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Règlement du 23 août

2. Voir le Rapport fait par M. Dumas (23 juillet 1832) au nom de la Cumniission mixte instituée le 1 juin lSb2 pour préparer les programmes de l enseignement scientifique, § 3.

contestait d'ailleurs que les faiblesses constatées dans l'étude des sciences fussent un effet du système suivi depuis quatre ou cinq ans. « La vérité, nous dit un des hommes de cette génération', est que tout ce qui ne faisait pas partie des matières classiques proprement dites, les sciences et les langues vivantes, nous laissait généralement indifférents; personne ne cherchait à nous en donner le goût, ni les maîtres, qui étaient pour la plupart mal choisis, ni les chefs d'établissement, qui n'attachaient qu'un intérêt secondaire au succès dans ces enseignements, considérés comme facultatifs malgré leur caractère obligatoire : or, pour donner à la jeunesse confiance dans ce qu'elle fait, il faut avoir soi-même la foi. »

M. Cousin n'ignorait pas lui-même ({u'il avait à contenter d'autres intérêts que ceux cju'il s'était empressé de servir. 11 répétait volontiers « qu'il n'était arrivé au Ministère qu'après une longue étude des questions d'éducation, avec des desseins bien connus et exposés dans ses deux Rapports sur l'instruction publique en Allemagne et en Hollande* ». C'est en Prusse surtout qu'il avait observé l'organisation de l'enseignement secondaire, et les conclusions de ses mémoires ne visaient à rien moins qu'à créer dans les Collèges deux divisions distinctes : — classes inférieures et classes supérieures, — la première reposant sur la communauté et la simultanéité des études, la seconde admettant la spécialité. 11 est instructif de l'entendre luimême sur ce point. « La division des chisses inférieures, écrivait-il, embrasserait trois ou quatre années, depuis la Sixième jusqu'à la Quatrième ou la Troisième inclu-

1. Huit mois au Minhlère de l'Instruction publique, Revue des Deux Mondes, 1" février 1841. Cf. Œuvres de V. Cousin, 5' série, t. I, p. ICo.

sivement. Ce temps est à la fois nécessaire et suffisant pour éprouver et cultivor les dispositions des élèves par un bon ensemble d'études.... Dans celte première division, point d'bistoire grecque et romaine trop détaillée ; mais ce qu'on peut très bien apprendre à cet âge, ce qu'on a besoin de savoir, quelque profession qu'on embrasse plus tard, c'est-à-dire de justes notions de l'bistoire de l'espèce humaine, avec une connaissance un peu plus approfondie de la nation particulière à laquelle on appartient; un cours d'histoire générale qui comprendrait, sous des formes très simples, les grandes dates, les grands faits, les grandes époques, les grandes révolutions de l'histoire jusqu'à nos jours, avec un cours spécial, substantiel et précis de l'histoire de France.... De même pour la géographie : un abrégé de la géographie générale avec la géographie de la France. Le cours de mathématiques, en trois ou quatre années, embrasserait aisément tous les éléments; car, même de bonne heure, on peut aller assez loin dans les matliématiques avec quelque intelligence et beaucoup de mémoire, ce qui est la qualité propre du jeune âge. On y joindrait un peu de physique et d'histoire naturelle. Les langues anciennes auraient leur place dans cet ensemble, pour préparer aux classes supérieures, exercer l'esprit, procurer une connaissance plus juste de la langue nationale et donner un peu de cette culture classique sans laquelle on n'est pas supposé avoir reçu une bonne éducation. Il faudrait ici s'attacher beaucoup plus à la solidité qu'à l'étendue de renseignement. Le grec ne devrait' commencer qu'en Quatrième, comme dans tous les bons gymnases de la Prusse.... Il suffirait qu'à la fin de cette division les élèves possédassent la grammaire et eussent lu un certain nombre de morceaux de prose et de vers bien gradués. Le latin devrait commencer au moins en Cinquième, pour être conduit plus loin que

le grec, parce qu'il est d'une utilité plus générale. Je voudrais enfin que, dans les deux dernières années, il y eût un cours spécial de langue française où les jeunes gens fussent exercés à écrire et à composer en différents genres et initiés à la lecture de nos écrivains classiques. Il faudrait ajouter à cela un cours de langue moderne, beaucoup de musique et un peu de dessin. Au fond ce sont nos classes de grammaire organisées.... Quiconque voudrait passer dans la division supérieure subirait un examen sévère, dont les professeurs de cette division devraient être chargés, sous la présidence du proviseur ou d'un délégué du Ministère de l'Iiistruclion publique.... Elle serait subdivisée en deux sections : les sciences et les lettres, et, à la fin, un cours commun de philosophie. Les études de la section des sciences, après un résumé plus ou moins rapide de renseignement scientifique de la première division, seraient conduites jusqu'au point où l'élève sortant peut obtenir le grade de bachelier es sciences. La section des lettres préparerait au baccalauréat es lettres. Bien entendu, il y aurait des cours de littérature pour les savants et des cours de sciences pour les lettrés ; mais enfin la spécialité dominerait. C'est alors que, dans la section des lettres, les études grecques et latines pourraient être poussées assez loin, puisque les élèves de cette section se destineraient aux carrières pour lesquelles le grec et le latin sont jugés ou nécessaires ou très utiles. L'enseignement historique porterait alors très convenablement sur l'antiquité aussi bien que sur les temps modernes.... Ainsi seraient exercées, par une culture spéciale, les forces do tous et de chacun ; je dis de chacun, car il est clair qu'il y aurait beaucoup moins d'élèves dans cette division que dans l'autre; et ici, je le répète, le petit nombre des élèves serait un grand bien pour la discipline et pour les études. Ce serait là,

ce me semble, une vraie fabrique d'hommes distingués pour toutes les professions libérales'. »

M. Cousin ne trouva pas sans doute ce plan assez mûr pour l'appliquer, malgré l'espèce d'engagement qu'il avait pris de le faire ; mais, après avoir rétabli la prépondérance des lettres, il dut se préoccuper de donner aux sciences la part qu'elles réclamaient. Aux termes de la circulaire du 28 octobre, des conférences facultatives de mathématiques furent organisées de la Quatrième à la Rhétorique, parallèlement à ces quatre classes; et, afin d'assurer un fonds d'éducation générale aux élèves qui, renonçant aux études littéraires à partir de la Troisième, passaient dans la classe de Mathématiques élémentaires, créée à leur profit par le statut de 1821, il fut institué un cours spécial de rhétorique et de philosophie. D'un autre côté, les cours scientifiques annexés à la classe de Philosophie proprement dite étant trop restreints pour donner satisfaction aux jeunes gens qui visaient à la fois le baccalauréat es sciences et le baccalauréat es lettres, les classes de Philosophie et de Mathématiques élémentaires furent coordonnées de telle façon qu'il fût possible de les suivre simultanément^, o Faire des lettrés qui aient une connaissance suffisante de la science et des savants qui aient une connaissance suffisante de la littérature, approprier les études aux facultés et aux diverses vocations de la jeunesse, faire entrer, pour ainsi dire, plusieurs ^'coles dans le cadre du même Collège, voilà l'objet du règlement de 1840, disaient ses partisans, — résumant, à vrai dire, la pensée de M. Cousin, celle

1. Mémoire sitv l'insti'iiclion secondaire dans le royaume de Pvuss.', 1' édit. [1S?>71, 5' parUe, Applications à In France.

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