelles, et arrache ainsi des millions de nos semblables à des travaux pénibles qui les assimilent h des brutes, détruisent leur santé et les conduisent inévitablement à une mort prématurée; qu'elle travaille sans cesse à améliorer, à simplifier, à alléger la machine à vapeur, l'une des plus belles, des plus étonnantes créations de l'esprit humain. Et, quand toutes ces améliorations seront réalisées, la science aura bien mérité du pays; car, suivant la belle pensée de Bacon, le savoir, c'est de la force, de la puissance; et elle aura augmenté le bien-être de la population, non pas en appauvrissant les riches, mais en enrichissant les pauvres; et elle aura répandu ses bienfaits sur ceux-là mêmes qui l'outrageaient; et, en contemplant ces beaux résultats, un poète (car les études scientifiques n'empêcheront pas (pi'il y ait toujours des poètes), un poète pourra s'écrier sans être taxé d'exagération :

Le dieu, poursuivant sa carrière,

Versait des torrents de lumière

Sur ses nombreux Llasphémateurs ! »

— « Ce n'est pas la lutte, répondait Lamartine, ce n'est pas l'antagonisme qu'il faut établir entre les éludes scientifiques et les études littéraires, c'est le concours, c'est l'ba.monie. Dion loin de se nuire, bien loin de se combattre, elles se fortifient, elles se coni

64 E^■SEIGî^EME^■T SECONDAIRE.

plètent l'une par l'autre.... Mais s'il n'y a pas lutte de prééminence, il y a pour le législateur une question d'importance relative à résoudre entre l'élude des sciences exactes trop prématurément admises et l'étude des lettres humaines.... Eii bien, pour ne pas y revenir, je la tranche d'un mot : si le genre humain était condamné à perdre entièrement un de ces deux ordres de vérités, ou toutes les vérités malhématiques, ou toutes les vérités morales, je dis qu'il ne devrait pas hésiter à sacriiier les vérités malhématiques; car, si toutes les vérités mathématiques se perdaient, le monde industriel, le monde matériel subirait sans doute un grand hommage, un immense détriment; mais, si l'homme | perdait une seule de ces vérités morales dont les éludes littéraires sont le véhicule, ce serait l'homme lui-mèjue, ce serait l'humanité entière qui périrait.... Cette éducation exclusivement professionnelle, scientifique, industrielle, que je veux, comme vous, doit-elle commencer avec l'enfance ou ne doit-elle pas être précédée par une éducation morale, littéraire, par une éducation commune? Et enfin cette éducation spéciale et industrielle que vous demandez pour les Collèges communaux doit-elle exclure l'étude des langues que vous appelez mortes et que moi j'appellerai iiumortelles'? »

L'incident ne pouvait avoir de conclusions. Mais M. de Salvandy persévéra dans le système de M. Guizol à qui il avait succédé. S'il réduisit à une les deux classes d'histoire naturelle établies en Sixième et en Cinquième par le règlement de 1855, il fortifia l'enseignement de l'arithmétique et de la géométrie dans les classes supérieures : « Lorsque le cours tombait un jour férié, il devait être reporté à un autre jour de la semaine

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